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Environnement, Risques & Santé

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L’antibiorésistance dans les environnements aquatiques : une problématique d’écologie microbienne et de santé publique Volume 17, supplément 1, Avril 2018

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
Auteur
1 Normandie Université- Rouen
CNRS UMR M2C
Bâtiment Blondel
UFR des Sciences
76130 Mont Saint Aignan
France
2 Sorbonne Université UPMC
CNRS UMR METIS
Université Pierre et Marie Curie
4, place Jussieu
75252 Paris Cedex 05
France
* Tirés à part
  • Mots-clés : agents antibactérien, eau, estuaire, résistance aux antibiotiques
  • DOI : 10.1684/ers.2017.1098
  • Page(s) : 40-6
  • Année de parution : 2018

Les gènes impliqués dans les voies de biosynthèse, codant les antibiotiques et les mécanismes de résistance aux antibiotiques, ont été détectés dans l’ADN extrait des sédiments du permafrost datant de 30 000 ans, ou dans le microbiome d’une grotte où l’homme n’avait jamais pénétré. Les antibiotiques appartiennent à une classe de petites molécules actives (parvome) sécrétées par les micro-organismes de l’environnement. Pour autant, depuis 1950, l’usage intensif des antibiotiques en médecines humaines et animales s’est accompagné d’une augmentation sans précédent de la résistance bactérienne en milieu hospitalier et en élevage clinique, et d’une contamination diffuse de l’environnement, notamment du milieu aquatique, par des antibiotiques et par des bactéries antibiorésistantes (ATBr). Les résultats des recherches menées dans un estuaire anthropisé (Seine, France) sont présentés à titre d’exemple. Le projet multidisciplinaire FLASH (devenir des antibiotiques, flux de gènes et de bactéries antibiorésistantes dans les hydrosystèmes de surface) s’est intéressé à la relation entre la prescription d’antibiotiques, l’occurrence de bactéries fécales antibiorésistantes (Escherichia coli et Enterococcus spp.) dans l’eau de surface et la présence de molécules antibiotiques dans cette eau, à l’échelle d’un continuum rural et hospitalier dont les eaux se rejettent dans un affluent de la Seine. Au-delà du constat de cette contamination et de son déterminisme, le rôle des eaux de surface dans l’augmentation en retour de l’antibiorésistance en milieu clinique ou en médecine vétérinaire reste encore difficile à appréhender. Les dangers correspondant à ce risque sont : le transfert à des souches pathogènes pour l’homme circulant dans l’environnement de nouveaux gènes de résistance aux antibiotiques, présents dans le génome des communautés microbiennes de l’environnement, ou le transfert de gènes d’origine médicale humaine ou animale, à des bactéries de l’environnement, pathogènes opportunistes pour l’homme. Dans ce contexte, un des défis majeurs des scientifiques sera d’évaluer la vulnérabilité ou la résilience microbiologique du milieu aquatique à la contamination par des ATBr et les gènes correspondants. Des études multidisciplinaires, s’adossant sur des observatoires environnementaux, devront être menées dans le cadre de la démarche DPSIR (Driving forces, Pressure, State, Impact, Response/force motrices, pression, état, impact, réponse), afin d’élaborer des scénarii et de proposer des outils d’aide à la décision pour la mise en œuvre d’une politique publique.