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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Économie de la santé au Mali Volume 6, numéro 6, Novembre-Décembre 1996

Auteurs
Institut national de recherche en santé publique, BP 1771, Bamako, Mali.
  • Page(s) : 353-9
  • Année de parution : 1996

À partir des résultats obtenus en matière de financement de la santé au Mali, deux points importants sont à retenir : le manque de critères de répartition des ressources à l’intérieur du secteur de la santé (il y a donc gaspillage des ressources) et l’absence d’une politique pharmaceutique adéquate. Les enquêtes de terrain menées dès 1987 ont permis de constater que le taux d’occupation des lits est très faible, que de nombreux nouveaux investissements ne sont pas mis en service faute des équipements nécessaires ou par manque de personnel qualifié, sans compter les investissements surdimensionnés réalisés dans certaines localités où ni le taux de fréquentation, ni les conditions économiques ne permettront jamais d’utiliser la capacité créée. Parmi les solutions qui s’offrent à la crise de financement de la santé au Mali, la lutte contre le défaut total d’organisation des activités au sein des formations, la lutte contre les gaspillages et détournements qui résultent des comportements clientélistes du personnel médical et paramédical ainsi que la transparence dans la gestion des ressources issues de la tarification des actes devraient être prioritaires. La politique pharmaceutique adoptée et mise en œuvre ces dernières années a largement contribué, d’abord, à créer la concurrence entre le médicament essentiel générique et la spécialité qu’il peut remplacer et, ensuite, à détruire le réseau public de distribution des médicaments. Les conditions ainsi mises en place ont considérablement gêné la diffusion du médicament essentiel qui pourrait pourtant réduire les dépenses pharmaceutiques et, ainsi, permettre de consacrer plus de ressources au financement des actes médicaux. Comme le réseau de distribution est désorganisé, la seule possibilité pour que la population dispose de médicaments au prix le plus bas a été la création de centrales d’achat et de distribution et la multiplication des points de vente de médicaments essentiels. Si, malgré les nombreux travaux conduits dans le secteur de la santé au Mali et assortis de propositions concrètes permettant d’améliorer le fonctionnement du système, ces conclusions ont rarement été prises en compte par les décideurs de la politique de santé, c’est évidemment parce que, derrière les aspects de financement des services de santé, il y a un enjeu politique important. Il est aussi connu que les gouvernements de nombreux pays, y compris du Mali, ont dû recourir à des programmes d’ajustement qui réduisent leur marge de manœuvre en matière de politique économique, en général, et sanitaire, en particulier : les bailleurs de fonds « placent » de grands montants d’aides dans le secteur de la santé, mais les conséquences ne les intéressent absolument pas. La promotion du secteur de la santé nécessite une volonté politique courageuse. Les études d’ordre micro-économique, en revanche, ont permis la création des premiers centres de santé communautaires au Mali. Ces exemples, désormais suivis par de nombreuses localités du Mali, constituent l’espoir du secteur de la santé.