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L'Information Psychiatrique

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Jeanne d’Arc et ses voix : pathologie psychiatrique ou phénomène contextuel ? Volume 85, numéro 10, décembre 2009

Auteurs
Secteur de psychiatrie adulte 67G06, EPSAN, 141, avenue de Strasbourg, 67170 Brumath, Centre hospitalier spécialisé d’Erstein, Secteur de psychiatrie adulte 67G12, Erstein, EPSAN, Secteur de psychiatrie adulte 67G03, Brumath

Jeanne d’Arc est brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Elle avait 19 ans. Son cas est à la jonction des domaines historiques, religieux, politiques mais aussi psychiatriques. En effet, les documents historiques nous font part d’une adolescente sujette à des manifestations plurimodales d’allure hallucinatoire dès l’âge de 13 ans. Son cas s’inscrit dans un contexte historique particulier, celui de l’Europe médiévale, caractérisé par la guerre de Cent Ans, ainsi qu’une attente accrue de prophétesses par le peuple. L’objectif de la présente étude est de faire une relecture du cas de Jeanne d’Arc afin de dégager des hypothèses diagnostiques concernant l’existence d’une éventuelle pathologie psychiatrique. Pour ce faire, nous avons tout d’abord décrit les signes cliniques, tels qu’ils sont rapportés par les chroniqueurs de l’époque, en tenant compte du contexte socioculturel et personnel dans lequel ils sont apparus. Dans un deuxième temps, nous avons analysé les hypothèses diagnostiques déjà soulevées par la littérature scientifique ainsi que d’autres qui, à notre connaissance, n’ont pas été considérées jusqu’à présent. Ainsi, les hypothèses d’un trouble schizophrénique ou d’une épilepsie mésiale nous semblent peu probables. D’autres hypothèses récemment évoquées telles qu’une épilepsie idiopathique avec des traits auditifs et d’une anorexie mentale sont plus pertinentes, mais n’expliquent pas la totalité du tableau clinique. Enfin, seules les hypothèses d’un trouble bipolaire, d’un trouble conversif et d’une adolescence normale semblent compatibles avec les signes cliniques et la personnalité de la Pucelle.