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Hématologie

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Thymus et allogreffe de cellules souches hématopoïétiques Volume 18, numéro 5, Septembre-Octobre 2012

Auteurs
Service d’hématologie, hôpital Duchenne Boulogne-sur-Mer, 62321 Boulogne-sur-Mer, EA2686, laboratoire d’immunologie, HLA-transplantation, centre de biologie pathologie CHRU Lille, France, Inserm UMR 925, UFR de médecine, 3 rue des Louvels, 80036 Amiens, France

Après allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH), une lymphopénie T sévère s’installe, pouvant durer de douze à vingt-quatre mois. La reconstitution du compartiment lymphocytaire T emprunte deux voies principales. L’une, dite thymo-indépendante, repose principalement sur l’expansion des lymphocytes T matures du donneur, présents dans le greffon. Ces cellules assurent la réponse immunitaire T anti-infectieuse durant les premiers mois post-allogreffe et contribuent de manière majeure à la prévention des rechutes tumorales, en cas de greffe pour hémopathie maligne. Cependant, ces cellules sont de diversité restreinte, et peuvent agresser les tissus de l’hôte, générant une réaction du greffon contre l’hôte (ou GVHD pour graft versus host disease) et des lésions de l’épithélium thymique. La seconde voie, dite thymodépendante, génère de novo des lymphocytes T naïfs à partir des progéniteurs hématopoïétiques du donneur. Le délai d’émergence de ces cellules est généralement long et augmente avec l’âge du greffé. Les lymphocytes néoformés, éduqués dans le thymus de l’hôte, sont tolérants vis-à-vis des antigènes du receveur et du donneur et sont par ailleurs dotés d’un répertoire diversifié du TCR. Or de nombreux facteurs viennent perturber, quantitativement et qualitativement, le développement de ces cellules, parmi lesquels les thérapeutiques immunosuppressives prescrites au greffé, les lésions vasculaires et épithéliales thymiques induites par le conditionnement de greffe et/ou la GVHD. Les stratégies d’allogreffe s’efforceront dans le futur de favoriser autant que possible la voie dite thymodépendante, laquelle doit être amplifiée et accélérée. Pour cela, une caractérisation fine des lésions thymiques induites par l’allogreffe de CSH est nécessaire et doit être mise à profit pour prévenir leur survenue, les atténuer et les corriger. Ces mesures doivent être complétées par des interventions tant en amont qu’au sein du thymus. Elles porteront sur : 1) la qualité du greffon, notamment sa composition cellulaire ; 2) la migration intrathymique des précurseurs hématopoïétiques ; 3) l’expansion et l’éducation des thymocytes. Les lymphocytes T néoformés issus de cette voie peuvent faire l’objet d’actions complémentaires en périphérie, visant en particulier à obtenir une tolérance ciblée à l’égard des antigènes du donneur.