ARTICLE
Auteur(s) : Khemaies Slimane1, Adriana
Perez1,
Pierre Ruffié1, Mario Di Palma1, 2
1 Département de Médecine,
2 Département de Soins de Support, Institut
Gustave Roussy, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex
Article reçu le 26 décembre 2003, accepté le 22 mars
2004
Une nausée est un symptôme subjectif : sensation
d’inconfort avec envie de vomir. Les nausées précèdent souvent des
vomissements.
Un vomissement est le rejet forcé par la bouche du contenu
digestif. Il résulte d’un mouvement spasmodique involontaire du
diaphragme. Les vomissements sont souvent accompagnés d’une
sensation de malaise, avec hypersialorrhée, bradycardie, vertiges
et pâleur.
Par définition, un épisode émétique est un vomissement productif
ou une série de cinq efforts non productifs de vomissement
survenant sur une période de 5 minutes.
Les nausées et les vomissements sont considérés comme chroniques
s’ils persistent plus de 4 semaines.
Physiopathologie
Les nausées et les vomissements sont les conséquences d’une
activation des centres de contrôle situés au niveau de la formation
réticulée latérale du bulbe rachidien (noyau du tractus solitaire)
[1]. Ces centres reçoivent les afférences suivantes :
– les chémorécepteurs (trigger zone) situés au niveau de
l’area postrema à proximité du plancher du quatrième ventricule,
qui peuvent être activés par les drogues de chimiothérapie, des
toxines bactériennes et les opioïdes. Les principaux
neurotransmetteurs sont la dopamine (D2), la sérotonine (5HT3) et
la substance P (ligand du récepteur neurokinine 1 ou
NK1) ;
– le cortex cérébral, le système limbique et le diencéphale qui
peuvent être stimulés par l’augmentation de la pression
intracrânienne, l’anxiété, l’odorat et le goût ;
– les mécanorécepteurs et les chémorécepteurs du tractus
gastro-intestinal : ces récepteurs peuvent être stimulés
pendant l’irradiation abdominale, la chimiothérapie et en cas de
stase gastrique. Les principaux neurotransmetteurs sont la
sérotonine et la dopamine ;
– les centres vestibulaires sont impliqués dans les nausées et
vomissements des transports (mal des transports) mais leur rôle est
minime, voire nul, dans les nausées et vomissements
chimio-induits ; les neurotransmetteurs sont l’acétylcholine
et l’histamine.
Les centres de vomissements activés envoient des efférences vers
les muscles abdominaux, en particulier le diaphragme dont les
contractions provoquent les nausées ou les vomissements.
La stratégie thérapeutique médicamenteuse des nausées et
vomissements repose sur l’identification et l’inhibition des
récepteurs des neurotransmetteurs impliqués (sérotonine, dopamine,
histamine et NK1).
Diagnostic et évaluation
Interrogatoire
Il permet de poser le diagnostic et de préciser l’origine des
nausées et vomissements. Il est utile d’évaluer séparément les
nausées et les vomissements :
– les nausées : début, fréquence, intensité (peut être
mesurée sur échelle visuelle analogique ou EVA), facteurs
déclenchants et aggravants ;
– les vomissements : début, fréquence, volume, contenu
(aliments, sang, bile, matières fécales) ;
– signes fonctionnels associés : douleurs abdominales,
troubles du transit, dysphagie, fièvre, syndrome d’hypertension
intracrânienne (céphalées, troubles visuels) ;
– notion d’une gêne éventuelle pour la prise d’aliments et de
liquides.
On précisera également le contexte néoplasique (nature et stade de
la maladie), les antécédents de chirurgie abdominale, la notion de
chimiothérapie et radiothérapie en cours ou récente et les prises
médicamenteuses (morphiniques, antibiotiques, AINS, fer, etc.).
Examen clinique
Complet, il précise le diagnostic étiologique et évalue les
retentissement :
– état général et hémodynamique,
– signes de déshydratation,
– cavité buccale et pharynx (candidose),
– palpation abdominale (météorisme, sensibilité abdominale,
défense, ascite, etc.),
– toucher rectal,
– examen neurologique : troubles de la conscience, déficit
moteur, syndrome méningé.
Examens complémentaires
Peuvent être réalisés :
– bilan biologique dans un but également étiologique et
d’évaluation du retentissement (ionogramme sanguin, urée,
créatinine, hématocrite, calcémie) selon le contexte,
– abdomen sans préparation (suspicion d’occlusion),
– scanner ou IRM cérébrale (suspicion d’une tumeur cérébrale),
– ponction lombaire (suspicion de méningite).
Étiologies
Elles sont nombreuses, parfois associées (tableau 1). Les causes iatrogènes constituent
l’étiologie la plus fréquente chez les patients cancéreux.
Tableau 1. Les causes des
vomissements [3]
|
Causes |
|
|
Iatrogènes |
Chimiothérapie, radiothérapie, morphiniques, anti-inflammatoires,
antibiotiques, fer |
|
Digestives |
Constipation, ulcère gastrique, occlusion intestinale |
|
Infectieuses |
Mycose buccale, péritonite, méningite infectieuse |
|
Cérébrales |
Métastases cérébrales, méningite carcinomateuse |
|
Métaboliques |
Hypercalcémie, décompensation du diabète, insuffisance
surrénalienne |
Chimiothérapie
La survenue de nausées et vomissements dépend du type de
chimiothérapie utilisé et de facteurs individuels au patient.
Chronologiquement, il existe trois types de nausées et
vomissements induits par la chimiothérapie :
– nausées et vomissements aigus. Ils apparaissent dans les
24 heures qui suivent l’administration de la chimiothérapie.
Hesketh et al. [2] ont proposé de classer ce risque émétique
aigu en cinq niveaux, permettant un regroupement en trois
classes : hautement émétisant (risque de 30 à 90 %),
moyennement émétisant (risque de 10 à 30 %) et faiblement
émétisant (risque inférieur à 10 %) (tableau 2). En cas d’association, on considère que
le potentiel émétogène est additif. Plusieurs facteurs liés au
patient peuvent augmenter l’incidence de ce type de
vomissement : l’âge jeune (moins de 40 ans), le sexe
féminin, l’anxiété et la notion d’une chimiothérapie antérieure.
D’autres facteurs minimisent le risque de vomissement (notion de
première cure, âge supérieur à 50 ans, sexe masculin,
éthylisme). Le contrôle des vomissement aigus lors de la première
administration de chimiothérapie est essentiel pour réduire
l’incidence des nausées et vomissements lors des cycles
suivants ;
Tableau 2. Classification des agents
de chimiothérapie en fonction du risque émétisant selon Hesketh
[2]
Niveau
(fréquence en %) |
Drogues de chimiothérapie |
| Niveau V (> 90 %) |
Cisplatine (> 50 mg/m2)
Carmustine (> 250 mg/m2)
Méchloréthamine
Streptozotocine
Lomustine
Dacarbazine
Cyclophosphamide (> 1 500 mg/m2) |
| Niveau IV (60-90 %) |
Carboplatine
Cisplatine (< 50 mg/m2)
Cytarabine (> 1 g/m2)
Irinotecan
Carmustine (< 250 mg/m2)
Dactinomycine D (> 1,5 mg/m2)
Procarbazine
Cyclophosphamide (750-1 500 mg/m2)
Doxorubicine (> 60 mg/m2)
Melphalan (IV)
Méthotrexate (> 1 000 mg/m2)
Mitoxantrone (15 mg/m2) |
| Niveau III (30-60 %) |
Cyclophosphamide
(< 750 mg/m2)
Actinomycine D (< 1,5 mg/m2)
Doxorubicine (< 60 mg/m2)
Épirubicine (> 90 mg/m2)
Hycamtin
Mitoxantrone (15 mg/m2)
Méthotrexate (250-1 000 mg/m2)
Ifosfamide |
| Niveau II (10-30 %) |
Asparginase
Docétaxel
Étoposide
Gemcitabine
Cytarabine (< 1 g/m2)
Thiotépa
Topotécan
Mitomycine
Méthotrexate (50-250 mg/m2)
Doxorubicine (< 20 mg/m2)
Fluoro-uracile (< 1 000 mg/m2)
Paclitaxel |
| Niveau I (< 10 %) |
Bléomycine
Busulfan
Fludarabine
Hydroxyurée
Méthotrexate (< 50 mg/m2)
Vinblastine
Vincristine
Vinorelbine
Mélphalan (oral)
Chlorambucil
Cladribine
Interféron |
– nausées et vomissements retardés. Ils peuvent
apparaître de 24 heures à 4 jours après l’administration
de la chimiothérapie [3] et leur physiopathologie est inconnue. Le
principal facteur de risque, outre ceux rencontrés pour les
vomissements aigus, est le mauvais contrôle des nausées et
vomissements aigus. Ce problème concerne donc surtout les patients
recevant une chimiothérapie hautement émétisante, en particulier
une chimiothérapie à base de cisplatine, et touche environ
50 % des patients malgré les traitements ;
– nausées et vomissements anticipés. Ils apparaissent en
général dans les 24 heures qui précèdent la chimiothérapie et
concernent 10 à 44 % des patients selon les séries. Il s’agit
de symptômes conditionnés, favorisés par une première cure mal
tolérée sur le plan digestif. Les autres facteurs de risque
sont : un terrain anxieux ou dépressif, un âge jeune, les
antécédents de vomissements gravidiques ou de mal des
transports.
Radiothérapie
Le risque de nausées et vomissements dépend du siège et de
l’étendue de l’irradiation et de la dose administrée par fraction.
Ainsi 90 % des patients ont des nausées et des vomissements
après une irradiation corporelle totale et 50 % en cas
d’irradiation abdominale. L’irradiation cervico-faciale et des
extrémités engendre rarement des nausées et des vomissements.
Causes médicamenteuses
Chez les patients cancéreux, il s’agit essentiellement des
opioïdes. Les nausées et vomissements concernent environ un patient
sur deux au début d’un traitement par morphine orale :
classiquement, ces troubles sont transitoires (moins de 1 semaine)
mais peuvent conduire à l’abandon du traitement analgésique de par
leur intensité ou leur durée. Les autres voies d’administration
(parentérale, transcutanée) sont moins émétogènes. Il faut
souligner que la constipation aggrave ces symptômes et que c’est là
une raison supplémentaire de la prévenir dès la mise en route du
traitement morphinique. Les autres médicaments en cause sont
surtout les anti-inflammatoires non stéroïdiens, certains
antibiotiques et le fer oral.
Causes digestives
Elles sont nombreuses : constipation, ulcère gastrique,
stase gastrique. Il peut s’agir parfois d’une urgence (occlusion
intestinale, péritonite). Les candidoses œsophagiennes ont une
étiologie souvent méconnue.
Causes neurologiques
La présence de vomissements inexpliqués, surtout matinaux, doit
faire rechercher une origine neurologique (méningite carcinomateuse
ou infectieuse, métastases cérébrales).
Causes métaboliques
Hypercalcémie, hyponatrémie, insuffisance surrénalienne et
décompensation d’un diabète.
Prise en charge thérapeutique
La prise en charge des nausées et des vomissements repose sur un
traitement étiologique (si possible) et symptomatique
(anti-émétiques et éventuellement réhydratation). Les objectifs de
ce traitement doivent être la disparition complète des nausées et
des vomissements.
Nous ne développerons ici que les situations les plus
fréquentes.
Nausées et vomissements induits par la chimiothérapie
Le meilleur traitement des nausées et vomissements liés à la
chimiothérapie est de les prévenir.
Antagonistes des récepteurs de la sérotonine (5HT3) ou
sétrons
Plusieurs molécules sont commercialisées (ondansétron,
granisétron, dolasétron et topisétron). Elles sont a priori
d’efficacité comparable avec des taux de réponses complètes en
monothérapie (aucune nausée ni vomissement) de 40 à 60 % pour
les chimiothérapies hautement émétisantes (avec cisplatine) et de
60 à 80 % pour les chimiothérapies moyennement
émétisantes.
Les sétrons sont bien tolérés : leurs principaux effets
indésirables sont des céphalées (10 %), une constipation
(parfois gênante surtout en cas d’association aux morphiniques) et
une élévation transitoire des transaminases. Ils n’entraînent ni
syndrome extra-pyramidal, ni sédation. Leur efficacité est
identique en cas d’administration orale ou intraveineuse. Leur
effet anti-émétique est potentialisé par les corticoïdes et cela
est largement démontré par plusieurs études randomisées.
Le palonosétron est un nouvel antagoniste des récepteurs de la
sérotonine, caractérisé par une plus grande affinité pour le
récepteur 5HT3 et une demi-vie plus longue (40 heures) que les
autres sétrons. Ceci pourrait se traduire par une plus grande
efficacité à la fois sur les vomissements aigus et retardés
[4].
Benzamides (métoclopramide, alizapride)
Leur mode d’action dépend de la dose administrée avec blocage
des récepteurs dopaminergiques D2 à des doses moyennes
(0,5 mg/kg, 4 fois par jour pour le métoclopramide) et
des récepteurs de la sérotonine à des doses élevées
(10 mg/kg). Les effets secondaires sont dose-dépendants :
syndrome extra-pyramidal et sédation.
L’effet anti-émétique du métoclopramide ou de l’alizapride est
inférieur à celui des sétrons. Ceux deux molécules peuvent
néanmoins être utiles en cas de mauvaise tolérance ou d’échec de
l’association sétrons et corticoïdes.
Corticoïdes
Le mode d’action des corticoïdes dans la prévention des nausées
et des vomissements induits par la chimiothérapie n’est pas
clairement identifié. Plusieurs études randomisées ont démontré
leur effet anti-émétique (dexaméthasone, méthyl-prednisolone)
administrés seuls ou en association avec les sétrons ou le
métoclopramide [5]. Ainsi, l’association dexaméthasone et sétron
permet un gain de 20 % et 30 % pour ce qui concerne
l’absence de nausée ou de vomissement chez des patients recevant
une chimiothérapie à base de cisplatine. À noter que l’association
d’une benzodiazépine peut être utile en cas d’échec de cette
combinaison [6]. La dose recommandée de dexaméthasone (ou
équivalent : 0,5 mg de
dexaméthasone = 8 mg de méthyl
prednisolone = 10 mg de prednisolone) est de
20 mg en cas de chimiothérapie hautement émétisante et de
8 mg en cas de chimiothérapie moyennement émétisante [7].
Anti-NK1 (neurokinine 1)
Les inhibiteurs du récepteur NK1 ont des propriétés
anti-émétiques connues depuis de nombreuses années. L’aprépitant,
premier représentant de cette nouvelle classe thérapeutique, est en
cours de commercialisation aux États-Unis et en Europe. Administré
par voie orale le jour de la chimiothérapie et les deux jours
suivants et ajouté au traitement standard
(sétron + corticoïdes), il améliore de façon
significative le contrôle des nausées et vomissements aigus et
surtout retardés après administration d’une chimiothérapie
hautement émétisante [8, 9]. Il faut souligner que son efficacité
sur les vomissements retardés semble indépendante de son effet sur
les vomissements aigus. La place des anti-NK1 devra être précisée,
en particulier pour les chimiothérapies moyennement émétisantes. La
procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM) est en cours
en France.
Autres anti-émétiques
Les antidopaminergiques (dompéridone) et les phénothiazines
(prochlorpérazine, chlorpromazine, métopimazine) agissent en
bloquant les récepteurs de la dopamine comme le métoclopramide.
Parmi les phénothiazines, la métopimazine est la plus utilisée en
clinique du fait de son index thérapeutique favorable (hypotension
orthostatique, sédation et réactions dystoniques rares,
contrairement aux autres dérivés).
Les butirophénones (halopéridol, dropéridol) ne sont utilisés
qu’en cas d’échec des autres anti-émétiques de par leurs effets
secondaires similaires à ceux induits par les phénothiazines.
Recommandations
Plusieurs sociétés savantes ont publié des guides de bonnes
pratiques concernant les anti-émétiques, surtout dans le cadre des
nausées et vomissements liés à la chimiothérapie [10-12].
Il faut insister sur le fait que le traitement doit toujours être
préventif et optimisé d’emblée : en effet, la survenue de
nausées et de vomissements est le principal facteur de risque
d’émésis lors des administrations suivantes de chimiothérapie.
• Nausées et vomissements aigus
– Chimiothérapie hautement émétisante : association d’un
sétron par voie orale de préférence ou intraveineuse ondansétron
0,15 mg/kg (8 mg) ou granisétron 0,01 mg/kg
(1 mg) ou tropisétron (5 mg) ou dolasétron 1,8 mg/kg
(100 mg) associé à un corticoïde (dexaméthasone 20 mg ou
son équivalent) administré 15 à 60 minutes avant la
chimiothérapie.
– Chimiothérapie moyennement émétisante : sétron per
os (ondansétron 8 mg ou granisétron 2 mg ou
tropisétron 5 mg ou dolasétron 100 mg) associé à un
corticoïde par os (dexaméthasone 8 mg ou son
équivalent).
– Chimiothérapie faiblement émétisante : pas de traitement
préventif systématique. Il est possible d’administrer une dose
unique de métoclopramide ou de phénothiazine pour les patients à
risque, éventuellement associée à un corticoïde.
• Nausées et vomissements retardés
– Chimiothérapie hautement émétisante : dexaméthasone en
une prise par jour pendant 3 jours (16 mg/j) par voie
orale plus métoclopramide (40-80 mg/j). La place des sétrons
dans la prévention des nausées et vomissements retardés est très
discutée. Les sétrons seuls semblent peu efficaces et l’association
dexaméthasone et sétron n’est pas plus efficace que métoclopramide
ou métopimazine et dexaméthasone [13]. La prescription en routine
des sétrons pour la prévention des nausées et vomissements retardés
n’est pas donc recommandée du fait du coût sans bénéfice dans la
majorité des cas. Les sétrons peuvent néanmoins être utiles en cas
de mauvaise tolérance du métoclopramide.
– Chimiothérapie moyennement émétisante : le contrôle total
des nausées et vomissements aigus permet souvent de prévenir
efficacement les symptômes retardés. Pour les patients à haut
risque, la dexaméthasone (16 mg/j) seule est recommandée.
– Chimiothérapie faiblement émétisante : pas de traitement
prophylactique systématique.
• Nausées et vomissements anticipés
Il faut insister sur l’intérêt d’un contrôle optimal des nausées
et vomissements aigus.
Les benzodiazépines (alprazolam, lorazépam, en 3 prises par
jour, 2 jours avant la chimiothérapie) sont utiles dans cette
situation [14]. Dans certains cas, les techniques comportementales
comme la relaxation peuvent avoir un intérêt.
Nausées et vomissements induits par les radiations
ionisantes
La prévention des nausées et vomissements dans cette situation a
été peu évaluée par des essais cliniques. Les antagonistes des
récepteurs de 5HT3 sont recommandés en cas de risque élevé
(irradiation corporelle totale, irradiation de la partie supérieure
de l’abdomen).
L’administration d’un sétron avant chaque séance et dans les
24 heures après la fin de l’irradiation permet un contrôle des
symptômes dans 60 à 97 % des cas.
Si le risque est intermédiaire (irradiation pelvienne, irradiation
hémi-corporelle, irradiation en mantelet et irradiation
cérébrospinale), le métoclopramide peut être une alternative.
Pour l’irradiation à faible risque émétogène, les anti-émétiques
préventifs ne sont pas indiqués de façon systématique.
Nausées et vomissements secondaires aux morphiniques
Les nausées et vomissements peuvent se rencontrer avec tous les
opioïdes mais ce problème semble plus fréquent avec la morphine. Le
recours à une autre molécule ou à une voie d’administration autre
qu’orale (parentérale ou transdermique) peut être utile. Le
métoclopramide ou la métopimazine peuvent être utiles au début du
traitement morphinique. Les sétrons sont peu efficaces.
Nausées et vomissements en fin de vie
C’est un problème fréquent, touchant près d’un patient sur deux.
Un certain nombre de mesures simples peuvent être utiles pour
limiter les nausées :
– maintenir une bonne hygiène corporelle, les soins de la bouche
sont très importants,
– fractionner l’alimentation,
– créer un environnement confortable autour du patient.
Le recours à un traitement spécifique est parfois
nécessaire : métoclopramide, halopéridol, corticoïdes, en
particulier en cas de carcinose péritonéale.
Conclusion
Les nausées et vomissements sont des symptômes fréquents en
cancérologie. La prise en charge thérapeutique est souvent efficace
et assez bien codifiée pour les nausées et vomissements induits par
la chimiothérapie et la radiothérapie grâce aux recommandations de
plusieurs sociétés savantes. Des efforts sont encore nécessaires
pour que ces recommandations soient effectivement appliquées dans
la pratique quotidienne.n
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Figure 1. Physiopathologie des nausées et des
vomissements. D’après Berger [1]
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