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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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La prévention du sida à travers une association de jeunes en Côte d’Ivoire : impact, bénéfices et déconvenues Volume 9, numéro 4, Juillet-Août 1999

Auteurs
Réseau IEC-Population (Abidjan), Centre MST, Hôpital Saint-Louis, 42, rue Bichat, 75010 Paris, France, Faculté de médecine d’Abidjan, 22 BP 1194, Abidjan 22, Côte d’Ivoire.
  • Page(s) : 259-65
  • Année de parution : 2000

Depuis quelques années, on constate, en Côte d’Ivoire, et particulièrement à Abidjan, un nombre croissant d’associations dans la lutte contre le sida. En suivant l’itinéraire de l’une d’entre elles, la CESAM (Cellule scolaire antisida & MST), de 1991 à 1996, cet article décrit une expérience de prévention du sida auprès des jeunes à Abidjan par l’éducation mutuelle ou éducation par les pairs. Un bilan critique du fonctionnement de la CESAM et de ses actions permet d’exposer un certain nombre de difficultés d’ordre méthodologique, programmatique, humain et matériel qui se posent au cours de ce type d’activités et dont on parlait relativement peu jusqu’à ces derniers temps. La CESAM est l’une des premières associations ivoiriennes de lutte contre le sida dirigées vers la jeunesse et dont les membres sont des jeunes. Cette particularité est à l’origine de certains succès dans les actions qui ont été menées, mais aussi d’un certain nombre d’échecs et de déconvenues. À l’actif des premiers, on peut citer plus de 25 000 personnes sensibilisées depuis 1992 ainsi qu’une satisfaction globale du public comme des institutions locales. Parallèlement, une nouvelle identité sociale s’est établie chez ces jeunes, née de la motivation des membres et de la sensibilité personnelle de certains au sida, aux MST ou aux problèmes liés à la contraception. Cependant, ceci est tempéré par l’existence de rivalités entre membres et de recherches de bénéfices, révélées par l’arrivée, à partir de 1993, de financements, dont un relativement important en 1994-1995 pour une telle association de jeunes. Les auteurs, qui ont suivi de près l’évolution de la CESAM, estiment que l’argent, au lieu de faciliter le fonctionnement de l’association en renforçant la confiance de ses membres et le prestige social qu’ils se sont forgés, l’a orientée vers des activités dispendieuses, stéréotypées et d’efficacité incertaine en termes d’impact éducatif, et a accentué le penchant vers des stratégies personnelles de recherche de pouvoir, de privilèges ou d’intérêts divers. Plus généralement, il est probable que ces phénomènes se retrouvent dans d’autres associations. Les auteurs pensent que la présence et le rôle excessifs de l’argent dans une structure de prévention du sida dont le coût éducatif peut être relativement modéré en fonction des méthodes utilisées, risquent de saper les motivations et de nuire aux efforts acquis dans ce domaine depuis quelques années.