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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Défaut de proposition de dépistage parasitologique à des migrants précaires en France : facteurs épidémiologiques et conséquences Volume 20, numéro 4, octobre-novembre-décembre 2010

Auteurs
Direction de l'Action sociale, de l'Enfance et de la Santé 94-96, quai de la rapée 75012 Paris France, Centre médico-social Ridder 3, rue de Ridder 75014 Paris France, Faculté de médecine Paris-Descartes Département de médecine générale 24, rue du faubourg St-Jacques 75014 Paris France, Laboratoire d'hygiène de la ville de Paris 11, rue Georges Eastman 75013 Paris France, Service social des CMS-CDAG de Paris (DASES) Centre médico-social Belleville 218, rue de Belleville 75020 Paris France

Le service de santé de Paris propose des consultations gratuites de médecine générale de premier recours (CDO, consultations de diagnostic et d'orientation) dans ses centres médicosociaux (CMS) à destination des personnes en situation de précarité, dont une majorité sont des migrants originaires d'Afrique.Objectifanalyser l'absence de proposition de dépistage d'infections parasitaires intestinales et urinaires aux migrants primoconsultants en CDO.Matériel et méthodeétude observationnelle rétrospective auprès du total des migrants primoconsultants de l'année 2003 dans quatre CMS parisiens. Analyses univariées puis multivariées ajustées sur l'âge, le sexe et l'origine géographique ; données qualitatives issues des CDO effectuées par un des médecins.Résultatscinq cent trois patients inclus vus par 9 médecins. Ces 503 patients étaient candidats au dépistage parasitologique des selles (EPS) et 481 d'entre eux l'étaient également au dépistage des urines (EPU) à la recherche de bilharziose urinaire. Sex-ratio (H/F) : 4, et plus de 50 % ont moins de 35 ans ; origine : Afrique subsaharienne (environ 80 %), Afrique du Nord ou Moyen-Orient (environ 16 %), Asie ou Amérique du Sud (4,5 %) ; plus de 50 % n'ont aucune couverture santé. Les EPS et EPU n'ont pas été proposés à trois migrants exposés sur cinq : l'EPS était moins souvent proposé aux migrants non originaires d'Afrique subsaharienne, âgés de plus de 35 ans, et à ceux n'ayant pas de symptômes abdominaux ; l'EPU était moins souvent proposé aux patients originaires d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, âgés de plus de 35 ans, et à ceux ne présentant pas de symptômes abdominaux ou de symptômes urologiques. Résultats des EPS/EPU effectués : 32/161 cas de parasitoses intestinales (prévalence : 20 %) dont 14 cas à Entamoeba histolytica ou à Entamoeba dispar (distinction par notre laboratoire impossible entre les deux souches) et 22/171 cas de bilharziose urinaire (13 %).Discussionles Africains subsahariens sont le sous-groupe le moins touché par la non-proposition (effet de masse-visibilité ? symptômes abdominaux et urologiques plus fréquents), mais sont les plus exposés aux parasites (45/46 cas détectés) et plus de 50 % d'entre eux non sollicités (perte de chance de dépistage, de traitement et de détection des complications). Causes de non-proposition ? Facteur « médecin » : parasitoses considérées comme secondaires ou parfois oubliées. Facteur « patient » négligeable (bonne acceptabilité). Facteur « consultation » : manque de temps, difficulté de communication, demande monopolisante. Recommandations : proposer et expliquer l'EPS aux migrants en France depuis moins de 5 ans, à l'exception des Africains subsahariens (traitement présomptif antiparasitaire) ; proposer l'EPU aux migrants africains à risque de bilharziose urinaire. En médecine générale libérale, le dépistage parasitologique selles et urines pourrait être plus souvent prescrit chez les migrants récemment arrivés de régions endémiques.