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Vaccination contre le HPV : oui ou non ? Volume 4, numéro 8, Octobre 2008

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Deux éditoriaux, l'un anglais, l'autre norvégien, donnent deux commentaires presque diamétralement opposés sur cette vaccination.

Dans le BMJ, E. Leyland signale que la vaccination contre le HPV par le vaccin bivalent Cervarix® devient dès septembre 2008 une composante du programme vaccinal anglais chez les filles de 12-13 ans. Elle fait état d'une étude pilote menée auprès de 2 800 filles de Manchester. La couverture vaccinale a été de 71 % pour la 1re injection, 69 % pour la seconde ; les résultats pour la 3e n'ont même pas été rapportés, ce qui laisse supposer qu'ils sont plutôt décevants... Les fillettes les plus « réticentes » provenaient des quartiers défavorisés et des minorités. Or, seul un taux de participation suffisant laisse espérer que le vaccin puisse prévenir 70 à 80 % des cancers du col et plus de 90 % des lésions anogénitales associés aux HPV. Les études coût-efficacité reposent toutes sur un modèle où la vaccination touche plus de 80 % de la population. L'auteur espère que les campagnes d'information vont « illuminer » les patients pour lesquels les bénéfices du vaccin restent encore bien obscurs ! À l'inverse, CJ Haug, dans le NEJM ­ insistant au préalable sur le fait qu'un quelconque effet sur le cancer du col ne pourra pas être observé avant plusieurs décennies ­ rappelle les points en débat : le vaccin protège-t-il au total contre le cancer du col et les décès dus à ce cancer, ou seulement contre les lésions cervicales ? Quelle est la durée de protection conférée ? Comment la vaccination va-t-elle affecter le système immunitaire qui protège actuellement l'espèce humaine contre la majorité des HPV et lui permet de s'en débarrasser ? Quels sont les effets réels du vaccin chez les préadolescentes, étant donné que les données étudiées dans les essais les concernant portaient sur la seule réponse immunitaire ? Comment la vaccination va-t-elle modifier les comportements de dépistage, ou l'écologie des autres HPV actuellement « non oncogènes »? L'auteur conclut en recommandant la plus extrême prudence tant que nous n'aurons pas de réponses à ces questions plutôt que de prendre des décisions hâtives et ne reposant sur aucune preuve tangible.

Leyland E. Human papillomavirus vaccination: stabbing in the dark? BMJ. 2008;372:614.

Haug CJ. Human papillomavirus vaccination: reasons for caution. N Engl J Med. 2008;359:861-2.

Commentaires de la rédaction

* Nous avons déjà consacré plusieurs articles à ce débat. Ce sont ici deux femmes qui prennent la parole : l'une fait le « pari » que l'hypothèse fondamentale ­ éradiquer les virus dangereux ­ est raisonnable, mais difficile à tenir pour des raisons qu'elle estime assez proches d'un certain obscurantisme ; l'autre fait celui du doute rationnel porté par les nombreuses questions actuellement sans réponse. Le moins que l'on puisse dire est que la part d'inconnu doit être au cœur de l'information des jeunes patientes et de leurs parents, quitte à « obscurcir » leur décision. L'illumination n'est pas vraiment une méthode de communication !

* Le débat est donc loin d'être clos ! On ne peut cependant que relever que les arguments éventuellement favorables au vaccin se heurtent à la réalité : ce sont les populations a prioriles plus à risque qui refusent le vaccin, comme d'ailleurs elles refusent le dépistage ou bien d'autres mesures dites préventives. Quels sont les « vrais » déterminants ? Et quelle est au fond la part d'irrationnel autant chez les partisans que chez les opposants au vaccin ? Y a-t-il une réflexion commune possible ?