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Hématologie

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Les antigènes de groupe sanguin Rh : du diagnostic anténatal de la maladie hémolytique du nouveau-né à la fonction de transport d’ammonium Volume 10, numéro 5, Septembre-octobre 2004

Auteurs
Inserm U76, Institut national de la transfusion Sanguine, 6, rue Alexandre-Cabanel, 75015 Paris

Le système RH (rhésus) est un des systèmes de groupe sanguin les plus immunogènes et les plus polymorphes chez l’homme. Les bases moléculaires de la grande majorité des phénotypes Rh, y compris le phénotype Rh null associé à une anémie hémolytique de sévérité variable, sont aujourd’hui élucidées. En particulier, la démonstration que le locus RH des individus RhD-positifs est composé des gènes RHD et RHCE alors que celui des individus RhD-négatifs ne possède, tout du moins dans la population caucasienne, que le gène RHCE, a permis le développement d’un diagnostic anténatal des grossesses à risque de maladie hémolytique du nouveau-né par des tests PCR invasifs (ADN de cellules amniotiques) et non invasifs (ADN fœtal circulant dans le plasma maternel). Les antigènes Rh sont présents dans la membrane du globule rouge au sein du « complexe Rh » formé de l’association des protéines Rh (D et/ou CE), RhAG (Rh associated glycoprotein), LW (ICAM-4), CD47 (IAP) et glycophorine B (GPB). Le complexe Rh serait lui-même associé à l’échangeur d’anions AE1 (Bande 3). Grâce à ses interactions avec les protéines adaptatrices 4.2 et ankyrine, il contribue à la stabilité et au maintien des propriétés mécaniques de la membrane érythrocytaire. Ainsi, les déficits primaires en protéines Rh ou RhAG, ankyrine ou protéine 4.2 sont tous associés à des sphérocytoses héréditaires, typiques ou atypiques. Au-delà de ses deux membres érythroïdes, Rh et RhAG, la famille des protéines Rh comprend chez les mamifères deux membres non érythroïdes, RhBG et RhCG, exprimés essentiellement dans des organes impliqués dans la production et l’excrétion d’ammonium comme le foie et le rein. Des analyses fonctionnelles dans des systèmes d’expression hétérologues ou dans des globules rouges de variants naturels ont permis de démontrer que les protéines RhAG, RhBG et RhCG peuvent fonctionner comme des transporteurs d’ammonium (NH 3 et/ou NH 4 +). Ces transporteurs spécifiques d’ammonium, les premiers identifiés à ce jour chez les mammifères, pourraient ainsi participer à l’élimination de la charge acide quotidienne générée par le métabolisme. L’ensemble de ces résultats désigne les protéines Rh comme de nouveaux éléments clés de la structure et de la fonction de la membrane des cellules érythroïdes et épithéliales.