John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique / Pédiatrie

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Décisions éthiques en médecine et réanimation néonatales Volume 1, numéro 5, Septembre-Octobre 1998

Auteurs

Les décisions éthiques en médecine et réanimation néonatales concernent principalement le problème de la limitation ou de la cessation des soins à un nouveau-né potentiellement très gravement handicapé pour l'avenir. On résume habituellement ce problème par la formulation abstention-arrêt thérapeutique (withholding-withdrawing life-sustaining treatment) [1]. Ce problème est directement issu du progrès rapide, au cours des 30 dernières années, des techniques de réanimation néonatale qui ont rendu possible la survie de nouveau-nés au prix de séquelles, notamment neuro-développementales, très handicapantes. Aux âges plus avancés de la vie, les situations éthiques concernent souvent des états pathologiques terminaux au cours desquels peut se poser le problème du passage des soins curatifs à des soins palliatifs (réorientation d'un objectif de guérison vers un objectif de confort). En période néonatale en revanche, les pathologies terminales sont rares et ne posent guère de problèmes éthiques ; les véritables dilemmes moraux concernent des patients qui, sans une telle décision de limitation ou de cessation de traitement, survivraient à long terme en étant gravement handicapés. Il s'agit donc en fait d'une euthanasie [2], quelle que soit la procédure réellement employée et même si cette dénomination n'est jamais utilisée par les protagonistes. Certains font une distinction entre abstention et arrêt thérapeutique, ou entre euthanasie passive et euthanasie active, alors que d'autres considèrent que toutes ces procédures relèvent éthiquement d'une prise de décision identique. Depuis 10 à 15 ans, et plus particulièrement depuis la publication en 1986 d'un numéro spécial des Archives françaises de pédiatrie [3], de nombreux articles en la matière sont parus dans la presse professionnelle. Le premier signataire de cet article lui a consacré une thèse d'éthique médicale [4]. Dehan a récemment fait le point dans un ouvrage de collaboration [5]. Dans le présent article, plutôt que reconsidérer l'ensemble du problème, on tentera de répondre à trois questions peu souvent abordées : de quelles informations dispose le grand public français ? quelle est la pertinence « éthique » des principes qui sous-tendent la décision de laisser mourir, voire de faire mourir, un nouveau-né ? quelles sont les évolutions prévisibles à moyen terme dans ce domaine ?