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Apport de l’impédancemétrie dans le dépistage de la dénutrition chez un groupe de patients tunisiens atteints de cancer


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 10, 1055-61, Octobre 2006, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2006.0039

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Leila Trabelsi Alouane, Abdelmoncef Bedioui, Khaled Rahal , École supérieure des Sciences et Techniques de la Santé de Tunis, Université El Mannar, Département de nutrition, BP 176, Bab Suika, 1006 Tunis, Tunisie, Institut Salah Azaiz de Carcinologie, service de chirurgie.

Résumé : La dénutrition augmente la morbidité et la mortalité du patient cancéreux. Elle se caractérise par un changement de l’intégrité de la membrane cellulaire et une altération du milieu intracellulaire. La mesure de la composition corporelle représente un outil potentiellement intéressant d’évaluation nutritionnelle. Dans le but d’apprécier l’apport de l’impédancemétrie dans l’évaluation de l’état nutritionnel, nous avons analysé la composition corporelle de 83 patients cancéreux tunisiens (18 hommes et 65 femmes) hospitalisés en chirurgie. Selon l’indice de masse corporelle (IMC), 4,8 % de la population étudiée souffre de dénutrition. Les mesures d’impédancemétrie révèlent que la dénutrition touche un plus grand nombre d’entre eux puisque 26,5 % des patients ont un indice de masse maigre (IMM) faible et 15,6 % ont un indice de masse grasse (IMG) faible et cela, malgré des IMC normaux ou élevés dans plus de 60 % des cas. Les femmes ont une fonte de la masse musculaire tandis que les hommes perdent d’abord leurs réserves lipidiques, quel que soit leur IMC. Ainsi, l’IMC peut être faussement rassurant chez un patient obèse ou en surpoids et masquer une fonte musculaire chez des patients exposés à une dénutrition latente. Chez les patients cancéreux, l’IMM et l’IMG semblent être de meilleurs indicateurs du statut nutritionnel que l’IMC.

Mots-clés : indice de masse maigre, indice de masse grasse, indice de masse corporelle, impédancemétrie, cancer, dénutrition

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Leila Trabelsi Alouane1, Abdelmoncef Bedioui1, Khaled Rahal2

1École supérieure des Sciences et Techniques de la Santé de Tunis, Université El Mannar, Département de nutrition, BP 176, Bab Suika, 1006 Tunis, Tunisie
2Institut Salah Azaiz de Carcinologie, service de chirurgie

Article reçu le 1 Février 2006, accepté le 30 Juin 2006

La dénutrition augmente les risques de morbidité et de mortalité [1] chez le patient cancéreux ; cependant, les moyens de sa mise en évidence ne sont pas unanimement admis et ce en raison de la multiplicité des critères cliniques et/ou biologiques proposés.La dénutrition est caractérisée par un changement de l’intégrité de la membrane cellulaire et une altération au niveau du milieu intérieur [2]. Par ce fait, la mesure de la composition corporelle peut être un bon outil d’évaluation nutritionnelle chez les patients atteints de cancer [3-5]. La connaissance de la nature des variations de la composition corporelle revêt une importance capitale, voire même pronostique, dans l’évolution de l’état général du patient cancéreux [6].Il existe par ailleurs plusieurs techniques d’évaluation nutritionnelle, dont principalement les mesures anthropométriques telles que les variations pondérales [7], les mesures de la circonférence musculaire brachiale ainsi que celles des plis cutanés. Les variations pondérales ne sont pas toujours fiables car la présence d’œdèmes ou d’ascite fausse le poids et ne constitue pas un bon critère de diagnostic de l’état nutritionnel si l’on ne considère pas leur rapidité d’installation [8, 9].Les patients qui ont plus de deux marqueurs nutritionnels perturbés (poids par rapport à la taille, pourcentage de perte pondérale, périmètre musculaire brachial et/ou albuminémie) ont plus de complications graves que ceux qui ont un statut nutritionnel normal [10].Schols et al. [11] ont montré que la déplétion de la masse musculaire, reflétée par la masse maigre, peut survenir chez des patients qui ont maintenu leur poids. Cette déplétion contribue à l’altération de leur statut fonctionnel et peut être considérée comme un facteur de risque indépendant dans la prolongation de leur hospitalisation.La masse maigre et la masse grasse sont exprimées en fonction du poids, ce qui limite leur utilisation en tant qu’indicateur nutritionnel. En 1990, Van Itallie et al. [12] ont proposé l’utilisation de l’indice de masse maigre (IMM) et, par analogie, l’indice de masse grasse (IMG). Ces indices sont obtenus par la division de la masse maigre et de la masse grasse par le carré de la taille ; leur somme est égale à l’indice de masse corporelle (IMC). Les valeurs proposées tenaient compte de l’âge et du sexe. Kyle et al. [13] ont repris ces indices et les ont validés en établissant des valeurs de référence en fonction du sexe et indépendamment de l’âge. Ces indices sont exprimés en kg/m2 à l’instar de l’IMC.Nous avons entrepris cette étude dans le but d’apprécier l’apport de l’impédancemétrie dans l’évaluation de l’état nutritionnel, jusque-là estimé uniquement par les mesures anthropométriques [14], de patients tunisiens atteints de cancer. Cette évaluation permettra de mieux guider la prise en charge nutritionnelle de ces patients au cours de leur hospitalisation et d’éviter les risques d’une dénutrition masquée par une surcharge pondérale antérieure.

Sujets et méthodes

Sujets

Tous les patients adultes admis au service de chirurgie de l’Institut national de cancérologie de Tunis (Institut Salah Azaïez) au cours du premier trimestre de l’année 2004 qui ont accepté de participer à notre étude ont été initialement retenus (140 malades).

Les critères d’exclusion étaient l’existence d’œdèmes et/ou d’ascite, la nécessité d’une assistance nutritionnelle par alimentation entérale et/ou parentérale, l’assistance respiratoire, l’incapacité de se tenir bien droit pour la mesure de la taille, un âge supérieur ou égal à 75 ans et une prise médicamenteuse autre que les analgésiques, afin d’éviter l’influence possible des médicaments sur la composition corporelle (57 malades). À la fin de cette sélection et sur l’ensemble de la durée de l’étude, nous avons pu retenir 83 malades, 18 hommes et 65 femmes.

L’évaluation, clinique et anthropométrique, a été réalisée au cours des 24 premières heures d’hospitalisation avant la mise en place de tout protocole thérapeutique.

L’objectif de l’étude étant la détection de la dénutrition chez les patients à l’admission par impédancemétrie dans le but d’une prise en charge nutritionnelle adaptée, aucun paramètre biologique de la dénutrition n’a été inclus. De même, l’effet de l’état nutritionnel sur l’évolution de l’atteinte cancéreuse au cours de l’hospitalisation n’a pas été considéré dans cette étude.

Mesures anthropométriques et l’impédancemétrie

Toutes les mesures anthropométriques ont été réalisées en double par deux techniciens expérimentés et les résultats représentent la moyenne des deux mesures. Il s’agissait de prendre le poids, la taille, les plis cutanés, le périmètre brachial (PB) et de calculer la circonférence musculaire brachiale (CMB) selon la formule suivante [15] :où PCT représente le pli cutané tricipital.

Les valeurs normales retenues du CMB sont de 25 à 27 cm chez l’homme et de 20 à 23 cm chez les femmes [16].

La taille est mesurée à 5 mm près, en utilisant une toise fixée au mur à 20 cm du sol. Les patients devaient se maintenir bien droit, dos accolé au mur et sans chaussures.

Les plis cutanés sont mesurés par un adiposomètre (le compas d’Harpenden). Les valeurs normales du PCT sont de 11, 5 ± 1,5 mm chez l’homme et de 17,5 ± 1,5 mm chez la femme [17].

Le périmètre brachial est mesuré à mi-distance entre l’acromion et l’olécrane avec un mètre ruban. Les valeurs normales sont supérieures ou égales à 22 cm.

Pour l’étude de la composition corporelle, nous avons utilisé l’impédancemétrie bioélectrique pied à pied ou foot-to-foot BIA basée sur la conduction d’un courant alternatif de faible intensité (50 kHz) via quatre plaques métalliques situées sur une balance conventionnelle sur lesquelles le sujet pose les pieds. Le courant passe grâce aux électrodes placées entre les orteils (plaque antérieure) et les talons (plaque postérieure). La différence de potentiel mesurée permet de calculer l’impédance corporelle, selon les formules établies par le constructeur. Elle correspond à la résistance qu’offrent les tissus au passage du courant alternatif. Le modèle de balance utilisée est le Body Fat Analyser 401 A Tanita (Tanita Corp. Tokyo, Japon).

Tous les patients avaient pris leur dernier repas depuis au moins 8 heures [18]. Ils sont mis debout au moins 10 minutes avant d’être mesurés afin d’éviter les éventuelles erreurs dues aux changements de la distribution des fluides [19]. Avant de faire monter le sujet sur la balance, il faut sélectionner, dans le menu proposé, le sexe, saisir la taille en centimètres et déduire le poids des vêtements portés qui ont été préalablement pesés. Le poids est mesuré à 100 g près par la balance impédancemétrique. À la fin de la mesure, le poids, l’IMC, la résistance, le pourcentage de masse grasse par rapport au poids, la masse grasse en kilo, la masse maigre et la masse hydrique en kilo sont consignés sur papier.

L’IMM et l’IMG sont calculés à partir des masses maigres et masses grasses mesurées, divisées par le carré de la taille. Les deux indices sont exprimés en kg/m2. Ces indices, validés par Kyle et al. [13], sont classés en faible, normal et élevé et les valeurs diffèrent selon le sexe (tableau 1)( Tableau 1 ).

La masse hydrique mesurée par l’impédancemétrie représente la masse hydrique totale (MHT) de l’organisme, elle est fonction de la masse non grasse en partant du principe que le tissu adipeux ne contient pas d’eau.

Il a été noté que l’hydratation de la masse non grasse (HMNG), calculée par le rapport de la masse hydrique totale sur la masse non grasse (MHT/MM), est constante et égale à 0,73 chez tous les mammifères, y compris les humains [20], en dehors des troubles hémodynamiques [21]. Cette constante est indépendante de l’âge [22]. D’après Simons et al. [23], l’eau corporelle totale mesurée par impédancemétrie serait surestimée chez les patients en sous-poids comparée aux autres techniques de mesures.

Nous avons considéré comme dénutri tout patient ayant un IMC inférieur à 18,5 kg/m2 et/ou une perte pondérale de 2 % en 1 semaine, 5 % en 1 mois ou 10 % en 6 mois. [7, 17]. De même, nous avons retenu les valeurs de PB inférieures à 21 cm comme indicateur de risque de malnutrition, et les valeurs de 17 cm chez l’homme et 16 cm chez la femme comme signe de dénutrition de grade V [16].

Pour les valeurs du PCT, nous avons estimé que 4 mm chez l’homme et 8 mm chez la femme signent la dénutrition [24].

Les résultats des paramètres étudiés sont exprimés en moyenne ± écart type. Les analyses statistiques sont réalisées par le logiciel SPSS 10.0 pour Windows. Les calculs sont effectués séparément pour les hommes et les femmes car la composition corporelle varie selon le sexe. Le seuil de signification pour les comparaisons statistiques selon le test t de Student est de 5 %.
Tableau 1 Classification des indices de masse maigre et grasse selon le sexe

Hommes

Femmes

Indice de masse maigre (kg/m2)

Indice de masse maigre (kg/m2)

Faible

Normal

Elevé

Faible

Normal

Elevé

≤ 17,4

17,5 à 19,7

≥ 19,8

≤ 15,0

15,1 à 16,6

≥ 16,7

Indice de masse grasse (kg/m2)

Indice de masse grasse (kg/m2)

Faible

Normal

Elevé

Très élevé

Faible

Normal

Elevé

Très élevé

≤ 2,4

2,5 à 5,1

5,2 à 8,1

≥ 8,2

≤ 4,8

4,9 à 8,2

8,3 à 11,7

≥ 11,8

Résultats

Caractéristiques générales de la population étudiée et variation pondérale

Les caractéristiques générales des patients sont consignées dans le tableau 2( Tableau 2 ) selon le sexe. Parmi les 18 hommes, 16 ont pu apprécier leur variation corporelle au cours des 6 derniers mois précédant l’hospitalisation, soit 89 % de la population masculine étudiée. La perte était de 3 à 16 % du poids de forme des patients atteints de cancers digestifs (estomac et rectum), tandis que les 3 patients admis pour cancer du sein ont constaté une prise pondérale de 16 à 19 %.

Parmi les hommes qui ont noté une perte pondérale, 6 étaient en surpoids à leur hospitalisation (IMC 27,2 ± 1,3 kg/m2) et leur perte moyenne était de 5 % de leur poids de forme, ce qui signifie qu’ils étaient auparavant obèses. Chez les femmes la connaissance du poids de forme et des variations pondérales au cours des derniers mois précédant l’hospitalisation est moindre. Seules 24 femmes parmi les 65 interrogées ont pu évaluer leurs variations pondérales, soit donc 37 % de la population féminine étudiée.

Dans 16 cas il s’agissait de pertes allant de 3 à 23 % du poids de forme et dans 8 cas de gain pondéral allant de 4 à 34 %. Parmi celles qui ont constaté une perte pondérale, 7 étaient en surpoids à leur hospitalisation (IMC = 27,4 ± 0,5 kg/m2) et la moyenne des pertes était de 15 % par rapport à leurs poids de forme.
Tableau 2 Caractéristiques générales des patients selon le sexe

Localisation

N

Age (années)

Variation pondérale au cours des 6 derniers mois

Moyenne des variations (%)

Perte

Gain

Stabilité

Perte

Gains

Hommes

Estomac

8

70 ± 3

6

0

2

12 ± 3

Jambe* (sarcome)

3

56 ± 4

1

8

Rectum

4

68 ± 7

4

0

0

7 ± 5

Sein

3

56 ± 11

0

3

0

17 ± 2

Femmes

Col*

5

50 ± 14

Jambe* (sarcome)

4

61 ± 12

Ovaire*

8

58 ± 10

2

14 ± 5

Rectum*

8

60 ± 10

2

14 ± 12

Sein*

35

49 ± 10

9

8

11 ± 9

19 ± 10

Thyroïde*

5

31 ± 5

3

11 ± 7

*Les autres malades n’ont pas pu évaluer leur variation pondérale.

Mesures anthropométriques et composition corporelle

Les mesures anthropométriques et la composition corporelle sont consignées au tableau 3( Tableau 3 ) en fonction du sexe.

La dénutrition étant définie par un IMC inférieur à 18,5 kg/m2, nous avons classé les patients selon ce critère. Le tableau 4( Tableau 4 ) donne les résultats des mesures anthropométriques et de la composition corporelle selon cette classification en fonction du sexe.

D’après les mesures anthropométriques, 4,8 % de la population souffre de dénutrition selon leur IMC, 23 % selon leur PCT et aucun selon le PB ni le CMB. D’après la composition corporelle, 16,6 % des hommes et 29,2 % des femmes ont des IMM faibles. Dans le tableau 5( Tableau 5 ), nous avons réparti les IMM et les IMG selon les valeurs de l’IMC proposées par l’OMS/FAO pour évaluer l’état nutritionnel [16].

Chez les hommes, un seul est dénutri aussi bien selon son IMC, son IMM que son IMG. Parmi les 3 hommes maigres (IMC < 20), 1 a un IMM faible, 2 ont des IMM normaux. L’IMG est faible chez 2. Parmi le reste des hommes, 1 a un IMM faible bien qu’il soit en surpoids. Il est important de noter que 7 hommes sur les 18, soit 38,8 % de la population masculine étudiée, ont un IMG faible. Cet IMG faible est noté chez le dénutri, 2 des maigres et 4 de ceux à corpulence normale ( (figure 1) ).

La masse hydrique exprimée en kilo ne montre aucune différence en fonction de l’adiposité. Exprimée en pourcentage du poids, elle est significativement plus élevée (p < 0,001) chez les hommes qui ont un IMC inférieur à 25 kg/m2 comparés à ceux dont l’IMC est supérieur à 25 kg/m2 puisque l’eau mesurée est fonction de la masse maigre.

Chez les femmes, 3 sont dénutries et 4 sont maigres d’après la valeur de leur IMC. Parmi ces 7 femmes, 5 ont un IMM faible, soit une prévalence de 71 %. L’IMM faible est aussi noté chez 11 femmes considérées de corpulence normale et 3 parmi celles en surcharge pondérale.

Quant à l’IMG faible, il est retrouvé chez toutes les dénutries, deux des maigres et une de celles à corpulence normale ( (figure 2) ).

Aussi bien chez les hommes que chez les femmes, la comparaison des différents paramètres anthropométriques selon la localisation de l’atteinte cancéreuse n’a pas montré de différence statistiquement significative à part la fréquence de variation pondérale constatée au cours des derniers mois avant l’hospitalisation. En effet, chez les hommes, la perte était significativement plus fréquente (p < 0,05) chez ceux à localisation digestive, estomac et rectum, que chez ceux à localisation non digestive. Cependant, l’effectif étant très réduit, il n’était pas possible de comparer les valeurs de ces pertes. Chez les femmes, aucune différence n’a été notée en fonction de la localisation tumorale.

La masse hydrique exprimée en kilo augmente significativement en fonction de l’IMC. Elle diminue lorsqu’elle est exprimée en pourcentage en raison des taux élevés de masses grasses retrouvés chez les femmes. Cependant, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, le rapport de la masse hydrique sur la masse maigre reste stable à 0,73, ce qui confirme bien l’absence d’œdèmes et d’ascites chez les patients étudiés.
Tableau 3 Mesures anthropométriques et composition corporelle selon le sexe

Sexe

PB (cm)

PCT (mm)

CMB (cm)

IMC (kg/m2)

IMM (kg/m2)

IMG (kg/m2)

MHT (kg)

HMNG

  • Hommes
  • (n = 18)


  • 29 ± 2
  • (21-34)


  • 7 ± 4
  • (2-16)


  • 26 ± 1
  • (20-27)


  • 23,2 ± 4
  • (18-31,5)


  • 18,3 ± 1,7
  • (15,7- 21,7)


  • 4,5 ± 3,7
  • (0,7- 11,1)


  • 39,7 ± 5,8
  • (32,4- 41,1)


  • 0,73 ± 0,001a
  • (0,731-0,733)


  • Femmes
  • (n = 65)


  • 30 ± 5
  • (22-41)


  • 16 ± 6
  • (4-30)


  • 25 ± 4
  • (18-35)


  • 26,0 ± 5,3
  • (16,7-37,9)


  • 16,3 ± 2,1
  • (13,1-25,3)


  • 9,8 ± 3,7
  • (2,7-18,3)


  • 29,6 ± 3,8
  • (22,2-41,1)


  • 0,73 ± 0,003
  • (0,728-0,748)


aAucune différence significative avec l’âge ni avec le sexe n’a été trouvée pour l’hydratation de la masse non grasse.


Tableau 4 Mesures anthropométriques et composition corporelle selon l’état nutritionnel

Paramètres étudiés

IMC < 18,5 kg/m2

IMC > 18,5 kg/m2

  • Hommes
  • (n = 1)


  • Femmes
  • (n = 3)


  • Hommes
  • (n = 17)


  • Femmes
  • (n = 62)


PB (cm)

27

22 ± 0,6

27 ± 3,5

31 ± 5*

PCT (mm)

4

8,0 ± 3,5

7 ± 4,5

16 ± 6*

CMB (cm)

25,7

20 ± 1

25 ± 2

26 ± 3*

IMM (kg/m2)

16,6

14,4 ± 0,7

18,4 ± 1,4

16,6 ± 2,2*

IMG (kg/m2)

1,4

3,0 ± 0,4

3,9 ± 3,9

10,6 ± 3,6*

MHT (kg)

34,3

24,3 ± 2,0

39,6 ± 5,2

30,0 ± 3,7*


Tableau 5 Composition corporelle selon les valeurs de l’IMC

Sexe

IMC < 18,5 kg/m2

18,5 < IMC < 24,5 kg/m2

25 < IMC < 29,9 kg/m2

IMC > 30 kg/m2

Hommes

n = 1

n = 12

n = 4

n = 1

IMC (kg/m2)

18

20,3 ± 0,9 (19- 21,8)

26,8 ± 0,4 (26,1- 27,1)

31,5

IMM (kg/m2)

16,6

18,4 ± 0,4 (18,0- 19,3)

17,8 ± 2,1 (15,7- 20,2)

21,7

IMG (kg/m2)

1,4

1,4 ± 0,8 (0,4-2,4)

8,8 ± 2,3 1 (5,8- 11,1)

9,8

MHT (kg)

34,3

39,4 ± 4,8 (35,0-48)

40,0 ± 6,4 (32,4-48,1)

48,1

HMGN

0,731

0,732 ± 0,001

0,733 ± 0,0003

0,732

Femmes

n = 3

n = 25

n = 23

n = 14

IMC (kg/m2)

17,4 ± 0,7 (16,7-18,1)

21,9 ± 1,9 (18,9-24,8)

27,3 ± 1,2 (25,6-29,5)

33,8 ± 2,9 (30-37,9)

IMM (kg/m2)

14,4 ± 0,7 (14,0-15,2)

15,2 ± 1,0 (13,7-17,1)

16,3 ± 1,12 (14,9-17,4)

18,9 ± 2,43 (16,1-25,3)

IMG (kg/m2)

3,0 ± 0,3 (2,7-3,5)

6,7 ± 1,44 (4,6-8,7)

11,0 ± 0,82 (8,9-13,4)

14,9 ± 1,93 (12,6-18,3)

MHT (kg)

24,3 ± 2,0 (22,2-26,1)

26,9 ± 2,5 (23,9-30,5)

30,5 ± 2,02 (27,7- 33,9)

33,4 ± 3,23 (29,7- 41,1)

HMNG

0,733 ± 0,001

0,732 ± 0,001

0,733 ± 0,005

0,732 ± 0,002

Discussion

Les malades atteints de cancer sont à haut risque de dénutrition. Une évaluation nutritionnelle régulière doit donc faire partie intégrante de leur prise en charge [8, 17]. Elle doit être effectuée dès le stade du diagnostic et renouvelée régulièrement.

Cette évaluation peut être réalisée simplement sur la clinique, la pesée des malades permet de comparer leur poids actuel au poids habituel, ou poids de forme. Un amaigrissement de plus de 10 % traduit une dénutrition sévère ; une perte de poids de plus de 5 % définit une dénutrition modérée et a déjà une valeur pronostique négative [1, 25, 26]. Cependant les malades peuvent ignorer leur poids de forme, ce qui rend l’évaluation de la perte pondérale difficile, voire même impossible. C’est le cas de 52 % des patients concernés par notre présente étude.

Le calcul de l’indice de masse corporelle peut permettre d’affirmer une dénutrition en cas de valeur inférieure à 18,5 kg/m2 chez l’adulte, mais il peut être faussement rassurant chez une personne précédemment obèse ou en surpoids, pourtant exposée à une dénutrition aiguë. Cette situation devient de plus en plus fréquente depuis quelques années, étant donné l’augmentation rapide de l’obésité en Tunisie [27]. Or il existe un lien entre le risque de cancer et l’obésité [28].

L’étude de la composition corporelle chez les patients atteints de cancer est importante pour la détermination des changements des masses grasses et maigres puisqu’il a été démontré que la morbidité et la mortalité ainsi que les complications résultent beaucoup plus de la fonte musculaire que de celle des réserves lipidiques [29, 30].

Dans notre présente étude, 4,8 % des patients souffrent de dénutrition selon leur IMC et 23 % selon leur PCT. Par contre, 51 % sont en surpoids ou obèses bien que 13 parmi eux aient constaté une perte pondérale allant de 3 à 23 % de leur poids de forme au cours des six derniers mois précédant leur hospitalisation.

L’utilisation de l’impédancemétrie nous a permis de constater, chez les hommes, que l’IMM le plus faible associé à l’IMG le plus élevé est retrouvé chez un patient en surpoids. Cette association d’indice de masse maigre faible avec un indice de masse grasse élevé est considérée par Baumgartner comme étant un des principaux facteurs de risque de l’augmentation de la mortalité [31].

L’étude de la composition corporelle chez les hommes par l’impédancemétrie a révélé une déplétion des réserves lipidiques chez plus du tiers d’entre eux. Chez les femmes, 19 ont un IMM faible, dont 14 malgré des IMC normaux ou élevés. Il semble donc que les femmes aient une déplétion de la masse musculaire, ce qui représente un risque d’aggravation de leur état général et les expose à plus de complications. Cependant, cette déplétion est masquée par une masse grasse importante. Dans ces cas, l’IMC seul ne permet pas de détecter la dénutrition.

D’après nos résultats, les femmes hospitalisées pour atteinte cancéreuse ont une fonte de la masse musculaire tandis que les hommes perdent d’abord leurs réserves lipidiques et cela, malgré des IMC normaux ou élevés. Cette différence de nature de perte pondérale en fonction du sexe a été retrouvée pour d’autres pathologies [10]. Il serait donc pertinent de rechercher chez tous les patients cancéreux la composition corporelle, même si l’état nutritionnel semble satisfaisant selon l’IMC. Cette recherche permettra de déceler les états carentiels et de mettre en place une prise en charge alimentaire précoce afin d’aider à l’optimisation des traitements préconisés.

Il est important de souligner que notre étude a au moins deux limites. La première en ce qui concerne le faible effectif, bien qu’il ait été noté [32] que l’impédancemétrie pouvait être utilisée en cas de petits échantillons de malades. La deuxième est l’absence de références tunisiennes pour la classification en fonction des indices de masses maigre et grasse, même s’il est conseillé [33] d’avoir des références locales pour éviter les erreurs dues à l’ethnicité.

Bien qu’ayant des limites, notre étude a permis de montrer, d’autant plus qu’elle est la première de ce genre à être réalisée en Tunisie, que l’utilisation de ce type d’impédancemétrie pourrait être un outil nécessaire dans le dépistage des cas de dénutrition des patients cancéreux hospitalisés, puisque l’IMC n’est pas un bon indicateur de leur état nutritionnel surtout s’ils étaient initialement en surpoids ou obèses.

Conclusion

Même en l’absence de références locales, ce qui est une lacune importante dans l’interprétation des valeurs fournies par l’impédancemétrie [15, 19], l’utilisation des indices de masses maigre et grasse semble être un meilleur indicateur du statut nutritionnel des patients hospitalisés dans notre service pour cancer.

Le dépistage précoce de la dénutrition, surtout dans un service de chirurgie, permettra une prise en charge nutritionnelle rapide des patients et aidera à minimiser l’effet aggravant de l’agression chirurgicale et des différents types de traitements proposés.

Références

1 Déchelotte P. Prise en charge de la dénutrition chez le patient cancéreux. Nutr Clin Metab 2000 ; 14 : 241-9.

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