ARTICLE
Auteur(s) : WG Miller1, DE Bruns2,
GL Hortin3, S Sandberg4, KM
Aakre4, MJ McQueen5, Y Itoh6, JC
Lieske7, DW Seccombe8, G Jones9,
DM Bunk10, GC Curhan11, AS
Narva12
1Department of Pathology, Virginia Commonwealth
University, Richmond, VA
2Department of Pathology, University of Virginia Medical
School, Charlottesville, VA
3Department of Laboratory Medicine, Warren Magnuson
Clinical Center, National Institutes of Health, Bethesda, MD
4Laboratory of Clinical Biochemistry, Haukeland
University Hospital and The Norwegian Quality Improvement of
Laboratory Services in Primary Care (NOKLUS), Bergen Norway
5Hamilton Regional Laboratory Medicine Program,
Department of Pathology and Molecular Medicine, McMaster
University, Hamilton, Ontario, Canada
6Department of Laboratory Medicine, Asahikawa Medical
College, Asahikawa, Japan
7Mayo Clinic Renal Function Laboratory, Department of
Laboratory Medicine and Pathology, Mayo Clinic Division of
Nephrology and Hypertension, Department of Internal Medicine,
Rochester, MN
8Canadian External Quality Assessment Laboratory and
Department of Pathology and Laboratory Medicine, University of
British Columbia, Vancouver, BC, Canada
9Department of Chemical Pathology, St Vincent’s Hospital
Sydney, Sydney, Australia
10Analytical Chemistry Division, National Institute of
Standards and Technology, Gaithersburg, MD
11Renal Division, Department of Medicine, Brigham and
Women’s Hospital, Harvard Medical School, Boston, MA
12National Kidney Disease Education Program, National
Institute for Diabetes and Digestive Diseases, National Institutes
of Health, Bethesda, MD
Article reçu le 16 Octobre 2009, accepté le 2 Novembre 2009
Le dosage urinaire de l’albumine est couramment utilisé pour
mettre en évidence et suivre les patients ayant une affection
rénale. Une conférence sur l’utilisation clinique et le dosage de
l’albumine urinaire a été organisée par le groupe de travail «
laboratoire » du programme national d’éducation pour les
pathologies rénales (National kidney disease education program) et
l’IFCC, afin de faire le point sur les pratiques actuelles de
mesure de l’albumine urinaire et de l’utilisation de ses résultats
dans la prise en charge de la maladie rénale. Les objectifs de
cette conférence étaient de préciser les besoins de standardisation
du dosage et les recommandations de pratique clinique concernant
l’excrétion urinaire de l’albumine. Cet article reprend les
observations et les conclusions de cette conférence.
Historiquement, l’albuminurie a été définie en terme d’excrétion
urinaire par unité de temps, classiquement 24 heures.
La difficulté d’un recueil urinaire sur 24 heures a donné
lieu à des mesures de ratio de l’excrétion urinaire de l’albumine
(albumin excretion rate : AER) [13]. Un ratio largement utilisé est
le rapport entre les concentrations urinaires de l’albumine et de
la créatinine (albumin creatinin rate : ACR) [1]. Pour ce dernier
rapport, le recueil d’échantillon urinaire est souvent utilisé sans
prise en compte de l’heure dans la journée, et un intervalle de
référence unique pour l’homme et la femme est souvent utilisé.
Cependant, plusieurs facteurs peuvent modifier le rapport
albumine/créatinine [1] comme l’heure de prélèvement dans la
journée, l’excrétion plus importante de créatinine chez l’homme que
chez la femme, chez le sujet de race noire par rapport aux sujets
de race blanche, ou à l’inverse la diminution d’excrétion de la
créatinine chez les sujets ayant eu une fonte musculaire, ou enfin
les effets de l’alimentation sur cette même excrétion urinaire.
Recommandations sur l’utilisation du dosage urinaire
de l’albumine
Des guides de bonne pratique clinique pour l’utilisation du dosage
urinaire de l’albumine ont été élaborés par des organisations
professionnelles de différents pays. Ces recommandations ne
sont pas uniformes quant au type d’échantillon, temps de recueil,
unité de présentation des résultats, seuil utilisé pour
l’interprétation clinique, et méthode utilisée pour le dosage de
l’albumine et de la créatinine.
Le tableau 1 reproduit
10 recommandations établies par ces organisations depuis 2002
; 5 recommandations sont directement liées à la maladie
diabétique et préconisent une évaluation annuelle.
Les 10 recommandations préconisent l’utilisation de
l’ACR, 8 conseillent le recueil des urines du matin,
7 proposent un recueil d’un échantillon urinaire, et
4 recommandent l’expression de l’ACR en mg/g ou mg/mmol
(1 mg/g = 1 μg/mg = 0,113 mg/mmol). Sept
recommandations mentionnent, avec un degré variable de détails, la
nécessité de réaliser plusieurs déterminations pour confirmer les
résultats ; 2 indiquent clairement que le recueil des urines
de 24 heures n’est pas nécessaire mais 1 recommandation
propose ce recueil urinaire sur 24 heures comme la plus
pertinente parmi trois méthodes possibles pour ce recueil.
Bien que la mesure de l’ACR soit généralement recommandée,
l’absence de méthodes standardisées reconnues pour le recueil
d’échantillon, pour la mesure d’ACR et l’expression des résultats
peuvent limiter l’utilisation de ce rapport en pratique clinique et
en recherche. L’expression des résultats peut se faire en mg
d’albumine par g (ou μg/mg) ou par mmol de créatinine, et la
signification de ces deux modes d’expression est souvent obscure
pour les non spécialistes. Ainsi, les médecins généralistes ont du
mal à comprendre la signification d’un résultat d’albuminurie et
éprouvent des difficultés dans l’interprétation pratique du
résultat (par exemple un résultat qui témoigne d’un risque accru de
maladies cardiovasculaires ou la progression d’une maladie rénale).
Ils peuvent être perdus par le nombre important de tests de
mesure de la fonction rénale et sont surpris qu’une valeur seuil
commune et unique telle que celle généralement citée de
30 mg/g (30 μg/mg, 3,4 mg/mmol ou 3,4 g/mol),
ne puisse être appliquée pour les patients quel que soit leur âge,
leur sexe ou leur ethnie [1, 4]. De plus, la relation entre
l’excrétion urinaire de l’albumine et l’augmentation du risque
cardiovasculaire rénal est linéaire, et considérer que toutes les
valeurs d’ACR inférieures à 30 mg/g constituent un résultat
normal apparaît aujourd’hui inapproprié [1].
Tableau 1 Résumé des recommandations de pratique
clinique pour le dosage de l’albumine urinairea.
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Auteur/organisation
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Recommandations pour le dépistage, le recueil des échantillons et
les méthodes
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Expression des résultats
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Référence
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American Diabetes Associationb
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Dépistage : réaliser un dépistage annuel de la présence d’albumine
dans les urines chez les patients ayant un diabète de type 1 avec
une durée de diabète > 5 ans et chez tous les patients
ayant un diabète de type 2 à partir du moment du diagnostic et au
cours de la grossesse. Méthodes : (a) dosage de l’ACR sur
échantillon urinaire quelconque (méthode préférée) ; (b) recueil
des urines de 24h avec dosage de la créatinine, permettant une
mesure de la clairance de la créatinine ; (c) recueil urinaire en
temps fixé (par exemple urines de 4h ou urines de la nuit).
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Non précisément défini, mais un tableau indiquant les critères pour
les différents diagnostics utilise l’expression mg/g
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[2]
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International Diabetes Federation
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Prise en charge médicale classique : recherche de protéinurie par
bandelette sur échantillon du matin (ou échantillon quelconque).
La répétition et/ou confirmation de l’analyse, sont
recommandées incluant l’ACR ou la PCR.c Prise en charge
complète : dosage quantitatif de l’albumine urinaire (ACR). Prise
en charge minimale : recherche annuelle d’une protéinurie par
bandelette ou par une méthode à l’acide sulfoslicylique sur des
urines du matin (ou des urines quelconques). La répétition
et/ou confirmation de l’analyse est recommandée incluant la
PCR.
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Non directement défini, mais les valeurs usuelles de la section «
soins » mentionnent mg/mmol et mg/g
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[3]
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Kidney Disease : Improving Global Outcomes
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Protéines recommandées : le dosage de l’abumine dans l’urine est
préféré au dosage des protéines. Dosage : les procédures de dosage
de l’abumine doivent être reliées au matériel de référence CRM 470.
Plusieurs méthodes sont disponibles. Si nécessaire une bandelette,
avec dosage immunologique, peut être utilisée ; une bandelette
urinaire conventionnelle peut être acceptée si c’est la seule
solution disponible. La répétion et/ou la confirmation de
l’analyse sont recommandées. Recueil/échantillon : un recueil
quelconque des urines est accepté pour un test initial.
Les premières urines du matin sont l’échantillon recommandé
mais non imposé s’il nécessite contrainte particulière. Un recueil
d’échantillon à temps fixé pour l’albumine et la créatinine
urinaires peut être réalisé si une réduction de la variabilité des
dosages l’impose.
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mg/g
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[4]
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National Kidney Foundation (US)
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Recommandation pour les adultes et les enfants : dans la plupart
des circonstances, un recueil urinaire quelconque doit être utilisé
pour la détection et le suivi de la protéinurie chez les adultes et
les enfants. Habituellement il n’est pas nécessaire d’avoir un
recueil urinaire en temps fixé (urines de la nuit ou des 24h) pour
une première évaluation. Les premières urines du matin sont
préférées. Dans la majorité des cas un dépistage par la détection
de protéinurie à l’aide de bandelette est acceptable.
Les bandelettes urinaires conventionnelles sont acceptables
pour la détection d’une augmentation des protéines urinaires
totales. Les bandelettes urinaires spécifiques pour le dosage
de l’albumine sont acceptables pour la détection de l’albumine
urinaire. La répétition et/ou confirmation des analyses sont
recommandées, incluant la PCR ou l’ACR. Recommandations spécifiques
pour les adultes : pour le screening des adultes ayant un risque
rénal accru, l’albumine urinaire doit être mesuré sur un
échantillon quelconque par utilisation d’une bandelette spécifque
de l’albumine ou par l’ACR. Recommandations pour les sujets
diabétiques : un screening de dépistage de maladies chroniques ou
rénales doit être réalisé. Le screening initial débute
5 ans après le diagnostic de diabète de type ou de type 2.
Le screening doit comprendre le dosage de l’ACR sur
échantillon urinaire quelconque. La répétition et/ou
confirmation sont recommandées.
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Pas d’unité recommandée
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[5]
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mg/g
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[6]
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Caring for Australians with Renal Impairment
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Dépistage d’une protéinurie : pour une population à haut risque,
l’examen initial est la PCR. Pour les patients diabétiques et
originaires d’Australie, le test initial est l’ACR.
La répétition de la recherche est recommandée. Méthode
d’évaluation : la méthode de choix doit prendre en compte les
pratiques cliniques telles que la facilité d’utilisation,
l’acceptabilité par le patient coût. Pour un premier dosage de
l’albuminurie les urines de la première miction du matin sont
préférées, cependant l’ACR sur un échantillon quelconque est
accepté. Une répétition et/ou confirmation de l’examen sont
recommandées ; le PCR apparaît comme un examen adapté au diagnostic
d’une protéinurie significative.
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Un tableau au sein des recommandations utilise le mode d’expression
g/J, mg/dL et mg/mmol pour les tests de dépistage et de diagnostic
respectivement.
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[7]
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Joint Specialty Committee on Renal Medicine of the Royal College of
Physicians of London and the Renal Association (UK)
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Méthode de détection de l’albumine urinaire : l’albumine urinaire
doit être mesurée au niveau d’un laboratoire par une méthode
quantitative sur un échantillon urinaire du début de matinée
(préféré) ou quelconque de milieu de jet, et exprimée sous la forme
de l’ACR. Si les bandelettes sont utilisées pour la détection de
l’albumine urinaire, un résultat positif doit susciter une
confirmation par un examen de laboratoire. Indications pour le
dépistage : les patients diabétiques qui ont une protéinurie connue
et persistante ne relèvent pas des tests de dépistage de l’albumine
urinaire. Tous les autres patients diabétiques doivent au minimum
annuellement un dépistage pour recherche d’albuminurie.
Il n’existe à ce jour aucune preuve concernant l’intérêt du
dépistage d’albuminurie chez les patients diabétiques. Méthode de
détection et de la quantification de la protéinurie : en première
intention, les urines de 24h ne sont pas nécessaires pour réaliser
cette détection et quantification. La répétition et/ou
confirmation du dosage est recommandée incluant l’ACR ou le PCR.
Indications pour le dépistage : l’urinalyse par bandelette est
indiquée chez les patients ayant une découverte récente d’un débit
par infiltration glomérulaire < 60 mL/min/1,73
m2, une découverte récente d’hématurie et d’autres
conditions plus spécifiques. L’urinalyse par bandelette n’est pas
recommandée pour le dépistage dans d’autres groupes de
patients.
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mg/mmol
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[8]
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UK Renal Association Clinical Pratice Guidelines : Clinical
Practice Guidelines for the Care of Patients with Chronic Kidney
disease
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Les patients explorés ou traités pour une pathologie rénale
chronique bénéficient d’une détection de la protéinurie par
bandelette et d’une confirmation par mesure du PCR ou spécifique de
l’ACR, idéalement sur les premières urines du matin.
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Pas de recommandation
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[9]
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National Institute for Clinical Excellence (UK)
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Prévention de l’insuffisance rénale chez tous les diatbétiques de
type 2 : détermination de l’ACR ou de la concentration urinaire de
l’albumine annuellement. Utiliser les premières urines du matin
lorsque cela est possible ; utiliser un dosage quantitatif en
laboratoire ou de biologie délocalisée spécifique pour le dosage de
l’albumine urinaire. La répétition et/ou confirmation sont
recommandées.
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mg/mmol
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[10]
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National Kindey Foundation (US)
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Recommandation 2, évaluation des patients ayant une pathologie
rénale chronique ou une hypertension artérielle : l’ACR ou le PCR
des premières urines du matin ou d’un échantillon urinaire
quelconque est préconisé.
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mg/g
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[11]
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Conditions préanalytiques affectant l’AER
Le tableau 2 reproduit les facteurs
préanalytiques qui peuvent influencer l’excrétion urinaire de
l’albumine.
Variations biologiques intra-individuelles
La connaissance des variations biologiques intra-individuelles est
importante pour convenir du type d’échantillon qui doit être
utilisé pour le dosage urinaire de l’albumine, pour
l’interprétation d’un résultat de confirmation après une première
détermination, et pour savoir si une évolution de l’excrétion
urinaire de l’albumine a une signification clinique.
Le tableau S1 (dans la partie « supplément de données » qui
accompagne la version en ligne de cet article à l’adresse
http://www.clinchem.org/content/vol55/issue1) montre les
estimations de variabilité intra-individuelle (CVi) pour
l’excrétion urinaire de 4 % à 103 % avec 1 tertile central de
28 % à 47 %. Les facteurs de variation les plus importants
sont la période de recueil de l’échantillon urinaire (jours,
semaines, mois), le type d’échantillon (24 heures, premières
urines du matin, temps fixé dans la journée, ou aléatoire), la
nature de l’exploration, la concentration de l’albumine dans les
urines, les conditions de santé du sujet, et les conditions
préanalytiques de prise en charge et de conservation des
échantillons urinaires. La plupart de ces études ne décrivent
pas le mode du calcul du CVi de façon suffisamment détaillée pour
permettre de comprendre et comparer les différences rapportées.
Néanmoins, certaines conclusions générales peuvent être déduites
des données du tableau S1. Le CVi de l’ACR est le plus faible
dans 22 des 30 études (73 %), dans lesquelles les CVi de
l’excrétion des 24 heures, des rapports d’excrétion nocturnes
ou des concentrations ont été comparés au CVi de l’ACR.
Les CVi de l’ACR d’un jour à l’autre, essentiellement pour les
déterminations nocturnes et matinales, sont en général plus faibles
que les CVi d’ACR mesurées d’une semaine à l’autre ou d’un mois à
l’autre. Cependant, la variation des CVi pour les différentes
études apparaît importante et probablement liée à la différence des
méthodes utilisées (par exemple les facteurs préanalytiques tels
que la conservation des échantillons avant analyse) et des facteurs
liés au mode de calcul des CVi (tels que l’exclusion de résultats
aberrants et l’évaluation de l’homogénéité des variances).
La non prise en compte de ces deux derniers facteurs est de
nature à augmenter les CVi rapportés dans la littérature.
De façon intéressante, l’ACR ou la concentration de l’albumine
fournissent des CVi plus élevés dans le cas des échantillons
urinaires randomisés [34, 35] (S1 et S14 dans le
supplément des données en ligne). Un second échantillon des urines
du matin s’est avéré comparable à l’utilisation d’un échantillon
des urines de 24 heures [36] et deux études du tableau
S1 du supplément de données en ligne qui ont utilisé un second
échantillon des urines du matin ont fourni des valeurs de CVi
comparables aux autres études qui n’ont utilisé que le premier
échantillon des urines matinales. Cependant, aucune comparaison
directe entre les premières urines et les secondes urines n’a été
réalisée.
Tableau 2 Eléments cliniques et paracliniques affectant
l’excrétion urinaire de l’albuminea.
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Effet sur l’excrétion urinaire de l’albumine
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Conséquences sur l’analyse de l’albumine urinaire
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Références
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Exercice
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Augmentation
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Ne doit pas être réalisé après un exercice physique intense (la
preuve du biais n’est pas complètement démontrée)
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[12-22]
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Fièvre
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Augmentation
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Ne doit pas être réalisé dans les 3 jours après un état
fébrile
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[23-25]
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Bactériurie asymptomatique
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Aucun
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Le dépistage d’une bactériurie asymptomatique n’est pas
nécessaire
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[26-28]
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Posture (orthostatisme)
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Augmentation
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Une augmentation de l’excrétion urinaire de l’albumine chez un
adolescent ou un jeune doit être répétée par un examen réalisé sur
les premières urines du matin
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[29-33]
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Modification de la concentration urinaire
de l’albumine au cours du recueil
et de la conservation de l’échantillon
Pour de faibles concentrations urinaires de l’albumine,
l’adsorption à la surface du récipient peut entraîner une perte
significative. La fixation d’une simple couche d’albumine à
une surface nécessite environ 0,15 μg d’albumine par
cm2 [37]. L’adsorption non spécifique de l’albumine
urinaire apparaît inférieure à 1 mg/L sur des surfaces
hydrophiles et inférieure à 2 mg/L sur des surfaces
hydrophobes [38]. La fixation aux surfaces induit également
une dénaturation, les phénomènes d’adsorption et de dénaturation
pouvant être réduits en utilisant une surface hydrophile appropriée
ou en ajoutant un détergent non ionique [39, 40]. L’albumine semble
relativement stable à l’interface air-liquide alors qu’une
agrégation peut être observée après agitation vive [41].
De nombreuses recommandations différentes existent concernant la
conservation à long terme et la stabilité de l’albumine dans les
échantillons urinaires [42-46]. Les données récentes suggèrent
que les échantillons urinaires sont stables à - 80 °C sur
des périodes longues. La conservation à des températures
supérieures, en particulier - 20 °C semblent induire des
modifications variables de l’albumine [46-50].
Dans la pratique quotidienne de laboratoire, les urines
fraîches, recueillies en milieu de jet urinaire sont préférables.
L’albumine est généralement stable dans les échantillons urinaires
conservés entre 2 °C et 8 °C pendant 7 jours [36,
42]. L’influence de la présence de bactéries et de protéases n’a
pas été précisément étudiée, mais ces deux causes peuvent induire
des modifications de la concentration d’albumine recueillie dans
les urines. Des précipités se forment fréquemment au sein des
urines conservées à + 4 °C ou congelées, et leur existence sur
le dosage de l’albumine n’a pas été non plus été précisément
étudiée. Ces précipités se redissolvent le plus souvent
lorsque l’urine est réchauffée avant l’analyse ; la décongélation à
37°C des urines congelées semble réduire la précipitation [51] mais
peut augmenter l’activité protéasique. La centrifugation
d’urines troubles peut être nécessaire pour diminuer le matériel
insoluble avant le dosage.
Recueil des échantillons urinaires et évaluation
des pratiques
Les enquêtes de pratique clinique ont montré de grandes variations
des modalités de recueil des échantillons, du choix des méthodes
d’analyse et des seuils décisionnels. Une étude de
2002 rapporte une évaluation des pratiques de dosages de
l’albumine urinaire dans les hôpitaux et les centres médicaux du
Montana (États-Unis), et a montré que seulement 43 % et 46 %
d’entre eux, respectivement, utilisaient les seuils recommandés de
la fondation nationale pour le rein (National kidney foundation –
États-Unis) ou de l’association américaine du diabète (American
diabetes association) [52]. Une étude française réalisée en
2003 auprès de médecins de ville prenant en charge des
patients diabétiques a montré que seulement 36 % des patients
avaient un dosage d’albuminurie et que seul le recueil des urines
de 24 heures était considéré par les médecins comme approprié
[53]. Une enquête britannique sur la prévention du diabète chez
l’enfant a montré en 2005 que la détermination de l’ACR sur
des échantillons du matin était l’examen le plus courant (81 %),
alors que le recueil des urines de la nuit ou le recueil des urines
de 24 heures n’étaient mis en œuvre que dans 14 % et 5 % des
cas, respectivement [54].
Au cours de l’année 2006, une évaluation par questionnaire de la
détermination de l’albuminurie en prévention primaire a été
réalisée auprès de 2 078 médecins dans 9 pays
européens [55]. Un échantillon urinaire était le plus souvent
réalisé pour une première évaluation de l’albumine, alors que des
recueils à temps fixé étaient utilisés pour des tests répétés,
particulièrement dans les structures hospitalières. Seulement 45 %
et 77 % des médecins généralistes questionnés effectuaient un
second test lorsque le premier était positif. La prévalence
des tests réalisés au sein même du cabinet médical pour l’analyse
urinaire de l’albumine variait entre 4 et 88 % selon les pays
avec les pourcentages les plus élevés en Norvège et en Suède, et
les plus faibles en France. Lorsque ces tests étaient utilisés dans
les cabinets médicaux, la détermination quantitative de l’ACR était
le plus souvent réalisée en Scandinavie, alors que les tests
semi-quantitatifs étaient plus largement répandus dans les autres
pays. Dans tous les pays à l’exception des Pays-Bas, 4 moyens
d’expression des résultats de l’albuminurie ont été utilisés : la
concentration (mg/L), l’excrétion par 24 heures (mg/24h),
l’excrétion par minute (μg/min) et l’ACR (mg/mmol ou mg/g). Dans la
majorité des pays les cliniciens estimaient qu’une variation de 33
% des résultats de l’albumine urinaire témoignait d’une
modification cliniquement significative de la fonction rénale,
indépendamment du type d’échantillon utilisé pour cette
détermination.
En 2006, une enquête australienne/néo-zélandaise dans
55 laboratoires a montré une grande variabilité des pratiques
de recueil et des types d’échantillon recommandés, incluant le
recueil des urines de 24 heures, les échantillons à temps
fixé, les échantillons urinaires simples, et le recueil des urines
du matin [56]. Le seuil rapporté par les laboratoires variait
de 15 à 30 mg/L pour la concentration urinaire d’albumine
et de 1,0 à 3,6 mg/mmol (9 à 32 mg/g) pour
l’ACR. Il n’y avait pas dans cette étude de relation entre les
intervalles de référence et la méthodologie d’analyse utilisée.
Formes moléculaires de l’albumine dans l’urine
La quantité et les formes moléculaires de l’albumine présentes dans
l’urine peuvent varier de celles présentes dans le plasma à cause
des processus de filtration et de réabsorption tubulaire de formes
modifiées de l’albumine, de la modification de l’albumine par
protéolyse au cours du passage dans le tractus urinaire, de la
modification chimique par des agents oxydants, radicaux libres et
autres ligands présents dans les urines, et de la modification au
cours de la conservation de l’échantillon.
Structure de l’albumine
Les caractéristiques structurales de l’albumine plasmatique ont été
rassemblées par Peters dans une revue de synthèse [57].
Le gène de l’albumine sérique humaine code pour un précurseur,
la préproalbumine, qui subit une maturation intracellulaire pour
donner la protéine mature de 585 acides aminés sécrétée par
les hépatocytes. Le polypeptide albumine ne subit pas de
modification posttraductionnelle intracellulaire. Un contenu élevé
en acides aminés acides confère à la molécule une charge électrique
de - 15 à - 20 à pH neutre, un point
isoélectrique proche de 5 et une grande solubilité en phase
aqueuse. Les études par cristallographie par rayons X montrent
une protéine en forme de cœur, avec 3 domaines globulaires
formant un V [58, 59]. L’albumine est stabilisée par 17 ponts
disulfures internes et par un contenu élevé en structure «
hélice-α», conférant à la molécule une résistance relativement
importante à la dénaturation [57]. L’albumine en solution se
comporte hydrodynamiquement comme un cylindre de longueur
14 nanomètres. La forme allongée et l’augmentation de la
taille hydrodynamique semblent importantes pour limiter la
filtration glomérulaire rénale de l’albumine.
Des allèles mutés de l’albumine sont exprimés dans moins
1 pour 1 000 sujets [57], affectant rarement
l’analyse quantitative de cette protéine. Cependant, quelques
mutations ponctuelles ont été décrites qui modifient la clairance
rénale de l’albumine [60] et induisent des proportions variées de
cette albumine modifiée dans le sérum et dans l’urine.
Le pH usuel de l’urine (entre 5 et 8) ne modifie pas la
forme de l’albumine. En dessous de pH 4 et au-dessus de pH 8,
l’albumine subit des modifications conformationnelles importantes,
qui sont pour la plupart d’entre elles réversibles [57].
La concentration maximale de l’urée dans l’urine, environ
1 mol/L, ne provoque pas la dénaturation de l’albumine
[57].
L’albumine possède au moins 6 sites de fixation pour les
acides gras à longue chaîne par molécule. Dans le plasma, seule une
molécule d’acide gras est en général fixée par molécule d’albumine,
mais ce rapport peut augmenter de façon importante au cours du
stress, de l’exercice ou d’un traitement par l’héparine. Une
augmentation du nombre d’acides gras fixés peut modifier la
mobilité électrophorétique de l’albumine, en conditions non
dénaturantes et en isoélectrofocalisation [61, 62].
L’albumine est une molécule porteuse pour de nombreuses
molécules organiques de petite taille et pour des ions [57, 63-68].
La fixation de ces molécules peut modifier sa conformation
[57, 66, 69]. De nombreux composés endogènes, tels que le
cuivre ou la thyroxine, se fixent également à l’albumine, mais sur
un pourcentage très faible de celle-ci, moins de 1 %. De même,
la bilirubine se fixe sur quelques molécules d’albumine sauf dans
les états d’hyperbilirubinémie dans lesquels plus de la moitié des
molécules d’albumine peuvent porter des molécules de bilirubine.
Aux concentrations physiologiques dans le plasma, 1 à
2 ions calcium et 7 à 8 ions chlorure sont fixés par
molécules d’albumine [67, 68]. La fixation de ces ions est
dépendante du pH et donc variable au niveau urinaire ; les ions
peuvent rapidement se dissocier de l’albumine ou être échangés avec
d’autres ions au cours de la conservation de l’échantillon.
Comparativement au plasma, l’urine est enrichie en molécules
peptidiques et dérivés acides aminés ou dérivés, tel que l’acide
hippurique et la phénylacétylglutamine [47, 70, 71]. Sur une base
molaire, la concentration urinaire de ces composés est en général
supérieure à celle de l’albumine, et ceux-ci peuvent être des
ligands de l’albumine [70, 71]. Dans le plasma, l’albumine fixe
différents peptides mais les données de la littérature sont
limitées concernant l’affinité et la stœchiométrie de fixation de
ces molécules à l’albumine [72, 73]. L’albumine contient
2 sites (site 1 et 2 sutlow) capables de fixer de
nombreux médicaments et des composés endogènes [63]. Certains de
ces composés tels que les salicylates, les sulfamides
antibactériens et la pénicilline sont présents dans l’urine à des
concentrations élevées.
Formes covalemment modifiées de l’albumine
L’albumine contient une cystéine non appariée en position 34. Cet
acide aminé possède un pKa proche de 5, inhabituellement faible,
qui favorise sa réactivité et la rapidité de formation de ponts
disulfures et d’échange avec d’autres composés plasmatiques portant
un groupement de thiols [57, 74, 75]. L’albumine peut également
former des dimères liés par un pont disulfure, à partir de deux
monomères d’albumine engageant le thiol de ce résidu cystéine en
position 34 ou cette cystéine peut être oxydée en acide
sulfonique [57, 76]. L’albumine ainsi modifiée sur la cystéine
34 possède des propriétés de fixation différente vis-à-vis de
multiples ligands, ce qui suggère une modification
conformationnelle de la molécule importante [57, 77].
Des dimères d’albumine formés par liaison disulfure ont été
retrouvés dans des échantillons urinaires [47, 78-82].
L’albumine possède une demi-vie longue, d’environ 20 jours,
dans la circulation sanguine [57, 83], ce qui lui permet de subir
de façon prolongée des modifications chimiques. Les réactions
au niveau des chaînes latérales des acides aminés constitutifs
permettent la formation de groupement carbonyles, de
carboxyméthyllysine et de produits de la glycation avancée sur une
petite proportion des molécules d’albumine circulante [76, 84, 85].
Des groupements dityrosines ont également été mis en évidence
[77]. Dans le plasma, entre 1 et 10 % des molécules d’albumine
sont glyquées par réaction avec le glucose, et des concentrations
plus élevées d’albumine glyquée sont retrouvées chez les patients
diabétiques [57, 86]. La plus grande proportion d’albumine
glyquée dans l’urine par rapport au plasma a été attribuée à une
plus faible efficacité de la réabsorption tubulaire rénale de la
forme glyquée [86]. Cette réabsorption tubulaire de l’albumine est
un processus médié par un récepteur avec une très grande
spécificité [87, 88].
Fragmentation de l’albumine
Différents fragments de l’albumine de masse moléculaire supérieure
à 5 kDa ont été retrouvés dans l’urine [47, 78-81, 89-94].
La proportion de ces fragments augmente avec l’existence d’une
pathologie rénale [78-81] et peut-être aussi avec une conservation
prolongée des échantillons urinaires à - 20 °C [47].
Les séquences polypeptidiques de quelques-uns de ces fragments
les plus importants ont été identifiées et certains sont également
retrouvés au niveau plasmatique suggérant que certains fragments
retrouvés au niveau urinaire sont d’origine plasmatique [81].
Des fragments d’albumine de masse moléculaire comprise entre
500 et 5 000 Da ont été retrouvés au niveau
plasmatique et au niveau urinaire [95-103]. Certains s’accumulent
au niveau plasmatique chez les patients souffrant d’une atteinte
rénale. La filtration glomérulaire rénale est un processus
dépendant de la taille et de la charge électrique des molécules :
il est probable que les petits fragments chargés positivement
formés au niveau plasmatique soient rapidement éliminés par les
reins en condition physiologique [104, 105].
Des formes tronquées de l’albumine ont également été détectées
au niveau plasmatique, caractérisées par la délétion de 1 ou
2 acides aminés N-terminaux [106], ou de 1, 6 ou
13 acides aminés C-terminaux [107, 108]. L’albumine ayant
perdu sa leucine C-terminale représente entre 4 et 15 % de
l’albumine d’un plasma normal [107] et peut devenir la forme
majoritaire de l’albumine plasmatique et urinaire de patients
souffrant de pathologies aiguës [107, 108].
Les protéases du tractus urinaire et celles présentes dans les
urines peuvent elles-mêmes générer des fragments d’albumine ou
modifier des fragments préexistants soit au niveau du tractus
urinaire lui-même soit durant la conservation des échantillons
[109-111]. Certaines molécules d’albumine qui ont subi une
réabsorption tubulaire peuvent être partiellement protéolysées ;
les fragments peuvent alors être retrouvés au niveau urinaire
[112].
Influence des différentes formes structurales
de l’albumine urinaire sur son dosage
L’immunodosage est la méthode de choix pour la quantification de
l’albumine dans les urines. L’albumine humaine est très antigénique
dans de nombreuses espèces animales [57]. La réponse
polyclonale des lapins est dirigée contre au moins 5 sites
antigéniques différents [113], suggérant que les immunodosages
utilisant des antisérums polyclonaux peuvent réagir avec de
nombreuses formes modifiées de l’albumine. L’existence de plusieurs
sites antigéniques explique également que les méthodes
immunoturbidimétriques reconnaissent l’albumine clivée en trois
peptides par le bromure de cyanogène, l’albumine chimiquement
modifiée et les albumines d’origine animale qui différent dans leur
séquence polypeptidique de plus de 20 % de l’albumine humaine [47].
Méthodes usuelles de quantification de l’albumine
urinaire
Méthodes usuelles de l’albumine urinaire
Les concentrations urinaires de l’albumine, inférieures à
150 mg/L, sont inférieures au seuil de détection de méthodes
colorimétriques utilisées dans les bandelettes pour l’analyse
urinaire de dépistage (urinanalyse). Les différents dosages
disponibles (méthode turbidimétrique, néphélométrique ou utilisant
deux anticorps) ont des limites de détection habituellement
comprises entre 2 et 10 mg/L [114, 115].
Ils utilisent des réactifs liquides pour les méthodes
néphélémétriques ou la mesure spectrophotométrique, et des réactifs
immobilisés sur bandelette pour les déterminations
semi-quantitatives visuelles. Les méthodes de routine
utilisent des anticorps polyclonaux ou monoclonaux, ce qui peut
influencer leur sensibilité pour la mesure des formes altérées et
des fragments de l’albumine.
La chromatographie liquide d’exclusion stérique (exclusion
diffusion) a été proposée comme méthode alternative et fournit des
valeurs plus élevées que les immunodosages pour la majorité des
échantillons. Une hypothèse, controversée, est que la
chromatographie d’exclusion détecterait une forme d’albumine non
détectée par la méthodologie immunologique [114, 116-118]. Cette
hypothèse remettrait en cause la réactivité des antisérums
polyclonaux avec des sites antigéniques multiples de l’albumine
[82, 113]. Il faut cependant noter que la chromatographie
d’exclusion co-isole et mesure l’albumine et d’autres protéines de
même taille, notamment certaines protéines urinaires [82].
Performance des méthodes de dosage de l’albumine
urinaire
Il n’existe pas de données dans la littérature concernant la
transférabilité des résultats entre les méthodes de dosage et entre
les laboratoires, même sur des échantillons fraîchement recueillis.
En conséquence, nous avons étudié la variation interlaboratoires et
interméthodes des résultats du contrôle de qualité externe Eqas. En
théorie, les échantillons utilisés dans ces spécimens de contrôle
de qualité doivent être similaires, quantitativement et
qualitativement, à l’albumine présente dans l’urine native, et donc
transférables aux urines natives de sujet. En pratique, les
échantillons urinaires utilisés par l’Eqas sont fréquemment
préparés par ajout d’albumine purifiée et de créatinine, et peuvent
contenir d’autres analytes, agents stabilisants et additifs
d’ajustement du pH. Ces échantillons possèdent une matrice
moins complexe et l’albumine contenue apparaît plus homogène que
celle des urines natives, ce qui fournit pour ce contrôle Eqas des
résultats plus uniformes que ce qui est observé avec des urines de
sujets.
Le tableau 3 montre que
différents organisateurs du contrôle Eqas utilisent des matériels
différents et les traitent de différentes façons.
Les échantillons utilisant une urine native liquide avec ou
sans addition de créatinine et d’albumine purifiées sont plus
aisément transférables. L’expérience du centre norvégien pour
l’assurance qualité en santé publique (Noklus) indique que les
échantillons de patients présentant une albuminurie se comportent
différemment avec différentes méthodes par rapport à des urines
normales surchargées avec de l’albumine purifiée. Plus
l’échantillon subit de traitements et s’écarte de la réalité, moins
le résultat est transférable. Les échantillons qui ont subi
une lyophilisation sont très souvent non comparables aux
échantillons natifs. Les échantillons non transférables ne
doivent donc être utilisés que pour les comparaisons entre
laboratoires utilisant la même méthode ou le même appareillage, et
ne peuvent pas être utilisés pour évaluer l’homogénéité des
résultats obtenus entre différentes méthodes.
Le tableau 4 reproduit des
exemples d’intervalles de résultats obtenus au cours de différents
programmes Eqas dans différents pays. Lorsque le matériel Eqas est
considéré comme ayant une probabilité forte d’être transférable,
les résultats de tous les participants au programme ont été
regroupés pour déterminer les performances interméthodes et
interlaboratoires. Quand le matériel s’avérait moins transférable,
les résultats ont été séparés par méthode pour déterminer la
performance interlaboratoire d’une même méthode. Tous les
programmes Eqas éliminent les valeurs aberrantes (en utilisant
différentes procédures) avant l’exploitation statistique des
résultats. L’intervalle de ± 2 écarts types a été calculé pour
déterminer l’intervalle à 95 % des résultats.
Toutes les enquêtes ont montré une variabilité entre les
laboratoires et entre les méthodes de dosage (tableau 4). La variation
interlaboratoires pour une même méthode est apparue plus faible que
la variation interlaboratoires et interméthodes, indiquant des
différences de calibrage entre les méthodes de dosage. Il est
difficile d’évaluer si les performances analytiques actuelles sont
en accord avec les besoins d’interprétation clinique des résultats
car ceux-ci n’ont pas été définis sur la base de preuves
d’évolution clinique. En considérant que l’imprécision de mesure de
l’albumine urinaire constitue la moitié de la variation biologique
intra-individuelle, et que le CVi est pris à 40 % (tableau
S1 du supplément de données en ligne), alors les résultats de
l’Eqas remplissent totalement ce critère. L’existence de biais ne
peut pas être recherchée puisqu’il n’existe pas de méthodologie de
référence.
Tableau 3 Synthèse et programme EQAS de différents
pays.
|
Programme EQASa
|
Nature de l’échantillon
|
Conditions de préparataion de l’échantillon
|
Conditions de prétraitement avant envoi aux participants
|
Conditions analytiques du transfert aux participants
|
Facilités d’application des conditionsb
|
|
EQUALIS (Suède)
|
Urine normale
|
Addition de chlorure de benzamidinium. urine congelée, décongelée
et filtrée. Addition d’albumine et recongélation à - 80 °C
|
Décongélation et dissolution avec du chlorure du sodium, et
addition de créatinine
|
Liquide à température ambiante
|
Oui
|
|
Labquality (Finlande, Norvège…)
|
Urine normale
|
Urine fraîche
|
Supplémentation avec albumine et créatinine
|
Liquide à température ambiante
|
Oui
|
|
NOKLUS (Norvège : médecins généralistes)
|
Urine de patients ayant une albuminurie
|
Congélation à – 80 °C
|
Décongélation et filtration stériles
|
Liquide à température ambiante
|
Oui
|
|
QMP-LS (Ontario, Canada)
|
Simple donneur ayant une albuminurie élevée
|
Deuxième échantillon d’un autre patient ayant une albuminurie
pouvant être ajouté pour ajuster la concentration
|
Conservation à 4 °C
|
Liquide et envoyé à 4 °C
|
Oui
|
|
Digital PT (Colombie britannique, Canada)
|
Urine synthétique stabilisée (ne provenant pas d’un donneur)
|
Liquide à 4 °C
|
Liquide à 4 °C
|
Liquide et envoyé à 4 °C
|
Inconnu
|
|
CAP (USA)
|
Urine normale
|
Addition d’albumine, créatinine, Autres analytes et
conservateurs
|
Conservation à 4 °C
|
Liquide et envoyé à 4 °C
|
Inconnu
|
|
RCPA-QAP (Australie)
|
Urine normale
|
Addition d’albumine, créatinine, autres substances puis
lyophilisation
|
Rien après la lyophilisation, conservation à 4 °C
|
Lyophilisée
|
Non
|
Tableau 4 Résultats des dosages de l’albumine urinaire
des enquêtes EQAS de différents paysa.
|
Programme EQASb
|
N
|
Median ou moyenne (mg/L)
|
Coefficient de variation (%)
|
± 2 écarts types
|
|
EQUALIS
|
200
|
20
|
10,8
|
16-25
|
|
EQUALIS
|
200
|
31
|
8,2
|
26-37
|
|
LABQUALITY
|
136
|
19
|
15,4
|
14-25
|
|
LABQUALITY
|
136
|
76
|
8,9
|
63-89
|
|
QMP-LS
|
28
|
20
|
16,5
|
14-26
|
|
QMP-LS
|
29
|
22
|
10,9
|
17-26
|
|
QMP-LS
|
28
|
58
|
6,9
|
50-66
|
|
NOKLUS (médecins généralistes)
|
1012
|
35
|
12,1
|
27-44
|
|
NOKLUS turbidimétrie
|
430
|
20
|
6,6
|
17-44
|
|
NOKLUS turbidimétrie
|
424
|
68
|
5,2
|
61-74
|
|
Digital PT
|
38
|
36
|
11,3
|
28-44
|
|
Digital PT
|
37
|
74
|
8,4
|
61-86
|
|
CAP méthode A, turbidimétrie
|
262
|
25
|
10,4
|
20-27
|
|
CAP méthode A, turbidimétrie
|
207
|
87
|
5,1
|
79-92
|
|
CAP méthode B, turbidimétrie
|
203
|
27
|
6,9
|
23-29
|
|
CAP méthode B, turbidimétrie
|
194
|
83
|
3,1
|
78-85
|
|
CAP méthode C, turbidimétrie
|
162
|
30
|
7,1
|
26-32
|
|
CAP méthode C, turbidimétrie
|
123
|
88
|
4,5
|
80-92
|
|
CAP méthode D, turbidimétrie
|
118
|
26
|
5,0
|
24-28
|
|
CAP méthode D, turbidimétrie
|
86
|
84
|
3,8
|
78-87
|
|
CAP méthode E, turbidimétrie
|
76
|
24
|
6,2
|
21-25
|
|
CAP méthode E, turbidimétrie
|
112
|
87
|
4,9
|
78-91
|
|
CAP méthode F, turbidimétrie
|
96
|
26
|
10,1
|
21-29
|
|
CAP méthode F, turbidimétrie
|
82
|
89
|
4,9
|
81-94
|
|
CAP méthode G, turbidimétrie
|
95
|
27
|
6,2
|
23-28
|
|
CAP méthode G, turbidimétrie
|
79
|
86
|
5,3
|
76-90
|
|
CAP méthode H, turbidimétrie
|
97
|
26
|
7
|
23-28
|
|
CAP méthode H, turbidimétrie
|
69
|
93
|
4,5
|
84-97
|
|
RCPA méthode A, turbidimétrie
|
30
|
36
|
8,5
|
30-42
|
|
RCPA méthode A, turbidimétrie
|
30
|
83
|
5,8
|
73-93
|
|
RCPA méthode B, turbidimétrie
|
30
|
35
|
10,5
|
28-42
|
|
RCPA méthode B, turbidimétrie
|
20
|
85
|
6,2
|
74-95
|
Un système de référence pour le dosage
de l’albumine urinaire
Un système de référence pour le dosage de l’albumine urinaire
nécessite à la fois un matériel de référence primaire (albumine) et
secondaire (matrice), et une procédure de dosage de référence avec
laquelle la valeur donnée d’un matériel de référence peut être
transférée de façon précise à un échantillon de patients via les
hiérarchies de dosage de la chaîne de traçabilité [119]. A ce
jour, le comité de liaison pour la traçabilité dans les
laboratoires médicaux (Joint committee for traceability in
laboratory medicine ou JCTLM) ne fournit pas sur son site internet
une liste des matériaux de référence ou des procédures de dosage de
référence de l’albumine urinaire [120].
Un matériel de référence souhaitable pour le calibrage des
procédures de dosage en routine doit être transférable aux urines
natives pour toutes les procédures. Ceci implique que les méthodes
de routine doivent avoir une réactivité immunochimique équivalente
vis-à-vis de la molécule ou des molécules d’albumine dans le
matériel de référence et pour l’albumine des échantillons d’urine
native. La transférabilité est plus difficile à définir pour
les urines car la matrice biologique est extrêmement variable dans
différentes conditions pathologiques et car le mesurande n’est pas
totalement défini. Un matériel de référence qui utilise de
l’albumine hautement purifiée ne reflète pas les différentes formes
moléculaires présentes dans les urines. Cependant, l’utilisation
d’albumine purifiée comme matériel de référence apparaît être
l’approche plus pragmatique pour effectuer un calibrage standardisé
des procédures de dosage de routine.
Matériels et méthodes actuellement utilisés comme
référence pour le calibrage des procédures
de dosage de l’albumine urinaire
Puisqu’aucun matériel de référence n’existe actuellement, la
majorité des méthodes de dosage utilise comme calibrant une
dilution du CRM470 (maintenant appelé ERM-DA470) ; Institut
pour les méthodes et matériels de référence, Geel, Belgique), un
matériel de référence protéique ferrique de haute qualité ayant une
concentration en albumine de 39,7 g/L [121]. Il n’existe
pas de protocole de dilution publié pour la préparation de
concentrations du CRM470 adaptées au calibrage des méthodes de
dosage urinaire. La concentration de l’albumine dans le
CRM470 avait été initialement fixée sur la base d’un matériel
de référence protéique, sérique plus ancien, le USNRP 12-0575C
[122]. Cependant, la structure protéique, les propriétés
physicochimiques et la procédure de détermination de la valeur
précise d’albumine dans ce dernier matériel de référence n’a pas
été précisée [121]. Un groupe de travail de l’IFCC a pour tâche de
définir un matériel de référence pour les protéines urinaires
incluant l’albumine, mais ce travail n’est pas achevé [123].
Une équipe de chercheurs japonais a montré que 5 à 10 % des
solutions de calibrage utilisées dans les immunodosages de routine
contiennent de l’albumine polymérisée [51]. La même étude
indique que certaines méthodologies utilisent le CRM470 dilué
comme point de départ de la valeur de calibrage alors que d’autres
méthodologies utilisent le coefficient d’absorption molaire de
l’albumine sérique humaine.
Matériel de référence candidat pour l’albumine
urinaire
La Société japonaise de chimie clinique et le Comité japonais de
standardisation ont coordonné le développement d’un nouveau
matériel de référence secondaire contenant de l’albumine ayant des
propriétés physicochimiques et structurales bien définies [124].
Ce matériel de référence a été préparé en utilisant de
l’albumine sérique humaine monomérique pure à plus de 97,5 % dans
une matrice de NaCl 0,5 mol/L, glucose 20 g/L et
NaN3 0,5 g/L dans un tampon phosphate 20 mol/L
à pH 7,3. Ce matériel lyophilisé a une variation inférieure à
3 % entre les flacons et une stabilité supérieure à 1 an entre
5 et 10 °C, et 20 heures après reconstitution avec
de l’eau à 10° ou 25 °C.
Puisqu’il n’existe pas de procédure de dosage de référence, ce
matériel de référence potentiel a été mesuré par rapport au
CRM470 dilué en utilisant des procédures immunométriques
habituelles [124]. Brièvement, 13 systèmes de mesure usuels
ont montré une réactivité immunochimique identique à celle du
matériel de référence potentiel et au CRM470 dilué.
Les concentrations déterminées pour le matériel de référence
potentiel par chacune des méthodes de routine, en regard du CRM470,
ont été moyennées pour définir la concentration de ce matériel de
référence de 226,1 (8,4) mg/L [moyenne (incertitude)] après
reconstitution avec 3 mL d’eau.
Les investigateurs japonais sont en cours de validation de la
transférabilité de ce nouveau matériel de référence et vont le
soumettre pour approbation au JCTLM. Une autre approche est en
cours, utilisant une albumine humaine recombinante pour créer un
matériel de référence primaire, sur la base de méthodologies
utilisées pour le matériel de référence secondaire.
Procédure de dosage de référence potentielle
pour l’albumine urinaire
Une procédure de dosage de référence de l’albumine urinaire doit
mesurer spécifiquement la ou les molécules d’albumine dans l’urine
native. En raison de l’hétérogénéité des formes moléculaires de
l’albumine dans l’urine, le mesurande doit être défini.
Les procédures immunologiques ne sont pas utilisables en tant
que référence, car les anticorps peuvent réagir avec différents
épitopes de la molécule d’albumine ou de fragments et donc donner
des réponses différentes.
Une équipe de la Mayo Clinic (Rochester) a récemment développé
une procédure de dosage de type LC-MS qui mesure le fragment des
24 acides aminés N-terminaux de l’albumine. Cette méthode met
en œuvre une fragmentation de l’albumine qui n’utilise pas la
protéolyse trypsique, évitant ainsi les risques de digestion
incomplète. Des résultats similaires ont été obtenus avec
l’albumine sérique humaine marquée par l’azote 15 préparée
chez la levure [125] et par l’albumine sérique bovine, moins
onéreuse, comme étalon interne. Le calibrage est effectué à
partir d’une urine après absorption sur du charbon supplémenté avec
de l’albumine sérique humaine [126] dont la concentration est
quantifiée par mesure de l’absorption moléculaire
[38553 (L/mol-cm)] à 280 nM [127]. Cette méthodologie
quantifiant un fragment spécifique de l’albumine, il était
nécessaire de vérifier les urines physiologiques et pathologiques
contiennent des fragments d’albumine avec ces 24 acides aminés
N-terminaux ou des molécules d’albumine tronquée au niveau
N-terminal. L’utilisation de la LC-MS pour détecter d’autres
fragments de l’albumine pourrait faciliter l’étude de la nature, de
la quantité et de la signification clinique des différentes espèces
de l’albumine au niveau urinaire au cours des pathologies rénales
et cardiovasculaires. La technologie LC-MS, qui n’est pas
basée sur une réaction immunologie, peut ainsi être une procédure
de dosage de référence pour le dosage de l’albumine urinaire.
Un système de référence pour le dosage
de la créatinine urinaire
La détermination de l’ACR impose le dosage à la fois de l’albumine
et de la créatinine dans l’urine. La variabilité des valeurs
calculées de l’ACR est l’addition des biais et de l’imprécision de
dosage de chacun des analytes. C’est pourquoi une standardisation
de dosage à la fois de l’albuminurie et du dosage de la créatinine
urinaire est nécessaire pour obtenir des valeurs d’ACR comparables
entre les différentes méthodes et entre les différents
laboratoires.
Le programme de standardisation de la créatinine sérique initié
par le NKDEP est basé sur l’existence de procédure de dosage de
référence validé et sur le développement d’un matériel de référence
secondaire transférable pour la créatinine sérique. Un travail
similaire est nécessaire pour disposer d’une méthode de dosage de
grande qualité de la créatinine au niveau urinaire. Le JCTLM a
établi une procédure de dosage de référence pour la créatinine
urinaire basé sur une méthodologie de type dilution
isotopique-chromatographie en phase gazeuse-spectrométrie de masse
[128], et un matériel de référence primaire (c’est-à-dire un
composé pur) certifié existe pour la créatinine (Institut national
des standards et de la technologie, États-Unis, SRM 914a).
Cependant, il n’existe pas à ce jour de matériels de référence
secondaire pour la créatinine urinaire.
En raison de l’absence de ces matériels de référence secondaire,
le calibrage des méthodes de dosage usuelles pour la mesure
urinaire est souvent réalisé avec des matériels de référence
sériques. Cette pratique n’est cependant pas idéale car il existe
de nombreuses différences entre les matrices sérique et
urinaire.
Conclusion
De nombreuses questions nécessitent encore une clarification pour
améliorer l’utilisation du dosage de l’albumine urinaire dans le
cadre de l’évaluation de la maladie rénale. Les données
actuelles ne permettent pas de fournir des conclusions définitives
ou des recommandations pour la pratique. Des études
supplémentaires sont nécessaires pour rendre possible la
standardisation du dosage de l’albumine urinaire et l’établissement
de recommandations cliniques basées sur la mesure de l’excrétion
urinaire de l’albumine. Le groupe IFCC/NKTEP a pour objectif
de développer les programmes expérimentaux pour fournir de telles
informations.
Éléments de pratiques actuelles reflétant
un consensus parmi les participants
à la conférence
1. L’utilisation du terme « albumine urinaire » est recommandée ;
éviter le terme « microalbumine ».
2. Les échantillons urinaires de la première miction du
matin fournissent une plus faible variabilité que les échantillons
urinaires utilisés à différents temps de la journée.
3. Les échantillons urinaires de la deuxième miction du
matin sont également utilisables mais aucune évidence n’a démontré
leur supériorité par rapport aux urines de la première miction.
4. L’albumine urinaire doit être mesurée sur des échantillons
qui n’ont pas subi de congélation. L’albumine urinaire est stable
lorsqu’elle est conservée entre 2 °C et 8 °C pendant
7 jours avant le dosage. Un trouble de l’échantillon lié à la
précipitation ou à des éléments cellulaires doit être éliminé par
centrifugation avant la conservation réfrigérée.
5. Les échantillons urinaires réfrigérés doivent être
ramenés à la température ambiante avant le dosage, afin de
dissoudre des précipités qui peuvent avoir été formés et qui
auraient aidé à absorber l’albumine. L’urine doit être visuellement
observée pour détecter de tels précipités et centrifuger si
nécessaire pour les éliminer.
6. Si l’urine doit être congelée avant le dosage, cela doit être
à une température inférieure ou égale à - 70 °C. Tout
trouble lié à une précipitation ou à des éléments cellulaires doit
être éliminé par centrifugation avant la conservation à l’état
congelé. Les échantillons décongelés doivent être ramenés à
température ambiante et parfaitement homogéinisés avant le dosage.
L’effet de la congélation et de la décongélation sur les formes
moléculaires de l’albumine n’est pas totalement défini à ce
jour.
7. Un rapport albumine/créatinine doit être associé à tous les
résultats des dosages d’albumine urinaire.
8. Une confusion existe dans l’expression des résultats en unité
de « mg d’albmumine/mmol de créatinine », « g d’albumine/mol de
créatinine » ou « mg albumine/g créatinine » ou « μg albumine/mg
créatinine ». Cette situation est liée à des préférences nationales
ou régionales et n’est pas résolue à ce jour. Idéalement, les
unités du système international doivent être adoptées. Dans
l’attente, des recommandations d’uniformisation doivent être mises
en œuvre à l’intérieur d’un même pays ou d’une même région.
9. Les concentrations d’albumine exprimées en mg/L sont
difficiles à interpréter, et ne doivent donc pas constituer le seul
mode d’expression de ces concentrations.
Problèmes à résoudre pour standardiser le dosage
et l’expression des résultats d’albumine urinaire
1. Clarification des contraintes préanalytiques :
- – influence du type de récipient ;
- – influence du moment de recueil (premières urines du
matin, secondes urines du matin, échantillon urinaire, urines des
24 heures) en fonction de la variabilité biologique ;
- – influence de la présence du sang (d’origine
menstruelle ou liée à un saignement dans le tractus urinaire), de
liquide séminal ou de tout autre contaminant de l’urine.
2. Clarification des différentes formes moléculaires de
l’albumine dans les urines fraîchement émises et définition du
mesurande.
3. Clarification du niveau de dégradation de l’albumine urinaire
en fonction des conditions de conservation.
4. Clarification des variations liées à la composition de la
matrice urinaire.
5. Clarification sur les données cliniques pour apprécier
l’erreur totale sur le dosage de l’albumine urinaire.
6. Développement d’une procédure de référence de dosages.
7. Développement d’un matériel de référence secondaire de
l’albumine urinaire incluant la validation de la transférabilité et
son accréditation par le JCTLM.
8. Développement d’un matériel de référence secondaire de la
créatinine urinaire, incluant la validation de sa transférabilité
et l’accréditation par le JCTLM.
9. Identification de matériaux EQAS appropriés permettant la
comparaison des performances analytiques des méthodes usuelles.
10. Des résultats de dosage standardisés sont nécessaires
pour permettre des études cliniques qui détermineront les seuils
optimaux de décision pour l’AER et l’ACR.
11. Différents seuils de décision sont nécessaires selon le
temps de recueil des échantillons (premières urines du matin,
recueil standardisé…), en raison de la grande variablité des
modalités existantes de recueil.
12. L’ACR varie avec l’âge, le sexe et l’ethnie. Des seuils
de décision appropriés pour ces sous-groupes doivent être
déterminés. Un seuil de décision unique n’apparaît pas apporter une
sensibilité suffisante.
13. Le risque de pathologies rénales chroniques et de
maladies cardiovasculaires est associé à la concentration urinaire
d’albumine. Les seuils de risque appropriés pour des
populations données (par exemple la popualtion générale ou des
groupes à haut risque tels que les diabétiques, les hypertendus ou
les sujets atteints de maladies cardiovasculaires) doivent être
terminés.
14. L’étude de l’utilité d’algorithme spécifique en fonction du
sexe et de l’âge pour la conversion de l’ACR en une valeur estimée
de l’AER pour lequel une limite unique de référence peut être
appropriée.
Remerciements
Les auteurs saluent la contribution des participants à la
conférence de mars 2007 sur le dosage de l’albumine urinaire
et l’expression de son résultat ; leurs noms figurent dans le
supplément de données en ligne. Nous remercions également Elisa
Gladstone et Nancy Accetta pour leur excellent travail
administratif.
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