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Médecine

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Faux positifs du dépistage des cancers : effets délétères ? Volume 3, numéro 9, Novembre 2007

Auteurs

Quelles sont les conséquences à long terme des faux positifs de la mammographie sur le comportement, le bien-être et les représentations des femmes de 40 ans et plus ?

C'est la question à laquelle tente de répondre cette méta-analyse de 23 études (313967 femmes au Canada, en Europe et aux USA). Aux USA, les femmes dont les mammographies étaient des faux positifs revenaient plus volontiers refaire une mammographie de routine que les femmes ayant un résultat négatif (RR = 1,07 ; 1,02-1,12), pas en Europe (RR = 0,97 ; 0,93-1,01) et inversement au Canada (RR = 0,67; 0,50-0,80). Ces femmes font plus d'auto-examens, sont plus inquiètes/anxieuses que celles avec des résultats négatifs, sans que cela atteigne un seuil pathologique, et pensent davantage au cancer du sein. Les auteurs soulignent les limites de leur synthèse : nature même des études, faible nombre de celles-ci, manque de validation clinique pour beaucoup de mesures, données hétérogènes... Des essais plus adaptés seraient nécessaires pour évaluer les autres retombées de ces faux positifs, par exemple sur le recours aux services de santé et la confiance qui leur est accordée.


Brewer NT, Salz T, Lillie SE. Systematic review: The long-term effects of false positive mammograms. Ann Intern Med. 2007;146:502-10.

Commentaires de la rédaction

* Malgré les limites de la méta-analyse, signalées par ses auteurs, ces premières données s'intéressent à un aspect peu connu du dépistage. Il est difficile de conclure en raison des importantes différences régionales... Les auteurs mettent en avant les différences organisationnelles : invitations systématiques (Europe) ou non (USA), habitudes (examens plus fréquents spontanément aux USA), taux de faux positifs réduit par la double lecture en Europe. Les facteurs en cause sont manifestement multiples et ouvrent de nombreuses perspectives de recherche.

* On peut être déconcerté par le fait que les auteurs parlent d'un « petit nombre d'études », alors qu'il s'agit de plus de 300000 femmes... Mais en fait, les données qualitatives qui ont intéressé la méta-analyse ne concernent finalement que quelques centaines de patientes incluses dans ces études...

* Il y a là plus de questions que de réponses : le plus grand recours à l'autopalpation en cas de faux positif serait-il un « substitut » à une mammographie jugée peu fiable ? Qu'en est-il des autres dépistages (cancer du col, du côlon ou de la prostate), etc., et plus généralement, quelle confiance envers le système de santé (en fait, la réalité du partage ou non de la décision) ? Quels arguments utiliser et jusqu'à quel point pour « informer » clairement un patient (qui n'est habituellement même pas « malade » dans ce cas précis du dépistage) ou le « convaincre» s'il est réticent ? Ce sont bien les grandes interrogations de notre époque, caricaturées avec tant de talent dans notre «Docteur Knock »...