ARTICLE
Auteur(s) :, Pierre
Saintigny1,*, Sabine Assouad1, Joseph
Gligorov2, Frédéric Selle2, Henri
Roché3, Jean-Luc Breau1, Jean-François
Morère1, Jean-Pierre Lotz2
1Service d’oncologie médicale, hôpital Avicenne, 125
rue de Stalingrad, 93009 Bobigny
2Service d’oncologie médicale, hôpital Tenon, 75020
Paris
3Service d’oncologie médicale, Centre national de lutte
contre le cancer, Institut Claudius-Regaud, Toulouse
Les études publiées ces derniers mois ont démontré le bénéfice des
anti-aromatases de troisième génération et des taxanes en situation
adjuvante. Les essais évaluant le trastuzumab en adjuvant sont très
attendus. Chez les patientes métastatiques, les progrès réalisés
ont été plus modestes, en dehors des patientes dont la tumeur
exprime fortement ou présente une amplification de l’oncogène HER2
(HER2+), chez qui l’association du trastuzumab au paclitaxel ou au
docétaxel est devenue le standard de première ligne. Dans ce
contexte, la chimiothérapie à haute dose (CTHD), qui repose sur le
concept d’intensité de dose, n’a à ce jour pas encore démontré sa
supériorité par rapport à une chimiothérapie à dose
conventionnelle, que ce soit en situation adjuvante ou
métastatique. À l’inverse, deux essais ont démontré l’intérêt de la
densité de dose en situation adjuvante. L’évaluation de ces
modalités thérapeutiques doit se poursuivre en améliorant la
sélection des patientes et en tenant compte des nouveaux standards.
Nous n’aborderons pas ici les premières expériences d’allogreffes
de cellules souches hématopoïétiques (CSH) avec conditionnement
atténué, qui reposent sur le concept d’immunothérapie et non sur
celui d’intensité ou de densité de dose.
Intensité de dose en situation adjuvante
Schrama et al. [1] ont inclus 97 patientes présentant une biopsie
ganglionnaire sous-claviculaire positive ; 3 cycles de FEC120
(5-fluoro-uracile, épirubicine à la dose de 120 mg/m2 et
cyclophosphamide) étaient administrés en préopératoire. Les
patientes en maladie stable ou ayant répondu à la chimiothérapie
néoadjuvante (n = 81) étaient randomisées entre un quatrième cycle
de FEC120 ou un quatrième cycle de FEC120 suivi d’une
intensification thérapeutique de type STAMP V (cyclophosphamide,
thiotépa, carboplatine). Aucun décès toxique n’est à déplorer. Avec
7 ans de recul, il n’existe aucune différence significative entre
les deux bras. L’étude d’Hortobagyi et al. [2] a inclus deux
groupes de patientes : dans le groupe 1 (plus de 10 ganglions
envahis), les patientes étaient randomisées entre 8 cycles de FAC
(5-fluoro-uracile, adriamycine, cyclophosphamide) suivis ou non
d’une double intensification par 2 cycles de CEP (cyclophosphamide,
cisplatine, étoposide). Dans le groupe 2 (au moins 4 ganglions
envahis après 4 cycles de FAC préopératoires), les patientes
étaient randomisées après la chimiothérapie néoadjuvante et la
chirurgie, entre 4 cycles de FAC ou 4 cycles de FAC suivis d’une
double intensification par 2 cycles de CEP. Le taux de décès
toxiques a été de 5 %. Avec un recul médian de 78 mois, la
survie sans rechute et la survie globale à 3 ans ne sont pas
statistiquement différentes. En dehors du faible effectif de
l’étude (n = 58) et des déviations du protocole, le choix du
conditionnement est critiquable, car considéré par beaucoup comme
non myéloablatif. Enfin, il faut noter que l’intensification
thérapeutique était réalisée très tardivement, après 8 cures de
FAC.
L’hypothèse statistique dans ces deux études de phase II
randomisées était une amélioration de 30 % en survie sans
progression dans le bras expérimental, ce qui correspond en fait à
un bénéfice supérieur à celui qu’apporte le traitement adjuvant
standard à base de 4 à 6 cycles d’anthracyclines par rapport à
l’absence de chimiothérapie adjuvante [3]. Ces hypothèses ont été
établies sur des bras témoins moins efficaces que ceux actuellement
disponibles et, par ailleurs, sur une morbidité et une mortalité du
bras intensif qui nécessitaient une différence importante pour que
le traitement intensif soit considéré comme ayant un rapport
coûts/efficacité positif.
Les essais présentés par Peters et al. [4] et Bergh et al. [5]
sont caractérisés par un nombre important de patientes incluses,
mais par un bras témoin ne correspondant pas au standard actuel.
Peters et al. [4] ont inclus 875 patientes ayant au moins 10
ganglions envahis histologiquement. Quatre cycles de FAC étaient
administrés avant la randomisation entre un conditionnement de type
STAMP I (cyclophosphamide, cisplatine, BCNU) et support de CSH ou
une chimiothérapie de type STAMP I à dose intermédiaire avec
support de G-CSF. Avec un recul de 5 ans, la survie sans événement
et la survie globale sont comparables dans les deux bras. Il y a
moins de rechutes dans le bras CTHD (28,9 %) versus le bras
témoin (39,1 %), mais cet effet positif de la CTHD a pu être
masqué par le taux de décès toxiques de 8,1 %.
L’essai présenté par Bergh et al. [5] a inclus 525 patientes
opérées d’un cancer du sein avec au moins 5 ganglions envahis. Le
bilan d’extension consistait simplement en une radiographie de
poumon et une scintigraphie osseuse. Les patientes présentant une
radiographie osseuse normale en lieu et place d’une hyperfixation
scintigraphique étaient incluses ; de même, si les patientes
devaient avoir une biopsie ostéomédullaire bilatérale, la présence
de métastases médullaires n’était pas un critère d’exclusion. Le
bras témoin consistait en 9 cycles de FEC à dose adaptée à la
tolérance hématologique (tailored FEC), administrés toutes les 3
semaines. Le bras expérimental consistait en 2 cycles de FEC60,
suivi d’un troisième cycle de FEC renforcé permettant un recueil
des cellules souches (CSP) et d’une CTHD avec un conditionnement de
type STAMP V. Avec un recul médian de 34 mois, le taux de survie
sans rechute à 3 ans est supérieur dans le bras témoin :
72 % versus 63 % (p = 0,013) ; le taux de survie
globale est de 83 % versus 77 % (p = 0,12). Cette
supériorité est confirmée par l’actualisation de l’essai avec un
recul de 60 mois. Dans le bras témoin de cet essai, dans lequel un
nombre important d’hémopathies secondaires ont été observées, les
patientes ont reçu des doses cumulées de chimiothérapie supérieures
au bras expérimental qui était censé représenter le bras haute
dose.
Rodenhuis et al. [6] ont publié les résultats d’une étude de
grande envergure ayant inclus 885 patientes avec au moins 4
ganglions envahis et stratifiées selon l’âge, le nombre de
ganglions envahis et la taille de la tumeur. Le bras conventionnel
consistait en 5 cycles de FEC90 toutes les 3 semaines. Le bras
expérimental comprenait 4 cycles de FEC90, recueil de CSP après le
troisième cycle, puis intensification avec un conditionnement de
type STAMP V. Les deux bras étaient bien équilibrés. Le taux de
décès toxiques est de 1,5 %, sans hémopathie secondaire. Les
seconds cancers sont au nombre de 21 dans le bras intensifié et de
15 dans le bras standard. Trente mois après la randomisation,
59 % des patientes du bras conventionnel sont ménopausées,
contre 75 % dans le bras intensifié. Avec un recul de 57 mois,
la survie sans récidive à 5 ans est de 59 % dans le bras
témoin et de 65 % dans le bras intensifié (p = 0,09). La
survie globale n’est pas différente selon les deux bras. Chez les
patientes ayant 10 ganglions envahis ou plus, la survie sans
récidive à 5 ans est meilleure dans le bras intensifié (61 %
versus 51 %, p = 0,05). L’âge jeune, l’absence de
surexpression de HER2 et un grade histologique bas sont associés à
un impact favorable de l’intensification. Parmi les patientes ne
surexprimant pas HER2, le risque relatif de rechute dans le bras
intensifié est de 0,66 (IC95 % = 0,46-0,94, p = 0,002) et la
survie globale montre un avantage pour le bras intensifié, sans
atteindre la significativité statistique (p = 0,07). Cette étude
bien conduite, la plus importante quantitativement, avec un taux de
décès toxiques extrêmement faible, apporte un éclairage sur le
profil des patientes pouvant bénéficier de l’intensification. Il
faut noter que les courbes de survie globale commencent à se
séparer après 3 ans ; une analyse avec un recul plus important
permettra peut-être d’atteindre un p statistiquement significatif
dans le sous-groupe de patientes ne surexprimant pas HER2. Il n’a
pas été fait d’analyse en fonction du statut des récepteurs
hormonaux et l’induction plus fréquente de la ménopause dans le
bras intensifié peut être discutée dans l’observation des
résultats.
Une autre étude de grande envergure publiée par Tallman et al.
[7] a inclus 540 patientes opérées d’un cancer du sein avec plus de
10 ganglions envahis. Le bras témoin consistait en 6 cycles de FAC
administrés tous les 28 jours. Le bras expérimental consistait en 6
cycles de FAC suivis d’une intensification thérapeutique de type
CHUT (cyclophosphamide, thiotépa). Les auteurs rapportent environ
120 cas de violations protocolaires. De plus, dans le groupe
témoin, 7 % des patientes ont reçu une intensification alors
que 17 % des patientes du groupe expérimental n’ont pas été
intensifiées. Le taux de décès toxiques dans le bras intensifié est
de 4,6 %. Les seconds cancers sont au nombre de 9 pour le
groupe témoin et de 15 pour le groupe intensifié, dont 6
myélodysplasies et 3 leucémies aiguës secondaires. Avec un recul
médian de 73 mois, la survie sans récidive et la survie globale
sont comparables dans les deux bras. Si seules les 417 patientes
respectant les critères d’éligibilité sont analysées, le taux
actuariel de récidive est de 55 % dans le bras témoin et de
45 % dans le bras intensifié (p = 0,045).
L’étude de Crown et al. [8] a inclus 605 patientes avec au moins
4 ganglions métastatiques. Les patientes étaient randomisées après
4 cycles de doxorubicine 75 mg/m2, entre la poursuite
d’une chimiothérapie conventionnelle par CMF (durée non précisée)
ou une intensification thérapeutique de type CHUT. Une
chimiothérapie de mobilisation de type cyclophosphamide 4000
mg/m2 permettait un recueil de CSP. Le nombre de décès
toxiques est de 5, tous dans le bras intensifié. Avec un suivi
médian est de 48 mois, les taux de survie sans récidive et de
survie globale à 5 ans sont comparables dans les deux bras.
Zander et al. [9] ont présenté les résultats de 307 patientes
ayant au moins 10 ganglions envahis et randomisées après 4 cycles
d’EC90 entre la poursuite d’une chimiothérapie conventionnelle par
3 cycles de CMF tous les 28 jours ou une intensification
thérapeutique associant du cyclophosphamide 6000 mg/m2,
du thiotépa 600 mg/m2 et de la mitoxantrone 40
mg/m2. Avec un recul médian de 3,8 ans, la survie sans
récidive et la survie globale dans le bras expérimental et dans le
bras témoin sont comparables. Les patients ayant un recul médian de
72 mois ont une survie sans rechute actuarielle de 50 % dans
le bras expérimental et de 25 % dans le bras témoin (p =
0,09).
L’essai Pegase 01 [10] a inclus des patientes ayant au moins 8
ganglions axillaires, à l’exclusion des tumeurs inflammatoires. Le
bras témoin comprenait 4 cycles de FEC100, le bras expérimental 4
cycles de FEC100 suivis d’une intensification thérapeutique de type
CMA (cyclophosphamide, mitoxantrone, melphalan). Les patientes
étaient stratifiées selon l’âge, le stade T, le grade histologique
SBR, le nombre de ganglions envahis, la présence ou non d’emboles
vasculaires et le statut des récepteurs aux œstrogènes. Les deux
groupes de patientes étaient bien équilibrés. Un seul décès toxique
a été observé et aucune hémopathie n’a été observée. Les résultats,
avec un recul de 3 ans, figurent dans le tableau 1( Tableau 1 ) et vont donc dans le sens que
celui de Rodenhuis et al. [6] avec une amélioration de la DFS et de
l’EFS, sans différence significative avec le recul actuel pour la
survie globale. L’analyse réalisée avec un recul de 5 ans ne
modifie pas les résultats [communication personnelle].
Gianni et al. [11] ont rapporté une étude originale comparant
une chimiothérapie séquentielle à dose conventionnelle à une
administration séquentielle en monothérapie de cytotoxiques à haute
dose ou à dose intermédiaire. Les 382 patientes avaient plus de 3
ganglions axillaires envahis et étaient réparties suivant le nombre
de ganglions envahis. Le bras témoin associait 3 cycles
d’épirubicine 120 mg/m2 suivis de 6 cycles de CMF. Dans
le bras expérimental, le traitement débutait par une chimiothérapie
de mobilisation des CSP (cyclophosphamide 7000 mg/m2),
suivie de 4 cycles avec successivement : méthotrexate
8000 mg/m2, épirubicine 120 mg/m2 répétée une
fois, et une association de thiotépa 600 mg/m2 et de
melphalan 160-180 mg/m2. Un décès toxique est à déplorer
dans le bras haute dose. Avec un recul médian de 52 mois, les taux
de survie sans progression et de survie globale sont
comparables.
L’étude de Tokuda et al. [12] a inclus moins de 100 patientes
avec au moins 10 ganglions envahis, réparties suivant le nombre de
ganglions envahis. Dans le bras témoin, 6 cycles de FAC avec 40
mg/m2 de doxorubicine étaient administrés toutes les 3
semaines, suivis dans le bras expérimental d’une intensification de
type CHUT. Il n’a pas été observé de décès toxique. Avec un recul
médian de 48 mois, les taux de survie sans rechute et de survie
globale sont comparables dans les deux bras. Cet essai manque
singulièrement de puissance et son recul est insuffisant.
Nitz et al. [13] ont évalué 2 intensifications en tandem après
une induction courte. Les 403 patientes randomisées avaient au
moins 9 ganglions envahis. Le bras témoin prévoyait des cycles tous
les 14 jours avec support de G-CSF et successivement 4 cycles
d’EC90 et 3 cycles de CMF. Le bras expérimental prévoyait 2 cycles
d’EC90 à 3 semaines d’intervalle suivis d’une double
intensification en tandem avec un conditionnement de type :
épirubicine 90 mg/m2, cyclophosphamide 3000
mg/m2 et thiotépa 400 mg/m2 à 28 jours
d’intervalle avec réinjection de CSP. Les caractéristiques des
patientes étaient bien équilibrées. Aucun décès toxique n’a été
rapporté. La première analyse n’a été réalisée qu’avec un suivi
médian de 34,6 mois. Les taux de survie sans événements sont à 2
ans de 77 % (bras CTHD) versus 68 % (bras témoin) et à 4
ans de 61 % (bras CTHD) versus 41 % (bras témoin) (p =
0,0019). Les taux de survie globale sont de 86 % et de
71 % à respectivement 2 et 4 ans, avec 44 décès dans le bras
CTHD versus 54 dans le bras témoin (p = 0,23). Davantage de recul
est nécessaire pour analyser cette étude dont les premiers
résultats sont encourageants.
Au total, sur les 12 essais publiés en situation adjuvante, 2
sont des essais de phase II randomisés. Six essais ont inclus moins
de 100 à 400 patientes et ont donc une puissance insuffisante. Par
ailleurs, le recul médian de ces 6 essais (34 à 62 mois) est
actuellement trop court pour apporter une conclusion définitive.
L’essai de l’ECOG évalue l’intensification après une induction
longue comme dans les essais du MD Anderson Cancer Center et du
JCOG (6 à 8 cycles de FAC), ce qui pourrait diminuer le bénéfice
d’une CTHD en favorisant le développement de chimiorésistance des
cellules résiduelles. Les résultats de l’essai de Rodenhuis et al.
montrent que les patientes ayant plus de 10 ganglions envahis et/ou
ne surexprimant pas HER2 sont probablement celles qui bénéficient
le plus d’une intensification.
Tableau 1 Taux de survie sans événement et de
survie globale à 3 ans dans l’essai Pegase 01 [10]
|
Bras de traitement
|
Survie sans événements
|
Survie globale
|
|
Contrôle
|
52 %
|
84,1 %
|
|
Expérimental
|
70,3 %
|
86,7 %
|
|
p statistique
|
p < 0,001
|
p = 0,18
|
Intensité de dose en situation métastatique
La médiane de survie globale des patientes métastatiques est
de l’ordre de 18 à 24 mois. On estime le taux de survivantes
au-delà de 15 ans à moins de 5 % avec les traitements
conventionnels actuellement disponibles [14]. L’intensification en
première ligne métastatique a été explorée par 8 essais randomisés.
Stadtmauer et al. [15] ont publié un essai ayant inclus 553
patientes en 7 ans. Parmi les 553 patientes initialement incluses,
354 n’ont pas été randomisées dont 208 n’ayant pas répondu à
la chimiothérapie d’induction. Les deux bras étaient équilibrés en
dehors des métastases osseuses plus fréquentes dans le bras témoin
(53 % versus 37 %, p = 0,04). Une chimiothérapie
d’induction par 4 à 6 cycles de FAC était administrée si la dose de
doxorubicine reçue en adjuvant était inférieure à 400
mg/m2, par CMF dans le cas contraire. Le bras
expérimental consistait en l’administration supplémentaire et
unique d’un conditionnement de type STAMP V. Le bras témoin
consistait en l’administration de CMF pendant 18 mois ou jusqu’à
progression. Le taux de mortalité toxique est inférieur à 1 %
dans les deux bras. Avec un suivi médian de 67 mois, la médiane de
survie sans progression et la médiane de survie globale sont
comparable dans les deux bras. Cet essai a été critiqué en
particulier pour son manque de puissance. Le pourcentage de sorties
d’essai est important et les 13 % de patientes ayant bénéficié
d’une intensification dans le groupe témoin en limite également la
puissance. Par ailleurs, la conversion observée de réponses
partielles en réponses complètes par le traitement d’entretien
(9 %) est supérieure à celle observée avec la CTHD (6 %),
ce qui est en contradiction avec l’observation habituelle d’un taux
de conversion variant de 20 à 60 % dans la plupart des études.
Cet essai montre en fait l’équivalence entre une CTHD de type STAMP
V et un traitement de maintenance par du CMF pendant 2 ans.
Lotz et al. [16] ont rapporté les résultats de l’essai Pegase
04, arrêté prématurément après l’inclusion de 61 patientes en
raison d’un recrutement insuffisant. L’objectif de l’étude était
d’évaluer l’impact d’une CTHD sur la survie sans progression, chez
des patientes répondeuses à une chimiothérapie d’induction
(20 % de patientes en réponse complète lors de la
randomisation). Les patientes étaient randomisées entre la
poursuite de la chimiothérapie à dose conventionnelle pendant 2 à 4
cycles, si possible avec le même protocole que la chimiothérapie
d’induction (groupe 1), et l’administration d’un cycle de CTHD en
utilisant un conditionnement de type CMA après une chimiothérapie
de mobilisation (cyclophosphamide 3000 mg/m2 à J1)
(groupe 2). Les deux groupes étaient bien équilibrés en dehors de
la présence plus fréquente de métastases pulmonaires (15 versus 6,
p = 0,009) et cérébrales (2 versus 0) dans le groupe 2. Il n’y a
pas eu de décès toxique. Les résultats sont en faveur de la
CTHD : avec un recul médian de 80 mois (groupe 2) et de 92
mois (groupe 1), la médiane de survie globale et le taux de survie
globale à 5 ans sont respectivement de 44,1 mois versus 19 mois et
de 36,8 % versus 13,8 % (p < 0,029) ; de même, la
médiane de SSP et le taux de rechute à 5 ans sont respectivement de
12 mois versus 6 mois et de 81,3 % versus 100 % (p <
0,005) [communications personnelles]. Les conclusions de cet essai
doivent être prudentes : l’effectif est de petite taille, la
phase d’inclusion est longue, l’enregistrement des patientes n’a
été réalisé qu’après le début de la chimiothérapie d’induction. Par
ailleurs, le traitement d’induction et le traitement d’entretien
dans le groupe 1 ne sont pas homogènes. C’est pour l’heure le seul
essai randomisé en faveur de la CTHD dans les cancers du sein
métastatiques à la fois en survie sans progression et en survie
globale.
Dans l’essai Pegase 03 [17], les patientes étaient incluses
avant le début de la chimiothérapie d’induction. Seules celles
ayant présenté une réponse objective après 4 cycles de FEC100
étaient randomisées entre l’absence de traitement complémentaire
(bras A) et un cycle de CHUT (cyclophosphamide 6000
mg/m2 et thiotépa 800 mg/m2) (bras B). La
chimiothérapie d’induction a été évaluée chez les 308 patientes
incluses : 180 patientes étaient considérées comme répondeuses
et randomisées. Un décès toxique est à déplorer dans le bras
expérimental. Les deux bras étaient bien équilibrés. Le taux de
réponses objectives était de 60 % dans les deux bras au moment
de la randomisation ; 3 mois après le dernier cycle de FEC100,
il était de 59 % dans le bras témoin (14 % de réponses
complètes) versus 92 % dans le bras CTHD (25 % de
réponses complètes). Avec un recul médian de 48 mois, la médiane de
survie globale et le taux de survie globale à 3 ans étaient
respectivement de 29 mois (bras B) versus 24 mois (bras A) et de
38 % (bras B) versus 30 % (bras A), différences non
statistiquement significatives. La médiane de survie sans
progression et le taux de survie sans progression à 2 ans étaient
respectivement de 11 mois (bras B) versus 7 mois (bras A) et de
27 % (bras B) versus 10 % (bras A) (p = 0,0002). Une
réactualisation des résultats avec davantage de recul est
nécessaire pour juger du bénéfice réel d’une intensification unique
en consolidation.
Une étude canadienne présentée par Crump et al. [18] a inclus
386 patientes avant la chimiothérapie d’induction, qui comportait 4
cycles à base d’anthracycline ou de taxane (en cas de
chimiothérapie adjuvante antérieure à base d’anthracycline). Après
4 cycles, 219 patientes répondeuses ont été randomisées entre la
poursuite de 2 à 4 cycles supplémentaires identiques à la
chimiothérapie d’induction, ou 1 à 2 cycles identiques avec recueil
de CSP suivis d’une CTHD avec un conditionnement associant
carboplatine 1800 mg/m2, cyclophosphamide 6000
mg/m2 et mitoxantrone 70 mg/m2. Les patientes
étaient stratifiées selon la réponse au traitement d’induction, les
sites métastatiques, le statut des récepteurs hormonaux et la
chimiothérapie d’induction. Le taux de décès toxiques s’est élevé à
7 %. Après un suivi médian insuffisant de 19 mois, l’analyse
en intention de traiter est en faveur du bras expérimental pour le
taux de survie sans progression (38 % versus 24 %, p =
0,01), sans différence significative en termes de survie globale.
Cependant, les 20 % de patientes n’ayant pas eu
d’intensification dans le bras expérimental et le taux de mortalité
toxique de l’intensification rendront l’interprétation de l’étude
difficile.
L’étude Ibdis1, présentée par Crown et al. [19], est le premier
essai randomisé évaluant l’intérêt d’une double intensification en
tandem (première intensification par ICE, qui associe l’ifosfamide,
le carboplatine et le vépéside, suivie d’une deuxième
intensification par CHUT) chez des patients n’ayant pas progressé
après une induction courte : 3 cycles d’une association
doxorubicine-docétaxel (AD). L’essai a été fermé prématurément
après l’inclusion des 110 premières patientes sur les 264 prévues
initialement. Les patientes incluses dans le bras témoin avaient un
quatrième cycle d’AD puis 4 cycles de CMF. L’objectif principal
était la survie sans événement à 3 et 5 ans. Les décès toxiques
sont au nombre de 4 dans le bras expérimental et de 2 dans le bras
témoin. Après un suivi médian de 47 mois, les médianes de survie
sans événement et de survie globale étaient respectivement de 14,2
mois (bras expérimental) versus 9,7 mois (p = 0,019) et de 32 mois
(bras expérimental) versus 26,5 mois (p = 0,14).
L’essai de Schmid et al. [20] a également évalué une double
intensification en tandem mais sans chimiothérapie d’induction (en
front-line), chez 92 patients. L’intérêt potentiel de cette
stratégie est de prévenir la survenue d’une chimiorésistance
induite par la chimiothérapie d’induction ; ses inconvénients
sont de ne pas pouvoir sélectionner les patientes chimiosensibles
et de réaliser un recueil de CSP sans avoir réalisé de « purge
in vivo », risquant ainsi de contaminer le greffon avec des
cellules tumorales. Les patientes ont été randomisées entre 6 à 9
cycles d’AP (doxorubicine 60 mg/m2, paclitaxel 200
mg/m2) toutes les 3 semaines ou une double
intensification utilisant le même conditionnement
(cyclophosphamide, mitoxantrone, étoposide) à 6 semaines
d’intervalle. Les patientes étaient réparties suivant le statut
ménopausique et le statut des récepteurs hormonaux. Un cross-over
était prévu à la rechute pour les patientes du bras témoin ayant eu
une réponse complète à la chimiothérapie conventionnelle utilisée
en première ligne. Les caractéristiques des patientes étaient bien
équilibrées. Un décès et une leucémie aiguë myéloblastique
secondaire ont été observés dans le bras CTHD. Le taux de réponses
est de 77,5 % (bras expérimental) versus 63,6 % (p = ns),
la médiane de survie globale de 27,7 mois (bras expérimental)
versus 20,8 mois (p = 0,55) et la médiane de survie sans
progression de 13 mois (bras expérimental) versus 10,6 mois (p =
0,4). Malgré un recul insuffisant, ces deux derniers essais
montrent que deux CTHD administrées en tandem sont au moins
équivalentes en survie globale, voire supérieures en survie sans
progression à l’association d’une anthracycline et d’un taxane chez
les patientes métastatiques.
Les deux essais randomisés publiés par le groupe de l’université
de Duke [21-23] ont testé une hypothèse différente de celle des
études précédemment évoquées. Il s’agit en effet d’essais croisés
posant davantage la question du moment de la CTHD, que celle de son
intérêt par rapport à une chimiothérapie conventionnelle. Ils ont
montré que l’intensification immédiate entraîne une amélioration de
la survie sans progression sans modifier la survie globale par
rapport à une intensification retardée. Leurs effectifs sont faible
et l’observation d’environ 20 % de longs survivants est à
interpréter avec prudence dans cette population très
sélectionnée.
Le débat sur la place de la CTHD dans le cancer du sein
métastatique par rapport à la chimiothérapie conventionnelle ne
peut donc se discuter qu’à partir des données de 6 essais de phase
III. Le nombre total de patientes randomisées est seulement de 866,
toutes les études sauf une ayant inclus moins de 200 patientes. Le
recul paraît insuffisant pour 4 études (14 à 48 mois). Les
stratégies utilisées, variables d’un essai à l’autre, rendent
difficile une interprétation globale des résultats. Une
chimiothérapie d’induction est utilisée dans 5 des 6 essais,
comportant une anthracycline, un taxane ou l’association des deux
et d’une durée variable : 6 cycles (3 études) ou 3-4 cycles (2
études). Enfin, deux études ont évalué la CTHD en tandem (2 cycles
de CTHD), l’une en consolidation, l’autre en front-line. Il existe
clairement une place pour d’autres essais randomisés. Des
différences existent probablement entre une induction longue ou
courte, contenant une anthracycline et/ou un taxane, et entre une
CTHD unique versus 2 à 3 CTHD.
Densité de dose
L’augmentation de la densité de dose a également été évaluée pour
améliorer les résultats du traitement des cancers du sein, en
diminuant l’intervalle entre les cures et, pour certaines études,
en augmentant la dose des cytotoxiques d’un facteur 1 à 2, sous
couvert de G-CSF.
En situation métastatique, deux études seulement ont été
publiées. Del Maestro et al. [24] ont randomisé 151 patientes entre
8 cycles de FEC (5FU 600 mg/m2, épirubicine 60
mg/m2 et cyclophosphamide 600 mg/m2) toutes
les 3 semaines ou un FEC « renforcé » (5FU 600
mg/m2, épirubicine 80 mg/m2 et
cyclophosphamide 1000 mg/m2) tous les 15 jours. Les deux
groupes étaient bien équilibrés. On déplore 4 décès toxiques dans
le bras densité de dose. Une tendance en faveur du bras densité de
dose pour le taux de réponses complètes est observée (19,5 %
versus 14,9 %), mais le taux de réponses objectives (environ
50 %) est comparable dans les deux bras au même titre que le
temps médian jusqu’à progression et la médiane de survie globale.
L’essai d’Arridzzoni et al. [25] n’a inclus que 62 patientes. Il a
évalué l’administration de 6 cycles de FEC60 toutes les 2 semaines
sous couvert de GM-CSF par rapport à une administration toutes les
3 semaines. Les taux de réponses objectives de 69 % versus
42 % sont supérieurs dans le bras densité de dose, mais de
manière non statistiquement significative (p = 0,088). Lors de la
publication, la médiane du temps jusqu’à progression était de 14
mois dans le bras densité de dose versus 11 mois. La médiane de
survie globale (17 mois dans le bras témoin) n’était pas atteinte
dans le bras expérimental. Les données avec un recul plus long ne
sont pas disponibles. Ces deux essais ne permettent pas de conclure
sur l’intérêt d’une chimiothérapie dose-densifiée.
En situation néoadjuvante, Dhingra et al. [26] ont publié les
données d’un essai incluant 112 patientes ayant un cancer de stades
II et III, mais également des cancers du sein de stade IV. Les
auteurs comparaient 4 cycles de FAC toutes les 3 semaines (5FU 1000
mg/m2, doxorubicine 50 mg/m2 et
cyclophosphamide 500 mg/m2) à la même association
administrée tous les 18 jours sous couvert de G-CSF à des doses un
peu plus élevées (5FU 1200 mg/m2, doxorubicine 60
mg/m2 et cyclophosphamide 1000 mg/m2). La
réponse objective était supérieure dans le bras expérimental
(77 % versus 53 %, p = 0,02), mais le taux de réponses
complètes histologiques était identique dans les deux bras. Les
données de survie ne sont pas disponibles. Therasse et al. [27] ont
publié les résultats d’une étude comparant 6 cycles de
l’association cyclophosphamide 75 mg/m2 PO de J1 à J14,
épirubicine 60 mg/m2 à J1 et J8 et 5FU 500
mg/m2 à J1 et J8 sur un rythme J1 = J28 versus 6 cycles
de l’association épirubicine 120 mg/m2 à J1 et
cyclophosphamide 830 mg/m2 sur un rythme J1 = J14 avec
support de G-CSF. Un total de 448 patientes a été inclus, dont
certaines ayant des formes inflammatoires. Les caractéristiques des
patientes étaient bien équilibrées. Chez 281 patientes évaluables,
le taux de réponses complètes histologiques était de 14 %
(bras témoin) versus 10 % (bras témoin). Avec un suivi médian
de 66 mois, les médianes de survie sans progression sont dans le
groupe témoin et le groupe expérimental respectivement de 34 mois
versus 33,7 mois (p = 0,68) et les taux de survie globale à 5 ans
respectivement de 53 % versus 51 % (p = 0,94). Cette
étude est décevante, d’une part en raison du schéma choisi dans le
bras témoin et, d’autre part, en raison du taux de réponse très
faible observé dans les deux bras. Dans une analyse du sous-groupe
de tumeurs non inflammatoires, non prévue initialement, les
médianes de survie sans progression sont dans le groupe témoin et
le groupe expérimental respectivement de 44 mois versus 23,5 mois
(p = 0,0019) et les taux de survie globale à 5 ans respectivement
de 59 % versus 44 % (p = 0,0043). Les taux de réponses
histologiques complètes dans ce sous-groupe ne sont pas
disponibles. Baldini et al. [28] ont publié un essai randomisé chez
150 patientes, comparant l’administration d’une chimiothérapie
néoadjuvante et adjuvante toutes les 3 semaines (bras A) ou toutes
les 2 semaines (bras B). La chimiothérapie associait 3 cycles de
FEC60 en préopératoire, suivis après le traitement locorégional
(chirurgie ou radiothérapie) de 6 cycles en alternant un cycle de
FEC et un cycle de CMF. Les caractéristiques des patientes étaient
bien équilibrées. Les taux de réponses cliniques complètes sont de
62,3 % (bras témoin) versus 61,6 % (bras expérimental) et
les taux de réponses complètes histologiques de 2,6 % (bras
témoin) versus 4,1 % (bras expérimental) (p = 0,95). Avec un
suivi médian de 60 mois, les taux de survie sans progression à 5
ans sont dans le bras A et le bras B respectivement de 52 %
versus 56 % (p = 0,3) et les taux de survie globale à
5 ans respectivement de 52 % versus 54 % (p = 0,64).
Une analyse multivariée utilisant le modèle de Cox montre
l’influence du stade de la maladie, en particulier de la forme
inflammatoire sur la survie sans progression, sans impact
significatif sur la survie globale. Les taux de réponses complètes
histologiques observés dans cette étude sont décevants dans les
deux bras.
Trois essais ont évalué la chimiothérapie administrée selon un
schéma dose-dense en situation adjuvante. Basser et al. [29] ont
évalué une chimiothérapie avec augmentation de la dose-densité
nécessitant un support de CSP et administrée en front-line. Cet
essai a inclus 344 patientes présentant au moins 5 ganglions
envahis. Le bras témoin prévoyait 4 cycles d’AC60 ou d’EC90 toutes
les 3 semaines suivis de 3 cycles de CMF tous les 28 jours. Le bras
expérimental prévoyait 3 cycles d’épirubicine 200 mg/m2
associée au cyclophosphamide 4000 mg/m2. Les CSP étaient
collectées sous G-CSF seul avant le début de la chimiothérapie. Les
caractéristiques des patientes étaient bien équilibrées. On déplore
4 décès toxiques dans le groupe expérimental. Avec un recul médian
de 47 mois, les résultats sont intéressants bien que non
significatifs : les taux de survie sans rechute et les taux de
survie globale à 4 ans sont respectivement de 57 % (bras
expérimental) versus 46 % (bras témoin) (p = 0,12) et de
73 % (bras expérimental) versus 64 % (bras témoin) (p =
0,20). La stratégie évaluée dans cet essai est comparable à celle
évaluée dans l’essai Pegase 06. Le recul de l’étude est cependant
encore insuffisant. Citron et al. [30] ont comparé, chez plus de
2000 patientes ayant un envahissement ganglionnaire et selon un
plan factoriel 2 × 2, d’une part, l’administration séquentielle de
doxorubicine (A), de paclitaxel (P) et de cyclophosphamide (C) à
l’administration concomitante de doxorubicine et de
cyclophosphamide (AC) suivie de l‘administration de P et, d’autre
part, une administration toutes les 3 semaines à une administration
toutes les 2 semaines. Les patientes étaient randomisées entre 4
régimes. Les groupes étaient bien équilibrés. Le recul médian était
de 36 mois. Une analyse multivariée selon le modèle de Cox montre
un impact significatif du nombre de ganglions envahis, de la taille
tumorale, du statut des récepteurs aux œstrogènes et de la densité
de dose (toutes les 2 semaines versus toutes les 3 semaines) pour
la survie sans maladie et la survie globale. Les taux de survie
sans maladie suivant l’administration dose-densifiée ou non de la
chimiothérapie sont respectivement de 82 % et 75 % à 4
ans, avec un intervalle de confiance très petit. Curieusement, les
neutropénies de grade 4 étaient plus fréquentes pour les régimes
administrant la chimiothérapie toutes les 3 semaines (33 %
versus 6 %, p < 0,0001). Les nausées et vomissements de
grade 3 sont plus fréquents dans les régimes concomitants que
séquentiels (7 % versus 3 %, p = 0,0002). Les décès
toxiques (n = 6), la cardiotoxicité (moins de 2 %) et
l’incidence à 2 ans des hémopathies secondaires (0,18 %) sont
répartis dans les quatre bras. Enfin, Möbus et al. [31] ont
présenté récemment les résultats de l’essai AGO qui a comparé, chez
plus de 1200 patientes ayant plus de 4 ganglions axillaires
envahis, 4 cycles d’EC90 suivis de 4 cycles de paclitaxel 175
mg/m2 administrés toutes les 3 semaines, à
l’administration séquentielle tous les 15 jours avec support de
G-CSF de 3 cycles d’épirubicine 150 mg/m2, suivis de 3
cycles de paclitaxel 225 mg/m2, suivis de 3 cycles de
cyclophosphamide 2500 mg/m2. Avec un recul médian de 28
mois, une supériorité en survie sans récidive (94 rechutes versus
124 rechutes, p = 0,0009) et en survie globale (43 décès versus 60
décès, p = 0,03) est observé dans le bras dose-dense, quel que soit
le nombre de ganglions envahi.
Intensité de dose, densité de dose et cancer de sein
inflammatoire
L’incidence faible des tumeurs du sein inflammatoires et leur
gravité expliquent la difficulté à entreprendre un essai
comparatif. Leur traitement repose sur une chimiothérapie première.
La régression complète des signes inflammatoires à la fin de la
chimiothérapie d’induction et une réponse histologique complète sur
la pièce de mastectomie sont les paramètres de réponse au
traitement les plus prédictifs de la survie [32]. Après
chimiothérapie conventionnelle de type FAC, le taux de réponse
histologique complète varie de 6,6 % à 21 % [33-35]. Des
schémas de type renforcé avec support de G-CSF comme le SIM
(cyclophosphamide 1250 mg/m2, épirubicine 75
mg/m2, J1 = J15) donnent des résultats discordants,
entre 6 et 27 % de réponses histologiques complètes [36, 37].
Le taux de réponses histologiques après CTHD n’a été évalué que
dans quatre études. Viens et al. [38] retrouvent, dans une étude
incluant 17 patientes, un taux de réponses complètes pathologiques
de 39 %. Le schéma utilisé est une intensification de type CMA
avec réinjection de CSP, après 4 à 6 cycles de FAC suivies d’une
mastectomie. Ayash et al. [39], dans une série de 46 patientes,
retrouvent un taux de réponses complètes histologiques de 14 %
après 4 cycles de doxorubicine 90 mg/m2 administrés tous
les 15 jours, suivis par une intensification de type STAMP V avec
réinjection de CSP et d’une mastectomie. Dans le programme Pegase,
les schémas utilisés sont ceux d’une chimiothérapie semi-intensive
séquentielle, avec support de CSP. L’essai Pegase 02 [40] a inclus
95 patientes traitées selon le schéma suivant : cycle 1
associant le cyclophosphamide 6000 mg/m2 et la
doxorubicine 75 mg/m2, cycle 2 associant le
cyclophosphamide 3000 mg/m2 et la doxorubicine 75
mg/m2, cycles 3 et 4 associant le cyclophosphamide 3000
mg/m2, la doxorubicine 75 mg/m2 et le 5 FU
2500 mg/m2 sur 5 jours. Les CSP sont recueillies après
les 2 premiers cycles et réinjectées après les troisième et
quatrième cycles. La mastectomie a été réalisée dans un délai
médian de 3,5 mois. Le taux de réponses pathologiques est de
32 %. Dans l’essai Pegase 05 [41], 3 cycles de docétaxel à 100
mg/m2 administrés tous les 15 jours et intercalés entre
les cycles 2 et 3 ont été ajoutés par rapport au schéma du Pegase
02. L’essai a été arrêté prématurément après l’inclusion des 54
premières patientes, car l’analyse intermédiaire a montré 8
infections de grade IV, 2 décès sur neutropénies fébriles et, sur
les 48 patientes évaluables, un taux de réponses complètes
pathologiques de 35 % comparable à celui de l’essai Pegase
02.
En dehors de l’étude d’Ayash, les chimiothérapies intensives
néoadjuvantes semblent donc permettre de dépasser le seuil des
30 % de réponses pathologiques complètes. Si la toxicité
hématologique est de toute évidence supérieure à celle de la
chimiothérapie conventionnelle, la mortalité induite par les
intensifications reste le plus souvent acceptable et inférieure à
2 %, sauf dans l’essai Pegase 05 (3,7 %). La comparaison
des données de survie ne peut être que rétrospective et sujette à
caution, ce d’autant que le suivi est variable suivant les
publications [42]. Seuls des essais randomisés permettront de
répondre à la question.
Discussion
Deux essais [30, 31] consacrent la densité de dose avec
l’utilisation séquentielle d’une anthracycline et du paclitaxel
comme une des options thérapeutiques dans le traitement adjuvant
des patientes présentant un envahissement ganglionnaire. En
préopératoire et en situation métastatique, les données sont trop
disparates pour juger de l’intérêt ou non de la densification de
dose.
Les résultats présentés des nombreuses études randomisées
évaluant la CTHD ne permettent pas de proposer cette modalité
thérapeutique en dehors des essais cliniques, que ce soit en
préopératoire, en situation adjuvante ou au stade de métastase. En
situation métastatique, une comparaison rétrospective entre les
patientes incluses dans quatre essais randomisés du CALGB et les
patientes du registre de l’ABMT (Autologous Blood and Marrow
Transplant Registry) a été publiée récemment [43]. Les médianes de
survie des deux populations sont comparables (environ 2 ans). La
comparaison des courbes de survie des deux populations est en
faveur de la CTHD avec un avantage de l’ordre de 4 mois avec un
recul de 7 ans (log-rank p = 0,01). La probabilité de survie est
comparable dans les deux populations les deux premières
années ; elle devient favorable à la CTHD à partir de la
troisième année (p = 0,04), et l’effet se poursuit jusqu’à la
cinquième année (p = 0,03). À noter enfin que le taux de conversion
d’une réponse partielle à une réponse complète avec la CTHD est de
43 %. Cette étude rétrospective montre que, s’il existe un
bénéfice en faveur de la CTHD chez les patientes répondeuses à la
chimiothérapie, il est faible et n’apparaît qu’avec un recul d’au
moins 3 ans. Les essais publiés, qui ont inclus moins de 300
patientes, n’ont donc probablement pas la puissance suffisante pour
détecter cette différence, ce d’autant que le recul est pour
certains trop court ou que le taux de décès toxiques est
inacceptable (7 %) pour 2 des 6 essais comparant la CTHD à une
chimiothérapie à dose conventionnelle.
En reprenant rétrospectivement dans le registre de l’ABMT les
données de 1188 patientes traitées consécutivement par CTHD pour un
cancer du sein métastatique ou en rechute locorégionale, Rowlings
et al. [44] ont recherché des facteurs associés à un risque de
rechute ou de décès. Les facteurs indépendants associés à un risque
important d’échec de la CTHD figurent dans le tableau 2( Tableau 2 ). Les patientes sans aucun de
ces facteurs (n = 38) ont une probabilité de survie sans
progression à 3 ans de 43 % (IC 95 % =
27 %-61 %) versus 4 % (IC 95 % =
2 %-8 %) pour les patientes avec plus de 3 facteurs (n =
343). Comme c’est le cas dans les lymphomes agressifs, l’évaluation
de la réponse métabolique à l’aide du Tepscan après 2 à 3 cycles en
plus de l’évaluation morphologique pourrait permettre de
sélectionner les patientes les plus chimiosensibles.
Dans les cancers du sein à haut risque de rechute, les deux
facteurs biologiques les plus étudiés ont été l’expression d’HER2
et de p53 évaluée en immunohistochimie. Hensel et al. [45] ont
étudié rétrospectivement, chez 149 patientes intensifiées pour un
cancer du sein à haut risque de rechute, l’impact de
l’hyperexpression de HER2, de p53, du Ki67, de Bcl2, du contenu des
cellules tumorales en ADN et de la prolifération cellulaire
tumorale évaluée par cytométrie en flux. En analyse multivariée,
l’hyperexpression de HER2 et de p53 sont les seuls facteurs
indépendants délétères pour la survie globale et permettent de
définir trois groupes pronostiques avec des courbes de survie très
différentes (p = 0,000002) : les patientes hyperexprimant HER2
et p53 ont le pronostic le plus mauvais, suivies d’un groupe de
pronostic intermédiaire hyperexprimant HER2 ou p53 et d’un groupe
de bon pronostic n’exprimant ni HER2 ni p53. Nieto et al. ont
validé dans deux études rétrospectives un score pronostique
permettant de classer les patientes en fonction de leur risque de
rechute suivant 4 paramètres cliniques et biologiques indépendants
en analyse multivariée pour la survie sans récidive et la survie
globale : le taux de ganglions envahis, la taille de la
tumeur, le statut des récepteurs hormonaux et l’expression d’HER2
(tableaux 3 et 4)( Tableau 3 )(
Tableau 4 )[46, 47]. Rodenhuis et
al. ont confirmé l’impact péjoratif de l’hyperexpression d’HER2
chez les patientes traitées par une CTHD [6].
Ces études soulignent l’importance de certains facteurs
anatomocliniques et biologiques dans la sélection des patientes. On
sait qu’il existe une synergie entre certaines thérapeutiques
ciblées et les cytotoxiques. L’utilisation du trastuzumab en
association avec un conditionnement de type STAMP I a été évaluée
chez 20 patientes hyperexprimant HER2 et à haut risque de rechute
ou métastatiques. Il ne semble pas exister d’interaction
pharmacocinétique avec le régime d’intensification utilisé. Aucun
décès toxique n’a été observé et l’incidence de la cardiotoxicité
(5 %) n’est pas apparue supérieure dans une comparaison
rétrospective avec 442 patientes chez qui une intensification par
STAMP I avait été réalisée. Il s’agit de la première expérience de
l’utilisation d’un traitement ciblé en association à la CTHD
[48].
Que ce soit en situation métastatique ou adjuvante, plusieurs
stratégies devraient être évaluées dans des essais de phase II
randomisés. La durée de la chimiothérapie d’induction et le nombre
d’intensifications réalisées sont probablement des éléments
importants à prendre en compte pour optimiser les stratégies de
CTHD. Elias et al. [49] ont repris les données de 188 patientes en
situation métastatique traitées dans trois essais de phase II
évaluant plusieurs stratégies : induction longue et
intensification unique (essai 1), induction longue et double
intensification (essai 2) et induction courte suivie d’une double
intensification (essai 3). Le suivi médian à partir de la dernière
intensification était de respectivement 92 mois, 55 mois et 36 mois
pour les essais 1, 2 et 3. Les caractéristiques des patientes
étaient comparables dans les trois essais. Les analyses de survie
sont présentées dans le tableau 5( Tableau 5 ). L’analyse multivariée montre que
les facteurs de bon pronostic en survie globale et en survie sans
événement sont l’inclusion dans l’essai 3 et l’absence de
chimiothérapie adjuvante antérieure. Dans quelques essais, la CTHD
est utilisée en front-line. Cette stratégie pourrait avoir
l’avantage de prévenir l’émergence de chimiorésistance ;
cependant, elle ne peut s’adresser qu’à des patientes en bon état
général lors du diagnostic, ne permet pas de sélectionner les
patientes chimiosensibles en l’absence de critères biologiques
actuellement disponibles et n’autorise pas de purge in vivo avant
le recueil de CSP.
Tableau 2 Facteurs indépendants associés à un
risque d’échec après chimiothérapie à haute dose pour un cancer du
sein métastatique en première ligne. D’après Rowlings [44]
|
Facteurs pronostiques
|
Risque relatif et intervalle de confiance à 95 %
|
|
Âge > 45 ans
|
1,17 [1,02-1,33]
|
|
Index de Karnofsky < 90 %
|
1,27 [1,07-1,51]
|
|
Récepteurs hormonaux négatifs
|
1,31 [1,15-1,51]
|
|
Chimiothérapie adjuvante antérieure
|
1,31 [1,10-1,56]
|
|
Délai à la rechute de moins de 18 mois
|
1,99 [1,62-2,43]
|
|
Métastases hépatiques ou du SNC* versus métastases pulmonaires,
osseuses ou des tissus mous
|
- 1,47 [1,20-1,80] (métastases hépatiques)
- 1,56 [0,99-2,46] (métastases du SNC*)
|
|
Au moins 3 sites métastatiques
|
1,32 [1,13-1,54]
|
|
Réponse partielle versus réponse complète à la chimiothérapie
d’induction
|
1,65 [1,36-1,99]
|
Tableau 3 Analyse multivariée pour la survie
globale et la survie sans rechute des patientes traitées par
chimiothérapie à haute dose pour un cancer du sein à haut risque de
rechute en fonction du taux de ganglions envahis, du statut des
récepteurs hormonaux (RH), de la taille de la tumeur et de
l’expression de l’oncogène HER2. D’après Nieto et al. [46]
|
Facteurs clinico-biologiques
|
Survie sans rechute
|
Survie globale
|
|
p
|
Risque relatif
|
p
|
Risque relatif
|
|
Taux de ganglions envahis a (> 0,9 versus ≤ 0,75)
|
< 0,001
|
7,23
|
< 0,05
|
9,00
|
|
Statut des RH (RO+/RP+ versus RO-/RP-)
|
0,01
|
3,35
|
< 0,05
|
3,13
|
|
Taille de la tumeur (> 5 cm versus < 2 cm)
|
< 0,05
|
4,44
|
< 0 ,05
|
3,28
|
|
Hyperexpression de HER2 (Oui versus Non)
|
0,01
|
3,92
|
< 0,05
|
3,26
|
aRapport du nombre de ganglions envahis sur le nombre de
ganglions analysés.
Tableau 4 Analyse multivariée pour la survie
globale et la survie sans rechute des patientes traitées par
chimiothérapie à haute dose pour cancers du sein à haut risque de
rechute, en fonction du score clinique (qui intègre le taux de
ganglions envahis, le statut des récepteurs hormonaux et la taille
de la tumeur) et de l’expression de l’oncogène HER2. D’après Nieto
et al. [46]
|
Facteurs cliniques et biologiques
|
Survie sans rechute
|
Survie globale
|
|
p
|
Risque relatif
|
p
|
Risque relatif
|
|
Score clinique du patient
|
0,000008
|
3,69
|
0,00008
|
4,19
|
|
Hyperexpression de HER2
|
0,01
|
2,9
|
0,08
|
3,25
|
Tableau 5 Médianes de survie sans événement et de
survie globale des patientes traitées pour un cancer du sein
métastatique dans les essais I (induction longue, intensification
unique), II (induction longue, double intensification) et III
(induction courte, intensification double). D’après Elias et al.
[49]
|
Médianes de survie sans événement
|
|
Essai I
|
13 mois
|
III versus I + II (p = 0,0004)
|
|
Essai II
|
19 mois
|
III versus I (p = 0,0005)
|
|
Essai III
|
27 mois
|
III versus II (p = 0,005)
|
|
I versus II (p = 0,25)
|
|
Médianes de survie globale
|
|
Essai I
|
30 mois
|
III versus I + II (p = 0,002)
|
|
Essai II
|
29 mois
|
III versus I (p = 0,003)
|
|
Essai III
|
57 mois
|
- III versus II (p = 0,009)
- I versus II (p = 0,47)
|
Conclusion
Les essais publiés à ce jour permettent de proposer aux patientes
ayant un envahissement ganglionnaire une chimiothérapie adjuvante à
base d’anthracycline et de paclitaxel, administrée séquentiellement
et dose-densifiée. En dehors de cette situation, l’administration
d’une CTHD ou d’une chimiothérapie dose-densifiée ne doit
s’envisager que dans le cadre d’un essai clinique. Il est important
désormais de mieux sélectionner les patientes selon des critères
cliniques et/ou biologiques et/ou métaboliques qu’il reste à
définir puis à valider dans le cadre d’essais prospectifs.
Une autre cause possible d’échec de la CTHD avec réinjection de
CSP est la contamination tumorale du greffon. Les techniques de
purge ou d’amplification des progéniteurs hématopoïétiques ex vivo
doivent être validées expérimentalement avant d’être évaluées dans
des études prospectives.
Après réduction tumorale obtenue grâce à une CTHD ou à une
chimiothérapie dose-densifiée, l’administration de thérapeutiques
ciblées (trastuzumab, inhibiteurs de tyrosine kinases du récepteur
à l’EGF, anti-Cox2 par exemple) ou de traitements actifs sur les
cellules en phase G0 (la vaccination antitumorale ou l’allogreffe
de CSH avec conditionnement atténué, appelée également
« mini-allogreffe ») mérite également d’être évalués pour
contrôler la maladie le plus longtemps possible.
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