ARTICLE
Auteur(s) : O Fenneteau, M-F
Hurtaud-Roux, N Schlegel
Service d’hématologie biologique, Hôpital Robert Debré (AP-HP),
Paris
Article reçu le 25 Octobre 2005, accepté le 15 Novembre 2005
L’hématologie pédiatrique requiert une connaissance des
particularités de l’hématopoïèse du nouveau-né et de l’enfant,
ainsi que des maladies héréditaires qui s’accompagnent de
manifestations hématologiques.En raison d’importantes différences
par rapport à l’adulte, l’interprétation correcte des données de
l’hémogramme en pédiatrie doit tenir compte des variations
physiologiques des différents paramètres et des particularités
cytologiques en fonction de l’âge et du degré de prématurité [1].La
majorité des maladies héréditaires qui entraînent une modification
morphologique des cellules sanguines ont une révélation néonatale
ou dans l’enfance. Une attention particulière doit donc être
apportée à l’étude cytologique des populations cellulaires
sanguines lors des premières années de vie. Nous aborderons
successivement la morphologie normale et pathologique des hématies,
des leucocytes et des plaquettes sur frottis sanguins colorés au
May-Grünwald-Giemsa (MGG).
Morphologie des hématies
Aspects physiologiques
Les hématies du nouveau-né sont macrocytaires avec un volume
globulaire moyen (VGM) situé entre 98 et 125 fl, voire plus
pour les prématurés. Plusieurs mécanismes pourraient rendre compte
de cette macrocytose physiologique : d’une part,
l’érythropoïèse de stress lors de la naissance et, d’autre part, la
composition plus riche en lipides de la membrane érythrocytaire
néonatale. À partir de la troisième ou de la quatrième semaine, le
VGM diminue progressivement pour atteindre un minimum aux alentours
de 75 fl au sixième mois de vie.
L’observation du frottis sanguin du nouveau-né révèle quelques
particularités (( figure
1 )A). Ainsi, on note la présence de :
- – rares corps de Jolly (témoin d’une asplénie
fonctionnelle physiologique transitoire) ;
- – quelques pyknocytes : ce sont des hématies aux
contours irréguliers avec de rares projections courtes. Chez le
nouveau-né à terme, on peut trouver 2 % environ de
pyknocytes ; leur taux est plus élevé chez le prématuré
(jusqu’à 6 %). Leur présence diminue progressivement pour
disparaître après 6 mois. La présence de nombreux pyknocytes
désignée sous le terme de pyknocytose infantile, s’accompagne d’une
anémie spontanément résolutive en quelques semaines [2] ;
- – rares sphérocytes (< 1 %) ;
- – quelques échinocytes et acanthocytes ;
- – rares hématies cibles ;
- – des hématies polychromatophiles (hématies de taille
augmentée et colorées en gris bleu au MGG). Elles correspondent à
des jeunes hématies contenant des résidus d’ARN (réticulocytes).
Chez le nouveau-né à terme le taux de réticulocytes est de 200 à
300 G/L, il diminue rapidement pendant la première semaine et reste
ensuite comparable à celui de l’adulte.
Aspects pathologiques
Les différentes anomalies morphologiques des hématies peuvent être
répertoriées selon qu’elles affectent leur taille, leur teinte,
leur forme ou leur contenu (présence d’inclusions érythrocytaires).
Une même pathologie regroupe le plus souvent plusieurs anomalies
morphologiques du globule rouge. Certaines anomalies morphologiques
identiques peuvent se retrouver au cours de pathologies
constitutionnelles et acquises.
Différentes pathologies acquises peuvent s’associer (carence en
folates et en fer), perturbant les constantes de l’hémogramme et la
morphologie des hématies.
Différentes pathologies constitutionnelles de la membrane, de
l’hémoglobine, des enzymes peuvent s’associer diversement entre
elles. Une pathologie héréditaire peut être associée à une
pathologie acquise (carence en folates ou en fer, microangiopathie,
insuffisance hépatique…). La morphologie des hématies peut s’en
trouver modifiée. Ainsi, chez un enfant porteur d’une sphérocytose
héréditaire, la carence en fer masque la présence de sphérocytes
par l’hypochromie qu’elle entraîne.
Anomalies de taille
Microcytose
La microcytose est définie par la présence d’hématies de taille et
de VGM diminués. Elle résulte en général d’un défaut de synthèse de
l’hémoglobine et s’associe à l’hypochromie (hématies de teinte
pâle) quand l’anomalie porte sur un défaut de synthèse des chaînes
de globine ou sur un défaut de synthèse de l’hème (carence en fer,
déficit en enzymes intervenant dans la synthèse de l’hème).
Chez le jeune enfant, la carence martiale est la première cause
d’anémie microcytaire hypochrome. Les facteurs socio-économiques et
culturels ont un impact certain sur le type d’alimentation et un
retard à la diversification alimentaire peut être un facteur
favorisant la carence martiale.
Les nouveau-nés atteints d’alpha-thalassémie mineure présentent
à la naissance une microcytose avec un VGM < 95 fl, sans
anémie, et quelques hématies cibles (( figure 2 )A). Le diagnostic
est confirmé par la présence d’hémoglobine Bart durant les
premières semaines de vie. La délétion des 4 gènes alpha, répandue
en Asie, entraîne la mort in utero ou dans les premières semaines
de vie, dans un tableau d’anasarque fœtoplacentaire (hydrops
fœtalis) [3]. L’anémie microcytaire est sévère, accompagnée de
nombreuses hématies cibles et d’un fort pourcentage
d’érythroblastes (( figure 2 )B).
L’anémie sidéroblastique congénitale est liée à une mutation du
gène de l’Ala synthétase, localisé au niveau du chromosome X. L’Ala
synthétase intervient dans les premières étapes de la synthèse de
l’hème [4]. L’anémie est sévère, hypochrome, microcytaire,
arégénérative, d’apparition précoce. Chez les filles porteuses de
la maladie, on retrouve une double population érythrocytaire (l’une
microcytaire hypochrome, l’autre normocytaire) (( figure 2 )C). Le
myélogramme révèle une moelle riche, une hyperplasie érythroïde,
des érythroblastes matures au cytoplasme effiloché avec des plages
transparentes traduisant le défaut d’hémoglobinisation (( figure 2 )D). La
coloration de Perls permet de mettre en évidence le pourcentage
élevé de sidéroblastes en couronne (( figure 2 )D).
Macrocytose
La macrocytose est caractérisée par des hématies de taille
augmentée. Les macrocytes sont la conséquence d’une anomalie de
synthèse de l’ADN, soit par carence ou pathologie congénitale des
folates ou de la vitamine B12, soit par anomalies
constitutionnelles du métabolisme nucléaire.
La carence en vitamine B12 chez le nouveau-né est rarissime et
n’est retrouvée que dans les cas où la mère est exclusivement
végétarienne. Les pathologies congénitales de la vitamine B12 et
des folates se révèlent en général tôt dans la vie. Le VGM étant
élevé de façon physiologique chez le nouveau-né, seule la présence
d’hématies de taille anormalement augmentée attire l’attention,
ainsi que la dysérythropoïèse quand il existe des érythroblastes
circulants (( figure
2 )E). De plus, au cours des troubles héréditaires du
métabolisme de la vitamine B12 et des folates [5], le VGM peut ne
pas refléter la macrocytose car s’y associent de nombreuses
hématies fragmentées (( figure 2 )F). L’anémie dans
ces pathologies est sévère et s’accompagne d’autres cytopénies
(thrombopénie, neutropénie).
Le déficit rarissime en UMP synthétase, responsable de
l’acidurie orotique [6] s’accompagne d’une anémie macrocytaire avec
une très forte anisocytose et l’association de microcytes, de
macrocytes et de macrocytes hypochromes (( figure 2 )G). Le
myélogramme révèle une macroblastose marquée.
La dysérythropoièse congénitale de type I [7], se révèle souvent
précocement dans l’enfance (quelques cas ont même nécessité des
transfusions in utero), l’anémie est macrocytaire. Des macrocytes,
des dacryocytes et des elliptocytes sont retrouvés sur le frottis
sanguin (( figure
2 )H). Le myélogramme est très évocateur, la moelle est
riche avec hyperplasie érythroïde. Les anomalies touchent les
stades les plus matures avec des érythroblastes de grande taille au
noyau bilobé, des érythroblastes à deux noyaux souvent de taille et
de structure différentes. La présence en nombre anormal de ponts
chromatiniens entre deux noyaux d’érythroblastes distincts est très
évocatrice de cette pathologie (( figure 2 )I).
Anomalies de forme
L’hématie à l’état normal a une forme discoïde. Différentes
anomalies constitutives de l’hémoglobine, de la membrane, des
enzymes érythrocytaires peuvent entraîner une modification de la
forme du globule rouge. Ces anomalies de forme peuvent être
évocatrices d’une pathologie constitutionnelle du globule rouge
mais la plupart s’observent également dans des pathologies acquises
diverses. Le terme de poïkilocytose indique la présence sur les
frottis d’hématies de formes différentes.
Nous allons passer en revue les différentes anomalies de forme
caractéristique avec leur dénomination propre, en précisant les
pathologies constitutionnelles et acquises qui leur sont
associées.
Échinocytes et acanthocytes
Les échinocytes sont des hématies dont la surface possède plusieurs
spicules courts et réguliers. Les acanthocytes sont des hématies
qui présentent quelques spicules irrégulièrement disposés à la
surface de la cellule. Les échinocytes apparaissent uniformément
crénelés, alors que les acanthocytes apparaissent plus denses et
contractés sur le frottis coloré au MGG.
La distinction entre ces deux types d’hématies crénelées est
parfois difficile sur un frottis coloré au MGG, mais devient aisée
en regardant les hématies à l’état frais en contraste de phase. La
déformation en échinocyte peut être artéfactuelle, due à une trop
longue conservation du sang avant la confection du frottis (( figure 3 )A). Les
échinocytes et acanthocytes se retrouvent en petit nombre chez le
nouveau-né, leur nombre augmente avec le degré de prématurité en
raison d’une carence en vitamine E, qui représente un protecteur de
la membrane vis-à-vis des agents oxydants (( figure 3 )B). Les
échinocytes sont décelés dans le déficit en pyruvate kinase,
associés à de rares acanthocytes. Après splénectomie et au cours
d’autres déficits en enzymes de la glycolyse érythrocytaire (triose
phosphate isomérase, phosphoglycérate kinase…), ce sont surtout des
hématies denses spiculées (( figure 3 )C) qui sont
décrites. Des échinocytes sont décelés également au cours de
nombreuses pathologies acquises (asplénie, gastro-entérites,
brûlures…) (( figure
3 )D).
La présence d’acanthocytes n’est jamais artéfactuelle [8]. Au
cours de l’abêtalipoprotéinémie [9], maladie métabolique
héréditaire rare, de révélation précoce, plus de 50 % des
hématies sont des acanthocytes (( figure 3 )E). La recherche
d’acanthocytes est un marqueur biologique important pour le
diagnostic de différentes pathologies neurodégénératives (maladie
d’Hallervorden-Spatz, neuroacanthocytose) [10] (( figure 3 )F). Des anomalies
de groupes sanguins (phénotypes Mc Leod et Lutheran In (Lu))
s’accompagnent d’acanthocytes. Les acanthocytes sont également
observés au cours de certaines pathologies acquises (insuffisance
hépatocellulaire sévère, hypoplasie splénique fonctionnelle et
anatomique, anorexie…).
Hématies cibles
Les hématies cibles ont un centre coloré entouré d’une zone claire,
elle-même bordée par une zone colorée. Les cellules cibles
résultent d’une augmentation du rapport surface/volume de
l’érythrocyte, conséquence soit d’une diminution de la quantité
d’hémoglobine (anémie ferriprive, thalassémie, hémoglobinose E) ((
figure 3 )G),
soit de l’augmentation de la surface de la membrane (déficit en
lécithine cholestérol acétyl transférase (LCTA)), soit d’une
diminution du volume sans diminution de surface (hémoglobinose C)
(( figure 3 )H).
Au cours des thalassémies, les hématies cibles sont présentes
dès la naissance pour les patients atteints d’alpha-thalassémie.
Pour les patients atteints de bêta-thalassémie homozygote [11],
d’hémoglobinose E et d’hémoglobinose C, l’apparition de l’anémie et
des anomalies des hématies a lieu après les premiers mois de vie
quand la synthèse des chaînes γ globines est remplacée
progressivement par la synthèse de la chaîne β globine.
Les hématies cibles sont également retrouvées dans les
pathologies autres que celles de l’hémoglobine et notamment les
déficits héréditaires ou acquis (obstructions biliaires) en LCTA ((
figure 3
)I).
Dacryocytes
Les dacryocytes sont des hématies avec un prolongement effilé
(hématie en larme, hématie en poire). Les dacryocytes sont observés
au cours des thalassémies (( figure 3 )J) (en
association avec d’autres anomalies : hypochromie,
microcytose, hématies cibles, hématies ponctuées…). Ils sont
également retrouvés chez l’enfant, lors des rares cas de fibrose
médullaire, telle l’ostéopétrose (maladie d’Albers-Schönberg),
pathologie rare de l’ostéoclaste qui se traduit par un comblement
des espaces médullaires. À la pancytopénie s’associent des
dacryocytes, une érythromyélémie [12].
Drépanocytes
Les drépanocytes sont des hématies en forme de faucille avec
prolongement effilé aux extrémités.
Cette déformation est la conséquence de la polymérisation des
molécules d’hémoglobine S (HbS) sous forme de longues fibres en
milieu désoxygéné.
On les retrouve chez les patients drépanocytaires homozygotes
[13] où le pourcentage est variable, parfois élevé. Chez les
patients S/C, les drépanocytes sont rares, associés à de nombreuses
hématies cibles. Chez les patients S/β thalassémiques, les
drépanocytes sont associés à des hématies cibles, des microcytes et
une hypochromie.
À la naissance, les drépanocytaires homozygotes ont un
hémogramme normal. L’apparition de l’anémie vers le deuxième ou le
troisième mois de vie suit la décroissance de l’hémoglobine F et
l’apparition concomitante de l’HbS. Les frottis sanguins, à ce
stade, révèlent la présence d’hématies cibles et une nette
polychromatophilie. Les anomalies érythrocytaires vont apparaître
progressivement : drépanocytes qui seront majorés lors des
crises vaso-occlusives (( figure 3 )K), corps de
Jolly traduisant l’asplénie fonctionnelle.
Elliptocytes
La présence d’elliptocytes (jusqu’à 10-20 %) peut s’observer
dans différentes anémies, notamment dans les thalassémies, ainsi
que dans les anémies ferriprives et les anémies mégaloblastiques.
L’examen des frottis de sang des patients atteints
d’elliptocytose héréditaire met en évidence des globules rouges
elliptiques, à un taux généralement supérieur à 30 % et
pouvant aller jusqu’à 100 %. Il existe tous les intermédiaires
entre des cellules discrètement ovalaires et des cellules très
allongées en forme de bâtonnet (( figure 3 )L).
L’elliptocytose constitutionnelle est de transmission autosomale
dominante, sa fréquence dans certaines régions d’Afrique
équatoriale peut atteindre 1% de la population. Les formes
asymptomatiques sont les plus fréquentes, leur découverte est
fortuite sur frottis sanguins avec plus de 30 % d’elliptocytes
sans poïkilocytose associée. Dans environ 15 % des cas, il
existe une anémie hémolytique chronique modérée, avec, à côté des
elliptocytes, une poïkilocytose peu marquée faite d’hématies
fragmentées (( figure
3 )M).
Le degré de fragmentation des hématies est le meilleur
indicateur de sévérité de l’anémie hémolytique [14]. On distingue
trois formes rares d’elliptocytose sévère [15] :
- 1) la poïkilocytose sévère transitoire de la première
année de vie qui est révélée par un ictère néonatal. Sur le frottis
sanguin, on observe des hématies fragmentées, des elliptocytes et
des sphérocytes en petit nombre (( figure 3 )N). Cette forme
grave est transitoire. Vers l’âge de 1 an, l’hémolyse et la
fragmentation diminuent ;
- 2) les rares patients homozygotes pour un déficit en
protéine 4.1 qui ont une anémie hémolytique sévère avec à côté des
elliptocytes, une fragmentation marquée des hématies et des
sphérocytes ;
- 3) la forme la plus sévère est la pyropoïkilocytose
héréditaire. De découverte néonatale, la poïkilocytose est extrême
avec de nombreuses hématies fragmentées de forme variée, notamment
triangulaire, de nombreux sphérocytes et de rares elliptocytes ((
figure 3
)O).
Il existe une autre pathologie membranaire héréditaire avec
déformation elliptique des hématies : l’ovalocytose mélanésienne.
La présence de macro-ovalocytes et d’ovalocytes avec une ou deux
raies claires transversales (ovalo-stomatocytes) est très
évocatrice (( figure
3 )P). L’ovalocytose mélanésienne se rencontre
essentiellement dans le Sud-Est Asiatique, en Mélanésie et plus
particulièrement en zone d’endémie palustre [16]. Les quelques cas
rencontrés en France sont de découverte fortuite lors de l’examen
du frottis sanguin. L’ovalocytose mélanésiene est asymptomatique à
l’état hétérozygote. De transmission dominante, on ne connaît pas
de forme homozygote. Elle serait létale in utero.
Schizocytes
Les schizocytes sont des hématies fracturées de façon accidentelle,
soit lors du passage à travers des microthrombi (anémies
hémolytiques microangiopathiques), soit contre un obstacle
(pathologie valvulaire, cancer métastasé) [17].
Chez l’enfant, les schizocytes se rencontrent essentiellement au
cours du syndrome hémolytique et urémique (SHU) associant anémie,
thrombopénie et insuffisance rénale. Quatre-vingt-dix pour cent des
cas de SHU chez l’enfant sont post-diarrhéiques et surviennent
surtout chez des enfants de moins de trois ans. Ils sont associés à
une infection à Escherichia Coli sécréteurs de vérotoxines dans
85 % des cas (( figure 4 )A) [18]. Il ne
faut pas méconnaître les rares cas de SHU « atypiques »
(( figure 4 )B)
plus sévères, de révélation souvent néonatale, évoluant par
poussées et liés à un déficit constitutionnel en protéase du
facteur Willebrand dénommée ADAMTS-13 [19]. D’autres cas de SHU
« atypiques » sont associés à un taux bas de C3, isolé ou
secondaire à un déficit en facteur H [20].
Dans la majorité des cas de mutants Cbl C (anomalie
intracellulaire des cobalamines), les signes cliniques apparaissent
tôt dans la vie et associent léthargie, anorexie, retard de
développement. L’anémie est macrocytaire, parfois associée à une
thrombopénie. Un tableau de SHU peut se surajouter, l’anémie sévère
est arégénérative et les polynucléaires ont un noyau plurisegmenté
ou rubané ce qui permet de le distinguer des autres tableaux de SHU
néonataux [21].
Chez le nouveau-né et le nourrisson, l’appréciation des
schizocytes peut être délicate, les pyknocytes étant proches
morphologiquement (( figure 4 ) C et D).
Hématies fantômes (ghosts) et hémighosts
Les hématies fantômes (ghosts) (( figure 4 )E) sont des
hématies qui sont dépourvues de leur contenu en hémoglobine. Les
hématies partiellement vidées de leur substance sont appelées
hémighosts. Ces cellules ont une partie intacte dense, l’autre
claire avec une bordure irrégulière comme arrachée.
Cette anomalie s’observe chez les patients déficitaires en
glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD) en crise hémolytique
sévère après ingestion de molécules oxydantes [22]. Au cours des
hémoglobinopathies, des hémighosts peuvent être observés mais la
partie claire de l’hémighost a une bordure intacte (( figure 4 )F).
Hématies mordues (bite cells)
Ce sont des hématies déformées, amputées d’une portion
semi-circulaire, bite cells selon le terme anglo-saxon, résultant
de l’action épuratrice par la rate des corps de Heinz. Ces cellules
sont évocatrices de déficits enzymatiques du shunt des pentoses,
notamment de G6PD. En l’absence de glutathion réduit, les peroxydes
cellulaires ne sont plus éliminés, l’hémoglobine et d’autres
protéines subissent alors une dénaturation oxydative et précipitent
sous forme de corps de Heinz.
On les retrouve également dans les hémoglobines instables
(principalement l’hémoglobine Köln). En cas d’hémoglobine instable,
la numération doit être réalisée le plus rapidement possible après
le prélèvement, car la précipitation des hémoglobines instables
fausse certains paramètres érythrocytaires, dont le taux
d’hémoglobine (sous-estimé). Le meilleur moyen de déterminer le
degré de l’anémie en cas d’hémoglobine instable est la mesure de
l’hématocrite. La présence sur le frottis de rares sphérocytes, de
quelques hématies mordues (( figure 4 ) G et H), de
quelques hématies cibles et d’hématies ponctuées permet d’orienter
le diagnostic qui sera confirmé par l’étude de l’hémoglobine
[23].
Sphérocytes
Les sphérocytes sont des hématies à diamètre réduit ne possédant
pas de zone claire centrale. Ils sont uniformément colorés et
apparaissent hyperchromes.
Habituellement nombreux sur les frottis sanguins de patients
atteints de sphérocytose héréditaire (maladie de
Minkowski-Chauffard), ils peuvent être en nombre très réduit dans
les formes atténuées. La sphérocytose héréditaire est la plus
répandue des anomalies de la membrane érythrocytaire [24, 25].
L’ictère néonatal est présent dans 60 à 70 % des cas. En
période néonatale, il est difficile de différencier la sphérocytose
héréditaire (( figure
4 )I) et l’incompatibilité ABO où le pourcentage de
sphérocytes peut aussi être important (( figure 4 )J). Le test de
Coombs érythrocytaire est alors discriminant.
Dans certains cas, en particulier dans les déficits en
bêta-spectrine, ou après splénectomie, les sphérocytes sont
associés à des acanthocytes, des sphéro-acanthocytes (( figure 4 )K). Chez les
sujets où l’altération membranaire porte sur la protéine bande 3,
une morphologie particulière est notée pour un faible contingent
d’hématies, qui sont comme pincées en tenaille avec une extrusion
en forme de champignon (( figure 4 )L). Des
acanthocytes sont également notés pour certains patients.
Les sphérocytes ne sont pas spécifiques de la sphérocytose
héréditaire. On peut les retrouver dans l’absence d’antigène Rh, au
cours des anémies hémolytiques auto-immunes (AHAI) (( figure 4 ) M et N) et des
hémolyses intra-vasculaires.
Stomatocytes
Les stomatocytes sont caractérisés par une dépression rectiligne en
leur centre, donnant l’aspect d’une bouche. Les stomatocytoses
héréditaires sont des maladies rares, de la perméabilité
membranaire aux cations Na+ et K+[26].
Dans la stomatocytose héréditaire avec hématies déshydratées
(xérocytose), le VGM est modérément élevé et la CCMH
discrètement augmentée, les stomatocytes sont rares ; il s’y
associe quelques cellules cibles et acanthocytes (( figure 4 )O).
Dans la stomatocytose héréditaire avec hématies hyperhydratées
(hydrocytose, maladie très rare), le VGM est augmenté et la CCMH
significativement diminuée. Le pourcentage de stomatocytes est
variable d’un patient à l’autre (( figure 4 )P).
Inclusions érythrocytaires
Cristaux d’hémoglobine C
Ce sont des cristaux réfringents dus à la condensation de l’HbC,
qui se cristallise par suite de la déshydratation des hématies. Ils
apparaissent comme des cristaux angulaires pouvant déformer
l’hématie, ils sont parfois libres dans le frottis (( figure 5 )A). On les
retrouve chez les patients atteints d’hémoglobinose C homozygotes
et, à un moindre degré, chez les patients S/C et
C/bêta-thalassémiques [27].
Cristaux de porphyrines
Ces cristaux sont constitués de porphyrines libres (non liées au
fer) et de leurs précurseurs (acide delta aminolévulinique,
phorphobilinogène) qui se sont accumulés dans les cellules de la
lignée érythroblastique. Ils apparaissent sous forme de bâtonnets
de taille variable, plus ou moins trapus, de couleur rouge foncé, à
bouts carrés ou effilés (en forme d’aiguille) (( figure 5 )B). Cette
accumulation anormale est la conséquence d’un déficit d’une des
enzymes intervenant dans la biosynthèse de l’hème et se rencontre
essentiellement au cours de la porphyrie érythropoïétique
congénitale [28].
Corps de Jolly
Ce sont des corpuscules sphériques colorés en rouge foncé au MGG,
en général uniques dans la cellule. Ils correspondent à des restes
de chromatine nucléaire. Ils sont éliminés par la rate. Ils sont
donc visibles dans les cas où la rate fait défaut soit par absence
congénitale (syndrome d’Ivemark) ou après splénectomie, soit par
déficit fonctionnel (syndrome drépanocytaire).
Ponctuations basophiles
Ce sont des granulations arrondies ou irrégulières, de taille et de
nombre variables, réparties régulièrement dans l’ensemble du
cytoplasme et colorées en bleu par le MGG (( figure 5 )C). Les hématies
possédant de telles granulations sont dénommées hématies ponctuées.
Des hématies ponctuées sont retrouvées en grand nombre dans le
déficit constitutionnel rarissime en pyrimidine 5′ nucléotidase
(5′PN), dans le déficit acquis en cette enzyme (intoxication au
plomb) et lors de toute anémie chronique régénérative. Des hématies
ponctuées sont également mises en évidence dans les thalassémies,
les hémoglobines instables.
Corps de Pappenheimer
Petits granules de 0,5 μm de diamètre, colorés en bleu violet
par le MGG et regroupés au sein du cytoplasme (( figure 5 )D). Ces granules,
contenant du fer, sont colorés en bleu-vert par la coloration de
Perls (sidérocytes). Ils sont retrouvés dans les anémies
sidéroblastiques congénitales, et chez les patients aspléniques.
Morphologie des érythroblastes
Une érythroblastémie modérée, autour de 0,5 G/L chez le nouveau-né
à terme est habituelle, elle disparaît à la fin de la première
semaine. Tout taux élevé et persistant au-delà de la première
semaine est pathologique et doit faire évoquer une stimulation de
l’érythropoïèse, le plus souvent liée à un saignement, une
hémolyse, une hypoxie...
Chez les nouveau-nés de mères traitées par antirétroviraux pour
infection à VIH, les érythroblastes circulants sont dysmorphiques
(asynchronisme nucléo-cytoplasmique, caryorrhexis, plages de
deshémoglobinisation) (( figure 6 )A).
Les patients atteints de dysérythropoïèse congénitale de type
II, peuvent exceptionnellement avoir des érythroblastes circulants
à double noyau. Le grand nombre d’érythroblastes binucléés dans la
moelle osseuse permet d’orienter le diagnostic (( figure 6 )B) [29].
Une anémie sévère peut survenir au cours de la petite enfance
des patients atteints du syndrome de Kenny Caffey [30]. La présence
de rares érythroblastes circulants apoptotiques est évocateur de
cette pathologie (( figure 6 )C).
Morphologie des leucocytes
Aspects physiologiques
À la naissance, il existe une hyperleucocytose physiologique qui
peut atteindre 15 à 25 G/L avec 55 à 65 % de polynucléaires
neutrophiles. La polynucléose est plus importante chez le
nouveau-né à terme que chez le prématuré, mais chez ce dernier la
proportion de myélocytes et de métamyélocytes est plus élevée et
peut dépasser 5 % [31]. En fait, il existe des variations
importantes du nombre de leucocytes d’un nouveau-né à l’autre ainsi
que d’un jour à l’autre chez le même nouveau-né. Le chiffre de
polynucléaires neutrophiles diminue progressivement pour atteindre
30 à 40 % à l’âge de 1 mois, ce qui va correspondre à la
lymphocytose physiologique du nourrisson et de l’enfant jusqu’à
4-5 ans. La morphologie des polynucléaires du nouveau-né est
identique à celle du grand enfant et de l’adulte.
Des formes plus immatures (promyélocytes) et surtout des blastes
de morphologie indifférenciée peuvent être observés en faible
nombre au cours des premiers jours de vie et ce d’autant plus que
l’enfant est prématuré (( figure 1 )B) [32]. Des
hématogones (précurseurs lymphoïdes B) sont également observées en
période néonatale pouvant atteindre 2 % en moyenne [33]. La
morphologie des lymphocytes chez le nouveau-né et le jeune enfant
est plus hétérogène quant à la taille et à la texture
chromatinienne (( figure
1 )C).
Anomalies des polynucléaires neutrophiles
Le sang du nouveau-né est polyglobulique et plus difficile à étaler
correctement sur lame, il s’ensuit des altérations de la
morphologie des éléments sans pathologie sous-jacente (( figure 1 )D).
Au cours des infections bactériennes sévères du nouveau-né, la
morphologie des polynucléaires est altérée, tout comme chez le
grand enfant, avec défaut de segmentation, dégranulation ou au
contraire présence de granulations toxiques, de vacuoles, de corps
de Döhle (( figure
7 )A). Parfois, on observe un gigantisme et des doubles
noyaux (( figure
7 )B). Des germes, des levures, des parasites peuvent être
retrouvés dans les polynucléaires neutrophiles (( figure 7 )C).
Des anomalies morphologiques cytoplasmiques (granulations,
vacuoles, inclusions) et nucléaires sont évocatrices de différentes
pathologies constitutionnelles.
Anomalies des granulations
Au cours de la maladie de Chediak-Higashi [34], du fait d’une
anomalie de fusion des granulations cytoplasmiques, les
granulations de tous les polynucléaires neutrophiles sont très
remaniées. Elles apparaissent éparses, plus volumineuses et
d’affinité tinctoriale variable au MGG (( figure 7 )D).
Au cours des mucopolysaccharidoses (MPS), l’anomalie d’Alder
correspond à des granulations azurophiles plus grosses, plus denses
anormalement surchargées en mucopolysaccharides (( figure 7 )E). La MPS de
type IV (maladie de Morquio) ne présente pas d’anomalie d’Alder,
les polynucléaires neutrophiles ont des granulations rares,
éparses, d’aspect grossier et regroupées souvent par paires ((
figure 7
)F).
Dans le déficit héréditaire en granules spécifiques, les
granulations sont rares [35].
Vacuoles cytoplasmiques
Des vacuoles cytoplasmiques de nature lipidique colorées en rouge
par l’Oil Red O (anomalie de Jordans) [36] sont retrouvées dans le
syndrome de Dorfman-Chanarin [37] et dans le déficit en
bêta-oxydation des acides gras (( figure 7 )G) ainsi que dans
le déficit en carnitine.
Inclusions basophiles
Les corps de Döhle sont des inclusions bleu-pâle au MGG, de petite
taille, fusiformes (formées de ribosomes libres). Ils sont
retrouvés dans diverses pathologies, notamment infectieuses.
La découverte d’inclusions basophiles (dénommées pseudocorps de
Döhle) dans les polynucléaires neutrophiles associées à une
thrombopénie avec plaquettes de taille augmentée orientent vers le
diagnostic de syndrome MYH9 [38]. Dans l’anomalie de May-Hegglin,
on retrouve une ou parfois deux inclusions basophiles, en général
de grande taille et bien visibles, souvent localisées en périphérie
(( figure 7 )H).
Elles sont plus petites et discrètes dans le syndrome de Fechtner
et de Sebastian (( figure 7 )I) [39]. De
transmission autosomique dominante, ces syndromes représentent des
variants alléliques du même gène MYH9 (22q12-13) qui code pour la
chaîne lourde de la myosine non musculaire de type IIA (NMMHC-IIA).
Cette anomalie explique les inclusions leucocytaires (dimérisation
anormale de la NMMHC-IIA qui, instable, précipite dans le
cytoplasme).
Anomalies du noyau
Les anomalies portent sur le degré de segmentation et sur la
texture de la chromatine.
L’anomalie de Pelger-Hüet est une anomalie héréditaire de
transmission autosomique dominante qui se traduit par un noyau
hyposegmenté à 2 lobes, sans aucun retentissement sur la fonction
du polynucléaire neutrophile. Une telle anomalie est retrouvée
fréquemment en pathologie acquise notamment lors d’infections
sévères (( figure
7 )J), de prise de toxiques (colchicine, endoxan…), de
myélodysplasie isolée ou dans le cadre d’hémopathies aiguës.
L’hypersegmentation constitutionnelle de Undritz est une
anomalie à transmission autosomique dominante sans conséquence
pathologique où la majorité des polynucléaires neutrophiles ont 5
lobes ou plus.
Une hypersegmentation des polynucléaires se retrouve également
dans les carences en vitamine B12 ou folates. Dans les anomalies
congénitales en folates ou en vitamine B12, l’anomalie de
segmentation est parfois particulière avec un noyau rubané plutôt
qu’hypersegmenté (( figure 7 )K).
Des polynucléaires géants (5 à 15 %) avec 6 à 10 lobes sont
décrits dans une maladie héréditaire très rare de transmission
autosomale dominante, asymptomatique.
Les rares patients atteints du syndrome de WHIM et de
myélokathexis, [40] ont une leuco-neutropénie. Dans la moelle
osseuse, leurs polynucléaires neutrophiles présentent un noyau
hypersegmenté et de longs filaments reliant les lobes et des
vacuoles cytoplasmiques. Ces anomalies sont rarement présentes dans
le sang circulant (( figure 7 )L).
Au cours de la trisomie 13 qui se caractérise par diverses
malformations congénitales, la majorité des polynucléaires
neutrophiles présentent des anomalies à type de projections
nucléaires sessiles ou pédiculées. Des anomalies similaires ont été
décrites dans la trisomie 14 avec mosaïcisme [41].
Dans l’intolérance aux protéines dibasiques, la présence de
noyaux picnotiques, réduits à une ou plusieurs masses rondes
denses, peut être évocatrice [42]. Cette maladie métabolique
héréditaire, rare, est souvent de révélation néonatale avec anémie,
thrombopénie. De rares polynucléaires neutrophiles picnotiques sont
notés dans le sang (( figure 7 )M) et dans la
moelle osseuse où s’associe également une infiltration
d’histiocytes. Les histiocytes et les précurseurs myéloïdes
phagocytent de façon sélective des noyaux nus. Ces images sont
évocatrices de l’intolérance aux protéines dibasiques (( figure 7 )M).
Les noyaux des polynucléaires et des monocytes peuvent avoir une
chromatine défaite au cours du déficit en méthylmalonyl-coenzyme A
mutase (( figure
7 )N) [43], responsable d’une acidurie organique de
révélation néonatale. Une telle chromatine destructurée peut être
observée en pathologie acquise, au cours de grandes
hyperthermies.
Anomalies des polynucléaires éosinophiles
Chez certains patients atteints du rare déficit héréditaire en
peroxydase des éosinophiles, les éosinophiles ont un noyau
hypersegmenté et des granulations intracytoplasmiques en nombre
diminué. Une telle morphologie est également retrouvée au cours
d’hyperéosinophilie réactionnelle (infections, traitement par
facteur de croissance...).
Au cours de différentes maladies de surcharge lysosomale, les
éosinophiles peuvent être anormaux [44]. Dans la sialidose et la
gangliosidose à GM1, les éosinophiles ont des granulations
anormalement grosses, éparses, de couleur grise (( figure 8 )A). Des
lymphocytes vacuolés sont également retrouvés. Les polynucléaires
éosinophiles au cours des mucopolysaccharidoses (notamment le type
VI) ont des granules de teintes anormales, grise, violacée, rouge,
diversement associées (( figure 8 )B). Les
granulations sont en nombre réduit chez les patients atteints de
mucosulfatidose.
Dans la maladie de Chediak-Higashi, tous les polynucléaires
éosinophiles ont de grosses granulations cristalloïdes (( figure 8 )C).
Des corps amorphes, ronds colorés en gris au MGG ont été décrits
dans les éosinophiles et basophiles de rares sujets, sans
pathologie associée [45].
Anomalies des monocytes
Les monocytes sont également touchés dans différentes pathologies
constitutionnelles où les polynucléaires sont également anormaux.
Citons la maladie de Chediak-Higashi (granulations géantes), les
mucopolysaccharidoses type I, type VI et VII (grosses granulations
violet foncé) (( figure
8 )D), la maladie de May-Hegglin (plage basophile).
Anomalies des lymphocytes
Pathologies infectieuses
Au cours de différentes pathologies infectieuses virales,
bactériennes, parasitaires, la mise en jeu des réactions
immunitaires entraîne l’apparition, fréquente chez l’enfant,
d’éléments lymphoïdes de morphologie particulière.
Les cellules mononucléées hyperbasophiles ont un aspect
hétérogène en taille et en texture chromatinienne. Les cellules les
plus typiques sont de grande taille (15 à 20 μm de diamètre),
le cytoplasme est basophile avec renforcement de la basophilie en
périphérie, le noyau, souvent en drapeau, peut être nucléolé, des
fines granulations azurophiles sont parfois visibles (( figure 9 )A). Leur grand
nombre, supérieur à 10-15 %, suggère un syndrome
mononucléosique [46]. Les principaux virus responsables sont l’EBV,
le CMV, les virus de l’hépatite, de la rougeole, de la varicelle.
Au cours de la rubéole, les éléments sont plus
« plasmocytaires ». De telles cellules sont retrouvées
également mais à un moindre taux lors d’autres infections virales
et non virales telles que l’infection à mycoplasme ainsi que lors
du paludisme, la toxoplasmose, la fièvre typhoïde, la
brucellose…
Au cours de la coqueluche qui peut survenir chez le nourrisson,
l’hyperlymphocytose est constituée d’une population homogène de
petits lymphocytes matures dont certains ont un noyau fendu, mais
cet aspect n’est pas constant (( figure 9 )B).
Maladies de surcharge
Des anomalies morphologiques des lymphocytes peuvent être
révélatrices de pathologies métaboliques héréditaires. Plusieurs
anomalies lymphocytaires sont décrites au cours des maladies de
surcharge lysosomale [47].
Les lymphocytes vacuolés peuvent représenter 5 à 80 % des
lymphocytes. Les vacuoles sont optiquement vides, sauf dans le cas
de la mucolipidose de type II où il peut exister une coloration
rose du contenu des vacuoles (( figure 9 )C) [48]. Dans la
maladie de Hunter, les vacuoles sont fréquemment cerclées de rose,
correspondant aux lymphocytes rhodocircés [49] (( figure 9 )C). Les vacuoles
ont 1 à 2 μm de diamètre ; leur nombre est variable et peut
aller jusqu’à une cinquantaine. Elles sont éparses ou accolées les
unes aux autres, bien visibles dans les grands lymphocytes. La
taille et le nombre de vacuoles des lymphocytes ainsi que leur
proportion varient selon les différents types de maladies de
surcharge (tableau 1( Tableau 1 )).
Une maladie de Wolman [50] est suggérée devant la découverte de
lymphocytes vacuolés avec de petites vacuoles en grappe, de
coloration oil red O positive (colorant des lipides) (( figure 9 )D).
La présence de vacuoles multiples suggère différentes maladies
(maladie de Landing, mannosidose…) (( figure 9 )E) (tableau
1).
L’anomalie est habituellement suffisamment nette pour que l’on
puisse affirmer son caractère pathologique et la différencier des
microvacuoles visibles dans les lymphocytes normaux.
Le lymphocyte de Gasser (( figure 9 )F) est
caractérisé par la présence au sein de vacuoles d’une inclusion de
teinte violet noir au MGG. La taille et le nombre de telles
vacuoles sont très variables. Parfois, une même vacuole peut
contenir plusieurs inclusions. La recherche doit être attentive (1
à 10 % des lymphocytes). Leur présence est évocatrice de
certaines mucopolysaccharidoses (MPS) (tableau 1). Il ne faut pas
les confondre avec des lymphocytes normaux ayant des granulations
azurophiles au sein de microvacuoles.
Les lymphocytes à granulations anormales possèdent 5 à 10
granulations violacées au MGG regroupées à 1 ou 2 pôles du
cytoplasme du lymphocyte (( figure 9 )G). Les
granulations peuvent être au sein d’une volumineuse vacuole ou de
plusieurs vacuoles. Ce type de lymphocytes se rencontre dans les
mucopolysaccharidoses, essentiellement dans la maladie de
Sanfilippo. Les granules sont métachromatiques au bleu de
toluidine
Il ne faut pas les confondre avec des lymphocytes à grains qui
n’ont normalement pas de métachromasie au bleu de toluidine ((
figure 1 )E). La
mise en évidence de ces cellules de surcharge réclame un examen
attentif et l’observation d’au moins 100 lymphocytes. Un résultat
négatif n’exclut pas une maladie de surcharge.
Au cours de la maladie de Chediak-Higashi, la présence dans
certains lymphocytes d’une ou plusieurs volumineuses inclusions
rouge vif est très évocatrice de cette pathologie (( figure 9 )H).
Tableau 1 Maladies de surcharge lysosomale et anomalies
cytologiques.
|
Maladie
|
Déficit enzymatique
|
Anomalies cytologiques
|
|
Sang
|
Moelle
|
|
1- Sphingolipidoses
|
- Gangliosidose à GM1
- (Maladie de landing)
|
β-galactosidase
|
L. vacuolés + (v. multiples et larges), éosinophiles anormaux
|
H. vacuolés +, P. vacuolés +
|
|
Gangliosidose à GM2
|
|
|
|
|
Maladie de Tay-Sachs
|
Hexosaminidase A
|
L. vacuolés ±
|
H. bleus ±,
|
|
Maladie de Sandhoff
|
Hexosaminidases A et B
|
L. de Gasser ±, L. vacuolés ±
|
H. vacuolés ±, H. bleus ±
|
|
Maladie de Gaucher
|
Glucocérébrosidase
|
|
H. de Gaucher ++
|
|
Maladie de Niemann-Pick
|
|
|
|
|
Type A
|
Sphingomyélinase
|
L. vacuolés (v. petites et rares) ±
|
H. vacuolés ++, H. bleus ±
|
|
Type B
|
H. vacuolés ++, H. bleus ++
|
|
Maladie de Wolman
|
Lipase acide
|
L. vacuolés (v. petites en grappe)
|
H. vacuolés +
|
- Mucosulfatidose
- (Maladie d’Austin)
|
Multiples sulfatases
|
Anomalie d’Adler +, L. de Gasser +, éosinophiles anormaux
|
P. de Buhot +, H de Gasser
|
|
Maladie de Batten
|
Thioesterase
|
L. vacuolés + (v. multiples et larges)
|
H. bleus
|
|
Sialidose II
|
Glycoprotéine neuraminidase
|
L. vacuolés + (v. multiples et larges)
|
H. vacuolés ++
|
|
2- Mucopolysaccharidoses
|
|
Type I – Hurler / Scheie
|
α-L-iduronidase
|
L. vacuolés ±, L. de Gasser +, L. à granulations anormales ±,
anomalie d’Alder ±
|
H. de Gasser +++, P. de Buhot ±
|
|
Type II – Hunter
|
Iduronate-sulfatase
|
L. vacuolés ±, L. de Gasser +, L. à granulations anormales ±, L.
rhodocircés ±, anomalie d’Alder ±
|
H. de Gasser ++, P. de Buhot ±
|
- Type III – Sanfilippo
- (sous-type A, B, C, D)
|
Enzymes variables dépendant du sous-type
|
L. vacuolés ±, L. de Gasser +, L. à granulations anormales ++
|
H. de Gasser ++, P. de Buhot ++
|
|
Type IV – Morquio
|
- N-acétylgalactosamine
- 6-sulfate sulfatase
|
Granulations anormales regroupées par paires dans les
polynucléaires
|
|
|
Type VI – Maroteaux-Lamy
|
N-acétylgalactosamine-4-sulfatase
|
L. vacuolés ±, L. de Gasser +, L. à granulations anormales ±,
anomalie d’Adler ++
|
H. de Gasser +
|
|
Type VII – Sly
|
β- glucuronidase
|
Anomalie d’Adler +, L. de Gasser +, L. vacuolés ±
|
P. de Buhot ±, H. de Gasser +
|
|
3- Oligosaccharidoses
|
|
Mannosidose
|
α-D-mannosidase
|
L. vacuolés ++ (v. multiples et larges)
|
H. vacuolés ++, P. vacuolés
|
|
Glycogénose type II Maladie de Pompe
|
α-glucosidase
|
L. vacuolés + (v. rares et petites)
|
H. vacuolés ± , P. vacuolés +
|
|
Fucosidose
|
α-L-fucosidase
|
L. vacuolés + (v. petites, nombre variable)
|
|
|
Aspartylglycosaminurie
|
Aspartyl glucosamine-amido-hydrolase
|
L. vacuolés + (v. petites)
|
|
- Mucolipidose type II
- I cell disease
- Mucolipidose type III
|
N-acétylglucosamine-1-phosphotransférase
|
- L. vacuolés ++ v. parfois colorées en rose)
- L. vacuolés ±
|
- P. vacuolés + (v. parfois colorées en rose), H vacuolés ±
- H. vacuolés +, P. vacuolés +
|
|
4- Déficits des transporteurs de la membrane lysosomale
|
- Sialidose
- (Infantile free sialic acid storage disease)
|
Défaut de transport de l’acide sialique
|
L. vacuolés + (v. multiples et larges), éosinophiles anormaux
|
H. vacuolés +
|
Cellules malignes
Les hémopathies des enfants de moins de un an présentent des
particularités par rapport à celles de l’enfant plus âgé. Elles
sont de mauvais pronostic et se partagent à égalité en leucémie
aiguë lymphoïde (LAL) et leucémie aiguë myéloïde (LAM) [51]. Les
LAL ont dans 75 % des cas un remaniement 11q23,
essentiellement une translocation t(4;11). On note en général un
fort pourcentage de blastes de morphologie lymphoïde, parfois
associé à des blastes de morphologie monocytoïde (( figure 10 )A).
Les LAM sont en majorité des LAM5. Les chloromes sont fréquents
surtout sous forme de nodules cutanés, le pourcentage de blastes
dans ces cas peut être faible dans le sang et la moelle osseuse
[52].
Les LAM7 avec translocation t(1;22) [53] sont spécifiques du
jeune enfant, avec une forte hépatomégalie. La thrombopénie est
prédominante, des anomalies morphologiques des plaquettes sont
parfois présentes (( figure 10 )B).
Une réaction leucémoïde transitoire qui régresse spontanément en
plusieurs mois [54] touche 10 % environ des nouveau-nés
mongoliens (( figure
10 )D). Le frottis sanguin révèle la présence de blastes en
nombre variable de morphologie myéloïde indifférenciée ou
évocatrice de mégacaryoblastes [55]. Les érythroblastes quand ils
sont présents sont très dysmorphiques et les plaquettes sont en
nombre très variable, allant de moins de 10 G/L chez certains
patients à plus d’un million chez d’autres. Elles sont toujours
dysmorphiques (anomalie de taille, de forme, de granulations) et
s’accompagnent de micromégacaryocytes.
La leucémie myélomonocytaire juvénile (JMML) [56] qui survient
dans la majorité des cas avant l’âge de 4 ans s’accompagne
d’une forte splénomégalie et d’un hémogramme très évocateur.
L’hyperleucocytose constante révèle une monocytose avec des
monocytes le plus souvent dysmorphiques, une érythromyélémie et
quelques blastes myéloides (( figure 10 )C). La moelle
osseuse hypercellulaire montre une hyperplasie granuleuse.
Morphologie des plaquettes
Des mégacaryocytes de petite taille mononucléés, des noyaux nus de
mégacaryocytes sont présents de façon physiologique dans le sang du
nouveau-né et celui du prématuré (( figure 1 )F) [57]. Les
plaquettes du nouveau-né ne présentent pas de morphologie
particulière, hormis un degré plus important d’anisocytose chez le
prématuré avec un pourcentage plus élevé de plaquettes de taille
augmentée.
Les anomalies morphologiques des plaquettes sont associées
essentiellement à des thrombopénies constitutionnelles et à de
rares pathologies héréditaires. Elles se rencontrent également au
cours d’hémopathies.
La thrombopénie se définit par un nombre de plaquettes inférieur
à 150 G/L, après avoir éliminé les causes de fausses
thrombopénies : le prélèvement activé avec réseau de fibrine
et amas de plaquettes en bout de frottis est fréquent en pédiatrie,
l’agglutination des plaquettes à l’EDTA est plus rare, le
satellitisme des plaquettes aux leucocytes est très rare (( figure 1 )G). Les
paramètres de l’hémogramme et l’analyse de l’aspect morphologique
des plaquettes, ainsi que des leucocytes et des érythroblastes est
une étape importante dans la caractérisation des thrombopénies
constitutionnelles et contribue au diagnostic différentiel avec les
thrombopénies immunes [58].
Les thrombopénies constitutionnelles sont des pathologies rares
[59]. Du fait de leur grande hétérogénéité clinique et biologique,
la classification la plus couramment utilisée repose sur la
taille/volume plaquettaire (selon que l’automate utilise une mesure
par cytométrie en flux ou par impédance) [60]. Nous ne traiterons
pas les thrombopénies constitutionnelles avec plaquettes de
morphologie normale. Nous envisagerons successivement les anomalies
de la taille et des granulations plaquettaires et les thrombopénies
associées à une dysérythropoièse.
Anomalies de taille/volume
Volume moyen plaquettaire (VMP) < 7 fl
Les thrombopénies avec plaquettes de petite taille regroupent le
syndrome de Wiskott-Aldrich (WAS) et la thrombopénie liée à l’X
(XLT), de transmission récessive liée à l’X. Le WAS associe un
eczéma et un déficit immunitaire alors que la XLT se traduit par
une thrombopénie microcytaire isolée, le VMP est le plus souvent
inférieur à 5 fl (( figure 11 )A).
Volume moyen plaquettaire > 10 fl
La macrothrombocytopénie familiale (dite méditerranéenne) de
transmission autosomale dominante est la cause la plus fréquente de
macroplaquettes. La thrombopénie est modérée, le plus souvent
asymptomatique.
Le syndrome MYH9 avec macrothrombopénie (( figure 11 )B) regroupe 5
entités clinico-biologiques d’expression phénotypique proche :
l’anomalie de May-Hegglin, les syndromes de Fechtner, d’Epstein et
de Sebastian et le syndrome Alport-like avec macrothrombocytopénie.
Le syndrome de Fechtner associe une atteinte rénale glomérulaire
avec protéinurie et hématurie, une surdité, une cataracte et une
thrombopénie avec macroplaquettes et inclusions basophiles dans les
polynucléaires. Le syndrome d’Epstein s’en différencie par
l’absence de signes oculaires et d’inclusions basophiles
leucocytaires.
Le syndrome de la délétion 22q11.2 (syndrome vélocardiofacial ou
de Di George) présente dans sa forme classique un syndrome
malformatif. La thrombopénie n’est pas constante, la présence de
macroplaquettes est observée pour la majorité des patients
[61].
Dans le syndrome de Bernard Soulier, la thrombopénie
d’importance variable est associée à la présence de plaquettes
géantes (( figure
11 )C) et à une thrombopathie caractérisée par l’absence
d’agglutination des plaquettes en présence de ristocétine liée à un
défaut génétique d’expression du complexe glycoprotéique GPIb-IX-V,
récepteur plaquettaire du facteur Willebrand. Dans la moelle
osseuse, la lignée mégacaryocytaire est abondante avec des vacuoles
cytoplasmiques.
Des plaquettes de taille augmentée sont également décrites chez
de rares patients traités par cholestyramine (hypolipémiant)
[62].
Anomalies des granulations
La délétion de la bande terminale du chromosome 11q [63] (également
appelée syndrome de Jacobsen) induit des dysmorphies multiples, des
anomalies cardiaques congénitales et une thrombopénie dans
50 % des cas individualisés. Elle caractérise la thrombopénie
Paris-Trousseau, thrombopénie avec macroplaquettes. Certaines
plaquettes ont un granule alpha géant bien visible (( figure 11 )D).
Au cours du syndrome des plaquettes grises, pathologie peu
hémorragique, les plaquettes apparaissent grises, agranulaires.
Cette pathologie est liée à un déficit en granules alpha (( figure 11 )E) et est à
différencier des plaquettes dégranulées lors d’un prélèvement
activé.
Des plaquettes grises (( figure 11 )F) sans
thrombopénie se rencontrent également au cours du syndrome ARCC
(arthrogriposis, renal Fanconi, cerebral, cholestasis) [64].
Thrombopénie associée à une dysérythropoïèse
La thrombopénie liée à l’X avec dysérythropoïèse est secondaire à
des mutations ponctuelles de GATA-1. La symptomatologie
hémorragique et l’importance de l’anémie varient selon le type de
mutation. Les érythroblastes circulants sont dysmorphiques et la
moelle osseuse riche révèle des signes de dysérythropoïèse et de
dysmégacaryopoïèse [65, 66].
Conclusion
Les automates d’hématologie identifient les populations normales et
signalent par des alarmes ciblées les différentes populations
anormales décelées (blastes, lymphocytes atypiques, immatures
granuleux, érythroblastes...). La reconnaissance des cellules
pathologiques au microscope optique reste indispensable pour le
diagnostic, notamment des hémopathies. En pédiatrie, l’étude
morphologique au microscope optique des cellules sanguines, riche
en potentiel diagnostique, est nécessaire car les différents
automates d’hématologie actuellement disponibles ne permettent pas
de détecter la majorité des anomalies morphologiques que nous avons
passées en revue et que l’on retrouve essentiellement dans des
pathologies héréditaires de révélation dans la petite enfance.
Ainsi, couplée avec les données de l’hémogramme et la numération
réticulocytaire, l’étude de la morphologie érythrocytaire permet de
mettre en œuvre les examens complémentaires nécessaires pour
caractériser l’anémie (électrophorèse de l’hémoglobine, dosages
enzymatiques, test de Coombs érythrocytaire, ektacytométrie [67],
électrophorèse des protéines membranaires...)
De même, en association avec les données cliniques,
l’hémogramme, la morphologie des leucocytes et des hématies
permettent d’orienter le diagnostic des maladies métaboliques avec
retentissement hématologique dont le diagnostic sera affirmé pour
certaines grâce aux données des chromatographies des acides aminés
sanguins et urinaires et des chromatographies des acides
organiques.
Dans le cadre des maladies de surcharge lysosomale, les
anomalies cytologiques, quand elles existent, vont orienter les
dosages enzymatiques à réaliser.
Remerciements
Nous remercions S. Piveteau pour son excellent travail technique.
Nous remercions également T. Cynober (Hôpital Bicêtre – AP-HP) et
V. Latger-Cannard (CHU de Nancy) pour leurs critiques et leur aide
précieuse.
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pédiatrie. RFL 1993 ; 248 : 25-31.
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