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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Virus hépatotropes et infection par le VIH Volume 2, numéro 3, Mai - Juin 1995

Auteur
service d'hépatologie et de soins intensifs digestifs, CHU Jean-Minjoz, 25030 Besançon Cedex, France.

Les virus hépatotropes B, C et delta (VHB, VHC et VHD), responsables d'hépatites chroniques, sont fréquemment présents chez les patients infectés par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en raison de la similarité des modes de contamination. Les toxicomanes intraveineux sont particulièrement exposés à ces co-infections. L'influence de ces virus sur le VIH n'est pas connue sauf pour le VHB pour lequel des travaux, essentiellement expérimentaux, semblent indiquer une stimulation de la réplication du VIH : en effet la protéine transactivatrice X du VHB est capable d'augmenter la transcription de l'ARN du VIH. A l'inverse, la présence du VIH va engendrer des particularités épidémiologiques, cliniques et virologiques. L'immunodépression favorise une plus forte réplication de ces virus hépatotropes rendant compte, pour le VHC, de la possibilité de transmission sexuelle et materno-foetale de ce virus. Ces plus forts niveaux de réplication expliquent probablement l'observation, dans certains cas, d'hépatites chroniques B ou C agressives, rapidement fibrosantes, relevant d'un mécanisme physiopathologique différent de ce qui est observé hors contexte d'infection VIH associée : les lésions hépatiques seraient ici la conséquence d'une cytotoxicité directe et non plus d'un conflit immunologique. Cependant, hormis les hépatites B-delta qui sont régulièrement de mauvais pronostic chez le sujet VIH+, les hépatites chroniques dues au VHB ou au VHC n'ont pas toujours une évolution péjorative, et peuvent rester totalement asymptomatiques. Une situation de tolérance clinique, biologique et histologique peut même être observée pour le VHB. Cet éventail de situations cliniques, dont l'observation repose le plus souvent sur des études rétrospectives, incite à instaurer une surveillance régulière, prospective, de tels patients : ponction biopsie hépatique initiale, suivi régulier des transaminases, de la virémie... qui devrait permettre de mieux préciser les caractéristiques de ces hépatopathies, et l'influence de l'aggravation du déficit immunitaire sur leur évolution. Cette attitude, en proposant des essais thérapeutiques contrôlés, devrait également permettre de mieux préciser les indications de traitements antiviraux, en particulier par interféron alpha recombinant.