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Cahiers Santé Médecine Thérapeutique

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Profil épidémiologique et évolutif des uvéites dans un service de médecine interne Volume 30, numéro 1, Janvier-Février 2021

Auteurs
1 Service de médecine interne et oncohématologie CHU Hassan II, Fès, Maroc
2 Laboratoire d’épidémiologie, Recherche clinique et de santé communautaire
3 Faculté de médecine et de pharmacie, Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, Fès, Maroc
* Tirés à part

L’uvéite est une inflammation de l’uvée, laquelle est composée de l’iris, du corps ciliaire et de la choroïde. Elle réalise des tableaux divers et peut mettre en jeu le pronostic visuel des patients. Ses causes sont multiples, regroupant essentiellement les maladies purement ophtalmologiques, infectieuses et de système, ainsi que les causes médicamenteuses. Objectif de l’étude : l’objectif de notre travail est de décrire les différents aspects anatomocliniques, étiologiques, thérapeutiques et pronostiques des uvéites chez nos patients et d’évaluer nos pratiques en matière de gestion initiale et de suivi des uvéites. Matériel et méthodes : il s’agit d’une étude transversale, ayant porté sur l’ensemble des patients nouvellement diagnostiqués et suivis au service de médecine interne et oncohématologie sur une période de huit ans (janvier 2012-décembre 2019). Résultats : nous avons colligé 204 patients dont 112 hommes et 92 femmes avec un sex-ratio H/F de 1,21. L’âge moyen était de 35,29 ± 12,56 ans [15–24]. Le mode d’installation était progressif chez 57,84 % de nos patients et le motif de consultation le plus fréquent était la baisse d’acuité visuelle (AV), observée chez 190 patients (93,13 %). L’uvéite totale était la forme anatomique la plus fréquente (61,27 %), suivie des uvéites postérieures (25,49 %), antérieures (8,33 %) et intermédiaires (4,9 %). Une vascularite était notée chez 70 patients (34,31 %) et un décollement rétinien chez 26 (12,74 %). L’atteinte était bilatérale dans 72,55 % des cas et unilatérale chez 27,45 %. Les étiologies identifiées étaient la maladie de Behçet (37,75 %), les causes infectieuses (8,33 %) – représentées essentiellement par la toxoplasmose, le cytomégalovirus et l’herpès –, la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada (3,43 %), la sarcoïdose (2,45 %) et la spondylarthrite ankylosante (2,45 %). L’étiologie reste indéterminée dans 39,71 % des cas. Une corticothérapie était administrée dans 95 % des cas. Un traitement immunosuppresseur a été appliqué chez 71 % des patients ayant une atteinte intermédiaire, postérieure ou totale, à base de cyclophosphamide, d’azathioprine, de méthotrexate et d’anti-facteur de nécrose tumorale α (anti-TNFα). Une rémission est notée chez 59,8 % de patients ; 26,47 % de patients ont présenté au moins une récidive et 21,56 % ont gardé des séquelles. Pour l’étude analytique, nous avons réalisé une analyse uni- et multivariée des facteurs associés à une AV finale < 1/10 après traitement. L’analyse univariée a montré qu’il existe une différence statistiquement significative entre le groupe des patients avec une AV finale < 1/10 après traitement et ceux avec une AV finale > 1/10 en ce qui concerne le sexe masculin (p = 0,003), le nombre élevé de récidives oculaires (p = 0,001), et la présence d’une AV initiale avant traitement < 1/10 (p = 0,001). L’analyse multivariée a confirmé que le nombre de récidives et la présence d’une AV initiale < 1/10 sont des facteurs de mauvais pronostic fonctionnel au cours du suivi des patients présentant une uvéite. Conclusion : nos résultats montrent la sévérité particulière de l’atteinte oculaire et la diversité des étiologies, d’où l’importance d’une conduite diagnostique codifiée et d’une prise en charge adéquate et rapide afin de prévenir la cécité.