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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Le paludisme dans le district sanitaire centre de Dakar (Sénégal). Données entomologiques, parasitologiques et cliniques Volume 10, numéro 3, Mai - Juin 2000

Auteurs
Service de parasitologie, Faculté de médecine, Dakar, Sénégal.
  • Page(s) : 221-9
  • Année de parution : 2000

Poursuivant la collecte de données sur le paludisme dans la ville de Dakar, nous avons exploré, après le district sanitaire sud abritant le centre-ville, le district centre, le plus étendu de l’agglomération qui en compte deux autres, les districts ouest et nord. L’étude s’est déroulée de mars 1996 à février 1997 dans 12 sites choisis de manière à couvrir tout le district parmi lesquels deux situés dans des bidonvilles et trois dans un ancien village absorbé par la ville. Elle a consisté à effectuer des prospections entomologiques mensuelles dans chaque site en vue d’identifier les vecteurs d’une part, et, d’autre part, à procéder par des visites hebdomadaires, à un suivi parasitologique et clinique des habitants pour déterminer la prévalence de la maladie et l’incidence des accès palustres. Pour un total de 308/hommes/nuits de capture et la collecte de la faune résiduelle matinale dans 1 495 pièces habitées, 12 879 femelles de Culicidae ont été obtenues dont 199 anophèles, soit 1,5 %, le reste étant constitué à 98 % de Culex quinquefasciatus. Comme dans le district sud précédemment étudié, seul A. arabiensis a été collecté. Avec un nombre de piqûres par homme et par nuit (P/H/N) de 0,3 et un nombre de femelles par pièce (F/P) de 0,07, les anophèles sont apparus peu abondants dans le district, notamment dans cinq sites où leur présence n’a pas été décelée. Leur nombre n’a été relativement important qu’au cours de la saison pluvieuse, notamment en septembre, avec un nombre de P/H/N de 2,25 et un nombre de F/P de 0,3 et dans trois sites situés dans des zones non aménagées où a été collecté 81,4 % de l’effectif. Le taux de parturité des femelles capturées sur homme a été de 32,6 % et celui des femelles endophiles de 50 %. L’examen des glandes salivaires n’a pas révélé la présence de sporozoïtes de Plasmodium chez les femelles disséquées (98,5 % du total collecté). Le suivi parasitologique et clinique a concerné 2 583 personnes âgées de 1 mois à 80 ans appartenant à 285 familles résidentes et volontaires. Parmi elles, 41,9 % étaient âgées de moins de 15 ans et 92,2 % résidaient à Dakar depuis plus de 2 ans. Des gouttes épaisses et frottis mensuels ont permis d’enregistrer un indice plasmodique (IP) de 1 % et un indice gamétocytique de 0,1 %. Seul P. falciparum a été retrouvé chez les sujets parasités, dont 80 % environ ont séjourné, durant la période d’étude, en zone rurale où l’infestation a pu se produire. Des porteurs d’hématozoaires ont été enregistrés à toutes les tranches d’âge avec des IP variant de 1,6 % chez les moins de 2 ans à 0,4 % chez les sujets âgés de 20 ans et plus qui se sont révélés de façon significative moins fréquemment parasités. Des sujets parasités ont été dépistés tous les mois durant la période d’étude avec des IP variant de 0,4 % en janvier à 1,9 % en décembre et c’est au cours du dernier trimestre de l’année qui suit immédiatement la saison pluvieuse (juillet à septembre), qu’ils ont été plus nombreux que durant les autres avec un effectif correspondant à 38,8 % du total enregistré au cours de l’étude. L’IP inférieur ou au plus égal à 1,2 % dans 10 sites s’est nettement accru dans les deux sites situés dans des bidonvilles peuplés majoritairement d’immigrants d’origine rurale pour atteindre respectivement 3,8 et 6,8 %. À la fin de l’année d’étude, 1 067 parmi les participants ont été considérés comme ayant bénéficié d’un suivi médical satisfaisant. Pour cette cohorte l’incidence annuelle de la parasitémie a été de 5,1 % et celui des accès palustres de 2,4 %. Ces taux n’ont pas varié de façon significative selon l’âge, se situant entre 1,8 et 7,6 % pour la parasitémie et 0,8 et 3,5 % pour les accès palustres. Mais ils ont différé significativement selon les sites et sont apparus nettement plus élevés dans les deux se trouvant dans des bidonvilles, s’élevant respectivement à 12,1 et 36,5 % pour la parasitémie et à 6,1 et 15,9 % pour les accès palustres. Il n’a pas été possible avec les résultats obtenus d’évaluer la transmission du paludisme sur la base des données entomologiques. Mais des estimations effectuées à partir du nombre de sujets parasités ont donné 1 piqûre infectée d’anophèle/homme tous les 20 ans pour l’ensemble du district et 1 piqûre infectée respectivement tous les 3, 8 et 10 ans pour chacun des trois sites les plus atteints. La faible prévalence du paludisme dans le district sanitaire centre de Dakar et aussi dans le district sanitaire sud précédemment étudié pourrait s’expliquer par l’aménagement urbain et un accès plus facile aux soins médicaux comme dans d’autres centres urbains d’Afrique de l’Ouest et aussi, et surtout, par sa situation en zone nord-soudanienne avec une pluviométrie annuelle généralement inférieure à 400 mm.