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Vaccin anti-HPV et phénomènes auto-immuns Volume 10, numéro 1, Janvier 2014

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Les trois cas rapportés par les auteurs canadiens, israéliens et italiens, incitent à une réévaluation rigoureuse de la balance bénéfice/risque de ce vaccin

Les trois jeunes femmes concernées (2 soeurs de 13 et 14 ans, une jeune femme de 21 ans) ont présenté une aménorrhée secondaire après vaccination contre le VPH, non résolue par traitement hormonal. Dans les trois cas, le développement sexuel était normal et les tests génétiques (entre autres pour les syndromes de Turner et de l'X fragile) négatifs. Les examens sérologiques ont montré de faibles niveaux d'estradiol et une augmentation de la FSH et de la LH et, dans deux cas, des auto-anticorps spécifiques antithyroïdiens et anti-ovariens, suggérant que le vaccin avait déclenché une réponse auto-immune. L'échographie pelvienne n'a pas révélé d'anomalies. Ces trois patientes avaient eu des symptômes non spécifiques communs post-vaccinaux (nausées, céphalées, troubles du sommeil, arthralgies et différents troubles cognitifs et psychiatriques). Ce syndrome a été diagnostiqué comme une insuffisance ovarienne primaire, conséquence d’un syndrome post-vaccinal de type autoimmune/ inflammatory syndrome induced by adjuvants (ASIA). Les auteurs ont colligé un nombre croissant de séries de rapports similaires associant aménorrhée primaire ou secondaire, hypergonadotropinémie et hypoestrogénémie, cause importante de stérilité et de détresse psychologique. Soulignant que les femmes infectées de manière persistante par le HPV ne développent pas de cancer du col si elles sont régulièrement surveillées et que les avantages cliniques à long terme de la vaccination contre le HPV restent spéculatifs, ils en appellent à une évaluation plus rigoureuse de ses risques et avantages.

Colafrancesco S, Perricone C, Tomljenovic L, Shoenfeld Y. Human papilloma virus vaccine and primary ovarian failure: another facet of the autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants. Am J Reprod Immunol. 2013;70:309-16.

Que retenir pour notre pratique ?
• Dans les cas rapportés, dans cette étude et les autres, aucune cause autre que la vaccination n’a été identifiée. Il est difficile d’estimer la fréquence de problèmes qui ne sont soumis qu’à déclaration volontaire, et encore plus difficile d’établir un lien de causalité. C’était également vrai dans le cas fatal du décès subit et inattendu d’une adolescente 6 mois après la 3e injection de Gardasil® (les 2 premières ayant donné des réactions « excessives »). L’autopsie n’a montré que la présence dans le sang et la rate de fragments d'ADN du gène L1 du HPV-16, fragments retrouvés par ailleurs dans des lots différents de vaccins. D’autres cas de maladies auto-immunes tels que syndrome de Guillain-Barré, neuropathies démyélinisantes, lupus érythémateux systémique, pancréatites, vascularites, purpura thrombocytopénique et hépatites autoimmunes sont également documentés.
• Faut-il préciser qu’il ne s’agit pas d’élucubrations d’olibrius antivaccin systématiques, ni que l’American Journal of Reproductive Immunology pourrait être la feuille de chou d’une secte d’illuminés ?
• Que peut-on dire aujourd’hui de la balance bénéfice/risque de ce vaccin dans un pays comme le nôtre ? La réponse est plus complexe que ce qui est parfois affirmé sans nuances.

Mots clés : Infections à papillomavirus ; Maladies auto-immunes ; Vaccination [Papillomavirus Infections; Autoimmune Diseases; Vaccination]