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Lymphomes non hodgkiniens et virus de l’hépatite C Volume 6, numéro 2, Mars - Avril 2000

Auteurs

Le virus de l’hépatite C est associé à de nombreuses manifestations extrahépatiques de nature auto-immune, souvent liées à la présence d’une cryoglobulinémie mixte. Plus de 90 % des cryoglobulinémies mixtes sont, en effet, associées à l’infection par le virus de l’hépatite C. L’évolution des cryoglobulinémies mixtes est parfois compliquée par la survenue de lymphomes de bas grade. Depuis 1994, de nombreuses études épidémiologiques ont étudié l’association entre la survenue de lymphomes non hodgkiniens et l’infection par le virus de l’hépatite C. La plupart de ces études ont été réalisées en Italie et retrouvent une prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C comprise entre 10 et 40 % parmi les patients atteints de lymphome non hodgkinien contre 1 à 7 % chez les populations témoins. Cette association a aussi été mise en évidence dans deux études au Japon et aux États-Unis. En revanche les études épidémiologiques réalisées ailleurs en Europe n’ont pas retrouvé d’association entre lymphome non hodgkinien et virus de l’hépatite C. La très faible prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C dans ces populations rend difficile la mise en évidence d’une association épidémiologique. Des biais méthodologiques tels que l’absence de groupe témoin ou d’appariement entre cas et témoins peuvent aussi expliquer une partie des différences observées entre ces études. Certaines caractéristiques des lymphomes liés au virus de l’hépatite C sont déterminées. Ce sont des lymphomes de phénotype B le plus souvent de bas grade, fréquemment de localisation extraganglionnaire, en particulier hépato-splénique. L’association avec le virus de l’hépatite C est plus forte pour les immunocytomes et les lymphomes de la zone marginale, qu’ils soient de localisation ganglionnaire ou extraganglionnaire et particulièrement splénique. Ces lymphomes ne sont pas toujours associés à une cryoglobulinémie mixte. Le rôle du virus de l’hépatite C dans la lymphomagenèse est mal connu. L’infection chronique au virus de l’hépatite C entraîne une stimulation antigénique chronique qui favoriserait la survenue de mutations oncogéniques, puis la progression vers une prolifération maligne. La participation directe de protéines virales de la capside ou non structurelles dans l’oncogenèse est aussi suggérée par quelques études expérimentales. Par ailleurs, l’éradication du virus de l’hépatite C par un traitement par interféron a été associée à de bonnes réponses thérapeutiques sur des lymphomes de bas grade liés au virus de l’hépatite C. Ces résultats constituent un argument supplémentaire en faveur de l’association entre le virus de l’hépatite C et le lymphome non hodgkinien. Ils devront inciter dans des protocoles prospectifs à évaluer l’intérêt de l’éradication du virus de l’hépatite C dans le traitement des lymphomes liés au virus de l’hépatite C.