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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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La poliomyélite dans le cercle de Niono Bilan de huit années de soins de rééducation primaires dans le Sahel malien Volume 3, numéro 2, Mars-Avril 1993

Auteur
Soins familiaux de rééducation, BP 41, Niono, Mali.
  • Page(s) : 112-23
  • Année de parution : 1993

Les soins de rééducation primaires (SRP) ont été définis au séminaire de Bamako en janvier 1982. Ils préconisent une rééducation simple, prise en charge par les parents dans le cadre familial. Les 123 000 habitants du cercle de Niono (Sahel malien) se répartissent en 227 villages sur 23 400 km2. 1,5 % de ces terres sont irriguées ; très peuplées, elles sont gérées par l’Office du Niger. La prévalence de la poliomyélite est dix fois plus élevée dans l’Office du Niger que dans le reste du cercle. L’incidence de la maladie augmente jusqu’au démarrage du Programme élargi de vaccination (1988). Soixante-dix-huit pour cent des cas surviennent au cours des quatre mois de forte chaleur. Les paralysies des membres inférieurs sont cent fois plus fréquentes que celles des membres supérieurs. Les soins de rééducation primaires ont débuté à Niono fin novembre 1983. Seule la première consultation a lieu au local des SRP ; toutes les autres se déroulent dans les familles. La sensibilisation vise à expliquer que la rééducation permet de limiter les séquelles de la maladie et peut être prise en charge par les parents. Cette sensibilisation est transmise de multiples façons : séminaires, stages, réunions, interviews à la radio, films vidéo, pièces de théâtre, écrits divers... C’est à la famille que revient le rôle essentiel dans un tel type de rééducation. On n’utilise que du matériel « familier », disponible ou fabriqué sur place, ainsi que des objets d’usage courant. Tenant compte de la psychologie du milieu, on veillera à lutter contre le fatalisme, à être à l’écoute des familles, à expliquer le pourquoi des exercices, à démystifier la maladie et les soins, ainsi qu’à favoriser un climat de confiance. Quatre-vingt-huit pour cent des familles ont accueilli favorablement ce type de rééducation. Près de 95 % des enfants rééduqués dès les premières semaines remarchent sans séquelles notables. L’évaluation humaine se mesure à la motivation des parents : respect des rendez-vous à domicile, persévérance dans la poursuite de la rééducation. Pour la majorité des familles, la poliomyélite se présente non plus comme une fatalité, mais comme un combat.