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Hématologie

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Intérêts du transfert adoptif de lymphocytes T après les greffes Volume 4, numéro 2, Mars-Avril 1998

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Les traitements intensifs qui précèdent l'injection de cellules souches hématopoïétiques ont une double conséquence sur le système T : d'une part, ils détruisent la majorité des lymphocytes T périphériques et avec eux l'essentiel de la mémoire immunologique du patient et, d'autre part, ils sont aussi capables d'altérer des territoires anatomiques, support de leur différenciation. Dans le cas des greffes allogéniques, ces conséquences se trouvent encore aggravées par les traitements immunosuppresseurs donnés en prévention de la réaction du greffon contre l'hôte (GVH), de même que par cette dernière, si elle survient. Privé de sa mémoire immunologique, privé aussi en partie de ses capacités à régénérer rapidement un nouveau répertoire T, le patient, pendant la période plus ou moins longue de reconstitution, sera exposé à des risques infectieux et tumoraux. Cependant, des lymphocytes T matures sont aussi apportés avec le greffon, en quantités très variables selon les conditions de greffe choisies. Ces lymphocytes T sont potentiellement porteurs de spécificités antivirales et antitumorales mais aussi de spécificités allogéniques dirigées contre le receveur. La présence de ces derniers a des conséquences antinomiques, puisqu'ils sont responsables à la fois de la réaction du greffon contre l'hôte et de l'effet antileucémique. L'intérêt du transfert adoptif de lymphocytes T spécifiques est donc évident et les conditions de sa mise en œuvre et de sa réussite sont assez faciles à identifier pour restaurer une immunité antivirale chez les patients greffés. En revanche, l'induction d'une immunité antitumorale spécifique, pour qu'elle soit un succès, demandera d'abord que les causes de son échec premier soient reconnues, qu'elles soient quantitatives ou qualitatives. Enfin, en ce qui concerne les cellules antireceveur, il est maintenant possible d'envisager de produire une réaction allogénique contrôlée et de rechercher les conditions dans lesquelles pourra se produire un effet antileucémique sans que la réaction du greffon contre l'hôte mette le patient en danger. Nous envisagerons donc dans cette revue les raisons et les possibilités actuelles d'utiliser après les greffes de cellules souches hématopoïétiques un transfert adoptif de cellules T, soit dirigées contre les cellules tumorales (en ciblant des antigènes tumoraux ou allogéniques), soit dirigées contre des virus, par exemple le virus Epstein-Barr (EBV) ou le cytomégalovirus (CMV).