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Cytogénétique des syndromes myélodysplasiques et apport des techniques pangénomiques


Hématologie. Volume 16, 8-11, Congrès de la Société Française d'Hématologie, Paris, 18-20 mars 2010, Actualités sur les syndromes myélodysplasiques

DOI : 10.1684/hma.2010.0483


Auteur(s) : Mathieu Wémeau, Olivier Nibourel, Jean-Luc Laï, Bruno Quesnel , Service des maladies du sang, CHRU de Lille, Laboratoire d'hématologie, CHRU de Lille, Unité Inserm 837, Institut de recherche sur le cancer, Lille, Laboratoire de génétique médicale, CHRU de Lille.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Mathieu Wémeau1, Olivier Nibourel2,3, Jean-Luc Laï3,4, Bruno Quesnel1,3

1Service des maladies du sang, CHRU de Lille
2Laboratoire d'hématologie, CHRU de Lille
3Unité Inserm 837, Institut de recherche sur le cancer, Lille
4Laboratoire de génétique médicale, CHRU de Lille

Les anomalies clonales des cellules souches hématopoïétiques impliquées dans la pathogenèse des syndromes myélodysplasiques (SMD) sont mises en évidence chez un certain nombre de patients par les techniques de cytogénétique conventionnelle et de FISH. D'autres techniques pangénomiques, en cours d'évaluation, permettent d'identifier des anomalies « cryptiques » qui pourraient avoir un intérêt pour la détermination de nouveaux facteurs pronostiques et la recherche de nouvelles cibles thérapeutiques.

Cytogénétique conventionnelle

L'étude du caryotype médullaire, réalisée sur 20 métaphases, permet d'identifier des anomalies chromosomiques chez environ 50 % des patients, et jusqu'à 80 % dans le cas des SMD secondaires. Il s'agit majoritairement de monosomies, de délétions et de trisomies. Les translocations, récurrentes dans d'autres pathologies myéloïdes comme les leucémies aiguës, sont ici beaucoup plus rares. Le score pronostique international (IPSS), publié en 1997, intègre la valeur pronostique des anomalies chromosomiques les plus fréquentes (tableau 1) [1] : la présence d'une délétion isolée sur le bras long du chromosome 20 ou du chromosome 5 confère un pronostic favorable, alors que les anomalies touchant le chromosome 7 ou la présence d'un caryotype complexe (défini par la présence d'au moins 3 anomalies) confèrent un pronostic défavorable. Les autres anomalies, portant notamment sur le chromosome 8, ont un pronostic intermédiaire. La perte isolée du chromosome Y n'est pas toujours considérée comme pathologique, puisqu'on l'observe fréquemment chez des hommes sains ; le pronostic reste favorable pour ces patients, au même titre qu'un caryotype normal. Plus récemment, la cytogénétique d'une série de plus de 2 000 patients atteints de SMD a été publiée par une équipe austro-allemande [2]. Cet effectif important permet de mettre en évidence des anomalies cytogénétiques moins fréquentes, et d'établir leur valeur pronostique (figure 1). Il est donc intéressant de voir que certaines anomalies, certes rares, retrouvées chez moins de 1 % des patients, confèrent un excellent pronostic. La présence d'une anomalie additionnelle à la del(20q) ou del(5q) ne modifie pas de façon notable le pronostic. Les auteurs montrent également qu'une plus grande complexité (4 à 6 anomalies, et surtout plus de 6 anomalies) s'associe à un pronostic plus péjoratif que la présence de trois anomalies. Certaines des anomalies cytogénétiques, caractéristiques des SMD, peuvent également être intéressantes pour leur valeur diagnostique : selon la dernière classification OMS des hémopathies malignes, elles peuvent permettre de distinguer les SMD d'autres diagnostics différentiels, notamment des aplasies médullaires (tableau 2) [3].

Tableau 1 International Prognostic Scoring System (IPSS) pour les syndromes myélodysplasiques [1]

0

0,5

1

1,5

Cytopénies

0 ou 1

2 ou 3

-

-

Caryotype

Normal, - Y, del (5q), del (20q)

Autres anomalies

≥ 3 anomalies, anomalies du 7

-

Blastes

0-4 %

5-10 %

-

11-20 %



Tableau 2 Anomalies cytogénétiques typiques de SMD devant des cytopénies et l'absence d'anomalies cytologiques caractéristiques, selon la classification OMS 2008 des hémopathies malignes [3]

Anomalies déséquilibrées

Anomalies équilibrées

-7 ou del(7q) -5 ou del(5q) i(17)q10 ou t(17p) -13 ou del(13q) del(11q) del(12p) ou t(12p) del(9q) idic(X)(q13)

t(11;16)(q23;p13.3) t(3;21)(q26.2;q22.1) t(1;3)(p36.3;q21.1) t(2;11)(p21;q23) inv(3)(q21q26.2) t(6;9)(p23;q34)

Caryotype complexe (au moins 3 anomalies) impliquant une ou plusieurs des anomalies ci-dessus.

FISH

L'hybridation par fluorescence in situ peut être réalisée sur des chromosomes en interphase, contrairement à la cytogénétique conventionnelle. Les sondes habituellement utilisées ciblent des séquences situées sur le bras long du chromosome 5 et sur les centromères du 7 et du 8. D'autres sondes sont disponibles et permettent de mettre en évidence des anomalies plus rares. L'apport de cette technique, pour la prise en charge des SMD, est établi en cas d'échec de la cytogénétique conventionnelle : des anomalies sont trouvées en FISH pour 25 à 38 % des patients dans cette situation [4, 5]. Si le caryotype médullaire est normal, la mise en évidence d'anomalie en FISH permettrait également de reclasser l'IPSS : dans une série de 57 patients atteints de SMD avec caryotype médullaire normal, Bernasconi et al. trouvent des anomalies en FISH pour 9 patients, ce qui conduit à reclasser l'IPSS pour 5 d'entre eux [6]. Dans une autre étude publiée en 2009 et comprenant 54 patients avec un caryotype normal, 5 patients ont une anomalie mise en évidence en FISH, dont 3 patients présentant une trisomie 8, qui est associée à un pronostic intermédiaire [4]. Dans ces deux études, l'évolution des patients ayant une anomalie « cryptique » ainsi mise en évidence en FISH est défavorable comparativement aux patients avec FISH normal. Les techniques de FISH « multicouleurs » (sky-FISH, multiples-FISH) combinent de nombreuses sondes nucléotidiques et différents fluorophores qui ciblent l'ensemble des chromosomes. Elles sont intéressantes pour caractériser des réarrangements complexes, mais n'ont pas fait la preuve d'un apport sur le plan pronostique [7].

CGH-array et SNP-array

Les CGH-arrays (Comparative Genomic Hybridation Array) sont fondées sur une hybridation compétitive entre un ADN tumoral et un ADN témoin : le mélange de ces deux ADN, marqués par deux fluorochromes différents, est hybridé sur une puce sur laquelle sont disposées de manière ordonnée de nombreuses sondes nucléotidiques spécifiques de loci répartis sur l'ensemble du génome. La mesure quantitative de ces deux ADN, pour chacune de ces sondes, permet ainsi de mettre en évidence des gains ou des délétions de l'ADN tumoral avec une résolution élevée. Pour les SNP-arrays (Single Nucleotide Polymorphism), seul l'ADN tumoral est hybridé avec des séquences nucléotidiques correspondant à plusieurs polymorphismes de certaines régions du génome. L'intensité du signal émis permet de mettre en évidence des variations du nombre de copies (gain ou perte), mais également les pertes d'hétérozygotie avec conservation du nombre de copies (Copy Neutral-Loss Of Heretozygoty) entre les deux allèles du patient. Celles-ci peuvent être germinales ou constituer des disomies uniparentales (UPD) acquises au cours d'une recombinaison mitotique entre les deux allèles. Grâce à ces techniques à haute résolution, des microdélétions ou de courtes duplications de séquences peuvent être retrouvées chez près de 80 % des patients atteints de SMD [8, 9], et des UPD chez 20 à 47 % des patients [9, 10]. La sensibilité de la CGH-array et de la SNP-array ne permet pas de mettre en évidence des anomalies rares au sein des différents sous-clones, les anomalies devant être présentes dans approximativement 25 % des cellules pour être détectées. Le tableau 3 présente différentes caractéristiques de ces techniques comparativement à la cytogénétique conventionnelle et à la FISH.

Différentes équipes étudient la valeur pronostique des anomalies mises en évidence par ces techniques pangénomiques. Staczynowski et al. additionnent ainsi le nombre total de bases modifiées en CGH-array, chez 40 patients présentant un SMD de bas risque (IPSS ≤ 1) [8]. Les patients présentant un plus grand nombre d'altérations génomiques ont une survie sans leucémie et une survie globale significativement diminuées. Mohamedali et al. montrent que la présence de variations du nombre de copies en SNP-array est significativement associée à un pronostic défavorable chez 119 patients atteints de SMD de bas risque ; la présence de disomie uniparentale n'est en revanche pas corrélée à la survie dans cette étude [10]. Les premiers résultats d'une étude présentée à l'ASH en 2009 par l'équipe de Maciejewski (poster # 2630) suggèrent au contraire que la présence d'une UPD est un facteur péjoratif pour la survie globale et la survie sans événement des patients atteints de SMD de bas et haut risques. Ces résultats devront être confirmés. L'identification de disomies uniparentales permet enfin d'identifier des régions chromosomiques altérées de façon récurrente chez des patients atteints de syndromes myélodysplasiques ou d'autres hémopathies myéloïdes, et de mettre ainsi en évidence des gènes impliqués dans la physiopathogenèse des hémopathies. Plusieurs équipes ont ainsi pu cibler la région 4q24 et identifier de fréquentes mutations du gène TET2 [11, 12]. De même, une UPD en 11q13 a permis de mettre en évidence l'implication d'une ubiquitine ligase, c-Cbl, dans les hémopathies myéloïdes [13].

Tableau 3 Principales caractéristiques des différentes techniques d'étude cytogénétique dans les SMD

Cytogénétique conventionnelle

FISH

CGH-array

SNP-array

Anomalies détectées

Anomalies chromosomiques numériques et structurales

Anomalies numériques (en 7q, 5q, 8, 17p, 20q, etc.) et structurales

Variations du nombre de copies

Variations du nombre de copies et des disomies uniparentales

Sensibilité

≈ 1 cellule sur 20

Jusqu'à 1 cellule sur 1 000

Anomalie présente dans ≈ 25 % des cellules

Résolution

10 mégabases

200-500 kilobases

Jusqu'à 25-50 kilobases

Matériel étudié

Cellules en culture

Noyaux métaphasiques ou interphasiques

≈ 1 μg ADN

Limites

- Cellules en métaphases - Mise en évidence du (des) clone(s) dominant(s)

- Limitation du nombre de séquences étudiées - Temps de lecture - Seuil de positivité ≈ 10 %

- Disponibilité de la technique - Expertise et temps - Pas de détection des anomalies structurales équilibrées

Coût

432 € (B800N + B800HN)

2 sondes : 270 € (B500N x 2)

1 080 € (B4000HN)

Étude du méthylome

L'hyperméthylation de certains promoteurs de gènes associés aux cancers a été associée à une évolution péjorative dans les SMD [14]. Les techniques à haut débit fondées sur l'utilisation de puce permettent d'étudier avec une grande résolution les anomalies de méthylation impliquées dans les SMD. C'est ainsi que Figueroa et al. ont pu étudier le niveau de méthylation de 50 000 îlots CpG, choisis sur 14 000 promoteurs de gènes, par une technique utilisant deux enzymes de restriction clivant l'ADN au niveau des sites CpG de façon différentielle suivant leur état de méthylation (HELP methylation array) [15]. Un plus grand nombre de sites CpG est méthylé pour les patients atteints de SMD comparativement aux LAM et aux témoins, et il est possible d'observer la réversibilité de ces anomalies sous traitement hypométhylant. Ces techniques restent cependant encore limitées à cause de la multiplicité des sites CpG potentiellement modifiés. Il n'a pas encore été démontré de valeur pronostique particulière d'un profil global de méthylation du génome (méthylome).

Conclusion

L'étude du caryotype médullaire reste, à l'heure actuelle, l'examen de référence pour la prise en charge des patients atteints de syndrome myélodysplasique. La technique FISH devrait être réalisée, selon les recommandations de la SFH et du GFM, en cas d'échec de la cytogénétique conventionnelle (moins de 20 mitoses) ou en cas de normalité du caryotype médullaire. La mise en évidence de certaines anomalies cytogénétiques est déterminante pour établir le risque évolutif des patients et poser l'indication des agents hypométhylants. L'intérêt des CGH- et SNP-arrays et de l'étude du méthylome est en cours d'évaluation.

Références

1 Greenberg P, Cox C, LeBeau MM, et al. International Scoring System for Evaluating Prognosis in Myelodysplastic Syndromes. Blood 1997 ; 89 : 2079-88.

2 Haase D, Germing U, Schanz J, et al. New insights into the prognostic impact of the karyotype in MDS and correlation with subtypes : evidence from a core dataset of 2124 patients. Blood 2007 ; 110 : 4385-95.

3 Vardiman JW, Thiele J, Arber DA, et al. The 2008 revision of the World Health Organization (WHO) classification of myeloid neoplasms and acute leukemia : rationale and important changes. Blood 2009 ; 114 : 937-51.

4 Yang W, Stotler B, Sevilla DW, et al. FISH analysis in addition to G-band karyotyping : utility in evaluation of myelodysplastic syndromes? Leukemia Research 2010 ; 34 : 420-5.

5 Costa D, Valera S, Carrió A, et al. Do we need to do fluorescence in situ hybridization analysis in myelodysplastic syndromes as often as we do? Leukemia Research 2010 ; (sous presse).

6 Bernasconi P, Cavigliano PM, Boni M, et al. Is FISH a relevant prognostic tool in myelodysplastic syndromes with a normal chromosome pattern on conventional cytogenetics? A study on 57 patients Leukemia : Official Journal of the Leukemia Society of America, Leukemia Research Fund, U.K 2003 ; 17 : 2107-12.

7 Avet-Loiseau H. Caryotype multi-couleur : quelle utilisation en hématologie ? Hématologie 2004 ; 10 : 159-62.

8 Starczynowski DT, Vercauteren S, Telenius A, et al. High-resolution whole genome tiling path array CGH analysis of CD34+ cells from patients with low-risk myelodysplastic syndromes reveals cryptic copy number alterations and predicts overall and leukemia-free survival. Blood 2008 ; 112 : 3412-24.

9 Gondek LP, Tiu R, O'Keefe CL, et al. Chromosomal lesions and uniparental disomy detected by SNP arrays in MDS, MDS/MPD, and MDS-derived AML. Blood 2008 ; 111 : 1534-42.

10 Mohamedali A, Gäken J, Twine NA, et al. Prevalence and prognostic significance of allelic imbalance by single-nucleotide polymorphism analysis in low-risk myelodysplastic syndromes. Blood 2007 ; 110 : 3365-73.

11 Delhommeau F, Dupont S, Della Valle V, et al. Mutation in TET2 in myeloid cancers. N Engl J Med 2009 ; 360 : 2289-301.

12 Langemeijer SMC, Kuiper RP, Berends M, et al. Acquired mutations in TET2 are common in myelodysplastic syndromes. Nat Genet 2009 ; 41 : 838-42.

13 Li J, Xiao B, Chen L, et al. An analysis of complex chromosomal aberrations in seven cases of myelodysplastic syndromes by M-FISH and whole chromosome painting. Int J Hematol 2008 ; 88 : 369-73.

14 Shen L, Kantarjian H, Guo Y, et al. DNA Methylation Predicts Survival and Response to Therapy in Patients With Myelodysplastic Syndromes. J Clin Oncol 2010 ; 28 : 605-13.

15 Figueroa ME, Skrabanek L, Li Y, et al. MDS and secondary AML display unique patterns and abundance of aberrant DNA methylation. Blood 2009 ; 114 : 3448-58.


 

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