ARTICLE
La vasoréactivité cérébrale (VRC)
reflète la capacité résiduelle adaptative des vaisseaux
résistifs intracrâniens à un stimulus vasodilatateur.
En d'autres termes, c'est la capacité de dilatation des artérioles
cérébrales en réponse à un stimulus vasodilatateur.
Les modifications hémodynamiques secondaires à une diminution
de la pression de perfusion cérébrale (PPC) ont été
longuement étudiées pour essayer d'en comprendre les mécanismes.
Chez l'animal, une réduction progressive de la PPC entraîne
d'abord une augmentation du volume sanguin cérébral (VSC)
puis une diminution du flux sanguin cérébral (FSC) et enfin
une diminution du métabolisme de l'oxygène. En effet, la
baisse du flux sanguin artériel diminue l'apport en oxygène
dans le territoire artériel considéré ce qui, en
conséquence, diminue le métabolisme oxydatif cellulaire.
Grâce à des études en tomographie à émission
de positron, ces modifications ont pu être mises en évidence
chez l'homme [1]. La diminution de la PPC dans un hémisphère
entraîne une augmentation du VSC alors que le FSC reste normal.
Ce n'est que lorsque la baisse de la PPC dépasse la limite inférieure
de l'autorégulation artérielle cérébrale que
le FSC et le métabolisme de l'oxygène diminuent. Il en résulte
une augmentation de l'extraction d'oxygène par le tissu. Il apparaît
donc que pour apprécier la situation hémodynamique locale,
la mesure du FSC est insuffisante alors que l'augmentation du VSC est
un marqueur sensible d'une diminution de la PPC, reflétant probablement
une vasodilatation compensatrice des artérioles cérébrales
dans les limites de l'autorégulation. Ce phénomène
d'autorégulation n'est efficace qu'entre certaines limites de pression
(entre 60 et 150 mmHg de pression artérielle moyenne) ; en dehors
de ces limites, la pression de perfusion cérébrale évolue
parallèlement à la pression artérielle systémique.
La VRC permet donc d'apprécier de façon indirecte l'état
de dilatation basal des artérioles cérébrales dans
les situations hémodynamiques précaires (diminution du débit
cardiaque ou sténose des gros troncs artériels à
destination encéphalique). En dehors de ces situations, elle témoigne
du degré de rigidité des parois des petites artères
cérébrales.
Techniques de mesure
La VRC est appréciée par la mesure du FSC dans la région
cérébrale d'intérêt ou par la mesure de la
vitesse circulatoire dans une artère du polygone de Willis (artère
cérébrale moyenne par exemple) avant et après administration
d'un vasodilatateur artériel [2]. La variation de vitesse reflète
la diminution du tonus des artérioles situées en aval et
non pas l'augmentation du calibre de l'artère cérébrale
moyenne.
Dans les deux cas, le stimulus vasodilatateur peut être l'acétazolamide
ou le CO2.
L'acétazolamide est un inhibiteur de l'anhydrase carbonique,
enzyme qui catalyse la transformation du gaz carbonique et de l'eau en
bicarbonate (CO2 + H2O => H2CO3).
Le mécanisme par lequel ce médicament induit une vasodilatation
n'est pas encore parfaitement élucidé. Cependant, des données
pharmacologiques sur les traitements prolongés par acétazolamide
indiquent que la vasodilatation initiale est due à une acidose
extracellulaire transitoire (par augmentation de la concentration en CO2
et H+), alors que ses effets à long terme sont secondaires
à une acidose intracellulaire. Cette vasodilatation n'est pas médiée
par la voie du NO [3]. L'hypercapnie induit une acidose à la fois
intra- et extracellulaire responsable de la vasodilatation artériolaire.
Le FSC peut être mesuré par tomographie par émission
monophotonique (TEMP) avec inhalation de Xenon 133, avant et après
administration du stimulus vasodilatateur [2]. Un logiciel informatique
calcule le FSC régional, le plus souvent dans le territoire de
l'artère cérébrale moyenne, et en déduit la
VRC.
L'IRM cérébrale permet également d'apprécier
la VRC en mesurant le FSC [4]. L'arrivée d'un produit paramagnétique
(gadolinium) dans le lit capillaire entraîne une perte transitoire
de l'intensité du signal en résonance magnétique.
Grâce à des techniques d'acquisition rapide d'images (echo
planar imaging), il est possible de « traquer » littéralement
le premier passage de gadolinium dans le tissu cérébral,
repéré par la baisse de signal. Un logiciel calcule automatiquement
le FSC à partir du délai d'apparition du produit de contraste.
L'examinateur sélectionne la région qui l'intéresse.
Le FSC régional est calculé avant et après injection
d'acétazolamide, ce qui permet d'en déduire la VRC. Plus
l'augmentation du flux est importante, plus la VRC est grande. Compte
tenu de ses avantages (plus grande disponibilité, plus faible coût,
meilleure résolution spatiale et absence de radiations ionisantes),
il est probable que l'IRM remplacera la TEMP.
La mesure de la vitesse circulatoire dans l'artère cérébrale
moyenne (ACM) se fait par doppler pulsé à l'aide d'une sonde
de 2 MHz posée sur la peau au niveau de la fenêtre temporale
osseuse. L'ACM se situe entre 50 et 55 mm de profondeur. C'est une technique
plus simple et moins coûteuse que les précédentes.
La première mesure est pratiquée sur un sujet allongé
après une période de repos. On utilise la vitesse moyenne
calculée sur 10 à 15 cycles cardiaques. Le délai
d'obtention de la seconde mesure dépend du stimulus utilisé
:
L'acétazolamide est injectée par voie intraveineuse
lente sur 3 minutes à la dose de 15 à 18 mg.kg
1, la mesure de la vitesse doit se faire entre 10 et 30 minutes
après l'injection. Les effets secondaires sont généralement
modérés à cette dose (paresthésies péribuccales
et céphalées) ; on a cependant exceptionnellement décrit
dans des cas de sténose intracrânienne très serrée
des accidents ischémiques transitoires par phénomène
de vol vasculaire.
Le CO2 est inhalé sous la forme d'un mélange
gazeux enrichi en CO2 (5 % de CO2, 20 % d'O2
et 75 % de N2) pendant 5 minutes à la fin desquelles
la deuxième mesure de vitesse est pratiquée [5]. On calcule
ainsi le pourcentage d'augmentation de la vitesse moyenne dans l'ACM qui
est aux alentours de 40 % chez le sujet normal.
Enfin, on peut utiliser la technique du breath holding index
(BHI) [6]. La vitesse moyenne est mesurée au repos puis pendant
4 secondes après 30 secondes d'apnée maintenue après
une inspiration normale. La durée exacte de l'apnée est
vérifiée par un capnomètre. Le BHI est calculé
en divisant le pourcentage d'augmentation de la vitesse du flux par la
durée exacte de l'apnée. Chez un sujet normal, il est supérieur
à 0,69 (spécificité de 100 %) [7].
Un des obstacles à l'utilisation de la mesure de VRC à
grande échelle est l'absence d'équivalence des différentes
techniques entre elles. Les mesures de VRC par inhalation de CO2
et par BHI sont bien corrélées [6], en revanche la corrélation
avec l'acétazolamide est moins bonne [8]. Enfin, Dahl et al.
[9] n'ont pas trouvé de corrélation parfaite entre l'augmentation
du flux sanguin cérébral et celle de la vitesse circulatoire
dans l'artère cérébrale moyenne après acétazolamide.
Les raisons de ces différences ne sont pas parfaitement connues.
Applications
Facteurs modifiant la VRC en dehors des pathologies
artérielles
En dehors de pathologies artérielles, de nombreux facteurs influencent
la VRC. Ces facteurs sont importants à connaître et à
prendre en compte pour la conception et l'interprétation des essais
cliniques.
La VRC est plus importante chez la femme [10], mais cette différence
n'existe qu'avant la cinquième décade. En effet, chez la
femme, la VRC reste stable jusqu'à la quatrième décade
puis diminue pour atteindre des valeurs identiques à l'homme à
partir de la cinquième décade. Chez l'homme, et en dehors
de toute pathologie, la VRC reste stable tout au long de la vie adulte.
Les strogènes, plus élevés chez la femme
non ménopausée, pourraient expliquer au moins en partie
cette différence, ce d'autant que les femmes sous traitement hormonal
substitutif semblent garder une VRC élevée [11].
Les facteurs de risque vasculaire altèrent la VRC, mais les mécanismes
physiopathologiques sous-jacents ne sont pas encore clairement identifiés.
Les hypertendus ont une VRC diminuée [12] mais chez des patients
jeunes, elle peut être améliorée de 70 % par les bêtabloquants
[13]. On ne sait pas si cette amélioration est un effet de classe
ou si elle est directement liée à la diminution de la pression
artérielle. Les diabétiques évoluant depuis au moins
10 ans présentent une altération importante de la VRC [14,
15] quel que soit leur statut tensionnel. L'effet du cholestérol
sur la VRC reste très débattu. Cependant une étude
récente, en population, portant sur plus de 800 sujets a montré
une relation inverse entre VRC et rapport cholestérol total/HDL
et une relation positive entre VRC et HDL [16].
Sténoses et occlusions artérielles
d'origine athéroscléreuse
C'est probablement dans la pathologie carotide athéroscléreuse
que la mesure de la VRC, dans l'état actuel de nos connaissances,
est la plus prometteuse. Chez certains patients, les occlusions ou les
sténoses serrées de l'artère carotide interne sont
responsables d'une diminution locale de la pression de perfusion cérébrale
du fait d'un réseau collatéral insuffisant. Pour maintenir
cette PPC, les artérioles se dilatent localement, c'est le phénomène
d'autorégulation cérébrale. Dans ce cas, la VRC est
diminuée par rapport au côté sain car les artérioles
ipsilatérales à la lésion ne peuvent pas se dilater
davantage au contact d'un stimulus vasodilatateur supplémentaire.
Occlusion carotide d'origine athéroscléreuse
Le taux annuel de récidive d'accident ischémique carotide
(AIC) en aval d'une occlusion carotide symptomatique (OCS) est élevé
(5 à 7 % par an) [17]. Un état hémodynamique précaire
en aval de l'occlusion est le mécanisme de récidive le plus
souvent évoqué. Pourtant l'étude EC/IC, essai randomisé
comparant l'anastomose temporo-sylvienne (technique chirurgicale anastomosant
les artères carotides externe et interne par leurs collatérales)
versus traitement médical chez les sujets avec OCS fut négative
[18]. Cette intervention améliore la VRC des sujets en état
hémodynamique précaire au niveau du territoire de l'ACM
[19]. Toutefois dans EC/IC, l'évaluation de l'état hémodynamique
cérébral n'était pas réalisée ; il
est donc probable que des patients avec une bonne perfusion cérébrale
en aval de l'occlusion carotide (OC) aient été opérés,
ce qui pourrait expliquer la négativité de l'étude.
Depuis, de nombreux auteurs ont évalué la valeur pronostique
d'une altération de la VRC (témoin d'un état hémodynamique
précaire), afin d'isoler au sein des OCS un sous-groupe de patients
à risque de récidive et pouvant bénéficier
d'une anastomose temporo-sylvienne. L'interprétation des résultats
de ces études est rendu difficile par de nombreux problèmes
méthodologiques [1, 20]. Pour affirmer qu'un marqueur donné
est un facteur de risque, différentes conditions doivent être
remplies (tableau I) et
aujourd'hui aucune étude ne permet d'affirmer que l'altération
de la VRC est un facteur de risque de récidive d'AIC dans les OCS.
Sur les 10 études publiées, 4 sont négatives [21-24]
et 6 positives [25-30]. Quatres études récentes méritent
d'être retenues en raison de leur taille, de leur caractère
prospectif, de la qualité de l'échantillon de population
et de l'ajustement des résultats aux facteurs confondants potentiels.
Vernieri et al. [29], dans une étude portant sur 65 patients
avec OC unilatérale (20 accidents ischémiques transitoires,
22 AIC minimes et 23 asymptomatiques) ont montré que l'âge
et la diminution de la VRC mesurée par le BHI étaient les
deux seuls facteurs prédictifs de récidive. Parmi les douze
patients ayant présenté un AIC au cours du suivi, onze avaient
un BHI < 0,69. Pour un BHI < 0,69, le risque d'AIC passait de 10
% pour les patients de 60 ans à 35 % pour les sujets de 70 ans.
Cette étude n'a pas analysé séparément les
occlusions symptomatiques et asymptomatiques, mais sur les douze infarctus
onze sont survenus en aval d'une occlusion symptomatique. Les tests de
VRC des patients symptomatiques avaient été réalisés
au moins 3 mois après l'épisode ischémique car il
a été montré que la VRC pouvait s'améliorer
spontanément après un infarctus grâce au développement
de collatérales [26]. Markus et Cullinane ont mesuré la
VRC de 48 patients avec une OC qu'ils ont suivie de façon prospective
sur un délai moyen de 624 jours [30]. Le risque d'événement
ischémique ipsilatéral à l'occlusion était
de 8,53 % par an. Quarante-trois pour cent des patients avaient une VRC
diminuée (VRC mesurée au doppler transcrânien après
inhalation d'un mélange gazeux enrichi à 8 % de CO2).
Après ajustement, ce facteur était, avec le sexe féminin,
le seul facteur prédictif de survenue d'un événement
vasculaire ischémique ipsilatéral à l'occlusion (OR
: 14,4, 95 % ; CI 2,63-78,74, p = 0,0021). Malheureusement, les
patients symptomatiques et asymptomatiques n'étaient pas distingués.
Parmi les quatre études négatives, deux ont des qualités
méthodologiques satisfaisantes. Yokota dans une étude prospective
de grande taille (105 patients inclus) n'a pas trouvé d'association
entre une diminution de la VRC à l'acétazolamide mesurée
par SPECT et la survenue d'un épisode ischémique en aval
d'une lésion carotide. Cependant, les auteurs n'ont pas distingué
les occlusions des sténoses serrées, les investigateurs
connaissaient les résultats des tests hémodynamiques (ils
ont pu par exemple alléger le traitement antihypertenseur en cas
de retentissement hémodynamique) et un nombre important de patients
ont été exclus prématurément pour bénéficier
d'une endartérectomie carotide [24]. Klijn et al. se sont
intéressés aux facteurs de risque de récidive d'événement
ischémique dans les OCS. Dans une étude prospective portant
sur 117 occlusions carotides symptomatiques consécutives, ils ont
isolé les facteurs de risque suivants [21] :
1) Symptômes à caractère hémodynamique (tableau
II).
2) Symptômes hémisphériques (et non rétiniens).
3) Existence d'anastomoses lepto-méningées (visibles à
l'artériographie).
4) Survenue des symptômes sur une occlusion carotide connue (et
pas au moment du diagnostic d'occlusion). En revanche et à la surprise
des auteurs, l'altération de la VRC au CO2, mesurée
au doppler transcrânien, n'était pas un facteur de risque
de récidive.
Sténose serrée de l'artère
carotide interne d'origine athéroscléreuse
Comme pour les occlusions carotides, l'intérêt de la mesure
de la VRC dans les sténoses serrées (> 70 %, critères
ESCT) de la carotide est d'identifier un sous-groupe de patients à
haut risque d'AIC et pouvant bénéficier d'un traitement
chirurgical (endartériectomie carotide). Pour les patients présentant
une sténose carotide serrée symptomatique, la question ne
se pose pas, car deux études ont montré un bénéfice
du traitement chirurgical par rapport au traitement médical [31,
32]. Le problème se pose pour les sténoses serrées
asymptomatiques (SSA), car si l'étude ACAS a montré un bénéfice
en termes statistiques de l'endartériectomie carotide par rapport
au traitement médical, ce bénéfice était marginal
[33]. En effet, le risque spontané d'infarctus cérébral
étant très faible (11 % à 5 ans), il fallait opérer
100 patients pour prévenir un AIC à 1 an, et cela pour des
équipes chirurgicales très entraînées (morbi-mortalité
très faible < 3 %). C'est dans ce contexte que Silvestrini a
étudié la VRC des sujets présentant une SSA. Dans
une étude prospective, il a montré que le risque d'AIC du
côté de la sténose était élevé
(7,9 %/an) chez les sujets présentant un BHI ipsilatéral
à la lésion inférieur à 0,69 [34]. Ces résultats
devront être confirmés car dans cette étude le taux
annuel global d'AIC était particulièrement élevé
(il n'était que de 2 % dans ACAS), il n'y avait pas de limite supérieure
d'âge (dans ACAS les sujets de plus de 79 ans étaient exclus),
enfin il n'est pas prouvé qu'un traitement médical adapté,
en évitant par exemple les traitements hypotenseurs, ne soit pas
au moins aussi efficace qu'un traitement chirurgical. Dans l'étude
de Markus [30], portant sur 59 patients, le risque d'AIT et d'AIC en aval
d'une SSA de la carotide était de 3,84 %/ an. L'altération
de la VRC était le seul facteur prédictif de récidive.
Même si ces résultats sont très intéressants,
il faut rester prudent tant qu'un essai thérapeutique randomisé
endartérectomie versus traitement médical n'a pas
confirmé ces résultats. Il se peut par exemple que chez
les patients présentant une altération de la VRC le risque
d'infarctus peropératoire (lors du clampage) soit plus élevé,
ce qui contrebalancerait un potentiel effet bénéfique de
la chirurgie.
En résumé, la mesure de la VRC dans les sténoses
ou occlusions carotides semble être un facteur pronostique intéressant
de survenue d'un infarctus cérébral. Cependant, elle reste
encore une technique de recherche tant qu'aucune étude n'a prouvé
que l'amélioration de la VRC diminuait le risque d'AIC.
L'association d'une hypertension artérielle et d'une sténose
serrée carotide est une situation fréquemment rencontrée
en clinique. Le praticien doit choisir entre le risque de voir apparaître
les complications d'une hypertension artérielle non traitée
ou insuffisamment et le risque d'infarctus cérébral par
mécanisme hémodynamique sous traitement hypotenseur. L'appréciation
de l'état hémodynamique intracérébral par
la mesure de la VRC pourrait être intéressante mais nous
ne disposons pas d'études pour le confirmer.
Artériolopathies
Une diminution de la VRC en l'absence de sténose serrée
des gros troncs à destinée cérébrale témoigne
d'une rigidité anormale des artérioles.
Les lacunes sont une cause fréquente d'infarctus cérébral.
Elles sont secondaires à une artériolopathie cérébrale
diffuse touchant les vaisseaux de diamètre inférieur à
0,5 mm. Il a récemment été montré dans une
étude cas-témoin que cette maladie était associée
à une diminution de la VRC [35], indépendamment du niveau
de pression artérielle et de l'existence d'un diabète. Contrairement
à ce qu'on voit dans les sténoses des gros troncs artériels,
cette atteinte est bilatérale et symétrique. Les anomalies
pariétales responsables de cette rigidité artérielle
anormale ne sont pas connues.
La CADASIL (cerebral autosomal dominant arteriopathy with subcortical
infarcts and leukoencephalopathy) est une artériolopathie héréditaire
responsable notamment d'infarctus cérébraux de type lacunaire.
Il existe dans les cellules musculaires lisses des artérioles une
accumulation de granules anormaux. La VRC de ces patients est altérée
de façon diffuse, précoce et proportionnelle à la
gravité de l'atteinte neurologique. Dans ce cas, c'est vraisemblablement
l'atteinte des cellules musculaires lisses de la paroi artérielle
qui rend compte de la diminution de la VRC [36].
Nous sommes pour l'instant relativement démunis devant ces artériolopathies
puisque leur traitement repose uniquement sur les antiagrégants
plaquettaires et la correction des facteurs de risque vasculaire. Par
une approche plus physiopathologique de la maladie, l'amélioration
de la VRC pourrait être une cible thérapeutique intéressante.
Autres pathologies
Enfin, la VRC a été étudiée dans de nombreuses
maladies où la circulation cérébrale pouvait être
perturbée. Ces études sont beaucoup moins nombreuses et
souvent moins bien conduites sur le plan méthodologique. La VRC
est diminuée dans l'insuffisance cardiaque. Cette altération
est corrélée à la gravité clinique et à
la fraction d'éjection ventriculaire gauche. Elle est secondaire
à la mise en jeu de l'autorégulation cérébrale
liée à la diminution de la pression artérielle moyenne
[37]. Au cours de la crise migraineuse sans aura avec céphalée
unilatérale, la VRC est diminuée de façon bilatérale
et symétrique alors qu'elle est normale entre les crises [38].
La physiopathologie de la migraine n'est pas encore parfaitement connue,
mais on sait que des neuromédiateurs vasoactifs (sérotonine,
NO, substance P, CGRP) sont impliqués. De plus, la crise migraineuse
est associée à des manifestations végétatives
qui pourraient aussi expliquer ces anomalies hémodynamiques. Au
cours des hémorragies intracérébrales, il existe
une diminution de la VRC dont la sévérité est corrélée
à l'hypertension intracrânienne et au pronostic vital et
fonctionnel [39].
CONCLUSION La
détermination de la VRC est un examen encore méconnu dont
l'usage tend à s'étendre grâce à la mise au point
de techniques de mesure simples et non invasives. Ses indications sont encore
limitées car aucune étude d'intervention importante n'a réellement
évalué l'impact de l'amélioration de la VRC sur la
survenue d'événements cliniques. Dans l'état actuel
de nos connaissances, il semble que l'altération de la VRC soit un
facteur péjoratif dans les pathologies sténosantes et occlusives
de l'artère carotide interne et dans les hémorragies intracrâniennes
sévères. C'est pour l'instant dans la pathologie carotide
que cet examen paraît le plus prometteur. REFERENCES
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