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Hématologie

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Vitamine K : métabolisme, éléments de physiopathologie, implication dans la variabilité inter- et intra-individuelle de la réponse au traitement par les antivitamines K Volume 12, numéro 6, Novembre-Décembre 2006

Auteur
Laboratoire d’hématologie, groupe hospitalier Charles-Foix – Jean-Rostand, 7 avenue de la République, 94205 Ivry-sur-Seine Cedex et Hématologie, Faculté de Pharmacie, Paris V, 4 av. de l’Observatoire, 75006 Paris

La vitamine K existe sous plusieurs formes : la vitamine K1 (phylloquinone), principalement contenue dans les légumes verts, la vitamine K2 (ménaquinone), d’origine animale, et la vitamine K3 (ménadione), produite par synthèse. Dans cette revue sont exposées les données récentes sur la vitamine K, son cycle et son rôle dans la modulation fonctionnelle des protéines vitamine K-dépendantes. Celles-ci sont impliquées dans de nombreux processus physiologiques, parmi lesquels la coagulation (facteurs II, VII, IX, X, protéines C, S, Z), le remodelage osseux (ostéocalcine et protéine Gla de la matrice), l’inhibition de la calcification de la paroi artérielle (protéine Gla de la matrice), le contrôle de la prolifération cellulaire (Gas-6) et la transduction de signal. La vitamine K apportée par l’alimentation est réduite en hydroquinone (KH2) pour pouvoir exercer son rôle de cosubstrat lors de la γ-carboxylation des protéines vitamine K-dépendantes, étape post-traductionnelle indispensable à leur activité. Durant cette étape, les résidus Glu sont convertis en résidus Gla grâce à une γ-glutamyl carboxylase, et KH2 est oxydée en forme époxyde (KO). Pour être réutilisée, la forme KO doit être réduite en KH puis en KH2 sous l’action de réductases, dont la vitamine K époxyde-réductase (VKORC1), définissant ainsi le cycle de la vitamine K. Le mécanisme d’action des antivitamines K (AVK), élucidé récemment, consiste en l’inhibition de l’enzyme VKORC1, résultant en une activité diminuée des facteurs de la coagulation. Il est connu depuis longtemps que la dose à l’équilibre des AVK est influencée par différents facteurs acquis, parmi lesquels les facteurs démographiques (l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle), le régime alimentaire, les comorbidités, les affections intercurrentes aiguës, les médicaments associés. Il y a une dizaine d’années, il a été montré que les sujets possédant au moins un variant allélique de l’isoforme 2C9 du cytochrome P450 (CYP2C9) impliqué dans le métabolisme des dérivés hépariniques avaient une sensibilité accrue à la warfarine. Enfin, très récemment, des haplotypes de VKORC1 ont été identifiés comme influençant la dose d’AVK à l’équilibre. Plus de 50 % de la variabilité de la dose à l’équilibre est liée à l’âge et aux polymorphismes génétiques. Dans l’avenir, des schémas posologiques de la warfarine incluant les caractéristiques du patient, y compris pharmacogénétiques (CYP2C9 et VKORC1), pourraient être proposés lors de l’initiation du traitement.