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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Le traitement personnalisé des cholangiocarcinomes à l’heure de la biologie moléculaire Volume 27, supplément 6, Décembre 2020

Tableaux

Auteur
Gustave Roussy, Université Paris-Saclay, Département de Médecine Oncologique, Unité d’oncologie digestive, 114 rue Edouard Vaillant, 94800 Villejuif
* Correspondance

Les cholangiocarcinomes (CC) sont des tumeurs peu fréquentes subdivisées en CC intra-hépatiques (CCIH) et extra-hépatiques, eux-mêmes subdivisés en CC péri-hilaires ou du bas cholédoque, selon leur localisation sur l’épithélium biliaire. La chirurgie reste le seul traitement à visée curative, mais le diagnostic est souvent posé trop tardivement pour qu’elle soit envisageable. En cas de CC localement avancé (non résécable), métastatique ou récidivant après chirurgie, le standard est une chimiothérapie palliative associant cisplatine et gemcitabine. Cependant, le bénéfice en est limité, la survie globale médiane restant inférieure à un an. Il existe donc un besoin urgent de nouvelles options thérapeutiques plus efficaces. L’hétérogénéité anatomique et donc clinique des CC se double d’une hétérogénéité moléculaire. Le déchiffrage de cette hétérogénéité par séquençage génomique à haut débit a révélé la richesse des CC, notamment des CCIH, en cibles moléculaires « actionnables ». En particulier, deux cibles moléculaires sont observées avec une fréquence respective atteignant ou dépassant 10 % à 20 % des cas de CC (et même plus si l’on ne considère que les CCIH, parmi lesquels s’observent quasi-exclusivement ces altérations) : les fusions et réarrangements du gène FGFR2 et les mutations du gène IDH1. À côté de ces deux altérations phares, existe une liste croissante d’altérations moléculaires « actionnables » plus rares, telles les mutations et amplifications des gènes HER2, les mutations de BRAF et les fusions et réarrangements des gènes NTRK. Ainsi, il est désormais possible d’envisager une stratégie de profilage moléculaire systématique précoce des CC. Il sera dès lors possible d’orienter les patients atteints de CC résistant à la chimiothérapie conventionnelle (voire bientôt peut-être dès le diagnostic, voire même en situation adjuvante) vers des essais thérapeutiques orientés évaluant des thérapies ciblant ces altérations et, dès leur approbation européenne et leur remboursement en France obtenus (ce qui n’est encore le cas d’aucune à ce jour), d’envisager une médecine de précision moléculaire des CC.