Accueil > Revues > Médecine > Hématologie > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Hématologie
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Syndrome 5q- : caractéristiques hématologiques, physiopathologie et traitement


Hématologie. Volume 14, Numéro 4, 259-69, Juillet-août 2008, Revue

DOI : 10.1684/hma.2008.0274

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Charikleia Kelaidi, Ana Oliveira Da Rocha, Pierre Fenaux , Service d’hématologie clinique, Hôpital Avicenne, Bobigny, Université Paris 13.

Résumé : Le syndrome 5q- est un paradigme unique de syndrome myélodysplasique caractérisé par la corrélation entre cytologie et cytogénétique et le faible risque d’évolutivité clinique. Il constitue une entité à part dans la classification OMS lorsque le pourcentage de blastes médullaires n’excède pas 5 % et l’anomalie chromosomique 5q- est isolée. Même si son pronostic est favorable, l’espérance de vie est inférieure par rapport à celle de la population générale, et la charge en est importante en termes de transfusions érythrocytaires. Le taux de réponse aux agents stimulant l’érythropoïèse peut atteindre 50 % mais ces réponses sont généralement de courte durée. Le lenalidomide, un médicament immunomodulateur, a une action cytotoxique spécifique sur le clone anormal et donne des réponses complètes chez environ 80 % des malades avec syndrome 5q-, ainsi que des réponses cytogénétiques. Il est par conséquent possible qu’il modifie l’évolution naturelle du syndrome 5q- avec un effet bénéfique sur la survie. Le lenalidomide est myélosuppresseur aux doses efficaces et la neutropénie doit être traitée avec des facteurs de croissance en particulier pendant les premiers mois de traitement. Des travaux récents font la lumière sur les bases moléculaires de l’érythropoïèse aberrante du syndrome 5q- et les voies putatives par lesquelles le lenalidomide agit sur l’érythropoïèse.

Mots-clés : syndrome 5q-, syndromes myélodysplasiques avec del 5q, érythropoïétine, lenalidomide

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Charikleia Kelaidi, Ana Oliveira Da Rocha, Pierre Fenaux

Service d’hématologie clinique, Hôpital Avicenne, Bobigny, Université Paris 13

Décrit par Van den Berghe et al., le syndrome 5q- est une catégorie à part dans les syndromes myélodysplasiques (SMD) en raison de ses caractéristiques hématologiques, de sa physiopathologie qui reste méconnue, et du caractère véritablement réfractaire de l’anémie à laquelle il était associé. Son évolution, à court et peut-être à long terme, a cependant récemment été fortement modifiée par l’avènement du lénalidomide.

SMD avec délétion 5q et « syndrome 5q- »

Caractéristiques hématologiques

Van den Berghe et al. ont décrit, en 1974, un type d’anémie réfractaire caractérisé par une prédominance féminine (contrairement aux autres SMD), une macrocytose importante, une érythroblastopénie fréquente (également inhabituelle dans les SMD), un taux de leucocytes normal ou seulement modérément diminué, un taux de plaquettes normal ou élevé, la présence dans la moelle de mégacaryocytes de grande taille monolobés avec noyau excentré, un pourcentage normal (< à 5 %) de blastes médullaires, une délétion isolée du bras long du chromosome 5 (del 5q) et une évolution rare vers une LAM (environ 10 %), et enfin une survie prolongée (tableau 1) [1, 2]. L’anémie avait cependant tendance à être profonde, nécessitant de nombreuses transfusions globulaires qui finissaient par aboutir à une hémochromatose, parfois cause de décès. Ces auteurs ont également montré qu’une del 5q isolée pouvait être retrouvée dans des SMD de grade plus élevé (AREB, AREB T), ou même dans des LAM. Dans les AREB, mais non dans les AREB T ou LAM, les autres caractéristiques du syndrome 5q- (en particulier la thrombocytose et des mégacaryocytes monolobés à noyau excentré) étaient généralement présentes. En revanche, Van den Berghe et al. avaient observé que, dans les SMD avec del 5q et des anomalies cytogénétiques additionnelles, les caractéristiques « typiques » du syndrome 5q- étaient généralement absentes, particulièrement s’il y avait plusieurs anomalies cytogénétiques surajoutées.

La classification OMS a plus récemment redéfini le syndrome 5q- comme un type spécifique de SMD avec délétion 5q, mais a restreint l’entité aux cas sans excès de blastes médullaires (strictement inférieurs à 5 %) [3]. Quand ces deux restrictions (absence d’anomalie chromosomique en plus de la del 5q et absence d’excès de blastes) sont appliquées, les SMD avec del 5q ont effectivement en général la plupart des caractéristiques décrites dans le tableau 1, et comme on le verra plus loin, une survie prolongée.

Tableau 1 Caractéristiques du syndrome 5q- selon la description initiale par Van den Berghe et la définition ultérieure de l’OMS (d’après [1-3])

Caractéristiques clinico-biologiques

Prépondérance féminine

Anémie profonde

VGM très augmenté

Absence de neutropénie significative

Absence de thrombopénie, voire thrombocytose modérée

Rareté de la transformation aiguë en LAM

Survie prolongée

Caractéristiques morphologiques

Dysmégacaryopoïèse caractéristique (grands mégacaryocytes monolobés avec noyau excentré)

Excès de blastes absent ou modéré (par définition < 5 % blastes médullaires selon la classification OMS)

Délétion 5q- isolée

Caractéristiques cytogénétiques et génétiques

L’étude de nombreuses séries de patients atteints de SMD avec del 5q a montré que, dans tous les cas, la délétion était interstitielle, d’étendue variable, avec une prédominance pour les délétions importantes 5q13-33 [1, 2, 4-7]. Les points de cassure proximaux et distaux sont variables et la seule région délétée chez pratiquement tous les patients est au niveau de la bande chromosomique 5q31-32 (« bande délétée commune »).

La présence d’une délétion constante touchant la bande 5q31-5q32 suggérait bien entendu la présence de gènes suppresseurs de tumeur dans cette région dont l’inactivation (par délétion d’un allèle, l’autre était inactivé par différents mécanismes possibles comme une mutation ponctuelle, une méthylation, etc.) pouvait jouer un rôle physiopathologique majeur dans le développement du syndrome 5q-. Plusieurs équipes, en particulier le groupe d’Oxford et le groupe de Chicago, ont particulièrement travaillé sur ce sujet, et ont identifié au sein de la bande commune délétée, deux « régions communes délétées », contenant un certain nombre de gènes connus et inconnus (figure 1) [5, 6]. Toutefois, malgré pratiquement une vingtaine d’années de travaux sur ce sujet, le ou les « coupables » n’avaient pas pu être identifiés précisément. En effet, il n’a pas été retrouvé de gène dont les 2 allèles seraient inactivés chez la plupart des patients, par exemple par mutation ponctuelle ou méthylation de l’allèle restant. Ceci montrait une nouvelle fois la difficulté qu’il y a à identifier des gènes en cause dans les tumeurs lorsqu’il n’y a pas de translocation équilibrée (contrairement aux LAM et LAL avec translocation équilibrée où les gènes situés au niveau des points de cassure sont faciles à identifier). Les travaux de Boultwood avaient cependant restreint considérablement la région commune délétée, qui ne contient que 24 gènes (figure 2) [7]. Parmi eux, le gène SPARC, connu comme ayant une activité antiproliférative, avait été considéré comme un candidat sérieux. Plus récemment encore, l’inactivation du gène codant pour la α-catenine (CTNNA1) par méthylation et déacétylation des histones au niveau du promoteur de l’allèle restant a été rapportée dans 8 des 12 cas de SMD et LAM avec del 5q analysés par T. Look et son équipe [8]. L’impossibilité à ce jour de trouver un gène « coupable » a suggéré que plusieurs gènes situés en 5q pouvaient être impliqués, une théorie peut-être difficile à réconcilier avec les caractéristiques hématologiques très spécifiques du syndrome 5q-, sauf si les produits de ces différents gènes ont le même type de fonction, ou que l’inactivation de seulement un allèle d’un de ces gènes situé en 5q pouvait être suffisante pour expliquer les caractéristiques du syndrome (mécanisme d’haplo-insuffisance). Un des gènes candidats pour vérifier cette hypothèse est EGR1 (epidermal growth factor 1) qui est un gène suppresseur de tumeurs contenu dans la région délétée commune. L’équipe de Le Beau avait récemment montré que les souris EGR1 +/- avaient une incidence accrue de lymphomes T ou de syndromes myéloprolifératifs après exposition à la nitrosourée [9].

La clé du mystère du syndrome 5q- vient peut-être du travail publié très récemment par l’équipe de Golub à Boston qui, par l’inhibition très méthodique par shRNA de tous les gènes contenus dans la région minimale délétée, a montré que l’inactivation partielle d’expression du gène RPS14 reproduit in vitro les caractéristiques cytologiques du syndrome 5q- [10]. La restauration à un taux normal de l’expression du gène RPS14 dans les cultures cellulaires de SMD avec syndrome 5q- corrige le défaut d’érythropoïèse. RPS14 code pour une protéine ribosomale et l’ensemble de ces données rappelle étonnamment la physiopathologie d’au moins une partie du syndrome de Diamond-Blackfan, due à la mutation d’un gène codant pour une protéine ribosomale, la RPS19. Un nouveau chapitre soulignant l’importance des ribosomes dans l’érythropoïèse où pathologie constitutionnelle et acquise se rejoignent, vient donc de s’ouvrir. Dans le cas du syndrome 5q-, l’haplo-insuffisance de RPS14 serait responsable des anomalies, puisqu’aucune mutation ou autre régulation épigénétique induisant la diminution d’expression de l’allèle restant n’a été trouvée par l’équipe de Boston. Les résultats de la manipulation de RPS14 in vivo sont attendus avec impatience.

L’étude du profil d’expression génique des cellules CD34+ par la technologie des micro-arrays montre que les SMD avec délétion 5q sont différents des autres SMD, avec, de façon non surprenante, une régulation négative des gènes situés en 5q, mais aussi une régulation positive d’autres gènes comme le gène de l’histone HIST1 situé en 6p21, ainsi que d’autres gènes dont les produits sont impliqués dans le cytosquelette d’actine [11].

Des anomalies génétiques surajoutées, comme une mutation de N-RAS ou de p53, sont significativement plus rares dans les SMD avec del 5q que dans les autres SMD [12]. Une mutation de JAK 2 est observée dans seulement environ 5 % des cas de SMD avec del 5q, et est associée à une augmentation de cellularité médullaire, et une tendance à des taux de plaquettes et de leucocytes plus élevés [13].

En ce qui concerne le niveau d’atteinte des progéniteurs hématopoïétiques dans les SMD avec del 5q, les analyses cytogénétiques et par FISH ont montré que la délétion était généralement présente dans les cellules souches pluripotentes CD34+, CD38-, et qu’il persistait des progéniteurs médullaires normaux chez ces patients [14]. Il a ainsi pu être montré que la del 5q, chez ces patients, n’était généralement présente que dans 35 à 50 % des érythroblastes [15]. Par ailleurs, les lymphocytes matures n’appartiennent généralement pas au clone 5q. Ceci peut traduire soit une inhabilité du clone anormal de cellules souches à se différencier dans les différentes lignées, ou le fait que la délétion 5q, dans certains cas, serait un événement secondaire.

En conclusion, on commence seulement à comprendre le lien entre l’anomalie chromosomique et les caractéristiques hématologiques dans les SMD avec del 5q. Les différences cytogénétiques et génétiques entre syndrome 5q- d’une part et autres SMD avec del 5q d’autre part, par contre restent incertaines. Chez ces derniers patients, la présence d’un excès de blastes et/ou d’anomalies chromosomiques additionnelles pourrait être liée à la survenue d’événements génétiques secondaires.

Evolution et facteurs pronostiques

Toutes les études ont confirmé le pronostic favorable des SMD avec délétion 5q et sans excès de blastes, c’est-à-dire du syndrome 5q- selon la classification OMS (tableau 2) [1, 2, 16-21]. Le groupe de Düsseldorf a toutefois montré que la survie médiane des patients atteints du syndrome 5q- était significativement inférieure à celle d’une population de même âge et de même sexe, tant chez les femmes que chez les hommes [21]. Par ailleurs, dès que les patients ont un excès de blastes médullaires supérieur ou égal à 5 %, ou une ou plusieurs anomalies cytogénétiques en plus de la délétion 5q, le pronostic devient beaucoup plus défavorable. Ainsi, la survie médiane des patients avec délétion 5q isolée et plus de 5 % de blastes n’est que de 24 mois dans l’expérience du groupe de Düsseldorf, et leur risque d’évolution en LAM plus élevé. Il en est de même en cas d’anomalies chromosomiques surnuméraires, en particulier s’il y a en plus d’une (tableau 2).

Tableau 2 Transformation aiguë en LAM et survie dans les séries publiées de SMD avec del 5q

Nombre de patients

Caryotype

% blastes médullaires

Survie médiane (mois)

Transformation en LAM

Van den Berghe et al. [1, 2]

43

Del 5q isolée

< 5

28

21 %

23

Del 5q et autres

< 5

11

8 %

15

Del 5q isolée

≥ 5

28+

14 %

21

Del 5q et autres

≥ 5

4

55 %

Mathew et al. [17]

43

Del 5q isolée

< 5 ou ≥ 5

63

16 %

Greenberg et al. [19]

48

Del 5q isolée

< 5 ou ≥ 5

25

20 %

Giagounidis et al. [20, 21]

53

Del 5q isolée

< 5

107

9 %

9

Del 5q et une anomalie additionnelle

< 5

47

13

Del 5q isolée

≥ 5

24

80 %

25

Del 5q et ≥ 2 anomalies additionnelles

≥ 5

7,4

Traitement du syndrome 5q- et des autres SMD avec délétion 5q avant l’avènement du lénalidomide

Il était largement dominé par les transfusions érythrocytaires, les autres modalités thérapeutiques étant rarement applicables ou d’efficacité limitée. Les résultats de ces approches (où les différents types de SMD avec délétion 5q selon le pourcentage de blastes médullaires et la présence ou non d’anomalies cytogénétiques additionnelles n’ont pas toujours été individualisés) sont résumés dans le tableau 3.

Transfusions érythrocytaires

Avant l’avènement du lénalidomide, le traitement du syndrome 5q- consistait essentiellement en des transfusions érythrocytaires répétées. Dans le syndrome 5q-, les besoins transfusionnels tendent à augmenter avec le temps et sont généralement d’au moins deux concentrés par mois après quelques années d’évolution. Le traitement transfusionnel érythrocytaire, bien qu’il améliore transitoirement le taux d’Hb, présente cependant de nombreux inconvénients dans les SMD avec del 5q comme d’ailleurs dans les autres SMD :
  • il implique la présence régulière du patient pendant de longues heures à l’hôpital et le rend dépendant des séjours hospitaliers ainsi que plus largement du corps médical ;
  • il représente une charge indiscutable pour nos systèmes de santé. Ainsi, en France, le nombre de concentrés érythrocytaires transfusés dans les SMD représente 3 % du total des concentrés érythrocytaires transfusés dans notre pays, et les SMD représentent 24 % des séjours hospitaliers dont le motif est la transfusion érythrocytaire (Etalissement français du sang [EFS] de Franche-Comté et Groupe francophone des myélodysplasies [GFM], données non publiées) ;
  • il comporte des complications potentielles : surcharge en fer (même si les chélateurs sont maintenant plus facilement utilisables), surcharge volémique souvent symptomatique chez ces sujets âgés, allo-immunisation et, même si elles sont maintenant devenues rares, infections bactériennes et virales ;
  • il est coûteux : le coût moyen des transfusions globulaires a été évalué à plus de 800 €/mois dans les SMD transfusés par l’EFS de Franche-Comté. Ceci inclut le coût des transfusions elles-mêmes, les différents tests immunologiques et viraux, le coût de transport à l’hôpital, etc. ;
  • enfin, et c’est peut-être le plus important, les transfusions érythrocytaires améliorent de façon transitoire le taux d’Hb et les patients transfusés sont la majorité du temps en dessous de 10 g d’Hb, ce qui est significativement associé à de la fatigue, d’autres symptômes d’anémie, une diminution de la qualité de vie et probablement à un excès d’accidents cardio-vasculaires [22]. Dans l’absolu, il serait utile de transfuser les patients à un taux d’Hb plus élevé, dès que celui-ci devient inférieur à 9-10 g, mais il faut bien dire que cela est rarement fait en pratique, notamment pour des raisons logistiques.


Tableau 3 Traitement (autre que le lénalidomide) de l’anémie dans les SMD avec del 5q (nb de répondeurs/nb de patients traités)

Type de SMD avec del 5q

Séries publiées

Séries du GFM

EPO ou darbépoétine ± G-CSF [19, 23-30]

Syndrome 5q-

4/8 (2 réponses majeures, 2 réponses mineures)

9/17 (9 réponses majeures)

Autres SMD avec del 5q

9/68

13/30 (7 réponses majeures, 6 réponses mineures)

Thalidomide [32-34]

Syndrome 5q-

5/31

4/8 (1 réponse majeure, 3 réponses mineures)

Autres SMD avec del 5q

5/16 (4 réponses majeures, 1 réponse mineure)

ATRA [35, 36]

SMD de faible risque avec del 5q

12/60 (principalement des réponses mineures)

Aracytine faible dose [37]

SMD de faible risque avec del 5q

4/9 (3 réponses majeures, 1 réponse mineure)

Décitabine

Lubbert et al. [39]

Del 5q isolée et autres > 5 % blastes

1/1 (1 réponse hématologique complète et cytogénétique majeure)

Del 5q et autres anomalies cytogénétiques et > 5 % blastes

3/4 (3 réponses hématologiques complètes et cytogénétiques majeures)

Kantarjian et al. [40]

SMD de haut risque avec del 5q

2/16

Allogreffe [42]

Del 5q isolée

13/20 sans rechute à 1 an

Del 5q et autres anomalies

8/37 sans rechute à 1 an

EPO recombinante, thalidomide et rétinoïdes (tableau 3)

Du fait des inconvénients des transfusions érythrocytaires, la tendance est de plus en plus d’essayer d’utiliser, dans les SMD de faible risque, des drogues susceptibles d’augmenter le taux d’Hb, en particulier l’EPO et ses dérivés, même si à l’heure actuelle aucun de ces produits n’a d’AMM dans cette indication. La réponse à l’EPO alpha ou bêta ou à la darbepoïétine alpha, avec ou sans G CSF, apparaît cependant inférieure dans les SMD avec del 5q par rapport aux autres SMD de faible risque. Une revue des cas publiés a retrouvé 13 réponses sur 76 patients traités [19, 23-26]. Dans une analyse rétrospective du GFM sur 403 patients atteints de SMD traités par EPO ou darbepoïétine (± GCSF) en France, 48 avaient une délétion 5q [27-30]. Parmi ces patients, 9 des 17 (52 %) qui avaient des critères de syndrome 5q- ont répondu, toutes les réponses étant majeures selon les critères de l’International Working Group (IWG) de 2000 [31]. Cependant, la durée médiane de réponse a été de 11 mois seulement, soit nettement plus courte que dans les autres SMD de faible risque (médiane 24 mois) ; de plus, seulement 13 des 30 SMD avec délétion 5q différents du syndrome 5q- (en raison d’un excès de blastes ou d’anomalies cytogénétiques surnuméraires) ont répondu.

Le GFM a traité par thalidomide, dans deux essais successifs, 24 patients atteints de SMD avec délétion 5q : 5 réponses majeures et 4 réponses mineures ont été observées [32, 33]. Ceci ne différait pas des réponses observées dans les SMD de faible risque sans del 5q. L’ATRA, susceptible d’améliorer les cytopénies dans certains SMD semble avoir une efficacité limitée dans les SMD avec délétion 5q, avec seulement 12 réponses généralement mineures chez 60 patients traités par le groupe de Düsseldorf [35, 36].

Chimiothérapie et agents hypométhylants (tableau 3)

Quatre réponses ont été rapportées chez neuf SMD de faible risque avec délétion 5q, avec l’Ara C à faible dose [37]. Cependant, cette drogue, même à faible dose, entraîne une myélosuppression relativement importante. Chez les rares patients relativement jeunes atteints de SMD avec délétion 5q, qui avaient les caractéristiques de SMD de haut risque, voire avaient transformé en LAM, les résultats d’une chimiothérapie intensive ont été décevants [38].

Trop peu de patients atteints de SMD avec délétion 5q ont été traités par les agents hypométhylants (5-azacytidine et décitabine) pour évaluer l’intérêt de ces deux drogues. Luebbert a observé une réponse hématologique complète avec une réponse cytogénétique comportant une décroissance progressive du clone dans le temps chez 1/1 et 3/4 des SMD de haut risque avec délétion 5q isolée et délétion 5q et d’autres anomalies chromosomiques, respectivement [39]. Dans l’expérience du MD Anderson toutefois, seulement 2 des 16 patients avec del 5q traités par la décitabine ont répondu [40]. Les résultats de l’essai international de phase III avec azacytidine dans les SMD avec del 5q sont décevants mais cette étude ne comportait que des SMD de haut risque [41].

Allogreffe de cellules souches (tableau 3)

Chez les patients relativement jeunes ayant un donneur HLA identique, ne répondant pas aux autres traitements, ou à haut risque d’évolution hématologique, l’allogreffe de cellules souches peut être proposée. Quelques expériences d’allogreffe dans les SMD avec del 5q ont été rapportées. Dans une étude portant sur 30 patients avec délétion 5q isolée, la survie sans rechute a été de 68 % à un an mais ce taux descendait à 22 % lorsque des anomalies cytogénétiques additionnelles étaient présentes [42].

En conclusion, avant l’avènement du lénalidomide, les traitements disponibles étaient rarement efficaces ou pour de courtes périodes de temps dans les SMD avec délétion 5q ; la majorité de ces patients nécessitaient des transfusions érythrocytaires répétées, souvent pendant des années.

Traitement du syndrome 5q- et des autres SMD avec délétion 5q par le lénalidomide

Résultats globaux

Le lénalidomide est un agent immunomodulateur (ImiD) présentant de nombreuses propriétés biologiques, en particulier la capacité d’inhiber la production de cytokines pro-inflammatoires par les monocytes, l’activation du système immunitaire en particulier des cellules T et NK, et l’inhibition de l’angiogenèse [43]. Son activité est supérieure à celle de la thalidomide dont il dérive, notamment pour les propriétés antiangiogéniques et anti-TNF. Des données récentes montrent un effet tératogène chez les singes analogue à celui de la thalidomide chez l’homme. Il n’induit pas de neuropathie périphérique chez l’homme. Dans une première expérience publiée, List et al. ont montré que le lénalidomide permettait d’obtenir une réponse érythroïde (majeure ou mineure) dans environ 50 % des SMD de faible risque dépendant des transfusions érythrocytaires et que cette réponse était particulièrement importante (83 % d’indépendance transfusionnelle obtenue) chez les patients avec délétion 5q [44]. Dans cette première expérience, de plus, des réponses cytogénétiques dont certaines complètes étaient observées, essentiellement chez les patients avec del 5q. La survenue d’une myélosuppression avec neutropénie et thrombopénie était l’effet secondaire majeur, nécessitant une réduction de dose de 25 à 10 mg/jour ou moins chez la plupart des patients. La myélosuppression était surtout observée chez les patients avec délétion 5q. Compte tenu de ces résultats « dramatiques », List et al. ont mené une large étude de phase II utilisant le lénalidomide à 10 mg/jour en continu et 10 mg/jour trois semaines/quatre chez 148 patients atteints de SMD avec del 5q et dépendants des transfusions érythrocytaires [45]. L’âge médian des patients était de 71 ans. Deux tiers des patients étaient des femmes, 20 % avaient plus de 5 % de blastes médullaires, 71 % avaient une délétion 5q isolée, 17 % avaient une et 8 % avaient plus d’une anomalie cytogénétique additionnelle. Une indépendance transfusionnelle complète a été obtenue chez 67 % des patients, 9 autres % des cas ayant une réponse érythroïde mineure (réduction de plus de 50 % du rythme transfusionnel). Le délai médian de réponse était de cinq semaines et la plupart des patients répondaient dans les trois mois sauf un petit nombre de réponses tardives. Une réponse cytogénétique complète (disparition de la délétion 5q) et partielle (réduction > 50 % du nombre de mitoses avec délétion 5q) a été observée chez 45 et 28 % des patients respectivement. Une réponse médullaire complète a été observée dans 36 % des cas. Soixante-seize pour cent des patients qui avaient initialement un excès de blastes ne l’avaient plus au moment de l’évaluation. Les facteurs pronostiques de la réponse étaient l’absence de thrombopénie significative (plaquettes < 100 g/L) et un nombre de transfusions érythrocytaires inférieur à 4 CG/mois. Les facteurs pronostiques de réponse cytogénétique étaient de nouveau l’absence de thrombopénie significative et l’âge > 60 ans.

Lors de la dernière mise à jour, avec un recul médian de 2 ans, 53 % des patients qui avaient obtenu une indépendance transfusionnelle restaient répondeurs, tandis que 47 % avaient rechuté et nécessitaient à nouveau des transfusions [45]. La durée médiane de réponse n’était donc pas atteinte. A noter que la médiane d’augmentation du taux d’Hb a été de 5,4 g (1,1 à 11,4 g) amenant certains patients à devenir véritablement polyglobuliques sous lénalidomide. Dans notre expérience, environ 15 % des patients deviennent polyglobuliques et nécessitent des saignées.

Les facteurs pronostiques de la durée de réponse étaient des besoins transfusionnels modérés (moins de 4 CG en 8 semaines), le syndrome 5q- et un score IPSS faible.

La myélosuppression était l’effet secondaire le plus important, 62 et 53 % des patients ayant eu une neutropénie et une thrombopénie de grade III ou IV respectivement. La thrombopénie et la neutropénie surviennent généralement précocement, dès la 2e ou 3e semaine, et restent souvent profondes jusqu’à 8 à 10 semaines environ. Ensuite, les chiffres tendaient à s’améliorer, même s’il persiste souvent une neutropénie et une thrombopénie modérée qui peuvent être améliorées par la diminution des doses. Toutefois, dans l’essai MDS 003, trois décès sont survenus pendant la période de neutropénie profonde, attribués à des infections. Ces décès sont survenus à la phase initiale de l’essai, à un moment où la profondeur possible de la neutropénie n’était pas encore complètement appréhendée.

Les autres effets secondaires étaient nettement moins fréquents mais parfois gênants, à type de diarrhée, prurit, rash, crampes musculaires même s’ils atteignaient assez rarement le grade III ou IV. Compte tenu des effets secondaires, atteignaient de la neutropénie et de la thrombopénie, une réduction de dose a été nécessaire un moment ou un autre chez 80 % des patients. A deux ans, chez les 51 patients qui restaient répondeurs, 41 % recevaient 5 mg/jour, 31 % recevaient 5 mg tous les deux jours et seulement 18 % recevaient 10 mg/jour. A noter que les résultats n’étaient pas significativement différents entre la dose initiale de 10 mg/jour en continu et la dose initiale de 10 mg/jour trois semaines sur quatre, même si la première entraînait initialement une neutropénie un peu plus importante. Enfin, le dernier essai MDS 004, en cours d’analyse, suggère un risque d’accidents thromboemboliques veineux de 2 à 3 % environ.

Résultats obtenus dans les SMD avec del 5q de haut risque

Dans l’essai MDS 001, 8 patients avaient un score IPSS intermédiaire 2 ou élevé. Cinq d’entre eux ont obtenu une réponse érythroïde majeure [44]. Comme on l’a vu plus haut, 75 % des patients qui avaient initialement un pourcentage augmenté de blastes médullaires avaient moins de 5 % après traitement. Par ailleurs, la survie à partir du début du traitement ne différait pas significativement entre les patients ayant un IPSS faible ou intermédiaire 1 et ceux ayant un IPSS intermédiaire 2 ou élevé. A noter tout de même que, au moment du dernier suivi, 82 % des patients atteints de syndrome 5q- restaient répondeurs contre seulement 56 % des patients ayant un excès de blastes et/ou des anomalies cytogénétiques surajoutées. En dehors de l’essai MDS003, List a rapporté des cas de rémission sous lénalidomide de SMD induits de haut risque avec del 5q et anomalies additionnelles et de LAM avec del 5q [46-47].

Enfin, les résultats de l’essai de phase I-II du GFM sur les SMD de haut risque avec del 5q ont été rapportés récemment [48]. Trente-six patients étaient analysables au moment de la présentation, dont 47, 75 et 75 % avaient, respectivement, une LAM selon la classification OMS, un IPSS >2 et un del 5q associé à un caryotype complexe. Le taux de réponse globale était de 26 % avec au total 5 réponses complètes, 8 réponses cytogénétiques et 10 patients devenus indépendants des transfusions. Le taux de réponse était plus important en l’absence d’anomalies cytogénétiques complexes et de thrombopénie. Le lénalidomide garde donc une efficacité dans cette population de malades au pronostic très défavorable. La toxicité reste cependant difficile à gérer nécessitant souvent l’hospitalisation prolongée. L’analyse de la population entière et les résultats en termes de survie sont en attente.

Traitement par lénalidomide dans les SMD avec del 5q : questions restant en suspens

Le lénalidomide a apporté une nette amélioration de l’anémie chez les patients atteints de syndrome 5q-, et probablement également chez les patients avec del 5q ayant un excès de blastes et/ou des anomalies cytogénétiques surajoutées, au moins s’ils restent de score IPSS relativement faible. Il persiste cependant un certain nombre de questions concernant l’utilisation de cette drogue qui reste d’introduction récente.
  • Quelle est la dose optimale de lénalidomide ?Contrairement au myélome où la dose de 25 mg est fréquemment utilisée, seules de plus faibles doses sont généralement tolérées (et nécessaires ?) dans les SMD avec délétion 5q, de l’ordre de 10 mg/j, 10 mg/j trois semaines sur quatre, ou moins (5 mg/j, voire 5 mg tous les deux jours). Il est actuellement difficile de dire quelle est la dose optimale, qui semble varier selon les patients. Un essai randomisé européen (MDS 004) qui comparait la dose initiale de 10 mg/jour trois semaines sur quatre et 5 mg/j dans des SMD avec del 5q de score IPSS faible ou intermédiaire 1 vient de terminer ses inclusions. Les résultats sont en attente.
  • Comment prévenir et traiter les cytopénies induites par le lénalidomide ?Si les cytopénies sont fréquemment observées dans le myélome avec le lénalidomide, les cytopénies de grade III et IV observées à la phase initiale du traitement des SMD avec del 5q semblent nettement plus importantes. Elles pourraient correspondre à un mécanisme d’action particulier du lénalidomide chez ces patients, nous le reverrons. Dans notre expérience et celle d’autres groupes toutefois, la neutropénie peut être prévenue et corrigée par l’addition de G-CSF, et nous suggérons de débuter ce traitement dès que les neutrophiles sont inférieurs à 1000/mm3. Avec cette attitude nous n’avons aucune complication infectieuse chez plus d’une trentaine de patients. Cette mesure nous a également permis d’éviter de réduire trop rapidement les doses de lénalidomide, ce qui est en principe requis dès que le taux de polynucléaires est inférieur à 500/mm3.La thrombopénie, du fait de l’absence actuelle d’agent thrombopoïétique utilisable en pratique courante, est plus difficile à traiter sauf par les transfusions plaquettaires et/ou une interruption provisoire du traitement ou une réduction de dose. Le risque de ces deux dernières mesures est toutefois de risquer de rendre le traitement moins efficace. Les recommandations actuelles sont d’arrêter le traitement si les plaquettes sont à moins de 25000/mm3 et de reprendre à dose plus faible lorsque les plaquettes dépassent à nouveau ce taux.Rappelons que la neutropénie et la thrombopénie sont en grande partie transitoires pendant les deux ou trois mois de traitement, et qu’il est par exemple généralement possible d’arrêter le G CSF après ce délai.
  • Quelle est la durée optimale du traitement chez les répondeurs ?Il est actuellement impossible de répondre à cette question. Chez des patients qui ont dû arrêter le traitement pour des raisons variables, l’anémie est réapparue après des délais variables ou n’était pas réapparue dans certains cas mais avec un recul qui reste encore généralement faible. Par ailleurs, dans la mesure où le lénalidomide semble avoir un effet spécifique sur le clone 5q-, il est possible que le traitement doive être continué aussi longtemps que possible pour maintenir le clone myélodysplasique au taux le plus faible pendant une durée aussi prolongée que possible.
  • Le lénalidomide a-t-il un impact sur l’évolution des SMD avec délétion 5q ?C’est évidemment une question essentielle à laquelle il n’est pas encore possible de répondre. Dans le cas des EPO par exemple, il a été suggéré que ce traitement améliorait l’anémie mais n’avait pas d’impact sur l’évolution en LAM et sur la survie (même si les résultats récents du GFM semblent montrer que l’EPO puisse améliorer la survie, mais sans doute en évitant des décès non associés à la progression de la maladie) [28, 48, 49].

Dans le cas du lénalidomide chez les patients atteints de SMD avec del 5q, les réponses cytogénétiques (dont certaines complètes), la normalisation du pourcentage de blastes observés dans de nombreux cas suggèrent un effet spécifique ou au moins préférentiel du lénalidomide sur les cellules porteuses de la délétion 5q. De plus, dans l’essai MDS 003, certaines réponses cytogénétiques complexes ont été observées chez des patients avec une délétion 5q et d’autres anomalies cytogénétiques, suggérant que les clones porteurs du del 5q et d’autres anomalies cytogénétiques (dont on peut penser qu’elles sont secondaires) pourraient être également ciblés par le lénalidomide [45].

Dans la mesure où la délétion 5q semble être un événement génétique précoce dans la pathogénie des SMD avec del 5q, survenant comme on l’a vu plus haut dans des cellules souches pluripotentes, il est possible que le ciblage du clone 5q et la réduction de sa taille pourraient ralentir l’évolution de la maladie et prolonger la survie. Des années seront nécessaires pour démontrer cet effet dans les syndromes 5q- typiques, en raison de leur survie spontanément prolongée. Il est cependant possible qu’il soit plus facile à démontrer dans les autres SMD avec del 5q, de pronostic actuel beaucoup moins favorable.

Mécanismes d’action du lénalidomide dans les SMD avec del 5q

Comme on vient de le voir, les réponses hématologiques et cytogénétiques complètes observées dans un nombre important de SMD avec del 5q avec le lénalidomide suggèrent que ce produit cible spécifiquement ou préférentiellement le clone 5q. La période transitoire de neutropénie et thrombopénie profonde observée après le début du traitement suggère également un blocage de l’hématopoïèse lié au clone 5q-, clone qui est détruit et remplacé progressivement par l’expansion des clones résiduels normaux. La disparition de la thrombocytose avec normalisation du taux de plaquettes chez les répondeurs va également en faveur de cette hypothèse, de même que les travaux qui montrent que le lénalidomide peut inhiber de façon sélective la pousse des cellules myéloïdes porteuses de la del 5q, aussi bien ex vivo dans les cellules fraîches, que sur des lignées porteuses d’une délétion 5q [50].

Si ce mécanisme est confirmé, il restera à déterminer comment le lénalidomide peut cibler de façon sélective ou préférentielle les cellules avec del 5q. Le lénalidomide pourrait interférer avec une ou plusieurs protéines codées par un ou plusieurs gènes situés en 5q ayant un rôle majeur sur la survie cellulaire. Lorsque cette protéine est à un niveau faible en raison de l’haplo-insuffisance, sa fonction pourrait être inhibée par le lénalidomide, aboutissant à une mort cellulaire. Dans une lignée cellulaire porteuse d’une délétion du chromosome 5, très sensible au lénalidomide, Namalwa CSM.10, Gandhi et al. ont démontré que le lénalidomide entraînait un arrêt du cycle cellulaire en G0/G1, inhibait la phosphorylation de AKT et GAB1 et inhibait la possibilité de GAB1 de s’associer à un récepteur de tyrosine kinase [51].

Si un tel mécanisme était confirmé, il classerait le lénalidomide dans le petit groupe des thérapeutiques ciblées actuellement disponibles pour le traitement des hémopathies malignes.

D’autres mécanismes d’action du lénalidomide, qui ne sont pas exclusifs de celui-ci ont été suggérés. L’équipe de Wainscoat et Boultwood a étudié les profils d’expression d’érythroblastes provenant de SMD avec del 5q sous l’effet in vitro du lénalidomide. L’expression du gène SPARC, autre gène suppresseur de tumeurs contenu dans la région minimale délétée, a été retrouvée fortement augmentée sous lénalidomide par rapport aux érythroblastes normaux [52]. Enfin, l’équipe de List a rapporté que le lénalidomide potentialisait la voie de signalisation EPO/STAT5 en exerçant un effet inhibiteur sur la phosphatase CD45, ce qui aboutit à une levée de la répression par CD45 de l’activation de STAT5 par les kinases Jak2 et Lyn [53]. Plus récemment encore, cette inhibition de phosphatases par le lénalidomide a été décrite pour les phosphatases régulatrices du cycle cellulaire CDC25 et PP2A, toutes les deux codées par des gènes contenus dans la région minimale délétée. Leur dosage génique diminué dans la délétion 5q du fait de l’haplo-insuffisance, rendrait plus efficace leur inhibition par le lénalidomide, d’où la selectivité d’action de celui-ci dans les cellules porteuses du clone del 5q. Les deux voies régulatrices expliqueraient alors l’efficacité du lénalidomide par sensibilisation au signal de l’EPO dans les SMD sans del 5q d’une part, et d’autre part par effet cytotoxique et arrêt du cycle cellulaire via l’inhibition CDC25 dans les SMD avec del 5q. Il est à noter que si ces hypothèses ainsi que celle de l’imputabilité de RPS14 s’avèrent vraies, la cible d’action du lénalidomide dans les SMD avec del 5q serait autre que la lésion génique causale ce qui en ferait l’exemple unique d’un traitement ciblé attaquant par un angle autre que celui du traitement de la cause [54].

Conclusion

Le lénalidomide est très efficace sur l’anémie des SMD avec del 5q et tout particulièrement chez les patients porteurs du syndrome 5q-. On peut considérer qu’il est devenu le traitement de première ligne chez ces patients, accepté par la FDA en décembre 2005 (indication : MDS de score IPSS faible et intermédiaire 1 avec del 5q) et en cours d’examen par l’Agence Européenne des Médicaments (EMEA [European Medicines Agency]). Le lénalidomide peut toutefois également normaliser le taux de plaquettes et induire une réponse hématologique et cytogénétique souvent complète. Bien que son mécanisme d’action puisse être multiple, le lénalidomide semble cibler spécifiquement le clone del 5q. Ceci suggère que la drogue pourrait avoir un effet sur l’évolution de la maladie à moyen et long terme. Compte tenu de cette action sur le clone 5q, le lénalidomide est actuellement testé dans les SMD avec del 5q de risque IPSS intermédiaire 2 et élevé, notamment dans le cadre d’un essai du GFM, en espérant qu’une action spécifique sur le clone pathologique pourra également être observée.

Dans les SMD de risque faible et intermédiaire 1, sans del 5q, le lénalidomide donne environ 25 % d’indépendance transfusionnelle observée chez des patients dont beaucoup étaient résistants à l’EPO, même si les réponses paraissent ici plus courtes [55].

Enfin, le lénalidomide reste un analogue de la thalidomide. A cause de son effet tératogène attendu, il est absolument indispensable de prendre avec ce produit les mêmes précautions qu’avec la thalidomide, et s’assurer formellement que les patientes qui le reçoivent ne peuvent pas être enceintes pendant la période du traitement.

Références

1 Van den Berghe H, Vermaelen K, Mecucci C, Barbieri D, Tricot G. The 5q-anomaly. Cancer Genet Cytogenet 1985 ; 17 : 189-255.

2 Van den Berghe H, Michaux L. 5q-, twenty-five years later : a synopsis. Cancer Genet Cytogenet 1997 ; 94 : 1-7.

3 Harris NL, Jaffe ES, Diebold J, et al. World Health Organization classification of neoplastic diseases of the hematopoietic and lymphoid tissues : report of the Clinical Advisory Committee meeting-Airlie House, Virginia, November 1997. J Clin Oncol 1999 ; 17 : 3835-49.

4 Le Beau MM. Deletions of chromosome 5 in malignant myeloid disorders. Cancer Surv 1992 ; 15 : 143-59.

5 Zhao N, Stoffel A, Wang PW, et al. Molecular delineation of the smallest commonly deleted region of chromosome 5 in malignant myeloid diseases to 1-1.5 Mb and preparation of a PAC-based physical map. Proc Natl Acad Sci USA 1997 ; 94 : 6948-53.

6 Boultwood J, Lewis S, Wainscoat JS. The 5q-syndrome. Blood 1994 ; 84 : 3253-60.

7 Boultwood J, Fidler C, Strickson AJ, et al. Narrowing and genomic annotation of the commonly deleted region of the 5q- syndrome. Blood 2002 ; 99 : 4638-41.

8 Liu TX, Becker MW, Jelinek J, et al. Chromosome 5q deletion and epigenetic suppression of the gene encoding alpha-catenin (CTNNA1) in myeloid cell transformation. Nat Med 2007 ; 13 : 78-83.

9 Joslin JM, Fernald AA, Tennant TR, et al. Haploinsufficiency of EGR1, a candidate gene in the del(5q), leads to the development of myeloid disorders. Blood 2007 ; 110 : 719-26.

10 Ebert BL, Pretz J, Bosco J, et al. Identification of RPS14 as a 5q- syndrome gene by RNA interference screen. Nature 2008 ; 451 : 335-9.

11 Pellagatti A, Cazzola M, Giagounidis AA, et al. Gene expression profiles of CD34+ cells in myelodysplastic syndromes : involvement of interferon stimulated genes and correlation to FAB subtype and karyotype. Blood 2006 ; 108 : 337-45.

12 Fidler C, Watkins F, Bowen DT, Littlewood TJ, Wainscoat JS, Boultwood J. NRAS, FLT3 and TP53 mutations in patients with myelodysplastic syndrome and a del(5q). Haematologica 2004 ; 89 : 865-6.

13 Ingram W, Lea NC, Cervera J, et al. The JAK2 V617F mutation identifies a subgroup of MDS patients with isolated deletion 5q and a proliferative bone marrow. Leukemia 2006 ; 20 : 1319-21.

14 Nilsson L, Astrand-Grundstrom I, Arvidsson I, et al. Isolation and characterization of hematopoietic progenitor/stem cells in 5q-deleted myelodysplastic syndromes : evidence for involvement at the hematopoietic stem cell level. Blood 2000 ; 96 : 2012-21.

15 Bigoni R, Cuneo A, Milani R, et al. Multilineage involvement in the 5q- syndrome : a fluorescent in situ hybridization study on bone marrow smears. Haematologica 2001 ; 86 : 375-81.

16 Pedersen B, Jensen IM. Clinical and prognostic implications of chromosome 5q deletions : 96 high resolution studied patients. Leukemia 1991 ; 5 : 566-73.

17 Mathew P, Tefferi A, Dewald GW, et al. The 5q- syndrome : a single-institution study of 43 consecutive patients. Blood 1993 ; 81 : 1040-5.

18 Lewis S, Oscier D, Boultwood J, et al. Hematological features of patients with myelodysplastic syndromes associated with chromosome 5q deletion. Am J Hematol 1995 ; 49 : 194-200.

19 Greenberg P, Cox C, LeBeau MM, et al. International scoring system for evaluating prognosis in myelodysplastic syndromes. Blood 1997 ; 89 : 2079-88.

20 Giagounidis AA, Germing U, Haase S, et al. Clinical, morphological, cytogenetic, and prognostic features of patients with myelodysplastic syndromes and del(5q) including band q31. Leukemia 2004 ; 18 : 113-9.

21 Giagounidis AA, Germing U, Aul C. Biological and prognostic significance of chromosome 5q deletions in myeloid malignancies. Clin Cancer Res 2006 ; 12 : 5-10.

22 Littlewood TJ, Bajetta E, Nortier JW, et al., Epoetin Alfa Study Group. Effects of epoetin alfa on hematologic parameters and quality of life in cancer patients receiving nonplatinum chemotherapy : results of a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. J Clin Oncol 2001 ; 19 : 2865-74.

23 Negrin RS, Stein R, Vardiman J, Doherty K, Cornwell J, Krantz S, Greenberg PL. Treatment of anemia in myelodysplastic syndromes using recombinant human granulocyte colony-stimulating factor in combination with erythropoietin. Blood 1993 ; 82 : 737-43.

24 Hellstrom-Lindberg E, Ahlgren T, Beguin Y, et al. Treatment of anemia in myelodysplastic syndromes with granulocyte colony-stimulating factor plus erythropoietin : results from a randomized phase II study and long-term follow-up of 71 patients. Blood 1998 ; 92 : 68-75.

25 Terpos E, Mougiou A, Kouraklis A, et al., for the Greek MDS Study Group. Prolonged administration of erythropoietin increases erythroid response rate in myelodysplastic syndromes : a phase II trial in 281 patients. Br J Haematol 2002 ; 118 : 174-80.

26 Howe RB, Porwit-MacDonald A, Wanat R, Tehranchi R, Hellstrom-Lindberg E. The WHO classification of MDS does make a difference. Blood 2004 ; 103 : 3265-70.

27 Casadevall N, Durieux P, Dubois S, et al. Health, economic, and quality-of-life effects of erythropoietin and granulocyte colony-stimulating factor for the treatment of myelodysplastic syndromes : a randomized, controlled trial. Blood 2004 ; 104 : 321-7.

28 Ades L, Mohamed H, Vassilief D, et al. Is there a role for ATRA in combination to EPO in lower risk myelodysplastic syndromes? Preliminary results of a phase II study. Blood 2005 ; 108(Suppl. 1) : 712a.

29 Mannone L, Gardin C, Quarre MC, et al. for the Groupe francais des myélodysplasies (GFM). High-dose darbepoetin alpha in the treatment of anaemia of lower risk myelodysplastic syndrome results of a phase II study. Br J Haematol 2006 ; 133 : 513-9.

30 Park S, Kelaidi C, Grabar S, et al. Prognostic factors and response duration in 419 MDS treated with erythropoietin ± GCSF : the GFM experience. Blood 2006 ; 106(Suppl. 1) : 158a.

31 Cheson BD, Bennett JM, Kantarjian H, et al. World Health Organization(WHO) international working group. Report of an international working group to standardize response criteria for myelodysplastic. Blood 2000 ; 96 : 3671-4.

32 Bouscary D, Legros L, Tulliez M, et al. for The Groupe français des myélodysplasies (GFM). A non-randomised dose-escalating phase II study of thalidomide for the treatment of patients with low-risk myelodysplastic syndromes : the Thal-SMD-2000 trial of the Groupe français des myélodysplasies. Br J Haematol 2005 ; 131 : 609-18.

33 Tamburini J, Elie C, Vassilief D, et al. Low Doses of Thalidomide (Thal) in Low Risk MDS with Transfusion-Dependant Anemia : The GFM THAL-SMD-200 Trial. Blood (ASH Annual Meeting Abstracts) 2006 ; 108 : 2673a.

34 Strupp C, Hildebrandt B, Germing U, Haas R, Gattermann N. Cytogenetic response to thalidomide treatment in three patients with myelodysplastic syndrome. Leukemia 2003 ; 17 : 1200-2.

35 Aul C, Runde V, Gattermann N. All-trans retinoic acid in patients with myelodysplastic syndromes : results of a pilot study. Blood 1993 ; 82 : 2967-74.

36 Giagounidis AA, Haase S, Germing U, et al. Treatment of myelodysplastic syndrome with isolated del(5q) including bands q31-q33 with a combination of all-trans-retinoic acid and tocopherol-alpha : a phase II study. Ann Hematol 2005 ; 84 : 89-94.

37 Juneja HS, Jodhani M, Gardner FH, Trevarthen D, Schottstedt M. Low-dose ARA-C consistently induces hematologic responses in the clinical 5q- syndrome. Am J Hematol 1994 ; 46 : 338-42.

38 Estey EH, Thall PF, Cortes JE, et al. Comparison of idarubicin + ara-C-, fludarabine + ara-C-, and topotecan + ara-C-based regimens in treatment of newly diagnosed acute myeloid leukemia, refractory anemia with excess blasts in transformation, or refractory anemia with excess blasts. Blood 2001 ; 98 : 3575-83.

39 Lubbert M, Wijermans P, Kunzmann R, et al. Cytogenetic responses in high-risk myelodysplastic syndrome following low-dose treatment with the DNA methylation inhibitor 5-aza-2’-deoxycytidine. Br J Haematol 2001 ; 114 : 349-57.

40 Kantarjian H, Issa JP, Rosenfeld CS, et al. Decitabine improves patient outcomes in myelodysplastic syndromes : results of a phase III randomized study. Cancer 2006 ; 106 : 1794-803.

41 Fenaux P, Mufti GJ, Santini V, et al. Azacitidine (AZA) treatment prolongs overall survival in high-risk MDS patients compared with conventional care regimens : results of the AZA-001 phase III study. Blood 2007 ; 110 : 250a.

42 Stewart B, Verdugo M, Guthrie KA, Appelbaum F, Deeg HJ. Outcome following haematopoietic cell transplantation in patients with myelodysplasia and del (5q) karyotypes. Br J Haematol 2003 ; 123 : 879-85.

43 Bartlett JB, Dredge K, Dalgleish AG. The evolution of thalidomide and its ImiD derivatives as anticancer agents. Net Rev Cancer 2004 ; 4 : 314-22.

44 List A, Kurtin S, Roe DJ, et al. Efficacy of lénalidomide in myelodysplastic syndromes. N Engl J Med 2005 ; 352 : 549-57.

45 List A, Dewald G, Bennett J, et al. Myelodysplastic Syndrome-003 Study Investigators. Lénalidomide in the myelodysplastic syndrome with chromosome 5q deletion. N Engl J Med 2006 ; 355 : 1456-65.

46 Melchert M, Williams C, List A. Remitting activity of lénalidomide in treatment-induced myelodysplastic syndrome. Leukemia 2007 ; 21 : 1576-8.

47 Lancet JE, List AF, Moscinski LC. Treatment of deletion 5q acute myeloid leukemia with lénalidomide. Leukemia 2007 ; 21 : 586-8.

48 Ades L, Burcheri S, Prebet T, et al. Lenalidomide in INT 2 and High risk MDS with del 5q. Interim results of a phase II trial by the GFM. Blood 2007 ; 110 : 251a.

49 Jadersten M, Montgomery SM, Dybedal I, Porwit-MacDonald A, Hellstrom-Lindberg E. Long-term outcome of treatment of anemia in MDS with erythropoietin and G-CSF. Blood 2005 ; 106 : 803-11.

50 Jädersten M, Pellagatti A, Forsblom AM, et al. Lenalidomide selectively inhibits in vitro growth of the malignant clone in myelodysplastic syndrome (MDS) patients with 5q deletion. Blood 2005 ; 106 : 3438a.

51 Gandhi AK, Kang J, Naziruddin S, Parton A, Schafer PH, Stirling DI. Lenalidomide inhibits proliferation of Namalwa CSN.70 cells and interferes with Gab1 phosphorylation and adaptor protein complex assembly. Leuk Res 2006 ; 30 : 849-58.

52 Pellagatti A, Jädersten M, Forsblom AM, et al. Lenalidomide inhibits the malignant clone and up-regulates the SPARC gene mapping to the commonly deleted region in 5q- syndrome patients. Proc Natl Acad Sci USA 2007 ; 104 : 11406-11.

53 List AF, Estes M, Williams A, et al. Lenalidomide (CC-5013 ; Revlimid®) Promotes Erythropoiesis in Myelodysplastic Syndromes (MDS) by CD45 Protein Tyrosine Phosphatase (PTP) Inhibition. Blood 2006 ; 108 : 1360a.

54 Wei S, Rocha K, Williams A, et al. Gene dosage of the cell cycle regulatory phosphatases Cdc25C and P2A determines sensitivity to lenalidomide in del(5q) MDS. Blood 2007 ; 111 : 43a.

55 Raza A, Reeves JR, Feldman EJ, et al. Long Term Clinical Benefit of Lenalidomide (Revlimid) Treatment in Patients with Myelodysplastic Syndrome without Del 5q Cytogenetic Abnormalities. Blood 2008 ; 111 : 86-93.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]