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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Médecine Traditionnelle Volume 13, numéro 2, Avril 2003

  • Page(s) : 105-6
  • Année de parution : 2003

Qu’est-ce que la médecine traditionnelle  ? 

L’expression médecine traditionnelle se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé qui impliquent l’usage, à des fins médicales, de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles, de techniques et d’exercices manuels – séparément ou en association – pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ou préserver la santé. 
En Afrique, en Asie et en Amérique latine, différents pays font appel à la médecine traditionnelle pour répondre à certains de leurs besoins au niveau des soins de santé primaires. En Afrique, jusqu’à 80 % de la population a recours à la médecine traditionnelle à ce niveau. 
Dans les pays industrialisés, la médecine « complémentaire » ou « parallèle » est l’équivalent de la médecine traditionnelle. 

Un usage répandu qui ne cesse de croître 

La médecine traditionnelle reste très répandue dans toutes les régions du monde en développement et son usage ne cesse de croître dans les pays industrialisés. 
• En Chine, les préparations traditionnelles à base de plantes représentent entre 30 et 50 % de la consommation totale de médicaments. 
• Au Ghana, au Mali, au Nigeria et en Zambie, le traitement de première intention pour 60 % des enfants atteints de forte fièvre due au paludisme fait appel aux plantes médicinales administrées à domicile.
• L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que, dans plusieurs pays d’Afrique, la plupart des accouchements sont pratiqués par des accoucheuses traditionnelles. 
• En Europe, en Amérique du Nord ainsi que dans d’autres régions industrialisées, plus de 50 % de la population a eu recours au moins une fois à la médecine complémentaire ou parallèle. 
• À San Francisco, à Londres et en Afrique du Sud, 75 % des personnes vivant avec le VIH ou le Sida font appel à la médecine traditionnelle ou à la médecine complémentaire ou parallèle. 
• Aux États-Unis d’Amérique, 158 millions d’adultes font appel à des produits de la médecine complémentaire et, d’après la Commission for Alternative and Complementary Medicines, un montant de 17 milliards de dollars US a été consacré aux remèdes traditionnels en 2000. 
• Au Royaume-Uni, les dépenses annuelles consacrées à la médecine parallèle représentent 230 millions de dollars US. 

Problèmes d’innocuité et d’efficacité 

Ce n’est que pour diverses utilisations de l’acupuncture, pour certaines plantes médicinales et pour certaines thérapies manuelles que les essais cliniques randomisés ont livré des faits scientifiques convaincants. Il faut faire d’autres recherches pour vérifier l’innocuité et la sécurité d’emploi de plusieurs autres pratiques et plantes médicinales. 
L’absence de réglementation ou la mauvaise utilisation des pratiques et médicaments traditionnels peut avoir des effets nuisibles, voire dangereux. Ainsi, la plante « Ma Huang » (Ephredra) est traditionnellement utilisée en Chine pour soigner la congestion des voies respiratoires. Aux États-Unis, elle a été commercialisée comme auxiliaire diététique, et un dosage excessif a entraîné au moins une douzaine de décès, d’accidents cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux. 

Biodiversité et pérennité 

Au-delà des problèmes d’innocuité, on s’inquiète du fait que le développement du marché des plantes médicinales, qui a d’énormes retombées sur le plan commercial, risque de menacer la biodiversité en raison du pillage des matières premières nécessaires à la fabrication des médicaments ou d’autres produits de santé naturels. Ces pratiques, si elles ne sont pas encadrées, pourraient entraîner l’extinction d’espèces en danger ainsi que la destruction de ressources et d’habitats naturels. 
Autre problème apparenté, les règles de protection prévues dans les normes internationales applicables au droit des brevets ainsi que dans la plupart des lois nationales classiques sur les brevets ne suffisent pas, actuellement, à protéger les savoirs traditionnels et la biodiversité. 

Expérimentation des méthodes et produits 

• Vingt-cinq pour cent des médicaments modernes sont préparés à base de plantes qui ont au départ été utilisées traditionnellement. 
• L’acupuncture a fait la preuve de son efficacité pour soulager les douleurs postopératoires, la nausée pendant la grossesse, la nausée et les vomissements associés à la chimiothérapie, ainsi que la douleur dentaire avec extrêmement peu d’effets secondaires. Elle permet également d’atténuer l’anxiété, les troubles paniques et l’insomnie. 
• La médecine traditionnelle peut d’autre part agir sur les maladies infectieuses. En Chine, par exemple, la plante médicinale Artemisia annua, utilisée depuis près de 2000 ans, s’est avérée efficace contre le paludisme résistant et pourrait représenter une percée qui permettrait d’éviter près d’un million de décès par an, pour l’essentiel chez des enfants, des suites du paludisme grave. 
• En Afrique du Sud, le Medical Research Council fait actuellement des études sur l’efficacité de la plante Sutherlandia Microphylla pour soigner les patients atteints du Sida. Traditionnellement utilisée comme tonique, cette plante peut renforcer la masse corporelle chez les personnes vivant avec le VIH et leur donner plus d’énergie et d’appétit. 

Efforts déployés par l’OMS pour promouvoir une médecine traditionnelle sûre, efficace et abordable 

La stratégie de l’OMS en matière de médecine traditionnelle a pour but d’aider les pays à : 
– élaborer des politiques nationales d’évaluation et de réglementation des pratiques de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire ou parallèle ; 
– développer la base factuelle sur l’innocuité, l’efficacité et la qualité de produits et pratiques de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire ou parallèle ; 
– veiller à ce que la médecine traditionnelle et la médecine complémentaire ou parallèle, y compris le recours aux médicaments essentiels à base de plantes, soient disponibles et abordables ; 
– promouvoir un usage thérapeutique judicieux de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire ou parallèle par les prestataires et les consommateurs ; 
– rassembler de la documentation sur les médicaments et remèdes traditionnels. 
L’OMS aide les autorités de la santé des États membres à préparer des guides pour utiliser en toute sécurité les plantes médicinales. Elle a organisé différents ateliers régionaux sur la réglementation des médicaments traditionnels à l’intention des autorités nationales de plusieurs pays des régions de l’Afrique, de l’Amérique latine et de la Méditerranée orientale. 
À l’heure actuelle, l’OMS appuie dans trois pays africains des études cliniques sur des antipaludiques car il s’est avéré que certaines plantes comportaient un potentiel intéressant contre le paludisme. 
D’autres activités de collaboration sont en cours pour la recherche et l’évaluation de traitements à base de plantes contre le VIH/Sida, le paludisme, l’anémie drépanocytaire et le diabète sucré. 
En Tanzanie, l’OMS prête un appui technique aux autorités en collaboration avec la Chine pour la production d’antipaludiques extraits de la plante chinoise Artemisia annua. La production locale de ce médicament permettra de faire tomber le prix de la dose de 6 ou 7 dollars à 2 dollars. 

Priorités concernant la promotion de l’utilisation des médicaments traditionnels 

Plus d’un tiers des habitants des pays en développement n’ont pas accès aux médicaments essentiels. L’accès à des thérapies traditionnelles ou complémentaires/parallèles sûres et efficaces pourrait être déterminant pour le développement des soins de santé, mais de nombreux pays doivent encore rassembler des faits normalisés sur ce type de soins et les intégrer dans leurs systèmes. 
Dans 70 pays, les médicaments à base de plantes font l’objet d’une réglementation, mais le contrôle législatif des plantes médicinales n’a pas suivi un modèle structuré, et ce parce que les produits ou médicaments à base de plantes ne sont pas définis partout de la même façon et que diverses approches ont été adoptées pour l’homologation, la distribution, la fabrication et le commerce de ces produits. 

Étant donné le peu de données scientifiques sur l’innocuité et l’efficacité de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire et parallèle et pour d’autres raisons aussi, il est important de : 
– formuler une politique et une réglementation nationales pour le bon usage de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire ou parallèle ainsi que pour leur intégration dans le système national de soins, conformément à la stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle ; 
– mettre en place des mécanismes de réglementation pour contrôler l’innocuité et la qualité des produits et des pratiques de la médecine traditionnelle et de la médecine complémentaire ou parallèle ; 
– sensibiliser le grand public et les consommateurs aux thérapies traditionnelles et complémentaires ou parallèles qui peuvent être appliquées avec efficacité et sans danger ; 
– cultiver et conserver les plantes médicinales pour qu’elles puissent être durablement utilisées. n

Extrait de : aide mémoire OMS n° 939 
Révisé mai 2003