ARTICLE
Auteur(s) : Bogdan-Dragos Grigoriu1,2, Marc
Grégoire3, Bachar Chahine4, Arnaud
Scherpereel1,4,5
1Inserm U774, Institut Pasteur, Lille
2Université de médecine et pharmacie, Service de
pneumologie, Iasi, Roumanie
3Inserm U601, Nantes
4CHRU, Service de pneumologie et oncologie thoracique,
hôpital Calmette, CHRU, 59037 Lille Cedex
5Faculté de Médecine, Université de Lille II
Article reçu le 16 Mai 2007, accepté le 23 Octobre 2007
Le mésothéliome pleural malin (MPM) est une tumeur primitive de
la plèvre, très agressive, dont le pronostic reste défavorable
malgré les avancées récentes de la chimiothérapie. La médiane de
survie des patients qui en sont atteints est d’environ 1 an
[1] avec une survie globale à 5 ans inférieure à 5 % [2].
Le facteur étiologique principal est une exposition antérieure à
l’amiante, le risque étant proportionnel avec le cumul de cette
exposition [3] mais il existe probablement également une composante
génétique importante [4]. Ainsi, l’incidence du mésothéliome,
autrefois considérée comme une tumeur rare, a augmenté
progressivement [5]. Parallèlement, l’utilisation croissante des
fibres d’amiante, notamment dans l’industrie et le bâtiment, a
atteint son apogée dans les années 1970-80 en France [6-9], où il
existe 800 à 1000 cas de MPM par an avec une incidence
d’environ 16 cas par million d’habitants et par an [10].
L’amiante est interdite par une directive européenne depuis 1995
[11] et en France depuis 1997, mais il existe un délai de latence
de 20 à 40 ans entre l’exposition et l’apparition de la
maladie [5, 12]. Les estimations prévoient ainsi un pic d’incidence
du MPM vers 2020 avec 1140-1300 cas/an pour la France [13]. De
plus, l’amiante est encore largement utilisée dans les pays
émergents, laissant présager une augmentation durable du nombre de
cas de mésothéliome à l’échelle mondiale. Le MPM représente donc un
réel problème de santé publique, d’autant plus que la
reconnaissance potentielle de son caractère professionnel implique
une réparation par différentes mesures (indemnisation, retraite
anticipée…) associée, en France, à un dédommagement par le Fonds
d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva).
Les moyens thérapeutiques du MPM sont, à ce jour, limités et le
protocole thérapeutique optimal n’est pas connu. Malgré
l’apparition récente de nouveaux schémas thérapeutiques [14],
l’efficacité de la chimiothérapie ne permet qu’une augmentation
d’environ 3 mois de la survie médiane [15, 16]. Certains
auteurs proposent un traitement par chirurgie à un stade très
précoce de la maladie (atteinte limitée de la plèvre pariétale)
suggérant une amélioration du pronostic de ces patients (survie
dans les séries chirurgicales de 15 % à 5 ans) [2]. Un
traitement multimodal, incluant une chimiothérapie, une chirurgie
d’exérèse large (pleuropneumonectomie élargie) et une
radiothérapie, pourrait également apporter un bénéfice à des stades
plus tardifs mais réséquables, sous réserve d’une sélection très
stricte des candidats. Néanmoins, il n’existe pas actuellement
d’étude clinique randomisée qui ait validé l’intérêt de la
chirurgie ou d’un traitement multimodal pour le MPM. Pour la
réalisation de telles études, il est souhaitable de diagnostiquer
précocement les patients afin de pouvoir leur proposer ces options
thérapeutiques. Les signes d’appel cliniques et radiologiques sont
en effet peu spécifiques et apparaissent à un stade avancé de la
maladie. Malgré les avancées de l’imagerie (scanner thoracique de
haute résolution, tomographie par émission de positons), la
majorité des MPM sont diagnostiqués à un stade avancé, quand la
chirurgie n’est plus une option. Dans la pratique courante, le
diagnostic est généralement fait entre 6 et 12 mois après
l’apparition des symptômes. Il existe donc un réel besoin d’obtenir
précocement le diagnostic, permettant d’envisager une approche
thérapeutique plus efficace. Un autre problème pratique important
est de différencier le MPM d’un adénocarcinome métastatique lors de
l’examen anatomopathologique des biopsies pleurales, car le
traitement de ces deux pathologies est très différent.
La recherche de marqueurs solubles spécifiques est donc un enjeu
majeur et actuel pour aider au diagnostic, au dépistage, à
l’évaluation du pronostic, à la surveillance de la réponse au
traitement ou à la détection des rechutes [17]. Des marqueurs
sériques ont déjà montré leur utilité dans plusieurs types de
cancer comme le prostate specific antigen (PSA) pour le cancer de
la prostate, l’antigène carcino-embryonnaire (ACE) pour le cancer
colorectal ou l’alphafœtoprotéine (αFP) pour le carcinome
hépatocellulaire. A ce jour il n’existe, cependant, aucun marqueur
établi pour le diagnostic positif du MPM [18]. L’acide hyaluronique
a été proposé comme marqueur diagnostique mais, malgré une bonne
spécificité, la sensibilité de son dosage reste modeste tant dans
le sérum que dans le liquide pleural [19] et des valeurs élevées
peuvent être rencontrées dans la polyarthrite rhumatoïde et la
tumeur de Wilms [20] ainsi que dans les pathologies hépatiques
fibrosantes [21]. D’autres marqueurs ont été étudiés comme l’ACE
(un taux d’ACE supérieur à 3 ng/ml dans le liquide pleural
permet d’exclure un MPM) [22] et le Cyfra 21-1. Le taux sérique de
ce dernier marqueur est également élevé dans les pleurésies
métastatiques mais son taux mesuré dans le liquide pleural est
nettement plus élevé dans le MPM que dans les autres pleurésies
malignes [23]. Tant pour l’acide hyaluronique [24] que pour le
Cyfra 21-1 [25], il a été suggéré que ces marqueurs pourraient être
des facteurs pronostiques mais les données actuelles sont
insuffisantes pour l’affirmer.
Plus récemment, des valeurs élevées de mésothéline soluble et
d’ostéopontine ont été décrites chez les patients ayant un MPM. Le
but de cet article est de passer en revue les données récentes
disponibles concernant l’utilité de ces marqueurs pour le
diagnostic et le dépistage du MPM.
La mésothéline
Initialement, Chang et al. [26] ont isolé un anticorps monoclonal
dénommé K1 reconnaissant une glycoprotéine présente à la surface
des carcinomes ovariens, des mésothéliomes malins et des carcinomes
épidermoïdes. Cet anticorps a été généré par l’immunisation des
souris par des cellules de la lignée de carcinome ovarien OVCAR3.
Chez les sujets sains, il réagit seulement avec les cellules
mésothéliales provenant du péritoine, de la plèvre et du péricarde.
Les études ultérieures ont montré que l’antigène reconnu par
l’anticorps K1 (CAK1) est présent à la surface des cellules des
carcinomes ovariens et des cellules mésothéliales normales [27].
La protéine CAK1, également dénommée mésothéline, est produite
initialement sous forme d’un précurseur de 69 kDa lié à la
membrane par une ancre GPI [28]. L’ADNc correspondant à ce
précurseur contient 2 138 pb et code pour 628 acides
aminés. Ce précurseur est ensuite clivé par la furine pour générer
un fragment de 40 kDa qui reste lié à la membrane (la
mésothéline) et un autre fragment soluble d’environ 31 kDa
(figure 1).
Ce fragment soluble a été initialement décrit par Kojima et al.
[29] et porte le nom de megakaryocyte potentiating factor (MPF)
[29]. Un analogue de la mésothéline-MPF dénommé ERC a été décrit
chez le rat par Yamashita et al. [30], en analysant l’expression
différentielle des gènes dans les cancers du rein apparus
spontanément chez les rats portant une mutation du gène Tsc2.
Peu de chose est connu concernant l’activité biologique de ces
molécules. Les souris KO pour le gène codant le précurseur MPF-CAK1
ont un développement normal, sont fertiles et il n’y a pas de
différence en termes de plaquettes circulantes par rapport aux
souris wild-type [31]. Pour le fragment soluble (le MPF), Kojima a
décrit une action de stimulation de la croissance de mégacaryocytes
[29]. Après le clivage du MPF, la protéine CAK1-mésothéline reste
attachée à la membrane cellulaire par une ancre GPI et elle est
détectable par l’anticorps K1. Elle pourrait intervenir dans
l’adhésion cellulaire, les résultats in vitro montrant que les
cellules qui l’expriment sont détachées plus difficilement des
plaques de culture cellulaire [26]. La mésothéline interagit avec
l’antigène CA125 situé sur la mucine MUC16, qui intervient
également dans l’adhésion intercellulaire mais, à ce jour, le rôle
physiologique de cette interaction n’est pas établi. Elle pourrait
intervenir dans le processus de dissémination des cellules
carcinomateuses ovariennes dans le péritoine [32-34].
Ultérieurement, Scholler et al. [35] ont réussi à générer
plusieurs anticorps dirigés contre la mésothéline en immunisant des
souris avec un antigène provenant de l’ascite d’une patiente ayant
un carcinome ovarien. D’autres anticorps utilisables en
immunohistochimie, western-blot, cryométrie en flux et Elisa ont
été également générés par Onda et al. [36]. La réactivité, en
immunohistochimie, d’un des anticorps produits par Scholler et al.
(OV569) avec les tissus normaux était réduite, excepté pour les
cellules mésothéliales normales. En revanche, il y avait un
marquage positif pour un nombre significatif de carcinomes ovariens
(> 95 %), de cancers bronchiques non à petites
cellules (40 %), certains cancers du sein, de l’endomètre et
du col utérin [35]. De même, en utilisant une paire d’anticorps
monoclonaux (OV569 et 4H3), Scholler et al. [35] ont démontré que
cet antigène est présent dans le surnageant de culture des cellules
malignes et dans le sérum provenant de certains patients ayant un
cancer ovarien, du côlon, du poumon ou du sein. La caractérisation
de cet antigène a montré que sa séquence N-terminale est identique
à celle de la partie membranaire de la mésothéline. L’antigène
détecté dans le sérum a été ainsi dénommé par Scholler soluble
mesothelin related protein (SMRP) étant donné que la structure de
la mésothéline montre qu’elle est liée à la membrane et ne devrait
pas se retrouver libre dans le sérum. Deux variantes mineures de la
mésothéline ont été ultérieurement décrites, dont l’une porte une
mutation dans sa partie C-terminale impliquée dans la formation de
l’ancre GPI. La protéine correspondante pourrait être secrétée sous
une forme soluble, ce qui a suggéré le terme de soluble mesothelin
related protein. Néanmoins, l’existence réelle de ces formes au
niveau protéique reste à prouver puisqu’elles sont très rarement
exprimées au niveau de l’ARN messager (< 5 % des
transcrits) et que les résultats pourraient êtres dus à des erreurs
de séquençage ou au clonage d’un ARN dont l’épissage est incomplet
[37].
Les études ultérieures ont montré que la forme soluble détectée
dans le sérum ou le surnageant de culture est le résultat d’un
clivage de la forme membranaire de la mésothéline [38, 39]. Il
serait donc préférable à ce jour d’utiliser le terme de mésothéline
soluble pour la forme circulante de cette molécule, au lieu de la
dénomination de SMRP suggérée par Scholler.
Mésothéline-MPF : marqueur diagnostique
Du point de vue du diagnostic, deux utilisations de ces molécules
ont été envisagées : d’une part comme marqueur en
immunohistochimie (pour la forme membranaire de la mésothéline) et
d’autre part comme marqueurs circulants pour la mésothéline soluble
et le MPF.
La mésothéline membranaire est surexprimée dans les cancers du
pancréas au niveau tant de l’ARN messager [40] que protéique [41].
Elle semble être un marqueur spécifique pour cette localisation en
cytologie [42] et sur l’étude sur des coupes en paraffine, avec une
sensibilité qui varie entre 60 et 100 % [43]. La sensibilité
est plus élevée dans les formes d’adénocarcinome ductal [44] et
moins élevée pour la cytologie [45].
Les carcinomes ovariens surexpriment eux aussi, et pour une
grande majorité, la mésothéline au niveau tant de l’ARNm que de la
protéine [41, 46, 47]. Ce marqueur a été proposé pour le diagnostic
des tumeurs ovariennes mais il faut prendre en compte la
possibilité d’un marquage parfois négatif [46, 48]. Les valeurs
sériques sont plus élevées dans les tumeurs ovariennes malignes que
dans les tumeurs bénignes et semblent être corrélées avec
l’extension de la maladie et le pronostic des patients [49].
Toutefois, Yen et al. [50] ont montré que la mésothéline n’est pas
exprimée de façon différente dans les tumeurs de haut ou de bas
grade et que, dans les tumeurs de haut grade, elle serait plutôt un
facteur de bon pronostic si elle est exprimée par plus de 50 %
des cellules néoplasiques [50].
De nombreuses publications se sont intéressées à l’utilité de ce
marqueur en immunohistochimie dans le MPM. La mésothéline
membranaire est exprimée constamment par les cellules mésothéliales
normales et dans une grande majorité des mésothéliomes de type
épithélioïde. En revanche, dans les formes sarcomatoïdes, elle est
systématiquement négative par étude tissulaire avec immunomarquage
[51]. Les formes mixtes expriment ce marqueur dans un pourcentage
variable (20-30 %). Initialement, Chang et al. [52] ont décrit
la réactivité de la mésothéline dans près de 100 % des
mésothéliomes épithélioïdes et ont suggéré que ce marqueur puisse
être utilisé pour les différencier des adénocarcinomes. Néanmoins,
il existe entre 20 et 30 % des MPM épithélioïdes qui ne
l’expriment pas [53]. Les études ultérieures ont montré que la
mésothéline membranaire est exprimée également dans près de
40 % des adénocarcinomes et 30 % des carcinomes
épidermoïdes pulmonaires [51]. Dans les cancers ovariens et
pancréatiques, son expression est fréquemment focale et au niveau
cytoplasmique par opposition à une expression membranaire par la
majorité des cellules dans le MPM épithélioïde [41]. Sa faible
spécificité fait d’elle un mauvais marqueur pour distinguer les MPM
des différents carcinomes. Son utilisation reste donc marginale
dans les cas où le résultat d’un panel d’autres marqueurs usuels
est équivoque [54, 55].
Les protéines solubles dérivées du gène de la mésothéline (le
MPF et la mésothéline soluble) ont été retrouvées dans le sérum des
patients atteints de cancers ovariens ou de mésothéliomes de type
épithélioïde. Pour le MPF, deux équipes ont développé des paires
d’anticorps utilisables en Elisa. Ainsi Shiomi et al. [56] ont
rapporté, dans une très courte série (14 cas), que les patients
ayant un mésothéliome pleural malin ont des taux élevés de MPF
circulant, contrairement aux témoins sains et aux patients ayant
des métastases pleurales d’un adénocarcinome pulmonaire ou des
lésions pleurales bénignes. Onda et al. [57] ont évalué 56 cas de
MPM avec des résultats similaires. Ces données préliminaires
suggèrent une très bonne spécificité (virtuellement 100 %)
avec une sensibilité d’environ 90 % du MPF. Des études
supplémentaires incluant un nombre plus important de patients ayant
des pathologies pleurales variées (métastases pleurales de
différents carcinomes, pleurésies asbestosiques bénignes) sont
cependant nécessaires pour confirmer ces résultats.
Le clivage de la forme membranaire de la mésothéline génère des
taux circulants importants de mésothéline dans le MPM et le
carcinome ovarien [35]. Il existe à ce jour deux paires d’anticorps
utilisables pour le dosage Elisa de la mésothéline : celle
développée par Scholler et al. [35] (kit commercial
MesomarkTM, Fujirebio diagnostics) et celle développée
par Hassan et al. [58]. Les premiers résultats, publiés par
Robinson et al. [59, 60] qui utilisaient la technique développée
par Scholler, ont montré que ce marqueur a une bonne sensibilité
(> 80 %) et une très bonne spécificité
(> 95 %) pour le MPM épithélioïde. On notait une
absence d’augmentation du taux sérique de la mésothéline pour les
mésothéliomes sarcomatoïdes confirmant ainsi les données en
immunohistochimie. Les résultats étaient également négatifs chez
les patients ayant une maladie inflammatoire pulmonaire, une lésion
néoplasique pleurale hors MPM ou une pleurésie transudative (figure 2). De
manière intéressante, l’équipe de Robinson notait une élévation du
taux de la mésothéline sérique chez 17,5 % des sujets exposés
à l’amiante (7 patients) dont 3 ont par la suite développé un
MPM, évoquant la possibilité d’utiliser ce test comme moyen de
dépistage du MPM. Le taux sérique de mésothéline était corrélé,
dans cette étude, avec la taille tumorale et il existait une
tendance à l’augmentation progressive des taux sériques au cours du
temps. En revanche, la chimiothérapie n’influençait pas
significativement ce taux tandis que la résection chirurgicale
partielle permettrait d’obtenir une diminution de sa valeur [59].
Les résultats de deux études non publiées, l’une française (M.
Grégoire et al.), l’autre américaine (H. Pass et al.), chez des
patients ayant bénéficié d’une exérèse chirurgicale semblent
confirmer cette dernière hypothèse. Basé sur ces résultats
préliminaires, le kit commercial MesomarkTM de Fujirebio
Diagnostics (Malvern, USA) a cependant obtenu en janvier 2007
aux Etats-Unis l’approbation à titre compassionnel de la Food and
Drug Administration (FDA) comme marqueur de suivi des patients
présentant un MPM.
Dans une autre étude comprenant significativement plus de
patients (60 mésothéliomes), Scherpereel et al. [61] ont
confirmé l’utilité diagnostique de la mésothéline soluble. Il
existait cependant un nombre significatif de métastases pleurales
d’adénocarcinome présentant également des taux élevés de
mésothéline. En faisant une extension de cette étude sur une
population de 96 MPM, cette même équipe a récemment retrouvé
un rôle pronostique pour la mésothéline avec une valeur seuil de
3,5 nmol/l. Les malades ayant un taux élevé de mésothéline
avaient une survie médiane de 7 mois contre 19 dans le groupe
avec un taux faible de mésothéline [62].
Une étude complémentaire récente, réalisée in vitro par l’équipe
de Grégoire et al. sur un large panel de cellules isolées et
établies en culture à partir de liquides pleuraux a confirmé
l’expression forte de la mésothéline soluble par les mésothéliomes
de type épithélioïde et la non-expression par les cellules de
mésothéliome de type sarcomatoïde et une grande majorité des
adénocarcinomes pulmonaires [Sapède et al., soumis pour
publication].
En utilisant une autre paire d’anticorps anti-mésothéline,
Hassan et al. [58] ont confirmé l’utilité diagnostique de la
mésothéline dans les mésothéliomes de type épithélioïde et
l’existence de taux élevés également chez les patients ayant un
carcinome ovarien.
La mésothéline semble donc être un bon marqueur en
immunohistochimie pour les cellules mésothéliales normales, le
mésothéliome pleural malin, les cancers ovariens et pancréatiques
mais son utilité pratique en anatomopathologie semble limitée à
quelques « niches » diagnostiques. Bien que la
quantification de son taux sérique paraisse utile dans le
diagnostic du MPM, des études plus larges sont nécessaires pour
définir son utilisation comme marqueur pronostique. Son dosage
pleural ne semble pas apporter d’aide supplémentaire au dosage
sanguin pour le diagnostic de MPM dans notre expérience [61], même
si cela a été récemment rediscuté [63]. L’utilisation de son dosage
sérique dans le dépistage du MPM chez les sujets exposés à
l’amiante est hypothéquée par la relative faible incidence du MPM
dans la population exposée, une spécificité insuffisante du
marqueur utilisé seul et l’absence de traitement curateur validé
dans le MPM. Les données concernant le MPF sont encore fort
limitées à ce jour. Il est également nécessaire de disposer des
études comparatives entre le MPF et la mésothéline ainsi que d’une
évaluation parallèle des différentes modalités de mesure de la
mésothéline soluble afin de pouvoir sélectionner la meilleure
technique de dosage en routine.
Utilisation de la mésothéline pour une thérapie ciblée
antitumorale
Récemment, l’équipe de Hassan a démontré que 40 % des patients
ayant un mésothéliome pleural ou un carcinome ovarien présentaient
des anticorps dirigés contre la mésothéline. Cette molécule semble
donc immunogène et favoriser une réponse humorale [64].
Parallèlement, Yokohawa et al. [65] ont démontré que la mésothéline
comprenait plusieurs épitopes capables d’activer des cellules T
cytotoxiques induisant la lyse des cellules tumorales. Etant donné
l’expression très limitée de la mésothéline dans les tissus normaux
et son expression intense dans les tissus tumoraux, il est alors
possible d’envisager son utilisation comme molécule d’adressage
tumoral visant à délivrer spécifiquement dans la tumeur une
molécule cytotoxique ou de l’utiliser comme antigène pour une
immunothérapie [66]. Ainsi, Hassan et al. [67] ont démontré que la
distribution tissulaire de l’anticorps anti-mésothéline K1 se fait
spécifiquement dans les tumeurs exprimant cette molécule au niveau
membranaire et que les taux tissulaires sont plus élevés que les
taux sanguins, même 7 jours après l’injection de l’anticorps.
Cette équipe a ultérieurement construit une protéine de fusion
contenant la partie variable de l’anticorps K1 et une immunotoxine
produite par Pseudomonas aeruginosa [68], protéine dénommée SS1P.
In vitro, cette construction a montré une action cytotoxique
puissante contre des lignées cellulaires tumorales [69] ou contre
des cellules provenant de l’ascite de patients ayant un
mésothéliome péritonéal et exprimant la mésothéline [70]. In vivo,
l’injection de SS1P dans les modèles expérimentaux de cancers
pulmonaire, ovarien ou de mésothéliome chez la souris a permis
d’obtenir une action antitumorale spécifique sur la tumeur
primitive et sur les métastases pulmonaires [68, 70, 71]. De plus,
l’association d’une radiothérapie [72] ou d’une chimiothérapie [73]
à cette immunotoxine a révélé une action antitumorale synergique.
Après des résultats prometteurs chez le singe, deux études
cliniques concernant la sécurité et la tolérance de ce traitement
sont en cours chez des patients porteurs d’un cancer exprimant
cette molécule. Les résultats intermédiaires ont suggéré une bonne
tolérance et une réponse partielle antitumorale chez certains
patients [74, 75].
L’ostéopontine
L’ostéopontine est une molécule pléiotrope, initialement décrite
dans l’os où son rôle potentiel serait de réaliser le lien entre
les cellules osseuses et la matrice extracellulaire [76]. Elle est
également synthétisée par les cellules malignes [77] et intervient
comme cytokine clé dans la réaction granulomateuse [78]. Elle a été
également impliquée dans la progression tumorale [79]. Des taux
sériques élevés ont été rapportés dans les cancers ovariens,
coliques, mammaires, prostatiques ou pulmonaires [80, 81].
Néanmoins, l’ostéopontine est aussi exprimée dans des pathologies
pleurales non tumorales variées [82-84] et dans la tuberculose
pulmonaire [85] (pour une revue générale en français, voir la
référence [86]). A ce jour, plusieurs dosages commerciaux sont
disponibles (Immunobiological Laboratories, Assays design, R &
D Systems) mais les études comparatives montrent qu’il existe des
différences importantes de résultats entre les différents kits
[87].
Dans le MPM, Pass et al. [88] ont rapporté que l’ostéopontine
est exprimée dans une vaste majorité (95 %) des MPM et ce,
indépendamment du sous-type histologique. Au niveau sérique, les
taux d’ostéopontine étaient plus élevés chez les patients ayant un
MPM que chez ceux exposés à l’amiante. Dans cette étude, il n’y
avait pas de relation entre le stade de la tumeur (selon la
classification de l’International Mesothelioma Interest Group,
IMIG) et ces taux ; en conséquence, l’intérêt diagnostique de
l’ostéopontine restait très élevé même dans les stades précoces de
la maladie (stade I). Chez les sujets exposés à l’amiante, il
existait une relation entre le taux sérique d’ostéopontine et la
durée de l’exposition mais aussi avec le type et l’intensité des
anomalies radiologiques. Ces résultats encourageants suggéraient
une utilisation potentielle de ce marqueur dans le dépistage du
MPM. Toutefois, cette étude n’incluait pas de patients ayant
d’autres types de tumeurs (pleurales ou non) ou d’autres
pathologies pleurales non tumorales. Il était donc difficile
d’évaluer ce marqueur à partir de cette seule étude. En effet, il
est absolument nécessaire d’avoir une évaluation comparative des
taux sériques dans d’autres pathologies pleurales (malignes ou non)
ayant une présentation clinique similaire au mésothéliome afin
d’établir son rôle diagnostique [82, 89]. De plus, sa large
expression dans diverses pathologies inflammatoires ou tumorales
laisse supposer que l’ostéopontine a une utilité réduite pour le
dépistage [82] car l’incidence du MPM est inférieure à 5 %,
même dans une population fortement exposée à l’amiante [89]. Nous
avons récemment comparé l’utilité de l’ostéopontine et de la
mésothéline dans une série de 172 patients suspectés de MPM et 112
sujets asymptomatiques ayant une exposition professionnelle à
l’amiante [62]. Les valeurs sériques de l’ostéopontine sont plus
élevées chez les patients ayant un MPM que chez les patients
exposés à l’amiante, confirmant ainsi les données publiées par
Pass, mais ce test semble moins utile que le dosage de la
mésothéline, avec une aire sous la courbe ROC moins importante
(figure 3).
Nous avons également retrouvé des valeurs élevées d’ostéopontine
chez les patients ayant des métastases pleurales d’un carcinome ou
des lésions pleurales bénignes secondaires à l’exposition à
l’amiante. Cette même constatation est faite pour le dosage de
l’ostéopontine dans le liquide pleural, ce test ayant une faible
spécificité et une utilité diagnostique médiocre (aire sous la
courbe ROC de 0,478 pour distinguer les pleurésies liées à un MPM
des pleurésies bénignes liées à l’amiante). Malgré une très bonne
sensibilité, le dosage de l’ostéopontine a donc une faible
spécificité pour le MPM, ce qui rend difficile son utilisation
comme marqueur diagnostique. La combinaison des deux marqueurs
n’apporte pas d’avantage par rapport au dosage de la mésothéline
seule. En revanche, le dosage de l’ostéopontine pourrait avoir une
utilité dans le dépistage du MPM chez les patients fortement
exposés à l’amiante, sous réserve des arguments généraux contre le
dépistage évoqués pour la mésothéline. La faible spécificité de
l’ostéopontine sérique pourrait aider à identifier non seulement
les patients ayant un MPM mais aussi ceux ayant des métastases
pleurales issues d’autres origines tumorales ou d’autres
pathologies pleurales, dont la prise en charge précoce pourrait
être utile. Néanmoins, cette approche doit être validée par des
études prospectives actuellement en cours.
Enfin, l’ostéopontine subit un clivage par la thrombine lors du
processus de coagulation et sa valeur sérique est plus faible que
celle mesurée dans le plasma. Il reste donc à établir si ses taux
plasmatiques sont plus utiles pour le diagnostic et à choisir le
test optimal devant la variabilité importante des résultats obtenus
d’un kit de dosage à l’autre [87].
Conclusion
Contrairement aux anciens marqueurs testés, notamment l’acide
hyaluronique et le Cyfra 21-1, les nouvelles molécules comme
l’ostéopontine et la mésothéline-MPF, évaluées dans le diagnostic
du mésothéliome pleural malin, semblent avoir une sensibilité plus
élevée. Néanmoins, le dosage de la mésothéline soluble détecte
difficilement les formes non épithélioïdes de MPM et l’ostéopontine
présente une spécificité faible. C’est pourquoi leur utilisation
potentielle pour le diagnostic du MPM nécessite encore une
validation par des études complémentaires, notamment en ce qui
concerne la comparaison de ces marqueurs ou leur utilisation
conjointe. Enfin, bien qu’il n’existe à ce jour pas de donnée
significative publiée sur leur utilité comme marqueur pronostique
ou pour l’évaluation de la réponse au traitement dans le MPM, le
dosage sanguin de la mésothéline a été validé par la Food and Drug
Administration (FDA) américaine pour cette dernière indication.
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier l’Inserm, Pneumologie
Développement et la Ligue régionale contre le cancer (comité
Aisne-AS, et Pays-de-la-Loire, Morbihan et Vendée-MG) pour leur
soutien financier.
Références
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