JLE

Médecine

MENU

Angines : pas d’antibiotiques dans la plupart des cas... Volume 10, numéro 6, Juin 2014

Auteur

La composante PRISM de la cohorte prospective DESCARTE, première grande étude de l’ère « moderne », confirme la rareté des complications bactériennes nécessitant une antibiothérapie.

Les données des essais suggérant que les antibiotiques réduisent le risque de complications des angines d’au moins 50 % sont anciennes et de puissance statistique insuffisante. Les auteurs ont donc recruté 616 médecins généralistes (Angleterre et Pays de Galles) déclarant prescrire une antibiothérapie à 50 % ou moins de leurs patients atteints d’angine. Ces médecins ont inclus 12 829 adultes ayant une angine depuis moins de 2 semaines (12 677 dossiers utilisables, rapportant la prescription ou non d’antibiotiques, 11 950 permettant l’analyse des complications). Trois stratégies étaient comparées : pas de prescription antibiotique (n = 4 805), prescription immédiate (n = 6 088), prescription différée (n = 1 784). 164 patients (1,4 %) ont développé des complications suppuratives (angine phlegmoneuse, impétigo ou cellulite, otite moyenne, sinusite, ces deux dernières étant les plus fréquentes : 101 patients). Comparativement à l’absence de prescription, la prescription antibiotique immédiate a été associée à moins de complications (RR 0,62 ; 0,43-0,91 ; Nombre de patients à traiter NNT = 193), de même que la prescription différée (0,58 ; 0,34- 0,98 ; NNT 174). 1 787 patients (15 %) ont reconsulté avec des symptômes nouveaux ou non-résolution des symptômes : comparativement à l’absence de prescription, la prescription antibiotique immédiate ou retardée a été associée à moins de reconsultations (respectivement RR 0,83 ; 0,73-0,94 ; NNT 40 et RR 0,61 ; 0,50-0,74 ; NNT 18). Au total, les complications suppuratives des angines apparaissent comme peu fréquentes et rarement graves en soins primaires. L’intérêt de l’antibiothérapie n’est pas aussi clair que les essais anciens le suggéraient ; il est inexistant dans la plupart des cas.

Little P, Stuart B, Hobbs FDR, et al; for the DESCARTE investigators. Antibiotic prescription strategies for acute sore throat: a prospective observational cohort study. Lancet Infect Dis. 2014;14:213-9.

Que retenir pour notre pratique ?
• Les auteurs n’évoquent même pas le risque de complications « classiques » du streptocoque, RAA (pratiquement disparu dans nos pays, et d’ailleurs pouvant survenir aussi chez des patients traités…) et glomérulonéphrite aiguë (aucun rapport avec l’antibiothérapie…). Il reste donc peu d’indications à l’antibiothérapie immédiate.
• D’autant que l’antibiothérapie différée donne des résultats équivalents et contribue efficacement à diminuer la pression antibiotique générale.

Mots clés : Antibactériens ; Pharyngite [Antibacterials Agents; Pharyngitis]