ARTICLE
Auteur(s) : Charikleia Kelaidi, Ana Oliveira Da Rocha, Pierre Fenaux
Service d’hématologie clinique, Hôpital Avicenne, Bobigny,
Université Paris 13
Décrit par Van den Berghe et al., le syndrome 5q- est une
catégorie à part dans les syndromes myélodysplasiques (SMD) en
raison de ses caractéristiques hématologiques, de sa
physiopathologie qui reste méconnue, et du caractère véritablement
réfractaire de l’anémie à laquelle il était associé. Son évolution,
à court et peut-être à long terme, a cependant récemment été
fortement modifiée par l’avènement du lénalidomide.
SMD avec délétion 5q et « syndrome 5q- »
Caractéristiques hématologiques
Van den Berghe et al. ont décrit, en 1974, un type d’anémie
réfractaire caractérisé par une prédominance féminine
(contrairement aux autres SMD), une macrocytose importante, une
érythroblastopénie fréquente (également inhabituelle dans les SMD),
un taux de leucocytes normal ou seulement modérément diminué, un
taux de plaquettes normal ou élevé, la présence dans la moelle de
mégacaryocytes de grande taille monolobés avec noyau excentré, un
pourcentage normal (< à 5 %) de blastes médullaires, une
délétion isolée du bras long du chromosome 5 (del 5q) et une
évolution rare vers une LAM (environ 10 %), et enfin une
survie prolongée (tableau 1) [1, 2].
L’anémie avait cependant tendance à être profonde, nécessitant de
nombreuses transfusions globulaires qui finissaient par aboutir à
une hémochromatose, parfois cause de décès. Ces auteurs ont
également montré qu’une del 5q isolée pouvait être retrouvée dans
des SMD de grade plus élevé (AREB, AREB T), ou même dans des LAM.
Dans les AREB, mais non dans les AREB T ou LAM, les autres
caractéristiques du syndrome 5q- (en particulier la thrombocytose
et des mégacaryocytes monolobés à noyau excentré) étaient
généralement présentes. En revanche, Van den Berghe et al. avaient
observé que, dans les SMD avec del 5q et des anomalies
cytogénétiques additionnelles, les caractéristiques
« typiques » du syndrome 5q- étaient généralement
absentes, particulièrement s’il y avait plusieurs anomalies
cytogénétiques surajoutées.
La classification OMS a plus récemment redéfini le syndrome 5q-
comme un type spécifique de SMD avec délétion 5q, mais a restreint
l’entité aux cas sans excès de blastes médullaires (strictement
inférieurs à 5 %) [3]. Quand ces deux restrictions (absence
d’anomalie chromosomique en plus de la del 5q et absence d’excès de
blastes) sont appliquées, les SMD avec del 5q ont effectivement en
général la plupart des caractéristiques décrites dans le tableau 1, et comme on le verra plus loin, une
survie prolongée.
Tableau 1 Caractéristiques du syndrome 5q- selon la
description initiale par Van den Berghe et la définition ultérieure
de l’OMS (d’après [1-3])
|
Caractéristiques clinico-biologiques
|
|
Prépondérance féminine
|
|
Anémie profonde
|
|
VGM très augmenté
|
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Absence de neutropénie significative
|
|
Absence de thrombopénie, voire thrombocytose modérée
|
|
Rareté de la transformation aiguë en LAM
|
|
Survie prolongée
|
|
Caractéristiques morphologiques
|
|
Dysmégacaryopoïèse caractéristique (grands mégacaryocytes monolobés
avec noyau excentré)
|
|
Excès de blastes absent ou modéré (par définition < 5 %
blastes médullaires selon la classification OMS)
|
|
Délétion 5q- isolée
|
Caractéristiques cytogénétiques et génétiques
L’étude de nombreuses séries de patients atteints de SMD avec del
5q a montré que, dans tous les cas, la délétion était
interstitielle, d’étendue variable, avec une prédominance pour les
délétions importantes 5q13-33 [1, 2, 4-7]. Les points de cassure
proximaux et distaux sont variables et la seule région délétée chez
pratiquement tous les patients est au niveau de la bande
chromosomique 5q31-32 (« bande délétée commune »).
La présence d’une délétion constante touchant la bande 5q31-5q32
suggérait bien entendu la présence de gènes suppresseurs de tumeur
dans cette région dont l’inactivation (par délétion d’un allèle,
l’autre était inactivé par différents mécanismes possibles comme
une mutation ponctuelle, une méthylation, etc.) pouvait jouer un
rôle physiopathologique majeur dans le développement du syndrome
5q-. Plusieurs équipes, en particulier le groupe d’Oxford et le
groupe de Chicago, ont particulièrement travaillé sur ce sujet, et
ont identifié au sein de la bande commune délétée, deux
« régions communes délétées », contenant un certain
nombre de gènes connus et inconnus (figure 1) [5, 6].
Toutefois, malgré pratiquement une vingtaine d’années de travaux
sur ce sujet, le ou les « coupables » n’avaient pas pu
être identifiés précisément. En effet, il n’a pas été retrouvé de
gène dont les 2 allèles seraient inactivés chez la plupart des
patients, par exemple par mutation ponctuelle ou méthylation de
l’allèle restant. Ceci montrait une nouvelle fois la difficulté
qu’il y a à identifier des gènes en cause dans les tumeurs
lorsqu’il n’y a pas de translocation équilibrée (contrairement aux
LAM et LAL avec translocation équilibrée où les gènes situés au
niveau des points de cassure sont faciles à identifier). Les
travaux de Boultwood avaient cependant restreint considérablement
la région commune délétée, qui ne contient que 24 gènes (figure 2) [7]. Parmi eux,
le gène SPARC, connu comme ayant une activité antiproliférative,
avait été considéré comme un candidat sérieux. Plus récemment
encore, l’inactivation du gène codant pour la α-catenine (CTNNA1)
par méthylation et déacétylation des histones au niveau du
promoteur de l’allèle restant a été rapportée dans 8 des 12 cas de
SMD et LAM avec del 5q analysés par T. Look et son équipe [8].
L’impossibilité à ce jour de trouver un gène « coupable »
a suggéré que plusieurs gènes situés en 5q pouvaient être
impliqués, une théorie peut-être difficile à réconcilier avec les
caractéristiques hématologiques très spécifiques du syndrome 5q-,
sauf si les produits de ces différents gènes ont le même type de
fonction, ou que l’inactivation de seulement un allèle d’un de ces
gènes situé en 5q pouvait être suffisante pour expliquer les
caractéristiques du syndrome (mécanisme d’haplo-insuffisance). Un
des gènes candidats pour vérifier cette hypothèse est EGR1
(epidermal growth factor 1) qui est un gène suppresseur de tumeurs
contenu dans la région délétée commune. L’équipe de Le Beau avait
récemment montré que les souris EGR1 +/- avaient une incidence
accrue de lymphomes T ou de syndromes myéloprolifératifs après
exposition à la nitrosourée [9].
La clé du mystère du syndrome 5q- vient peut-être du travail
publié très récemment par l’équipe de Golub à Boston qui, par
l’inhibition très méthodique par shRNA de tous les gènes contenus
dans la région minimale délétée, a montré que l’inactivation
partielle d’expression du gène RPS14 reproduit in vitro les
caractéristiques cytologiques du syndrome 5q- [10]. La restauration
à un taux normal de l’expression du gène RPS14 dans les cultures
cellulaires de SMD avec syndrome 5q- corrige le défaut
d’érythropoïèse. RPS14 code pour une protéine ribosomale et
l’ensemble de ces données rappelle étonnamment la physiopathologie
d’au moins une partie du syndrome de Diamond-Blackfan, due à la
mutation d’un gène codant pour une protéine ribosomale, la RPS19.
Un nouveau chapitre soulignant l’importance des ribosomes dans
l’érythropoïèse où pathologie constitutionnelle et acquise se
rejoignent, vient donc de s’ouvrir. Dans le cas du syndrome 5q-,
l’haplo-insuffisance de RPS14 serait responsable des anomalies,
puisqu’aucune mutation ou autre régulation épigénétique induisant
la diminution d’expression de l’allèle restant n’a été trouvée par
l’équipe de Boston. Les résultats de la manipulation de RPS14 in
vivo sont attendus avec impatience.
L’étude du profil d’expression génique des cellules CD34+ par la
technologie des micro-arrays montre que les SMD avec délétion 5q
sont différents des autres SMD, avec, de façon non surprenante, une
régulation négative des gènes situés en 5q, mais aussi une
régulation positive d’autres gènes comme le gène de l’histone HIST1
situé en 6p21, ainsi que d’autres gènes dont les produits sont
impliqués dans le cytosquelette d’actine [11].
Des anomalies génétiques surajoutées, comme une mutation de
N-RAS ou de p53, sont significativement plus rares dans les SMD
avec del 5q que dans les autres SMD [12]. Une mutation de JAK 2 est
observée dans seulement environ 5 % des cas de SMD avec del
5q, et est associée à une augmentation de cellularité médullaire,
et une tendance à des taux de plaquettes et de leucocytes plus
élevés [13].
En ce qui concerne le niveau d’atteinte des progéniteurs
hématopoïétiques dans les SMD avec del 5q, les analyses
cytogénétiques et par FISH ont montré que la délétion était
généralement présente dans les cellules souches pluripotentes
CD34+, CD38-, et qu’il persistait des progéniteurs médullaires
normaux chez ces patients [14]. Il a ainsi pu être montré que la
del 5q, chez ces patients, n’était généralement présente que dans
35 à 50 % des érythroblastes [15]. Par ailleurs, les
lymphocytes matures n’appartiennent généralement pas au clone 5q.
Ceci peut traduire soit une inhabilité du clone anormal de cellules
souches à se différencier dans les différentes lignées, ou le fait
que la délétion 5q, dans certains cas, serait un événement
secondaire.
En conclusion, on commence seulement à comprendre le lien entre
l’anomalie chromosomique et les caractéristiques hématologiques
dans les SMD avec del 5q. Les différences cytogénétiques et
génétiques entre syndrome 5q- d’une part et autres SMD avec del 5q
d’autre part, par contre restent incertaines. Chez ces derniers
patients, la présence d’un excès de blastes et/ou d’anomalies
chromosomiques additionnelles pourrait être liée à la survenue
d’événements génétiques secondaires.
Evolution et facteurs pronostiques
Toutes les études ont confirmé le pronostic favorable des SMD avec
délétion 5q et sans excès de blastes, c’est-à-dire du syndrome 5q-
selon la classification OMS (tableau 2)
[1, 2, 16-21]. Le groupe de Düsseldorf a toutefois montré que la
survie médiane des patients atteints du syndrome 5q- était
significativement inférieure à celle d’une population de même âge
et de même sexe, tant chez les femmes que chez les hommes [21]. Par
ailleurs, dès que les patients ont un excès de blastes médullaires
supérieur ou égal à 5 %, ou une ou plusieurs anomalies
cytogénétiques en plus de la délétion 5q, le pronostic devient
beaucoup plus défavorable. Ainsi, la survie médiane des patients
avec délétion 5q isolée et plus de 5 % de blastes n’est que de
24 mois dans l’expérience du groupe de Düsseldorf, et leur
risque d’évolution en LAM plus élevé. Il en est de même en cas
d’anomalies chromosomiques surnuméraires, en particulier s’il y a
en plus d’une (tableau 2).
Tableau 2 Transformation aiguë en LAM et survie dans
les séries publiées de SMD avec del 5q
|
Nombre de patients
|
Caryotype
|
% blastes médullaires
|
Survie médiane (mois)
|
Transformation en LAM
|
|
Van den Berghe et al. [1, 2]
|
43
|
Del 5q isolée
|
< 5
|
28
|
21 %
|
|
23
|
Del 5q et autres
|
< 5
|
11
|
8 %
|
|
15
|
Del 5q isolée
|
≥ 5
|
28+
|
14 %
|
|
21
|
Del 5q et autres
|
≥ 5
|
4
|
55 %
|
|
Mathew et al. [17]
|
43
|
Del 5q isolée
|
< 5 ou ≥ 5
|
63
|
16 %
|
|
Greenberg et al. [19]
|
48
|
Del 5q isolée
|
< 5 ou ≥ 5
|
25
|
20 %
|
|
Giagounidis et al. [20, 21]
|
53
|
Del 5q isolée
|
< 5
|
107
|
9 %
|
|
9
|
Del 5q et une anomalie additionnelle
|
< 5
|
47
|
|
13
|
Del 5q isolée
|
≥ 5
|
24
|
80 %
|
|
25
|
Del 5q et ≥ 2 anomalies additionnelles
|
≥ 5
|
7,4
|
Traitement du syndrome 5q- et des autres SMD avec délétion 5q
avant l’avènement du lénalidomide
Il était largement dominé par les transfusions érythrocytaires, les
autres modalités thérapeutiques étant rarement applicables ou
d’efficacité limitée. Les résultats de ces approches (où les
différents types de SMD avec délétion 5q selon le pourcentage de
blastes médullaires et la présence ou non d’anomalies
cytogénétiques additionnelles n’ont pas toujours été
individualisés) sont résumés dans le tableau
3.
Transfusions érythrocytaires
Avant l’avènement du lénalidomide, le traitement du syndrome 5q-
consistait essentiellement en des transfusions érythrocytaires
répétées. Dans le syndrome 5q-, les besoins transfusionnels tendent
à augmenter avec le temps et sont généralement d’au moins deux
concentrés par mois après quelques années d’évolution. Le
traitement transfusionnel érythrocytaire, bien qu’il améliore
transitoirement le taux d’Hb, présente cependant de nombreux
inconvénients dans les SMD avec del 5q comme d’ailleurs dans les
autres SMD :
- – il implique la présence régulière du patient pendant
de longues heures à l’hôpital et le rend dépendant des séjours
hospitaliers ainsi que plus largement du corps médical ;
- – il représente une charge indiscutable pour nos
systèmes de santé. Ainsi, en France, le nombre de concentrés
érythrocytaires transfusés dans les SMD représente 3 % du
total des concentrés érythrocytaires transfusés dans notre pays, et
les SMD représentent 24 % des séjours hospitaliers dont le
motif est la transfusion érythrocytaire (Etalissement français du
sang [EFS] de Franche-Comté et Groupe francophone des
myélodysplasies [GFM], données non publiées) ;
- – il comporte des complications potentielles :
surcharge en fer (même si les chélateurs sont maintenant plus
facilement utilisables), surcharge volémique souvent symptomatique
chez ces sujets âgés, allo-immunisation et, même si elles sont
maintenant devenues rares, infections bactériennes et
virales ;
- – il est coûteux : le coût moyen des transfusions
globulaires a été évalué à plus de 800 €/mois dans les SMD
transfusés par l’EFS de Franche-Comté. Ceci inclut le coût des
transfusions elles-mêmes, les différents tests immunologiques et
viraux, le coût de transport à l’hôpital, etc. ;
- – enfin, et c’est peut-être le plus important, les
transfusions érythrocytaires améliorent de façon transitoire le
taux d’Hb et les patients transfusés sont la majorité du temps en
dessous de 10 g d’Hb, ce qui est significativement associé à de la
fatigue, d’autres symptômes d’anémie, une diminution de la qualité
de vie et probablement à un excès d’accidents cardio-vasculaires
[22]. Dans l’absolu, il serait utile de transfuser les patients à
un taux d’Hb plus élevé, dès que celui-ci devient inférieur à 9-10
g, mais il faut bien dire que cela est rarement fait en pratique,
notamment pour des raisons logistiques.
Tableau 3 Traitement (autre que le lénalidomide) de
l’anémie dans les SMD avec del 5q (nb de répondeurs/nb de patients
traités)
|
Type de SMD avec del 5q
|
Séries publiées
|
Séries du GFM
|
|
EPO ou darbépoétine ± G-CSF [19, 23-30]
|
Syndrome 5q-
|
4/8 (2 réponses majeures, 2 réponses mineures)
|
9/17 (9 réponses majeures)
|
|
Autres SMD avec del 5q
|
9/68
|
13/30 (7 réponses majeures, 6 réponses mineures)
|
|
Thalidomide [32-34]
|
Syndrome 5q-
|
5/31
|
4/8 (1 réponse majeure, 3 réponses mineures)
|
|
Autres SMD avec del 5q
|
5/16 (4 réponses majeures, 1 réponse mineure)
|
|
ATRA [35, 36]
|
SMD de faible risque avec del 5q
|
12/60 (principalement des réponses mineures)
|
|
|
Aracytine faible dose [37]
|
SMD de faible risque avec del 5q
|
4/9 (3 réponses majeures, 1 réponse mineure)
|
|
|
Décitabine
|
|
|
|
|
Lubbert et al. [39]
|
Del 5q isolée et autres > 5 % blastes
|
1/1 (1 réponse hématologique complète et cytogénétique majeure)
|
|
|
Del 5q et autres anomalies cytogénétiques et > 5 %
blastes
|
3/4 (3 réponses hématologiques complètes et cytogénétiques
majeures)
|
|
|
Kantarjian et al. [40]
|
SMD de haut risque avec del 5q
|
2/16
|
|
|
Allogreffe [42]
|
Del 5q isolée
|
13/20 sans rechute à 1 an
|
|
|
Del 5q et autres anomalies
|
8/37 sans rechute à 1 an
|
|
EPO recombinante, thalidomide et rétinoïdes (tableau 3)
Du fait des inconvénients des transfusions érythrocytaires, la
tendance est de plus en plus d’essayer d’utiliser, dans les SMD de
faible risque, des drogues susceptibles d’augmenter le taux d’Hb,
en particulier l’EPO et ses dérivés, même si à l’heure actuelle
aucun de ces produits n’a d’AMM dans cette indication. La réponse à
l’EPO alpha ou bêta ou à la darbepoïétine alpha, avec ou sans G
CSF, apparaît cependant inférieure dans les SMD avec del 5q par
rapport aux autres SMD de faible risque. Une revue des cas publiés
a retrouvé 13 réponses sur 76 patients traités [19, 23-26]. Dans
une analyse rétrospective du GFM sur 403 patients atteints de SMD
traités par EPO ou darbepoïétine (± GCSF) en France, 48 avaient une
délétion 5q [27-30]. Parmi ces patients, 9 des 17 (52 %) qui
avaient des critères de syndrome 5q- ont répondu, toutes les
réponses étant majeures selon les critères de l’International
Working Group (IWG) de 2000 [31]. Cependant, la durée médiane de
réponse a été de 11 mois seulement, soit nettement plus courte
que dans les autres SMD de faible risque (médiane
24 mois) ; de plus, seulement 13 des 30 SMD avec délétion
5q différents du syndrome 5q- (en raison d’un excès de blastes ou
d’anomalies cytogénétiques surnuméraires) ont répondu.
Le GFM a traité par thalidomide, dans deux essais successifs, 24
patients atteints de SMD avec délétion 5q : 5 réponses
majeures et 4 réponses mineures ont été observées [32, 33]. Ceci ne
différait pas des réponses observées dans les SMD de faible risque
sans del 5q. L’ATRA, susceptible d’améliorer les cytopénies dans
certains SMD semble avoir une efficacité limitée dans les SMD avec
délétion 5q, avec seulement 12 réponses généralement mineures chez
60 patients traités par le groupe de Düsseldorf [35, 36].
Chimiothérapie et agents hypométhylants (tableau 3)
Quatre réponses ont été rapportées chez neuf SMD de faible risque
avec délétion 5q, avec l’Ara C à faible dose [37]. Cependant, cette
drogue, même à faible dose, entraîne une myélosuppression
relativement importante. Chez les rares patients relativement
jeunes atteints de SMD avec délétion 5q, qui avaient les
caractéristiques de SMD de haut risque, voire avaient transformé en
LAM, les résultats d’une chimiothérapie intensive ont été décevants
[38].
Trop peu de patients atteints de SMD avec délétion 5q ont été
traités par les agents hypométhylants (5-azacytidine et décitabine)
pour évaluer l’intérêt de ces deux drogues. Luebbert a observé une
réponse hématologique complète avec une réponse cytogénétique
comportant une décroissance progressive du clone dans le temps chez
1/1 et 3/4 des SMD de haut risque avec délétion 5q isolée et
délétion 5q et d’autres anomalies chromosomiques, respectivement
[39]. Dans l’expérience du MD Anderson toutefois, seulement 2 des
16 patients avec del 5q traités par la décitabine ont répondu [40].
Les résultats de l’essai international de phase III avec
azacytidine dans les SMD avec del 5q sont décevants mais cette
étude ne comportait que des SMD de haut risque [41].
Allogreffe de cellules souches (tableau
3)
Chez les patients relativement jeunes ayant un donneur HLA
identique, ne répondant pas aux autres traitements, ou à haut
risque d’évolution hématologique, l’allogreffe de cellules souches
peut être proposée. Quelques expériences d’allogreffe dans les SMD
avec del 5q ont été rapportées. Dans une étude portant sur 30
patients avec délétion 5q isolée, la survie sans rechute a été de
68 % à un an mais ce taux descendait à 22 % lorsque des
anomalies cytogénétiques additionnelles étaient présentes [42].
En conclusion, avant l’avènement du lénalidomide, les
traitements disponibles étaient rarement efficaces ou pour de
courtes périodes de temps dans les SMD avec délétion 5q ; la
majorité de ces patients nécessitaient des transfusions
érythrocytaires répétées, souvent pendant des années.
Traitement du syndrome 5q- et des autres SMD avec délétion 5q
par le lénalidomide
Résultats globaux
Le lénalidomide est un agent immunomodulateur (ImiD) présentant de
nombreuses propriétés biologiques, en particulier la capacité
d’inhiber la production de cytokines pro-inflammatoires par les
monocytes, l’activation du système immunitaire en particulier des
cellules T et NK, et l’inhibition de l’angiogenèse [43]. Son
activité est supérieure à celle de la thalidomide dont il dérive,
notamment pour les propriétés antiangiogéniques et anti-TNF. Des
données récentes montrent un effet tératogène chez les singes
analogue à celui de la thalidomide chez l’homme. Il n’induit pas de
neuropathie périphérique chez l’homme. Dans une première expérience
publiée, List et al. ont montré que le lénalidomide permettait
d’obtenir une réponse érythroïde (majeure ou mineure) dans environ
50 % des SMD de faible risque dépendant des transfusions
érythrocytaires et que cette réponse était particulièrement
importante (83 % d’indépendance transfusionnelle obtenue) chez
les patients avec délétion 5q [44]. Dans cette première expérience,
de plus, des réponses cytogénétiques dont certaines complètes
étaient observées, essentiellement chez les patients avec del 5q.
La survenue d’une myélosuppression avec neutropénie et thrombopénie
était l’effet secondaire majeur, nécessitant une réduction de dose
de 25 à 10 mg/jour ou moins chez la plupart des patients. La
myélosuppression était surtout observée chez les patients avec
délétion 5q. Compte tenu de ces résultats
« dramatiques », List et al. ont mené une large étude de
phase II utilisant le lénalidomide à 10 mg/jour en continu et 10
mg/jour trois semaines/quatre chez 148 patients atteints de SMD
avec del 5q et dépendants des transfusions érythrocytaires [45].
L’âge médian des patients était de 71 ans. Deux tiers des
patients étaient des femmes, 20 % avaient plus de 5 % de
blastes médullaires, 71 % avaient une délétion 5q isolée,
17 % avaient une et 8 % avaient plus d’une anomalie
cytogénétique additionnelle. Une indépendance transfusionnelle
complète a été obtenue chez 67 % des patients, 9 autres %
des cas ayant une réponse érythroïde mineure (réduction de plus de
50 % du rythme transfusionnel). Le délai médian de réponse
était de cinq semaines et la plupart des patients répondaient dans
les trois mois sauf un petit nombre de réponses tardives. Une
réponse cytogénétique complète (disparition de la délétion 5q) et
partielle (réduction > 50 % du nombre de mitoses avec
délétion 5q) a été observée chez 45 et 28 % des patients
respectivement. Une réponse médullaire complète a été observée dans
36 % des cas. Soixante-seize pour cent des patients qui
avaient initialement un excès de blastes ne l’avaient plus au
moment de l’évaluation. Les facteurs pronostiques de la réponse
étaient l’absence de thrombopénie significative (plaquettes <
100 g/L) et un nombre de transfusions érythrocytaires inférieur à 4
CG/mois. Les facteurs pronostiques de réponse cytogénétique étaient
de nouveau l’absence de thrombopénie significative et l’âge >
60 ans.
Lors de la dernière mise à jour, avec un recul médian de
2 ans, 53 % des patients qui avaient obtenu une
indépendance transfusionnelle restaient répondeurs, tandis que
47 % avaient rechuté et nécessitaient à nouveau des
transfusions [45]. La durée médiane de réponse n’était donc pas
atteinte. A noter que la médiane d’augmentation du taux d’Hb a été
de 5,4 g (1,1 à 11,4 g) amenant certains patients à devenir
véritablement polyglobuliques sous lénalidomide. Dans notre
expérience, environ 15 % des patients deviennent
polyglobuliques et nécessitent des saignées.
Les facteurs pronostiques de la durée de réponse étaient des
besoins transfusionnels modérés (moins de 4 CG en 8 semaines),
le syndrome 5q- et un score IPSS faible.
La myélosuppression était l’effet secondaire le plus important,
62 et 53 % des patients ayant eu une neutropénie et une
thrombopénie de grade III ou IV respectivement. La thrombopénie et
la neutropénie surviennent généralement précocement, dès la
2e ou 3e semaine, et restent souvent
profondes jusqu’à 8 à 10 semaines environ. Ensuite, les
chiffres tendaient à s’améliorer, même s’il persiste souvent une
neutropénie et une thrombopénie modérée qui peuvent être améliorées
par la diminution des doses. Toutefois, dans l’essai MDS 003, trois
décès sont survenus pendant la période de neutropénie profonde,
attribués à des infections. Ces décès sont survenus à la phase
initiale de l’essai, à un moment où la profondeur possible de la
neutropénie n’était pas encore complètement appréhendée.
Les autres effets secondaires étaient nettement moins fréquents
mais parfois gênants, à type de diarrhée, prurit, rash, crampes
musculaires même s’ils atteignaient assez rarement le grade III ou
IV. Compte tenu des effets secondaires, atteignaient de la
neutropénie et de la thrombopénie, une réduction de dose a été
nécessaire un moment ou un autre chez 80 % des patients. A
deux ans, chez les 51 patients qui restaient répondeurs, 41 %
recevaient 5 mg/jour, 31 % recevaient 5 mg tous les deux jours
et seulement 18 % recevaient 10 mg/jour. A noter que les
résultats n’étaient pas significativement différents entre la dose
initiale de 10 mg/jour en continu et la dose initiale de 10
mg/jour trois semaines sur quatre, même si la première entraînait
initialement une neutropénie un peu plus importante. Enfin, le
dernier essai MDS 004, en cours d’analyse, suggère un risque
d’accidents thromboemboliques veineux de 2 à 3 % environ.
Résultats obtenus dans les SMD avec del 5q de haut risque
Dans l’essai MDS 001, 8 patients avaient un score IPSS
intermédiaire 2 ou élevé. Cinq d’entre eux ont obtenu une réponse
érythroïde majeure [44]. Comme on l’a vu plus haut, 75 % des
patients qui avaient initialement un pourcentage augmenté de
blastes médullaires avaient moins de 5 % après traitement. Par
ailleurs, la survie à partir du début du traitement ne différait
pas significativement entre les patients ayant un IPSS faible ou
intermédiaire 1 et ceux ayant un IPSS intermédiaire 2 ou élevé. A
noter tout de même que, au moment du dernier suivi, 82 % des
patients atteints de syndrome 5q- restaient répondeurs contre
seulement 56 % des patients ayant un excès de blastes et/ou
des anomalies cytogénétiques surajoutées. En dehors de l’essai
MDS003, List a rapporté des cas de rémission sous lénalidomide de
SMD induits de haut risque avec del 5q et anomalies additionnelles
et de LAM avec del 5q [46-47].
Enfin, les résultats de l’essai de phase I-II du GFM sur les SMD
de haut risque avec del 5q ont été rapportés récemment [48].
Trente-six patients étaient analysables au moment de la
présentation, dont 47, 75 et 75 % avaient, respectivement, une
LAM selon la classification OMS, un IPSS >2 et un del 5q associé
à un caryotype complexe. Le taux de réponse globale était de
26 % avec au total 5 réponses complètes, 8 réponses
cytogénétiques et 10 patients devenus indépendants des
transfusions. Le taux de réponse était plus important en l’absence
d’anomalies cytogénétiques complexes et de thrombopénie. Le
lénalidomide garde donc une efficacité dans cette population de
malades au pronostic très défavorable. La toxicité reste cependant
difficile à gérer nécessitant souvent l’hospitalisation prolongée.
L’analyse de la population entière et les résultats en termes de
survie sont en attente.
Traitement par lénalidomide dans les SMD avec del 5q :
questions restant en suspens
Le lénalidomide a apporté une nette amélioration de l’anémie chez
les patients atteints de syndrome 5q-, et probablement également
chez les patients avec del 5q ayant un excès de blastes et/ou des
anomalies cytogénétiques surajoutées, au moins s’ils restent de
score IPSS relativement faible. Il persiste cependant un certain
nombre de questions concernant l’utilisation de cette drogue qui
reste d’introduction récente.
- – Quelle est la dose optimale de
lénalidomide ?Contrairement au myélome où la dose de 25 mg est
fréquemment utilisée, seules de plus faibles doses sont
généralement tolérées (et nécessaires ?) dans les SMD avec
délétion 5q, de l’ordre de 10 mg/j, 10 mg/j trois semaines sur
quatre, ou moins (5 mg/j, voire 5 mg tous les deux jours). Il est
actuellement difficile de dire quelle est la dose optimale, qui
semble varier selon les patients. Un essai randomisé européen (MDS
004) qui comparait la dose initiale de 10 mg/jour trois semaines
sur quatre et 5 mg/j dans des SMD avec del 5q de score IPSS faible
ou intermédiaire 1 vient de terminer ses inclusions. Les résultats
sont en attente.
- – Comment prévenir et traiter les cytopénies induites
par le lénalidomide ?Si les cytopénies sont fréquemment
observées dans le myélome avec le lénalidomide, les cytopénies de
grade III et IV observées à la phase initiale du traitement des SMD
avec del 5q semblent nettement plus importantes. Elles pourraient
correspondre à un mécanisme d’action particulier du lénalidomide
chez ces patients, nous le reverrons. Dans notre expérience et
celle d’autres groupes toutefois, la neutropénie peut être prévenue
et corrigée par l’addition de G-CSF, et nous suggérons de débuter
ce traitement dès que les neutrophiles sont inférieurs à 1000/mm3.
Avec cette attitude nous n’avons aucune complication infectieuse
chez plus d’une trentaine de patients. Cette mesure nous a
également permis d’éviter de réduire trop rapidement les doses de
lénalidomide, ce qui est en principe requis dès que le taux de
polynucléaires est inférieur à 500/mm3.La thrombopénie,
du fait de l’absence actuelle d’agent thrombopoïétique utilisable
en pratique courante, est plus difficile à traiter sauf par les
transfusions plaquettaires et/ou une interruption provisoire du
traitement ou une réduction de dose. Le risque de ces deux
dernières mesures est toutefois de risquer de rendre le traitement
moins efficace. Les recommandations actuelles sont d’arrêter le
traitement si les plaquettes sont à moins de 25000/mm3 et de
reprendre à dose plus faible lorsque les plaquettes dépassent à
nouveau ce taux.Rappelons que la neutropénie et la thrombopénie
sont en grande partie transitoires pendant les deux ou trois mois
de traitement, et qu’il est par exemple généralement possible
d’arrêter le G CSF après ce délai.
- – Quelle est la durée optimale du traitement chez les
répondeurs ?Il est actuellement impossible de répondre à cette
question. Chez des patients qui ont dû arrêter le traitement pour
des raisons variables, l’anémie est réapparue après des délais
variables ou n’était pas réapparue dans certains cas mais avec un
recul qui reste encore généralement faible. Par ailleurs, dans la
mesure où le lénalidomide semble avoir un effet spécifique sur le
clone 5q-, il est possible que le traitement doive être continué
aussi longtemps que possible pour maintenir le clone
myélodysplasique au taux le plus faible pendant une durée aussi
prolongée que possible.
- – Le lénalidomide a-t-il un impact sur l’évolution des
SMD avec délétion 5q ?C’est évidemment une question
essentielle à laquelle il n’est pas encore possible de répondre.
Dans le cas des EPO par exemple, il a été suggéré que ce traitement
améliorait l’anémie mais n’avait pas d’impact sur l’évolution en
LAM et sur la survie (même si les résultats récents du GFM semblent
montrer que l’EPO puisse améliorer la survie, mais sans doute en
évitant des décès non associés à la progression de la maladie) [28,
48, 49].
Dans le cas du lénalidomide chez les patients atteints de SMD
avec del 5q, les réponses cytogénétiques (dont certaines
complètes), la normalisation du pourcentage de blastes observés
dans de nombreux cas suggèrent un effet spécifique ou au moins
préférentiel du lénalidomide sur les cellules porteuses de la
délétion 5q. De plus, dans l’essai MDS 003, certaines réponses
cytogénétiques complexes ont été observées chez des patients avec
une délétion 5q et d’autres anomalies cytogénétiques, suggérant que
les clones porteurs du del 5q et d’autres anomalies cytogénétiques
(dont on peut penser qu’elles sont secondaires) pourraient être
également ciblés par le lénalidomide [45].
Dans la mesure où la délétion 5q semble être un événement
génétique précoce dans la pathogénie des SMD avec del 5q, survenant
comme on l’a vu plus haut dans des cellules souches pluripotentes,
il est possible que le ciblage du clone 5q et la réduction de sa
taille pourraient ralentir l’évolution de la maladie et prolonger
la survie. Des années seront nécessaires pour démontrer cet effet
dans les syndromes 5q- typiques, en raison de leur survie
spontanément prolongée. Il est cependant possible qu’il soit plus
facile à démontrer dans les autres SMD avec del 5q, de pronostic
actuel beaucoup moins favorable.
Mécanismes d’action du lénalidomide dans les SMD avec del
5q
Comme on vient de le voir, les réponses hématologiques et
cytogénétiques complètes observées dans un nombre important de SMD
avec del 5q avec le lénalidomide suggèrent que ce produit cible
spécifiquement ou préférentiellement le clone 5q. La période
transitoire de neutropénie et thrombopénie profonde observée après
le début du traitement suggère également un blocage de
l’hématopoïèse lié au clone 5q-, clone qui est détruit et remplacé
progressivement par l’expansion des clones résiduels normaux. La
disparition de la thrombocytose avec normalisation du taux de
plaquettes chez les répondeurs va également en faveur de cette
hypothèse, de même que les travaux qui montrent que le lénalidomide
peut inhiber de façon sélective la pousse des cellules myéloïdes
porteuses de la del 5q, aussi bien ex vivo dans les cellules
fraîches, que sur des lignées porteuses d’une délétion 5q [50].
Si ce mécanisme est confirmé, il restera à déterminer comment le
lénalidomide peut cibler de façon sélective ou préférentielle les
cellules avec del 5q. Le lénalidomide pourrait interférer avec une
ou plusieurs protéines codées par un ou plusieurs gènes situés en
5q ayant un rôle majeur sur la survie cellulaire. Lorsque cette
protéine est à un niveau faible en raison de l’haplo-insuffisance,
sa fonction pourrait être inhibée par le lénalidomide, aboutissant
à une mort cellulaire. Dans une lignée cellulaire porteuse d’une
délétion du chromosome 5, très sensible au lénalidomide, Namalwa
CSM.10, Gandhi et al. ont démontré que le lénalidomide entraînait
un arrêt du cycle cellulaire en G0/G1, inhibait la phosphorylation
de AKT et GAB1 et inhibait la possibilité de GAB1 de s’associer à
un récepteur de tyrosine kinase [51].
Si un tel mécanisme était confirmé, il classerait le
lénalidomide dans le petit groupe des thérapeutiques ciblées
actuellement disponibles pour le traitement des hémopathies
malignes.
D’autres mécanismes d’action du lénalidomide, qui ne sont pas
exclusifs de celui-ci ont été suggérés. L’équipe de Wainscoat et
Boultwood a étudié les profils d’expression d’érythroblastes
provenant de SMD avec del 5q sous l’effet in vitro du lénalidomide.
L’expression du gène SPARC, autre gène suppresseur de tumeurs
contenu dans la région minimale délétée, a été retrouvée fortement
augmentée sous lénalidomide par rapport aux érythroblastes normaux
[52]. Enfin, l’équipe de List a rapporté que le lénalidomide
potentialisait la voie de signalisation EPO/STAT5 en exerçant un
effet inhibiteur sur la phosphatase CD45, ce qui aboutit à une
levée de la répression par CD45 de l’activation de STAT5 par les
kinases Jak2 et Lyn [53]. Plus récemment encore, cette inhibition
de phosphatases par le lénalidomide a été décrite pour les
phosphatases régulatrices du cycle cellulaire CDC25 et PP2A, toutes
les deux codées par des gènes contenus dans la région minimale
délétée. Leur dosage génique diminué dans la délétion 5q du fait de
l’haplo-insuffisance, rendrait plus efficace leur inhibition par le
lénalidomide, d’où la selectivité d’action de celui-ci dans les
cellules porteuses du clone del 5q. Les deux voies régulatrices
expliqueraient alors l’efficacité du lénalidomide par
sensibilisation au signal de l’EPO dans les SMD sans del 5q d’une
part, et d’autre part par effet cytotoxique et arrêt du cycle
cellulaire via l’inhibition CDC25 dans les SMD avec del 5q. Il est
à noter que si ces hypothèses ainsi que celle de l’imputabilité de
RPS14 s’avèrent vraies, la cible d’action du lénalidomide dans les
SMD avec del 5q serait autre que la lésion génique causale ce qui
en ferait l’exemple unique d’un traitement ciblé attaquant par un
angle autre que celui du traitement de la cause [54].
Conclusion
Le lénalidomide est très efficace sur l’anémie des SMD avec del 5q
et tout particulièrement chez les patients porteurs du syndrome
5q-. On peut considérer qu’il est devenu le traitement de première
ligne chez ces patients, accepté par la FDA en décembre 2005
(indication : MDS de score IPSS faible et intermédiaire 1 avec
del 5q) et en cours d’examen par l’Agence Européenne des
Médicaments (EMEA [European Medicines Agency]). Le lénalidomide
peut toutefois également normaliser le taux de plaquettes et
induire une réponse hématologique et cytogénétique souvent
complète. Bien que son mécanisme d’action puisse être multiple, le
lénalidomide semble cibler spécifiquement le clone del 5q. Ceci
suggère que la drogue pourrait avoir un effet sur l’évolution de la
maladie à moyen et long terme. Compte tenu de cette action sur le
clone 5q, le lénalidomide est actuellement testé dans les SMD avec
del 5q de risque IPSS intermédiaire 2 et élevé, notamment dans le
cadre d’un essai du GFM, en espérant qu’une action spécifique sur
le clone pathologique pourra également être observée.
Dans les SMD de risque faible et intermédiaire 1, sans del 5q,
le lénalidomide donne environ 25 % d’indépendance
transfusionnelle observée chez des patients dont beaucoup étaient
résistants à l’EPO, même si les réponses paraissent ici plus
courtes [55].
Enfin, le lénalidomide reste un analogue de la thalidomide. A
cause de son effet tératogène attendu, il est absolument
indispensable de prendre avec ce produit les mêmes précautions
qu’avec la thalidomide, et s’assurer formellement que les patientes
qui le reçoivent ne peuvent pas être enceintes pendant la période
du traitement.
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