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Hématologie

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Bases fondamentales et rôle de l'IL-12 dans l'hématopoïèse Volume 2, numéro 5, Septembre - Octobre 1996

Auteurs
CJF94-11 INSERM, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex.

L'IL-12 est une cytokine récemment étudiée, originale de par sa structure hétérodimérique et son rôle dans le priming, phase initiale de la réponse immunitaire. Elle est sécrétée principalement par les cellules dendritiques, les macrophages activés, les cellules B transformées par le virus d'Epstein Barr et les polynucléaires neutrophiles. Elle augmente la potentialité lytique des cellules tueuses naturelles (NK) et des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques d'antigène. L'IL-12 induit surtout la production d'IFNgamma et la différenciation des lymphocytes T CD4+ naïfs en cellules Th1, permettant ainsi la transition d'une immunité naturelle vers une immunité cellulaire spécifique. Les effets biologiques de l'IL-12 résultent de son interaction avec un récepteur spécifique ß1ß2 exprimé sur les cellules cibles, ayant une homologie structurale avec la gp130. L'administration systémique ou paracrine d'IL-12 in vivo a des effets anti-infectieux et antitumoraux majeurs dans les modèles murins. Le rôle de l'IL-12 dans la régulation de l'hématopoïèse a été étudié in vitro sur cellules humaines et murines et in vivo chez la souris. Plusieurs arguments expérimentaux suggèrent que l'IL-12 possède des effets directs sur le maintien et la prolifération des progéniteurs précoces hématopoïétiques. L'IL-12 agit sur les progéniteurs primitifs et pourrait faciliter leur expansion en culture, combinée aux autres facteurs de croissance hématopoïétiques. Cependant, certains travaux indiquent que l'IL-12 est un inhibiteur indirect (via l'IFNgamma et le TNFalpha) de l'hématopoïèse in vitro. Le rôle physiologique de l'IL-12 dans l'hématopoïèse humaine n'est pas clair. Cependant, son administration in vivo à fortes doses quotidiennes chez l'animal est suivie d'effets hématologiques marqués par une anémie, une neutropénie, une lymphopénie - résultant indirectement de l'augmentation de production d'IFNgamma - et par une splénomégalie. Au cours de la phase I d'IL-12 recombinante humaine, administrée en intraveineuse chez les porteurs de tumeurs malignes au stade avancé, la majorité des sujets ont développé une leucopénie (neutropénie, lymphopénie) et une anémie, la toxicité dose-limitante ayant été hépatique. En outre, des travaux dans les modèles murins de transplantation médullaire ont suggéré que l'IL-12 pourrait inhiber la réaction du greffon contre l'hôte.