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Cahiers Santé Médecine Thérapeutique

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Profil bactériologique et résistance aux antibiotiques pour les infections du pied diabétique Volume 31, numéro 5-6, Septembre-Décembre 2022

Auteurs
Laboratoire de microbiologie, laboratoire central d’analyses médicales, CHU Hassan II, Fès, Maroc
* Tirés à part : S. Kouara

Introduction : les infections du pied diabétique représentent un problème de santé publique au Maroc nécessitant une prise en charge multidisciplinaire, c’est une complication fréquente et redoutable du diabète. Elles constituent un facteur de risque majeur d’amputation et restent parmi les principales causes d’hospitalisation des diabétiques. Objectif : cette étude vise à caractériser l’écologie bactérienne des infections du pied diabétique et à déterminer le profil de résistance des principales bactéries isolées. Matériels et méthodes : il s’agit d’une étude rétrospective menée au laboratoire de microbiologie du CHU Hassan II de Fès, sur une durée de 12 ans, de mars 2009 à mars 2021, réalisée sur 517 prélèvements de pied diabétique infecté cliniquement. Un examen direct avec coloration de Gram a été réalisé pour chaque prélèvement, puis une culture sur gélose Chapman, sur gélose au sang et sur gélose au chocolat. L’identification des souches bactériennes a été basée sur l’étude des caractères morphologiques, culturaux et biochimiques grâce à des galeries Api ou par méthode automatisée sur Phoenix 100 de Becton Dickinson. L’antibiogramme a été réalisé par méthode de diffusion en milieu gélosé selon les recommandations du comité de l’antibiogramme de la Société française de microbiologie/European Committee on Antimicrobial Susceptibility Testing. Résultats : durant la période de notre étude, 517 prélèvements ont été réalisés dont 377 se sont avérés positifs, soit un pourcentage de 72,9 %. Par ailleurs, 11,19 % des cultures positives étaient polymicrobiennes. Parmi les germes identifiés, les bacilles à Gram négatif étaient les plus représentés avec un taux de 85,67 % et une nette prédominance des entérobactéries avec une fréquence de 85 %. Alors que les cocci à Gram positif ont été isolés dans 14,33 % avec une prédominance de Staphylococcus aureus à 52 %, Escherichia coli (46 %), Klebsiella pneumoniae (19 %) et Enterobacter cloacae (14 %) ont été les principaux germes isolés au sein de la famille des entérobactéries. Les bacilles à Gram négatif non fermentants ont été, quant à eux, majoritairement représentés par Pseudomonas aeruginosa (75 %). Le profil de résistance aux antibiotiques a montré une résistance élevée des entérobactéries aux aminopénicillines et à l’amoxicilline-acide clavulanique avec des pourcentages respectifs de 94,5 % et 81 % et la présence de bêtalactamases à spectre étendu dans 16 % des cas et une carbapénémase dans 1,8 % des cas. Presque toutes les souches du S. aureus présentaient une pénicillinase, 14 % avaient une résistance à la méticilline, et nous n’avons pas noté de résistances pour les glycopeptides. Conclusion : cette étude témoigne de l’augmentation inquiétante de la résistance aux antibiotiques des infections du pied diabétique. Ceci impose une prescription rationnelle des antibiotiques, une amélioration de l’hygiène hospitalière ainsi qu’une surveillance continue de l’évolution de la résistance.