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Hématologie

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Traitement de la surcharge en fer dans les maladies hématologiques (hémochromatoses héréditaires exclues) Volume 12, numéro 3, Juin 2006

Auteurs
Service d’hématologie biologique, AP-HP, hôpital Tenon, 4 rue de la Chine, 75970 Paris Cedex 20, Hôpital de jour de médecine, Service de radiologie, Service de médecine interne, hôpital Tenon, Paris

Deux catégories de maladies hématologiques se compliquent d’une surcharge en fer. 1) Les maladies hématologiques qui s’accompagnent d’une hyperabsorption digestive du fer, dont le traitement relève de saignées itératives ; 2) les maladies hématologiques traitées par transfusions itératives de concentrés érythrocytaires (CE), dont le traitement relève d’un chélateur du fer. Les organes cibles de la surcharge martiale post-transfusionnelle sont le cœur, le foie, certains parenchymes endocriniens (hypophyse, gonades, thyroïde, parathyroïde, pancréas endocrine) et l’os. L’évaluation pondérale du stock en fer fait appel à des mesures directes : mesure pondérale de la concentration hépatique en fer par ponction-biopsie hépatique, imagerie tissulaire pour la mesure quantitative non sanglante du fer contenu dans le foie et dans le cœur (méthode SQUID, IRM). Les méthodes indirectes utilisées en pratique courante sont le dosage du fer sérique, du coefficient de saturation de la transferrine et surtout la mesure de la ferritine sérique. Au cours de ces quarante dernières années, le traitement chélateur du fer a reposé principalement sur la déféroxamine (Desféral ®) administrée à la dose de 20 à 50 mg/kg/j. Ce traitement a démontré son efficacité en réduisant la mortalité et la morbidité dues à la surcharge en fer post-transfusionnelle. La déféroxamine est un médicament peu toxique. Cependant, en raison de la contrainte représentée par son administration parentérale de longue durée, il est apparu que 20 à 40 % des malades n’étaient pas compliants au traitement. La défériprone (Ferriprox ® ou Kelfer ®) est administrée per os à la dose de 75 mg/kg/j en trois prises. La surcharge en fer traitée par ce médicament peut diminuer chez certains malades, augmenter ou rester stable chez d’autres. La défériprone semble avoir un effet protecteur à l’égard de la surcharge en fer cardiaque supérieur à celui de la déféroxamine. Les principaux effets secondaires de la défériprone sont la neutropénie et les arthralgies. Au cours de ces cinq dernières années, de nombreux cliniciens ont prescrit un traitement chélateur associant la déféroxamine à la défériprone. Le déférasirox (Exjade ®) est un chélateur du fer actif per os dont les essais de phase III incluant plus de 1 000 malades ont été rapportés en décembre 2005. Ces essais ont montré une diminution de la concentration hépatique en fer et de la ferritine sérique chez les malades traités pendant un an à la dose de 25-30 mg/kg/j. Une amélioration de l’état cardiaque et de l’état hépatique a été constatée chez les malades avec des anomalies préexistant au traitement. La compliance au traitement chélateur par le déférasirox est nettement supérieure à celle de la déféroxamine. Dans un proche futur, le déférasirox sera largement utilisé chez l’enfant comme chez l’adulte pour traiter les surcharges martiales dans les maladies hématologiques. On attend de ces études à long terme la démonstration d’un effet non inférieur du déférasirox par rapport à celui de la déféroxamine en termes de morbidité et de mortalité chez les malades polytransfusés.