John Libbey Eurotext

Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Quelle prise en charge pour les malades séropositifs ou sidéens en milieu rural au Burkina Faso ? Volume 7, numéro 3, Mai-Juin 1997

Auteur
  • Page(s) : 177
  • Année de parution : 1997

Sur la base d’une enquête ethnographique, cet article décrit et analyse les modes de prise en charge médicale et familiale des malades séropositifs et sidéens en milieu rural burkinabè en 1996. Diverses recommandations sont proposées. La prise en charge biomédicale est quasi inexistante (actuellement pas de sérologie ni de conseil de dépistage au niveau du dispensaire). Le diagnostic de sida n’est jamais annoncé à un malade. Les relations entre le personnel médical et les malades sont dominées par un total sentiment d’impuissance et la peur constante de la contamination. Aucun des thérapeutes traditionnels de la région n’affirme soigner le sida bien que le recours à la médecine traditionnelle soit constant tout au long de la maladie. La prise en charge familiale oscille entre un rejet total des malades et une attention soutenue mais souvent mal adaptée. Elle est déterminée par les cinq éléments suivants au moins : la composition du groupe domestique et la nature des relations entre l’individu malade et le reste de sa famille ; le pouvoir économique du malade, de son groupe domestique et de sa parentèle ; les incertitudes initiales sur le diagnostic de la maladie ; la peur de la contagion ; la peur de la médisance. L’amélioration de la prise en charge des malades passera par : une accessibilité réelle au conseil et au dépistage avec une implication du personnel de santé dans cette activité et l’annonce du diagnostic jusque dans les structures médicales périphériques, la formation du personnel sur les risques de contamination et sur les soins aux malades en fin de vie, une reprise de l’information du public sur la non-contagiosité des malades relayée par des conseils personnalisés donnés par les professionnels de santé et, enfin, le soutien matériel aux familles sûrement nécessaire mais difficile à mettre en oeuvre dans un contexte de pauvreté chronique.