John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique / Pédiatrie

MENU

Mort subite du nourrisson : aspects épidémiologiques, histoire et statistiques Volume 1, numéro 3, Mai-Juin 1998

Auteurs

En l'espace de 4 ans, le nombre des morts subites du nourrisson a considérablement diminué, passant de 1 464 cas déclarés en 1991 à 539 cas en 1995. « Drame familial et défi collectif » écrivaient Gilly et Dehan en 1989 [1]. Dix ans plus tard, si le drame familial demeure, il semble bien que le défi collectif ait été relevé. Et, pourtant, l'histoire récente de la mort subite du nourrisson (MSN) dans notre pays constitue une illustration remarquable des difficultés, face à un grave problème de santé publique, qui émaillent l'entente entre les médecins, les chercheurs et les décideurs, et des écueils qu'il faut surmonter pour privilégier certains axes de recherche, pour adopter les méthodes scientifiques convenables et parvenir enfin à une décision de santé publique. Cette histoire montre surtout que des renversements de tendance et des progrès extrêmement rapides peuvent encore intervenir dans la mortalité, phénomène habituellement considéré dans nos pays comme doté d'une grande force d'inertie. La multiplication soudaine de la mort subite du nourrisson vers 1970 puis sa diminution tout aussi imprévisible et rapide, vers 1991, conduisent à chercher un fait spécial sous-jacent. Le changement de position de sommeil, la mode ventrale importée des États-Unis vers 1970, remplit bien cet office [3]. La mobilisation des pouvoirs publics qui fut assez précoce en France dans un premier temps, grâce à l'appel de certains pédiatres (encadré 2), a par contre tardé ensuite à produire ses effets par rapport à ce qui a été entrepris plus vite aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, sans doute faute de consensus entre médecins. Mais sans mobilisation aucune, aurait-on observé une baisse aussi spectaculaire ? On peut sérieusement en douter.