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Il est urgent de repenser la cancérologie.Deuxième partie : des exemples...


Médecine. Volume 6, Numéro 5, 228-32, Mai 2010, Concepts et outils

DOI : 10.1684/med.2010.0562

Résumé  

Auteur(s) : Luc Perino , Médecin généraliste .

Résumé : Nous avons vu dans la première partie de cet article comment différents facteurs avaient convergé pour construire autour de la « cancérologie » une unanimité quasi dogmatique faite de croyances et de lois du marché, de renforcement mutuel entre bons sentiments et outils mercatiques efficaces à propos du dépistage, de la prédiction et de la précaution... Comme il était souligné en conclusion de cet article, les notions d'irréversibilité absolue et d'extension obligatoire de tout cancer, à la base de cette unanimité, étaient pleinement conformes à l'intuition populaire et à celle d'une majorité de médecins. Ce deuxième article développe quelques exemples concrets.

Mots-clés : cancer, chimiothérapie, dépistage, éthique, facteurs de risque

ARTICLE

Avec 20 ans de recul, le dépistage du cancer du sein n'a pas réduit la mortalité

Faits et débats

Les premiers dépistages de masse de cancer du sein firent suite à l'étude publiée par un radiologue hongrois en 1985 [1]. Cette étude, qui revendiquait 30 % de baisse de mortalité, était largement biaisée. En 2006, Zahl en fit une critique sévère dont la publication fut refusée [2]. Les pressions exercées pour ce refus font désormais partie du patrimoine historique des manipulations éditoriales ! Heureusement, d'autres critiques avaient échappé à la censure [3]. De nombreuses références bibliographiques sur ce thème peuvent être consultées dans deux articles de deux revues indépendantes [4, 5]. Enfin la méta-analyse Cochrane de 2006 a confirmé l'absence d'effet sur la mortalité [6].

En France, les chiffres les plus favorables, en corrigeant les effets du vieillissement de la population, font état d'une mortalité qui passe de 29 pour 100 000 en 1993 à 26,5 pour 100 000 en 2002 [7]. Soit une baisse de 8,6 % qu'il n'est pas possible de lier au dépistage puisque le chiffre porte sur l'ensemble des femmes dépistées et non dépistées. Même ainsi biaisé dans un sens favorable, la baisse de mortalité relative oscille entre 0 % et 8 %. Nous sommes bien loin des 30 % de l'étude initiale !

La faiblesse de ces résultats est encore aggravée par le fait que le traitement des cancers cliniques du sein est parmi ceux qui ont les meilleurs résultats. En effet, si la chimiothérapie est peu efficace, une bonne partie de ces cancers ­ ceux qui possèdent des récepteurs hormonaux ­ bénéficient du traitement par les antiestrogènes. Les études confirment ces bons résultats après correction en fonction du grade de la tumeur et de sa diffusion [8]. Il faut donc s'étonner de leur absence de visibilité en termes de mortalité, et affirmer que les résultats du dépistage sont encore plus médiocres.

Avec ce recul de plusieurs années qui permet enfin l'application de la médecine factuelle et statistique, force est de constater que le deuxième principe scientifique est violé. Non, le dépistage de masse du cancer du sein par mammographie ne relève pas de la médecine basée sur les preuves.

Les bons sentiments

Les derniers arguments pour continuer les campagnes de dépistage de masse sont souvent d'ordre affectif. Ils magnifient les cas éventuels de quelques femmes dont la survie aurait pu être prolongée par l'exérèse précoce d'un cancer à potentiel évolutif grave dépisté à un stade préclinique. Cet argument ne tient pas puisque les premiers marqueurs d'évolutivité [9], de pronostic [10] ou de récidive [11] ont commencé à voir le jour bien après les débuts du dépistage. Cet argument, donnant parfois l'occasion de rappeler à certains cancérologues qu'ils n'ont pas le monopole de l'empathie, doit les encourager dans la recherche des signes d'évolutivité maligne, mais certainement pas dans la poursuite du dépistage de masse.

D'autres arguments volontiers utilisés par des politiciens dont la démagogie ne veut pas dire son nom, relèvent de l'activisme : le cancer touche tant de monde que tout ce que l'on peut tenter pour le circonscrire mérite d'être essayé. L'argument de l'activisme peut être acceptable : d'accord, tout peut être essayé, mais ce qui a définitivement fait la preuve de son inefficacité doit être abandonné.

Évaluation des nuisances

Il s'agit d'un sujet tabou et très difficile à traiter. Ceux qui l'osent sans de solides preuves risquent le bannissement. Abritons-nous derrière les rares études sur ce sujet.

Il s'agit de traiter ici deux problèmes : celui des faux-positifs et celui des cancers supposés être sans potentiel évolutif. L'étude la plus sérieuse sur les faux positifs est celle de l'Institut de recherche britannique sur 160 000 femmes de 40 à 50 ans. Elle conclut qu'un décès a été évité pour 2 512 femmes dépistées et a dénombré 23 % de faux positifs ayant entraîné une biopsie [12]. Ainsi 40 000 femmes ont subi des examens complémentaires inutiles et le stress d'un diagnostic de cancer. D'autres études estiment le surdiagnostic à 30 % [13].

Aucune étude ne peut mesurer la morbidité physique et psychologique engendrée par les interventions et examens inutiles. Le terme de « panique au cancer » désigne la spirale infernale qui aspire médecins et patients, puisque les scanners ou analyses, n'étant jamais normaux à 100 %, suscitent toujours d'autres tests de vérification qui en amènent à leur tour de nouveaux...

Le principe éthique de la non-nuisance est, lui aussi, bafoué. Ajoutons qu'en France, aucune information officielle émanant du ministère n'expose clairement les bénéfices et les risques du dépistage systématique empêchant encore l'expression du libre-arbitre [14] du patient.

La mise en oeuvre du dépistage du cancer du côlon laisse perplexe

Échec annoncé ?

En même temps que les preuves s'accumulaient sur l'inutilité du dépistage de masse du cancer du sein, la France était le premier pays à mettre en place le dépistage systématique du cancer du côlon. Cette décision laisse perplexe, car l'échec risque ici d'être encore plus cuisant.

L'incidence exacte du cancer du côlon en France est de 36 000 cas par an soit 0,06 %. La prévalence (moins exacte) est de l'ordre de 0,3 %. Le test Hémoccult II® avait une sensibilité de 50 %, les tests immunologiques plus récents de l'ordre de 85 %, soit 15 % de faux négatifs. Le taux de faux positifs reste inchangé, il est de 3 %.

Les chiffres d'incidence et de prévalence nous indiquent que sur une population de 100 000 personnes, 300 sont porteuses d'un cancer du côlon, dont 60 sont apparus dans l'année. Le test pratiqué sur ces 100 000 personnes sera positif chez 85 % des cancéreux soit : 300 × 85/100 = 255 personnes. Il sera aussi positif chez 3 % des non-cancéreux soit : 97 700 × 3/100 = 2 931 personnes.

En cas de test positif, la probabilité d'avoir un cancer est le rapport des positifs cancéreux (255) sur le total des positifs (cancéreux et non cancéreux soit 255 + 2 931 = 3 186). Ce rapport est donc de 255/3 186 = soit 8 %.

Ces chiffres correspondent à la démonstration en valeurs absolues des données du théorème de Bayes qui calcule les probabilités a posteriori, correspondant exactement à la situation du dépistage dit « de masse ». Pour ceux qui n'ont pas compris, je les rassure, 2 % seulement des médecins connaissent ce théorème de Bayes et seulement 5 % des médecins universitaires enseignants [15] ! !

La rigueur scientifique et le respect du libre-arbitre devraient imposer au ministère d'avertir les citoyens que s'ils ont un test positif, ils ont seulement 8 chances sur 100 d'avoir un cancer du côlon. Il faudrait leur préciser que la coloscopie qui suivra inévitablement sera inutile dans 92 % des cas. Il faudrait leur dire que cette coloscopie sous anesthésie générale n'est pas un acte anodin.

Dans son livre [16], Welch présente aussi les chiffres en valeur absolue, en considérant le cas largement le plus favorable où le dépistage réduit la mortalité par cancer du côlon de 30 % et il les rapporte à la prévalence de ce cancer.

Sur 1 000 hommes de 50 ans, la répartition sera la suivante :

­ 3 vont mourir d'un cancer du côlon.

Avec dépistage, la situation sera :

­ 2 vont mourir d'un cancer du côlon malgré le dépistage,

­ 1 homme va différer son décès grâce au dépistage.

Il y en a donc 999 qui ne tirent aucun bénéfice du dépistage !

Les ministères, en évitant ces informations simples et explicites, bafouent encore le principe éthique de l'autonomie du patient et entravent l'expression de son libre-arbitre.

Les premières estimations réunissant plusieurs études préliminaires confirment bien ce chiffre de une à deux morts différées pour mille personnes testées et dénombrent, en outre, une complication sévère pour mille coloscopies [17].

Ces chiffres sont ceux d'une situation d'essai clinique contrôlé. Nous n'osons même pas imaginer ce qui se passera dans la vie réelle, lorsque le nombre de coloscopie sera multiplié par dix ou cent avec des anesthésistes déjà débordés de travail...

La contagion normative

Mais alors, pourquoi tant de consensus mous et si peu de réactions scientifiques ? Il y a peut-être un début de réponse qui relève de ce que nous pourrions appeler la « contagion normative ». Alors que les vaccins, les hôpitaux ou les médicaments sont régulièrement critiqués, il suffit que le ministère de la Santé lance un dépistage de masse en cancérologie pour qu'une « contagion normative » gagne immédiatement les institutions. L'Ordre des médecins, les universités ou les différents collèges médicaux ne lancent guère de débats sur les besoins sanitaires ou les preuves scientifiques de ces choix et n'osent guère en dénoncer les manoeuvres politiciennes ou démagogiques, pourtant parfois grossières.

Cette « contagion normative » peut se comprendre. D'éminents chercheurs ont fait le lien entre polype et cancer. Il semble, en effet, que la plupart des cancers se développent sur un polype initial. Personne ne se demande si tous les polypes deviennent cancéreux puisque l'intuition populaire et la médecine adhèrent à l'inexorabilité évolutive et mortelle des maladies. On admet que tous ceux qui ont un cancer ont eu un polype un jour en oubliant que tous ceux qui ont un polype n'auront pas forcément un cancer. Ceci rappelle la plus subtile des publicités pour la loterie nationale : tous ceux qui ont gagné ont tenté leur chance un jour !

Contagions normatives en cascade : une polypectomie sous anesthésie générale est un acte sérieux ; un ministère qui décrète le dépistage systématique de ces polypes sur la base d'une étude honnête qui affirme avoir différé quelques morts en situation d'essai clinique ne peut être critiquable ; des sommes importantes sont engagées conférant une nouvelle preuve de sincérité ; les institutions et les médecins sont valorisés par leur mise à contribution.

Tout est grave, noble et politiquement correct. Personne n'a menti, personne n'est critiquable et l'électeur est content. À ce niveau d'autosatisfaction, il devient superfétatoire de se préoccuper de la rentabilité de l'opération en termes de santé publique ou de santé tout court. À défaut d'apporter une preuve mathématique, cette contagion normative apporte une caution administrative à l'intuition déjà bien ancrée du « traiter plus tôt pour mieux guérir. »

La victoire est assurée bien avant la ligne d'arrivée, et lorsque dans vingt ou trente ans, les résultats se révèleront dérisoires ou négatifs, cela n'aura pas d'importance puisque beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts de la recherche (je l'espère vivement) ouvrant de nouveaux espoirs qui feront pardonner les errements du passé.

On rétorque souvent à cet argument qu'il est criminel de vouloir endiguer ce flot d'activisme et d'espoir, on y suspecte volontiers un nihilisme thérapeutique, un négationnisme de la recherche, une résignation, un immobilisme ou un désintérêt pour la souffrance des patients. Ces critiques ne sont pas étonnantes, l'activisme spectaculaire soumis au marché a tendance à s'attribuer aussi les monopoles de l'action et de la compassion !

Nous demandons simplement aux activistes qu'ils cessent de se revendiquer de la médecine basée sur les preuves et de l'éthique médicale et qu'ils analysent plus honnêtement les autres facteurs de cette contagion normative.

Les chimiothérapies

La chimiothérapie anticancéreuse est-elle efficace ?

Les cancers dépistés ou cliniques reçoivent tous, à des degrés divers, un ou plusieurs des traitements usuels que sont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Répétons que si la chirurgie et la radiothérapie ont apporté des preuves dans des cancers cliniques évolués, c'est loin d'être le cas pour la chimiothérapie. Si l'on excepte les lymphomes, les cancers du testicule et les antihormones pour certains cancers du sein et de la prostate, les cliniciens de terrain ont fort tendance à croire ceux qui osent dire que la chimiothérapie des tumeurs solides est inutile. Quant à leur action sur les cancers dépistés, elle est impossible à apprécier puisque nul n'en connaît a priori le devenir clinique. Nous avons déjà évoqué leur inefficacité par des analyses a posteriori.

Il faut donc tenter de répondre à une nouvelle question troublante et embarrassante : pourquoi tant de chimiothérapies coûteuses aussi souvent vantées dans de nombreuses publications ? Encore une fois, il s'agit d'un leurre et d'une contagion normative.

La revue indépendante Prescrire jette directement à la poubelle plus de 90 % des chimiothérapies en regardant les dossiers d'AMM [18]. La mise sur le marché de ces produits est totalement fantaisiste. Citons un exemple parmi cent : le panitumumab a obtenu l'AMM pour le traitement du cancer du côlon métastasé en présentant aux autorités un essai clinique démontrant une prolongation de survie de 5 jours, pour un coût mensuel de 3 500 euros par patient [20]. L'obtention d'une AMM est un excellent premier pas pour une contagion normative !

Même plus besoin de la preuve

Il est une autre raison plus pernicieuse à cette contagion normative. Avant 1960 et l'avènement de la médecine basée sur les preuves, les thérapeutiques, au mode d'action souvent méconnu, relevaient d'un empirisme clinique non évaluable et de la subjectivité des mandarins et des prescripteurs. Les nouvelles normes, en imposant l'essai clinique randomisé, ont apporté les preuves statistiques d'efficacité sans se préoccuper des mécanismes d'action. La pharmacodynamie et la biologie moléculaire ont ensuite permis de démontrer les mécanismes d'action permettant l'élaboration de magnifiques visuels promotionnels. Désormais, puisque le double aveugle contre placebo n'est plus exigé pour les chimiothérapies, un mécanisme d'action sophistiqué suffit à séduire les autorités malgré la médiocrité des résultats. Il suffit de revendiquer un point d'action dans la chaîne de l'apoptose ou de la néoangiogenèse tumorale pour séduire les autorités, les marchés et les financeurs. Ces actions théoriques ne suffisent pas à constituer une preuve d'efficacité, mais produisent autant de catalyseurs de la contagion normative et promotionnelle. En cancérologie, les laboratoires n'ont même plus besoin de fournir des preuves, il leur suffit d'afficher leur engagement technologique et financier. (Allez voir ce film, il est forcément bon puisqu'il utilise des images numériques et qu'il a coûté dix milliards de dollars !)

Vous n'avez pas le choix

Aujourd'hui, la grande majorité des patients porteurs de cancer sont inclus dans un essai clinique destiné à obtenir une AMM. Cette inclusion est si indispensable au fonctionnement de la cancérologie que les médecins réussissent à convaincre tous leurs patients d'y participer en affirmant souvent que d'être suivis dans le cadre de cet essai améliorera leurs chances. Pourtant, l'inclusion dans un essai ne semble pas, non plus, améliorer le pronostic [21].

En matière de cancérologie, l'ancien paternalisme mandarin du croyez-moi a fait place au nouveau paternalisme du vous n'avez pas le choix. Comment un ignorant pourrait-il avoir le choix devant un scientisme aussi complexe et aussi coûteux ! ?

Risque de relégation de la prévention

Peut-on encore honnêtement penser que l'avenir de la cancérologie puisse reposer sur le dépistage ou la chimiothérapie ? Évidemment non, il dépendra probablement de l'affinage du diagnostic génétique et cellulaire, de nouveaux vaccins, et avant tout de la « vraie » prévention puisque 30 à 40 % des cancers ont des causes assez facilement évitables [22].

Reconnaissons que la tâche n'est pas facile pour au moins deux raisons. Elle risque facilement de déraper vers une dictature de la « bonne santé » avec en corollaire une diminution du libre arbitre équivalente à celle que nous venons de critiquer. Et elle est délétère sur le PIB en encourageant la diminution de nombreuses consommations (en plus de celle des chimiothérapies !) Ceci est un choix politique fort. Pour l'instant, les choix du dépistage et de la chimiothérapie tendent à une relégation de la prévention. Saluons tout de même les efforts faits avec persévérance, diplomatie et intelligence autour du fléau du tabac.

Le dernier principe éthique

Nous venons de voir que le cancer étant le meilleur candidat au registre de l'émotionnel, c'est le domaine de la pathologie où il est le plus facile de faire impunément l'impasse sur la médecine des preuves et sur les principes éthiques de réfutabilité, bienfaisance, non-nuisance et libre-arbitre.

Le dernier principe est celui de la justice ou de l'équité. La médecine est une science humaine qui ne peut pas s'extraire du monde dans lequel elle s'exerce. Comme il serait merveilleux de pouvoir dépenser des milliards pour assurer une survie de quelques jours à une seule personne. Comme la plupart des soignants, je souhaite ardemment pouvoir gagner quelques mois de plus de présence d'une mère auprès de ses enfants ou quelques jours de sursis à un grand-père qui a commencé à raconter une histoire à ses petits-enfants.

Hélas, notre système sanitaire évolue dans un ensemble budgétaire mathématiquement borné où ce qui est donné aux uns est prélevé aux autres.

Chaque diagnostic de cancer (dépisté, clinique ou erroné) débouche sur des actions qui sont parmi les plus coûteuses. Le prix de la plupart des chimiothérapies dépasse le raisonnable pour un bénéfice de plus en plus faible et de plus en plus mal évalué. En effet, sous diverses pressions, les exigences réglementaires ont été baissées pour tous les essais cliniques des chimiothérapies anticancéreuses. Venant encore aggraver la situation paradoxale de la cancérologie où la plus grave pathologie baigne dans le plus faible niveau de preuve, tant pour le diagnostic que pour le traitement !

Le choix de traitements à 30 000, 40 000 ou 50 000 e par an et par patient dans des sociétés où le budget de la santé n'est pas illimité, entraîne forcément des « pertes de chance » pour d'autres soins et d'autres populations, et soulève de légitimes interrogations sur la puissance des lobbys.

Certes, il subsiste encore des domaines de notre métier où l'application du principe des preuves est impossible ou irréaliste. Très bien, dans ce cas ne brandissons pas un principe éthique que nous bafouons grossièrement. Admettons le subjectivisme de nos choix et osons dire que ce sont le normatif, le marché, l'ordinal, l'administratif, la grégarité ou le politiquement correct qui les guident et non la vérité scientifique ou le bénéfice sanitaire public.

Ne bafouons pas le dernier principe : celui de l'équité. Osons dire que les milliards que nous accordons à ces nouveaux subjectivismes, nous les prenons aux 20 % des Français qui ne bénéficient même plus des soins primaires de base.

Conclusion

Parfois, les excès permettent un sursaut. Les stupides aberrations du dépistage du cancer de la prostate par le PSA sont-elles la goutte d'eau qui va faire déborder le vase ? Soyons optimistes en constatant le refus de l'HAS de mettre en place un dépistage de masse réclamé par les urologues.

La rigueur n'a décidément pas encore atteint les rivages du dépistage et des chimiothérapies. Il semble bien difficile d'y réhabiliter une véritable éthique. Celle qui redonnerait à la vie un sens qui ne soit pas celui de l'attente d'une morbidité provisoirement différée. Qui rende aux patients la dignité d'une maîtrise de leurs symptômes. Qui donne aux citoyens toutes les informations permettant d'affermir leur autonomie et d'exercer leur libre-arbitre.

Utopie ou non ! Le dépistage, la prédiction et la précaution ont fait entrer la médecine dans la gnose. La tâche ultime consistera à lui rendre sa place de science agnostique chargée d'améliorer le soin primaire et non d'interroger notre finitude.

La médecine pourra-t-elle y parvenir sans s'affranchir du marché et de la démagogie ?

Références

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  2. Zahl PH, Goetzsche PC, Andersen JM, Mæhlen JJ. Results of the Two-County trial of mammography screening are not compatible with contemporaneous official Swedish breast cancer statistics. Eur J Cancer 2006 [unpublished].
  3. Nyström L, Andersson I, Bjurstam N, Frisell J, Nordenskjöld B, Rutqvist LE. Long term effects of mammography screening : updates overview of the Swedish randomized trials. Lancet. 2002;359:909-19.
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    Note :

    1. Note de la rédaction de Médecine : l'article de Luc Perino, que nous publions dans son intégralité, a soulevé des controverses au sein même de la rédaction, où les avis sont partagés... L'intérêt est évidemment d'ouvrir le débat auprès des lecteurs : toutes les contributions à ce passionnant dossier qui est l'une des préoccupations majeures de nos contemporains, donc de leurs médecins « de proximité », seront les bienvenues !


 

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