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Quel risque thromboembolique en cas d'arrêt bref des AVK ? Volume 4, numéro 10, Décembre 2008

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Une étude observationnelle multisite américaine tente de quantifier ce risque lorsqu'un acte invasif programmé nécessite une interruption du traitement anticoagulant.

L'enquête, faite dans 101 structures principalement de soins primaires, a analysé 1 293 épisodes d´interruption chez 1 024 patients (438 femmes) de 72 ans d'âge moyen : 550 étaient traités par AVK pour arythmie complète par fibrillation auriculaire, 144 pour une maladie veineuse thromboembolique, 132 pour une valve mécanique. Le traitement devait être interrompu pour colonoscopie, chirurgie ophtalmologique et chirurgie dentaire. Une substitution par héparine (non fractionnée ou de bas poids) a été prescrite seulement dans 8,3 % des cas.

Plus de 80 % des patients avaient interrompu leur AVK au maximum 5 jours. 23 patients ont souffert de complications : 7 (0,7 % ; 0,3-1,4 %) une récidive thromboembolique dans le mois suivant (aucun n´avait reçu d´héparine), 23 un saignement (14 étaient sous héparine), majeur pour 6 (0,6 % ; 0,2-1,3 %) et cliniquement significatif pour 17 autres (1,7 % ; 1,0-2,6 %). Le risque thromboembolique apparaît donc faible et le risque hémorragique doit être pesé soigneusement avant la mise en route d'une héparinothérapie de substitution.

Garcia DA, Regan S, Henault L, Upadhyay A, Baker J, Othman M, Hylek E. Risk of Thromboembolism With Short-term Interruption of Warfarin Therapy. Arch Intern Med. 2008;168(1):63-9.

Commentaires de la rédaction

* Les sociétés française de cardiologie et francophone de médecine et chirurgie buccale recommandaient déjà en 2006 de ne pas substituer l'héparine aux AVK en cas de soins dentaires « ordinaires » qui peuvent se faire sous AVK. L'étude américaine va plus loin puisqu'elle montre qu'un arrêt bref des AVK présente dans la majorité des cas un moindre risque que la substitution héparinique...

* Une telle étude observationnelle doit évidemment être complétée par des essais cliniques randomisés avant de modifier systématiquement les « habitudes ». Il n'empêche qu'il nous faut dès à présent peser soigneusement risque hémorragique (de la substitution) et risque thrombotique (de l'arrêt simple des AVK) notamment chez les patients âgés et fragiles.