John Libbey Eurotext

Environnement, Risques & Santé

Le débat sur les effets des faibles doses : de l’épidémiologie à la biologie Volume 6, numéro 1, Janvier-Février 2007

Auteur
Centre Antoine Béclère, 45, rue des Saints-Pères, 75006 Paris
  • Mots-clés : cancérogènes, épidémiologie, évaluation risque, modèle linéaire, rayonnement ionisant, relation dose-effet rayonnement
  • DOI : 10.1684/ers.2007.0030
  • Page(s) : 59-67
  • Année de parution : 2007

La validité de la relation dose-effet cancérogène linéaire sans seuil utilisée en radioprotection a été remise en cause par la découverte, depuis une quinzaine d’années, de trois mécanismes de sauvegarde du génome des cellules : systèmes antioxydants en réponse à un stress oxydatif, réparation de l’ADN, élimination par la mort des cellules dont l’ADN a été lésé soit parce que la dose (ou le débit de dose) a été très faible et n’a pas alerté les mécanismes de réparation de l’ADN, soit par apoptose pour des doses plus élevées parce que les lésions de l’ADN n’ont pas été convenablement réparées. Comme il apparaît clairement aujourd’hui que l’efficacité de ces mécanismes est plus grande à faible dose (< 100 mSv) que pour des doses supérieures à quelques centaines de mSv, ces données biologiques ne sont plus compatibles avec l’hypothèse d’une relation linéaire sans seuil. Cette conclusion est en accord avec les données expérimentales (in vivo et in vitro) et épidémiologiques qui ne décèlent pas d’effet nocif pour des doses inférieures à environ une centaine de mSv. Il en résulte que la conclusion majeure qui avait été tirée de la relation linéaire sans seuil, à savoir que toute dose si faible soit-elle a un effet cancérogène, est remise en question puisqu’elle n’est plus scientifiquement fondée. Or ce dogme, qui avait été étendu à tous les agents cancérogènes, cause une anxiété diffuse chez tous ceux qui sont exposés à des concentrations même très faibles d’un agent cancérogène. Chez ceux qui sont soumis à des examens radiologiques, il a entraîné des réticences, avec des conséquences médicales regrettables, vis-à-vis d’examens tels que la mammographie de dépistage de cancer du sein. Après la catastrophe de Tchernobyl il a causé une panique et l’évacuation de vastes territoires où l’irradiation naturelle n’était que très faiblement augmentée avec les conséquences sociales et médicales dues au déplacement de plus de 200 000 personnes. Il est donc urgent de le reconsidérer.