ARTICLE
Auteur(s) : Leila Trabelsi
Alouane1, Abdelmoncef Bedioui1, Khaled
Rahal2
1École supérieure des Sciences et Techniques de la
Santé de Tunis, Université El Mannar, Département de nutrition, BP
176, Bab Suika, 1006 Tunis, Tunisie
2Institut Salah Azaiz de Carcinologie, service de
chirurgie
Article reçu le 1 Février 2006, accepté le 30 Juin 2006
La dénutrition augmente les risques de morbidité et de mortalité
[1] chez le patient cancéreux ; cependant, les moyens de sa
mise en évidence ne sont pas unanimement admis et ce en raison de
la multiplicité des critères cliniques et/ou biologiques
proposés.La dénutrition est caractérisée par un changement de
l’intégrité de la membrane cellulaire et une altération au niveau
du milieu intérieur [2]. Par ce fait, la mesure de la composition
corporelle peut être un bon outil d’évaluation nutritionnelle chez
les patients atteints de cancer [3-5]. La connaissance de la nature
des variations de la composition corporelle revêt une importance
capitale, voire même pronostique, dans l’évolution de l’état
général du patient cancéreux [6].Il existe par ailleurs plusieurs
techniques d’évaluation nutritionnelle, dont principalement les
mesures anthropométriques telles que les variations pondérales [7],
les mesures de la circonférence musculaire brachiale ainsi que
celles des plis cutanés. Les variations pondérales ne sont pas
toujours fiables car la présence d’œdèmes ou d’ascite fausse le
poids et ne constitue pas un bon critère de diagnostic de l’état
nutritionnel si l’on ne considère pas leur rapidité d’installation
[8, 9].Les patients qui ont plus de deux marqueurs nutritionnels
perturbés (poids par rapport à la taille, pourcentage de perte
pondérale, périmètre musculaire brachial et/ou albuminémie) ont
plus de complications graves que ceux qui ont un statut
nutritionnel normal [10].Schols et al. [11] ont montré que la
déplétion de la masse musculaire, reflétée par la masse maigre,
peut survenir chez des patients qui ont maintenu leur poids. Cette
déplétion contribue à l’altération de leur statut fonctionnel et
peut être considérée comme un facteur de risque indépendant dans la
prolongation de leur hospitalisation.La masse maigre et la masse
grasse sont exprimées en fonction du poids, ce qui limite leur
utilisation en tant qu’indicateur nutritionnel. En 1990, Van
Itallie et al. [12] ont proposé l’utilisation de l’indice de masse
maigre (IMM) et, par analogie, l’indice de masse grasse (IMG). Ces
indices sont obtenus par la division de la masse maigre et de la
masse grasse par le carré de la taille ; leur somme est égale
à l’indice de masse corporelle (IMC). Les valeurs proposées
tenaient compte de l’âge et du sexe. Kyle et al. [13] ont repris
ces indices et les ont validés en établissant des valeurs de
référence en fonction du sexe et indépendamment de l’âge. Ces
indices sont exprimés en kg/m2 à l’instar de l’IMC.Nous
avons entrepris cette étude dans le but d’apprécier l’apport de
l’impédancemétrie dans l’évaluation de l’état nutritionnel,
jusque-là estimé uniquement par les mesures anthropométriques [14],
de patients tunisiens atteints de cancer. Cette évaluation
permettra de mieux guider la prise en charge nutritionnelle de ces
patients au cours de leur hospitalisation et d’éviter les risques
d’une dénutrition masquée par une surcharge pondérale antérieure.
Sujets et méthodes
Sujets
Tous les patients adultes admis au service de chirurgie de
l’Institut national de cancérologie de Tunis (Institut Salah
Azaïez) au cours du premier trimestre de l’année 2004 qui ont
accepté de participer à notre étude ont été initialement retenus
(140 malades).
Les critères d’exclusion étaient l’existence d’œdèmes et/ou
d’ascite, la nécessité d’une assistance nutritionnelle par
alimentation entérale et/ou parentérale, l’assistance respiratoire,
l’incapacité de se tenir bien droit pour la mesure de la taille, un
âge supérieur ou égal à 75 ans et une prise médicamenteuse
autre que les analgésiques, afin d’éviter l’influence possible des
médicaments sur la composition corporelle (57 malades). À la fin de
cette sélection et sur l’ensemble de la durée de l’étude, nous
avons pu retenir 83 malades, 18 hommes et 65 femmes.
L’évaluation, clinique et anthropométrique, a été réalisée au
cours des 24 premières heures d’hospitalisation avant la mise en
place de tout protocole thérapeutique.
L’objectif de l’étude étant la détection de la dénutrition chez
les patients à l’admission par impédancemétrie dans le but d’une
prise en charge nutritionnelle adaptée, aucun paramètre biologique
de la dénutrition n’a été inclus. De même, l’effet de l’état
nutritionnel sur l’évolution de l’atteinte cancéreuse au cours de
l’hospitalisation n’a pas été considéré dans cette étude.
Mesures anthropométriques et l’impédancemétrie
Toutes les mesures anthropométriques ont été réalisées en double
par deux techniciens expérimentés et les résultats représentent la
moyenne des deux mesures. Il s’agissait de prendre le poids, la
taille, les plis cutanés, le périmètre brachial (PB) et de calculer
la circonférence musculaire brachiale (CMB) selon la formule
suivante [15] :où PCT représente le pli cutané tricipital.
Les valeurs normales retenues du CMB sont de 25 à 27 cm
chez l’homme et de 20 à 23 cm chez les femmes [16].
La taille est mesurée à 5 mm près, en utilisant une toise
fixée au mur à 20 cm du sol. Les patients devaient se
maintenir bien droit, dos accolé au mur et sans chaussures.
Les plis cutanés sont mesurés par un adiposomètre (le compas
d’Harpenden). Les valeurs normales du PCT sont de 11, 5 ±
1,5 mm chez l’homme et de 17,5 ± 1,5 mm chez la femme
[17].
Le périmètre brachial est mesuré à mi-distance entre l’acromion
et l’olécrane avec un mètre ruban. Les valeurs normales sont
supérieures ou égales à 22 cm.
Pour l’étude de la composition corporelle, nous avons utilisé
l’impédancemétrie bioélectrique pied à pied ou foot-to-foot BIA
basée sur la conduction d’un courant alternatif de faible intensité
(50 kHz) via quatre plaques métalliques situées sur une
balance conventionnelle sur lesquelles le sujet pose les pieds. Le
courant passe grâce aux électrodes placées entre les orteils
(plaque antérieure) et les talons (plaque postérieure). La
différence de potentiel mesurée permet de calculer l’impédance
corporelle, selon les formules établies par le constructeur. Elle
correspond à la résistance qu’offrent les tissus au passage du
courant alternatif. Le modèle de balance utilisée est le Body Fat
Analyser 401 A Tanita (Tanita Corp. Tokyo, Japon).
Tous les patients avaient pris leur dernier repas depuis au
moins 8 heures [18]. Ils sont mis debout au moins 10 minutes
avant d’être mesurés afin d’éviter les éventuelles erreurs dues aux
changements de la distribution des fluides [19]. Avant de faire
monter le sujet sur la balance, il faut sélectionner, dans le menu
proposé, le sexe, saisir la taille en centimètres et déduire le
poids des vêtements portés qui ont été préalablement pesés. Le
poids est mesuré à 100 g près par la balance
impédancemétrique. À la fin de la mesure, le poids, l’IMC, la
résistance, le pourcentage de masse grasse par rapport au poids, la
masse grasse en kilo, la masse maigre et la masse hydrique en kilo
sont consignés sur papier.
L’IMM et l’IMG sont calculés à partir des masses maigres et
masses grasses mesurées, divisées par le carré de la taille. Les
deux indices sont exprimés en kg/m2. Ces indices,
validés par Kyle et al. [13], sont classés en faible, normal et
élevé et les valeurs diffèrent selon le sexe (tableau 1)( Tableau 1 ).
La masse hydrique mesurée par l’impédancemétrie représente la
masse hydrique totale (MHT) de l’organisme, elle est fonction de la
masse non grasse en partant du principe que le tissu adipeux ne
contient pas d’eau.
Il a été noté que l’hydratation de la masse non grasse (HMNG),
calculée par le rapport de la masse hydrique totale sur la masse
non grasse (MHT/MM), est constante et égale à 0,73 chez tous les
mammifères, y compris les humains [20], en dehors des troubles
hémodynamiques [21]. Cette constante est indépendante de l’âge
[22]. D’après Simons et al. [23], l’eau corporelle totale mesurée
par impédancemétrie serait surestimée chez les patients en
sous-poids comparée aux autres techniques de mesures.
Nous avons considéré comme dénutri tout patient ayant un IMC
inférieur à 18,5 kg/m2 et/ou une perte pondérale de
2 % en 1 semaine, 5 % en 1 mois ou 10 % en
6 mois. [7, 17]. De même, nous avons retenu les valeurs de PB
inférieures à 21 cm comme indicateur de risque de
malnutrition, et les valeurs de 17 cm chez l’homme et
16 cm chez la femme comme signe de dénutrition de grade V
[16].
Pour les valeurs du PCT, nous avons estimé que 4 mm chez
l’homme et 8 mm chez la femme signent la dénutrition [24].
Les résultats des paramètres étudiés sont exprimés en moyenne ±
écart type. Les analyses statistiques sont réalisées par le
logiciel SPSS 10.0 pour Windows. Les calculs sont effectués
séparément pour les hommes et les femmes car la composition
corporelle varie selon le sexe. Le seuil de signification pour les
comparaisons statistiques selon le test t de Student est de
5 %.
Tableau 1 Classification des indices de masse maigre et
grasse selon le sexe
|
Hommes
|
Femmes
|
|
Indice de masse maigre (kg/m2)
|
Indice de masse maigre (kg/m2)
|
|
Faible
|
Normal
|
Elevé
|
|
Faible
|
Normal
|
Elevé
|
|
|
≤ 17,4
|
17,5 à 19,7
|
≥ 19,8
|
|
≤ 15,0
|
15,1 à 16,6
|
≥ 16,7
|
|
|
Indice de masse grasse (kg/m2)
|
Indice de masse grasse (kg/m2)
|
|
Faible
|
Normal
|
Elevé
|
Très élevé
|
Faible
|
Normal
|
Elevé
|
Très élevé
|
|
≤ 2,4
|
2,5 à 5,1
|
5,2 à 8,1
|
≥ 8,2
|
≤ 4,8
|
4,9 à 8,2
|
8,3 à 11,7
|
≥ 11,8
|
Résultats
Caractéristiques générales de la population étudiée et
variation pondérale
Les caractéristiques générales des patients sont consignées dans le
tableau 2( Tableau 2 ) selon le sexe.
Parmi les 18 hommes, 16 ont pu apprécier leur variation corporelle
au cours des 6 derniers mois précédant l’hospitalisation, soit
89 % de la population masculine étudiée. La perte était de 3 à
16 % du poids de forme des patients atteints de cancers
digestifs (estomac et rectum), tandis que les 3 patients admis pour
cancer du sein ont constaté une prise pondérale de 16 à 19 %.
Parmi les hommes qui ont noté une perte pondérale, 6 étaient en
surpoids à leur hospitalisation (IMC 27,2 ±
1,3 kg/m2) et leur perte moyenne était de 5 %
de leur poids de forme, ce qui signifie qu’ils étaient auparavant
obèses. Chez les femmes la connaissance du poids de forme et des
variations pondérales au cours des derniers mois précédant
l’hospitalisation est moindre. Seules 24 femmes parmi les 65
interrogées ont pu évaluer leurs variations pondérales, soit donc
37 % de la population féminine étudiée.
Dans 16 cas il s’agissait de pertes allant de 3 à 23 % du
poids de forme et dans 8 cas de gain pondéral allant de 4 à
34 %. Parmi celles qui ont constaté une perte pondérale, 7
étaient en surpoids à leur hospitalisation (IMC = 27,4 ±
0,5 kg/m2) et la moyenne des pertes était de
15 % par rapport à leurs poids de forme.
Tableau 2 Caractéristiques générales des patients selon
le sexe
|
Localisation
|
N
|
Age (années)
|
Variation pondérale au cours des 6 derniers mois
|
Moyenne des variations (%)
|
|
|
|
Perte
|
Gain
|
Stabilité
|
Perte
|
Gains
|
|
Hommes
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Estomac
|
8
|
70 ± 3
|
6
|
0
|
2
|
12 ± 3
|
|
|
Jambe* (sarcome)
|
3
|
56 ± 4
|
1
|
|
|
8
|
|
|
Rectum
|
4
|
68 ± 7
|
4
|
0
|
0
|
7 ± 5
|
|
|
Sein
|
3
|
56 ± 11
|
0
|
3
|
0
|
|
17 ± 2
|
|
Femmes
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Col*
|
5
|
50 ± 14
|
|
|
|
|
|
|
Jambe* (sarcome)
|
4
|
61 ± 12
|
|
|
|
|
|
|
Ovaire*
|
8
|
58 ± 10
|
2
|
|
|
14 ± 5
|
|
|
Rectum*
|
8
|
60 ± 10
|
2
|
|
|
14 ± 12
|
|
|
Sein*
|
35
|
49 ± 10
|
9
|
8
|
|
11 ± 9
|
19 ± 10
|
|
Thyroïde*
|
5
|
31 ± 5
|
3
|
|
|
11 ± 7
|
|
*Les autres malades n’ont pas pu évaluer leur variation
pondérale.
Mesures anthropométriques et composition corporelle
Les mesures anthropométriques et la composition corporelle sont
consignées au tableau 3( Tableau 3 ) en
fonction du sexe.
La dénutrition étant définie par un IMC inférieur
à 18,5 kg/m2, nous avons classé les patients
selon ce critère. Le tableau 4( Tableau
4 ) donne les résultats des mesures anthropométriques et de
la composition corporelle selon cette classification en fonction du
sexe.
D’après les mesures anthropométriques, 4,8 % de la
population souffre de dénutrition selon leur IMC, 23 % selon
leur PCT et aucun selon le PB ni le CMB. D’après la composition
corporelle, 16,6 % des hommes et 29,2 % des femmes ont
des IMM faibles. Dans le tableau 5( Tableau
5 ), nous avons réparti les IMM et les IMG selon les
valeurs de l’IMC proposées par l’OMS/FAO pour évaluer l’état
nutritionnel [16].
Chez les hommes, un seul est dénutri aussi bien selon son IMC,
son IMM que son IMG. Parmi les 3 hommes maigres (IMC < 20), 1 a
un IMM faible, 2 ont des IMM normaux. L’IMG est faible chez 2.
Parmi le reste des hommes, 1 a un IMM faible bien qu’il soit en
surpoids. Il est important de noter que 7 hommes sur les 18, soit
38,8 % de la population masculine étudiée, ont un IMG faible.
Cet IMG faible est noté chez le dénutri, 2 des maigres et 4 de ceux
à corpulence normale ( (figure 1) ).
La masse hydrique exprimée en kilo ne montre aucune différence
en fonction de l’adiposité. Exprimée en pourcentage du poids, elle
est significativement plus élevée (p < 0,001) chez les hommes
qui ont un IMC inférieur à 25 kg/m2 comparés à
ceux dont l’IMC est supérieur à 25 kg/m2
puisque l’eau mesurée est fonction de la masse maigre.
Chez les femmes, 3 sont dénutries et 4 sont maigres d’après la
valeur de leur IMC. Parmi ces 7 femmes, 5 ont un IMM faible,
soit une prévalence de 71 %. L’IMM faible est aussi noté chez
11 femmes considérées de corpulence normale et 3 parmi celles en
surcharge pondérale.
Quant à l’IMG faible, il est retrouvé chez toutes les dénutries,
deux des maigres et une de celles à corpulence normale ( (figure 2) ).
Aussi bien chez les hommes que chez les femmes, la comparaison
des différents paramètres anthropométriques selon la localisation
de l’atteinte cancéreuse n’a pas montré de différence
statistiquement significative à part la fréquence de variation
pondérale constatée au cours des derniers mois avant
l’hospitalisation. En effet, chez les hommes, la perte était
significativement plus fréquente (p < 0,05) chez ceux à
localisation digestive, estomac et rectum, que chez ceux à
localisation non digestive. Cependant, l’effectif étant très
réduit, il n’était pas possible de comparer les valeurs de ces
pertes. Chez les femmes, aucune différence n’a été notée en
fonction de la localisation tumorale.
La masse hydrique exprimée en kilo augmente significativement en
fonction de l’IMC. Elle diminue lorsqu’elle est exprimée en
pourcentage en raison des taux élevés de masses grasses retrouvés
chez les femmes. Cependant, aussi bien chez les hommes que chez les
femmes, le rapport de la masse hydrique sur la masse maigre reste
stable à 0,73, ce qui confirme bien l’absence d’œdèmes et d’ascites
chez les patients étudiés.
Tableau 3 Mesures anthropométriques et composition
corporelle selon le sexe
|
Sexe
|
PB (cm)
|
PCT (mm)
|
CMB (cm)
|
IMC (kg/m2)
|
IMM (kg/m2)
|
IMG (kg/m2)
|
MHT (kg)
|
HMNG
|
|
|
|
|
|
|
|
|
- 0,73 ± 0,001a
- (0,731-0,733)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
- 0,73 ± 0,003
- (0,728-0,748)
|
aAucune différence significative avec l’âge ni avec le
sexe n’a été trouvée pour l’hydratation de la masse non grasse.
Tableau 4 Mesures anthropométriques et composition
corporelle selon l’état nutritionnel
|
Paramètres étudiés
|
IMC < 18,5 kg/m2
|
IMC > 18,5 kg/m2
|
|
|
|
|
|
|
PB (cm)
|
27
|
22 ± 0,6
|
27 ± 3,5
|
31 ± 5*
|
|
PCT (mm)
|
4
|
8,0 ± 3,5
|
7 ± 4,5
|
16 ± 6*
|
|
CMB (cm)
|
25,7
|
20 ± 1
|
25 ± 2
|
26 ± 3*
|
|
IMM (kg/m2)
|
16,6
|
14,4 ± 0,7
|
18,4 ± 1,4
|
16,6 ± 2,2*
|
|
IMG (kg/m2)
|
1,4
|
3,0 ± 0,4
|
3,9 ± 3,9
|
10,6 ± 3,6*
|
|
MHT (kg)
|
34,3
|
24,3 ± 2,0
|
39,6 ± 5,2
|
30,0 ± 3,7*
|
Tableau 5 Composition corporelle selon les valeurs de
l’IMC
|
Sexe
|
IMC < 18,5 kg/m2
|
18,5 < IMC < 24,5 kg/m2
|
25 < IMC < 29,9 kg/m2
|
IMC > 30 kg/m2
|
|
Hommes
|
n = 1
|
n = 12
|
n = 4
|
n = 1
|
|
IMC (kg/m2)
|
18
|
20,3 ± 0,9 (19- 21,8)
|
26,8 ± 0,4 (26,1- 27,1)
|
31,5
|
|
IMM (kg/m2)
|
16,6
|
18,4 ± 0,4 (18,0- 19,3)
|
17,8 ± 2,1 (15,7- 20,2)
|
21,7
|
|
IMG (kg/m2)
|
1,4
|
1,4 ± 0,8 (0,4-2,4)
|
8,8 ± 2,3 1 (5,8- 11,1)
|
9,8
|
|
MHT (kg)
|
34,3
|
39,4 ± 4,8 (35,0-48)
|
40,0 ± 6,4 (32,4-48,1)
|
48,1
|
|
HMGN
|
0,731
|
0,732 ± 0,001
|
0,733 ± 0,0003
|
0,732
|
|
Femmes
|
n = 3
|
n = 25
|
n = 23
|
n = 14
|
|
IMC (kg/m2)
|
17,4 ± 0,7 (16,7-18,1)
|
21,9 ± 1,9 (18,9-24,8)
|
27,3 ± 1,2 (25,6-29,5)
|
33,8 ± 2,9 (30-37,9)
|
|
IMM (kg/m2)
|
14,4 ± 0,7 (14,0-15,2)
|
15,2 ± 1,0 (13,7-17,1)
|
16,3 ± 1,12 (14,9-17,4)
|
18,9 ± 2,43 (16,1-25,3)
|
|
IMG (kg/m2)
|
3,0 ± 0,3 (2,7-3,5)
|
6,7 ± 1,44 (4,6-8,7)
|
11,0 ± 0,82 (8,9-13,4)
|
14,9 ± 1,93 (12,6-18,3)
|
|
MHT (kg)
|
24,3 ± 2,0 (22,2-26,1)
|
26,9 ± 2,5 (23,9-30,5)
|
30,5 ± 2,02 (27,7- 33,9)
|
33,4 ± 3,23 (29,7- 41,1)
|
|
HMNG
|
0,733 ± 0,001
|
0,732 ± 0,001
|
0,733 ± 0,005
|
0,732 ± 0,002
|
Discussion
Les malades atteints de cancer sont à haut risque de dénutrition.
Une évaluation nutritionnelle régulière doit donc faire partie
intégrante de leur prise en charge [8, 17]. Elle doit être
effectuée dès le stade du diagnostic et renouvelée régulièrement.
Cette évaluation peut être réalisée simplement sur la clinique,
la pesée des malades permet de comparer leur poids actuel au poids
habituel, ou poids de forme. Un amaigrissement de plus de
10 % traduit une dénutrition sévère ; une perte de poids
de plus de 5 % définit une dénutrition modérée et a déjà une
valeur pronostique négative [1, 25, 26]. Cependant les malades
peuvent ignorer leur poids de forme, ce qui rend l’évaluation de la
perte pondérale difficile, voire même impossible. C’est le cas de
52 % des patients concernés par notre présente étude.
Le calcul de l’indice de masse corporelle peut permettre
d’affirmer une dénutrition en cas de valeur inférieure à
18,5 kg/m2 chez l’adulte, mais il peut être
faussement rassurant chez une personne précédemment obèse ou en
surpoids, pourtant exposée à une dénutrition aiguë. Cette situation
devient de plus en plus fréquente depuis quelques années, étant
donné l’augmentation rapide de l’obésité en Tunisie [27]. Or il
existe un lien entre le risque de cancer et l’obésité [28].
L’étude de la composition corporelle chez les patients atteints
de cancer est importante pour la détermination des changements des
masses grasses et maigres puisqu’il a été démontré que la morbidité
et la mortalité ainsi que les complications résultent beaucoup plus
de la fonte musculaire que de celle des réserves lipidiques [29,
30].
Dans notre présente étude, 4,8 % des patients souffrent de
dénutrition selon leur IMC et 23 % selon leur PCT. Par contre,
51 % sont en surpoids ou obèses bien que 13 parmi eux aient
constaté une perte pondérale allant de 3 à 23 % de leur poids
de forme au cours des six derniers mois précédant leur
hospitalisation.
L’utilisation de l’impédancemétrie nous a permis de constater,
chez les hommes, que l’IMM le plus faible associé à l’IMG le plus
élevé est retrouvé chez un patient en surpoids. Cette association
d’indice de masse maigre faible avec un indice de masse grasse
élevé est considérée par Baumgartner comme étant un des principaux
facteurs de risque de l’augmentation de la mortalité [31].
L’étude de la composition corporelle chez les hommes par
l’impédancemétrie a révélé une déplétion des réserves lipidiques
chez plus du tiers d’entre eux. Chez les femmes, 19 ont un IMM
faible, dont 14 malgré des IMC normaux ou élevés. Il semble donc
que les femmes aient une déplétion de la masse musculaire, ce qui
représente un risque d’aggravation de leur état général et les
expose à plus de complications. Cependant, cette déplétion est
masquée par une masse grasse importante. Dans ces cas, l’IMC seul
ne permet pas de détecter la dénutrition.
D’après nos résultats, les femmes hospitalisées pour atteinte
cancéreuse ont une fonte de la masse musculaire tandis que les
hommes perdent d’abord leurs réserves lipidiques et cela, malgré
des IMC normaux ou élevés. Cette différence de nature de perte
pondérale en fonction du sexe a été retrouvée pour d’autres
pathologies [10]. Il serait donc pertinent de rechercher chez tous
les patients cancéreux la composition corporelle, même si l’état
nutritionnel semble satisfaisant selon l’IMC. Cette recherche
permettra de déceler les états carentiels et de mettre en place une
prise en charge alimentaire précoce afin d’aider à l’optimisation
des traitements préconisés.
Il est important de souligner que notre étude a au moins deux
limites. La première en ce qui concerne le faible effectif, bien
qu’il ait été noté [32] que l’impédancemétrie pouvait être utilisée
en cas de petits échantillons de malades. La deuxième est l’absence
de références tunisiennes pour la classification en fonction des
indices de masses maigre et grasse, même s’il est conseillé [33]
d’avoir des références locales pour éviter les erreurs dues à
l’ethnicité.
Bien qu’ayant des limites, notre étude a permis de montrer,
d’autant plus qu’elle est la première de ce genre à être réalisée
en Tunisie, que l’utilisation de ce type d’impédancemétrie pourrait
être un outil nécessaire dans le dépistage des cas de dénutrition
des patients cancéreux hospitalisés, puisque l’IMC n’est pas un bon
indicateur de leur état nutritionnel surtout s’ils étaient
initialement en surpoids ou obèses.
Conclusion
Même en l’absence de références locales, ce qui est une lacune
importante dans l’interprétation des valeurs fournies par
l’impédancemétrie [15, 19], l’utilisation des indices de masses
maigre et grasse semble être un meilleur indicateur du statut
nutritionnel des patients hospitalisés dans notre service pour
cancer.
Le dépistage précoce de la dénutrition, surtout dans un service
de chirurgie, permettra une prise en charge nutritionnelle rapide
des patients et aidera à minimiser l’effet aggravant de l’agression
chirurgicale et des différents types de traitements proposés.
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