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Effets de la supplémentation en vitamine A sur les marqueurs de la nutrition dans la prise en charge de la malnutrition de l'enfant


Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Numéro 4, 417-21, Juillet - Août 2001, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : M. Ake, A.G. Poby, K.A. Malan, A. Tebi, D. Monnet, Laboratoire de chimie analytique, Faculté de Pharmacie, BP V 34, Abidjan, Côte-d'Ivoire.

Résumé : La malnutrition protéino-energétique et la carence en vitamine A constituent les maladies métaboliques les plus fréquentes chez les enfants des pays en voie de développement. Dans le traitement de ce désordre nutritionnel, l'OMS propose en plus de la réhabilitation diététique, un apport supplémentaire en vitamine A. L'objectif de cette étude préliminaire est d'évaluer l'intérêt de la supplémentation en vitamine A dans la réhabilitation nutritionnelle d'enfants malnutris et de suivre l'évolution des concentrations sériques en rétinol et de ses protéines transporteuses : retinol binding protein (RBP) et préalbumine. Il s'agit d'une étude prospective randomisée chez 68 enfants atteints de malnutrition protéino-energétique, comparant deux régimes administrés pendant 1 mois, avec et sans supplémentation en vitamine A. Après administration per os de 200 000 UI de rétinol, les différents marqueurs nutritionnels (RBP, préalbumine et rétinol) ont été déterminés par chromatographie liquide haute performance (rétinol) et par immunodiffusion radiale (protéines) à J0, J15 et J30. Les résultats ont montré une augmentation régulière et importante des marqueurs protéiques chez les enfants supplémentés comparativement aux témoins. L'analyse statistique a indiqué une normalisation progressive des protéines RBP et préalbumine chez les enfants traités. Elle a également mis en évidence une augmentation significative (p < 0,05) de la teneur sérique de ces protéines dans le groupe d'enfants supplémentés. Aucune différence n'a été notée entre le groupe supplémenté et le groupe témoin en ce qui concerne la rétinolémie, malgré l'augmentation observée dans les deux groupes. Cependant, il a été noté un retour plus rapide aux teneurs sériques normales chez les enfants traités (J15). Comme le suggèrent ces résultats, l'apport en vitamine A associé au régime diététique favoriserait un retour rapide aux valeurs sériques normales de vitamine A et de ses protéines vectrices, jouant ainsi un rôle dans la prise en charge de ces maladies de carence.

Mots-clés : Malnutrition protéino-énergétique - Supplémentation - Rétinol - RBP - Préalbumine.

Illustrations

ARTICLE

La malnutrition protéino-énergétique se définit comme un déséquilibre nutritionnel secondaire à un déficit d'apport en énergie, protéines et micronutriments par rapport aux besoins normaux de l'organisme [1, 2]. Sévissant à l'état endémique dans les pays en voie de développement, les infections, la carence en micronutriments dont la vitamine A, occupent une place considérable dans les facteurs causaux de la malnutrition protéino-énergétique, favorisant ainsi la morbidité et la mortalité infanto-juvéniles.

La Côte-d'Ivoire, malgré des ressources alimentaires suffisantes, n'est pas épargnée par ce fléau qui la place parmi les pays présumés de forte prévalence [3]. Depuis quelques années, les nutritionnistes parlent de plus en plus d'une stratégie de supplémentation en rétinol comme moyen principal de lutte contre la carence en vitamine A et moyen complémentaire de lutte contre la malnutrition protéino-énergétique en conjonction avec les soins de santé primaire, la vaccination et l'éducation pour la santé [3-6].

L'enquête préliminaire, rapportée dans ce travail, avait pour but d'évaluer l'effet d'une supplémentation en vitamine A lors de la prise en charge nutritionnelle de la malnutrition protéino-energétique en suivant l'évolution des concentrations en vitamine A et de ses protéines vectrices, la retinol binding protein (RBP) et la préalbumine sériques.

Matériel et méthodes

Sujets

L'étude a porté sur 68 enfants malnutris âgés de 6 à 52 mois, recrutés au service de nutrition de l'Institut national de Santé publique d'Abidjan, parmi les enfants consultant pour malnutrition. Les patients ont été sélectionnés à l'issue d'examens clinique et anthropométrique [7]. Le recrutement a été essentiellement basé sur le rapport poids/taille (P/T) selon Waterlow [8] et sur l'aspect du visage, des cheveux et la présence ou non d'œdèmes [7]. Deux groupes ont ensuite été constitués suivant un échantillonnage de type aléatoire systématique. Après consentement des parents, un groupe de 36 enfants (« traités ») a reçu outre le régime alimentaire, une supplémentation en vitamine A à raison d'une dose unique de 200 000 UI à J0. Le groupe « témoin » était constitué de 32 enfants malnutris n'ayant bénéficié que du régime alimentaire sous forme de bouillies liquides ou de repas solides préparés à partir de lait et de farines locales [9].

Le régime alimentaire qui assure un apport vitaminique A de 35 à 50 µg/jour/kg de poids corporel a comporté une phase de correction rapide des pertes hydriques et vitaminiques en assurant un apport calorique de 100 à 120 kcal/kg de poids en moyenne par jour. La durée de cette phase a varié de 1 à 7 jours selon l'âge et surtout la gravité de la malnutrition. La seconde phase dite de récupération nutritionelle a assuré un apport calorique plus important de 150 à 200 kcal/jour/kg de poids.

Méthodes

Un prélèvement sanguin a été effectué chez tous les enfants à jeun à J0, J15, J30. Le sang obtenu a ensuite été centrifugé et le sérum conservé à l'abri de la lumière et à - 20 °C jusqu'à l'analyse réalisée au maximum dans les vingt-quatre heures suivant le prélèvement.

La vitamine A ou rétinol a été analysée après extraction organique par chromatographie liquide haute performance en phase inversée [10, 11]. Les protéines de la nutrition ont été déterminées par immunodiffusion radiale selon la méthode de Mancini [10, 12].

L'analyse statistique (test t de Student et U de Mann Whitney) a été effectuée en utilisant le logiciel Epi-info, version 6. Les différences entre les groupes constitués ont été considérées significatives pour p < 0,05.

Résultats et commentaires

La répartition des sujets en fonction du type de réhabilitation et de malnutrition est résumée dans le tableau 1.

Les résultats dans le groupe témoin (tableaux 2 et 3) indiquent l'existence d'une hypovitaminose A (rétinolémie comprise entre 0,1 et 0,2 mg/L). Dans l'ensemble, malgré une augmentation non significative, l'hypovitaminose A persiste à J15 et J30 (tableau 2). L'analyse de cette variable en fonction du sexe et de l'âge n'a révélé aucune différence significative. Cependant, en fonction du degré de malnutrition (tableau 3), la rétinolémie augmente progressivement pour retrouver un statut normal (rétinolémie supérieure à 0,2 mg/L) chez les malnutris modérés. En revanche, les malnutris sévères présentent toujours à J30 une hypovitaminose A (tableau 3). Les valeurs de RBP et de préalbumine à J0 sont aux limites inférieures de la normale (RBP : 19,35 ± 6,21 mg/L et préalbumine : 151,73 ± 38,75 mg/L) [10, 12]. À J15 et surtout à J30, une augmentation des valeurs sériques est observée mais n'est pas significative (p > 0,05). L'analyse des trois paramètres sériques dans le groupe témoin montre qu'il existe une évolution parallèle de J0 à J30. En effet, lorsque la rétinolémie est abaissée, la RBP et la préalbumine sont aux limites inférieures de la normale. En revanche, lorsque la rétinolémie augmente, les deux protéines sont à des valeurs plus élevées et normales. Cette observation démontre l'efficacité d'une assistance diététique ou nutritive dans la réhabilitation des enfants qui se traduit par l'amélioration de l'état général et la diminution des infections intercurrentes. En effet, une étude précédemment menée a indiqué que l'alimentation à base de lait et de farines locales pouvait contenir de 50 à plus de 500 µg de rétinol pour 100 g d'aliments (soit 165 à plus de 1 650 UI de vitamine A) [9]. Ces teneurs pourraient alors expliquer la normalisation, bien que tardive, de la rétinolémie chez les témoins.

Dans le groupe des enfants ayant reçu la supplémentation, la rétinolémie inférieure à celle des témoins à J0 se normalise avant la deuxième semaine. À J30, la rétinolémie est toujours supérieure à la norme de 0,2 mg/L. Les deux protéines de nutrition, quoique proches des limites inférieures des normes à J0, sont augmentées à J15 et à J30. En effet, les teneurs moyennes ont doublé et passent respectivement de 14,27 mg/L à 36,26 mg/L pour la RBP et 105,60 mg/L à 239,50 mg/L pour la préalbumine de J0 à J30. À J30, les valeurs des malades traités sont plus élevées que celles des non-traités [11]. La normalisation de la RBP est plus rapide que celles de la préalbumine. Il s'agit d'une protéine plus sensible, du fait de sa demi-vie plus brève, que celle de la préalbumine (demi-vie : RBP 12 h et préalbumine 24 à 48 h), qui permet en outre de détecter précocement une récupération nutritionnelle [6]. L'analyse statistique des paramètres analysés n'a pas révélé de différence significative en fonction du sexe. En revanche, dans les deux groupes, l'âge influence significativement (p < 0,05) les teneurs sériques en RBP et préalbumine (résultats non présentés), mais pas la rétinolémie comme l'ont rapporté Chopin et al. [13].

En tenant compte du type de malnutrition, l'évolution de la rétinolémie après supplémentation est plus rapide dans la malnutrition modérée que dans la malnutrition sévère (tableaux 2, 3 et 4). En effet, les formes de malnutrition sévères (kwashiorkor et kwashiorkor-marasme) sont plus difficiles à réhabiliter en raison de la présence des manifestations cliniques telles que les œdèmes. De plus, l'anorexie fréquente dans ces cas, retarde souvent l'efficacité d'une réhabilitation nutritionnelle. L'évolution des concentrations sériques des protéines de la nutrition est similaire pour les deux degrés de malnutrition (modérée, sévère). Dans le groupe des malnutris sévères, il n'existe pas de différence significative entre les valeurs sériques des paramètres analysés et le type de malnutrition sévère (p > 0,05, test U de Mann Whitney).

Toutefois, après supplémentation, l'évolution de la rétinolémie est régulière à J15 et surtout à J30 dans les cas de kwashiorkor (tableau 4). Dans les autres formes de malnutrition sévère, l'augmentation de la rétinolémie à J15 est suivie d'une légère baisse à J30. L'hyperconcentration transitoire après administration de rétinol suivie de la légère diminution de la concentration sérique observée, pourrait être consécutive à une redistribution de vitamine A dans les différents tissus et organes périphériques. Quant aux protéines RBP et préalbumine, les valeurs augmentent régulièrement dans chaque forme de malnutrition. Les concentrations correspondantes ont plus que doublé à J30.

CONCLUSION

Les résultats de cette étude préliminaire ont montré que chez des enfants malnutris, la rétinolémie se normalise plus rapidement lorsque la supplémentation en vitamine A est associée au régime nutritionnel. Les protéines de la nutrition, connues comme étant des marqueurs précoces d'une dénutrition, sont également de bons indicateurs de l'amélioration de l'état nutritionnel. La reprise d'une telle étude sur un échantillonnage plus important par un suivi plus long permettrait de démontrer l'efficacité véritable de cette stratégie nutritionnelle.

REFERENCES

1. Reddy V, Mohanram M, Rahuramulun N. Serum retinol binding protein and vitamin A levels in malnourished children. Acta Pediatr 1979 ; 68 : 65-9.

2. Unicef. Analyse de la situation des femmes et des enfants en Côte-d'Ivoire. Abidjan : Unicef 1996 : 52.

3. Usaid. Stratégies de prévention des carences vitaminiques A : distribution de compléments In : Usaid, Conférence d'Afrique de l'Ouest sur les carences en vitamine A. Accra : Usaid, 1994 : 112.

4. Djunaedi E, West KP, Tilen RL, Loedina A, Mele L and the Aceh Study group. Impact of vitamin A supplementation on children mortality. A randomized controlled community trial. Lancet 1986 ; 1 : 1169-73.

5. Arthur P, Ross D, Kirkwood B, et al. Impact of vitamin A supplementation on childhood morbidity in Northern Ghana. Lancet 1992 ; 339 : 361-2.

6. West KP, Pokhrel RP, Katz J, et al. Efficacy of vitamin A in reducing preschool mortality in Nepal. Lancet 1991 ; 338 : 67-71.

7. Guelain J, Delormas H. Évaluation et surveillance épidémiologique des déficits nutritionnels, principe et application aux formations sanitaires et élémentaires. Med Trop 1985 ; 45 : 123-33.

8. Waterlow JC. Classification and definition of protein caloric malnutrition. Br Med J 1972 ; 3 : 566-9.

9. Ake M, Mandrou B, Malan A. Determination of vitamin A in milk and flour consumed by one-to four year old children in Côte-d'Ivoire. J AOAC Int 1998 ; 81 : 111-4.

10. Ake Kouame M, Malan KA, Monnet D, Kra C, Anongba E, Tebi A. Vitamine A et profil protéique dans les états de malnutrition chez l'enfant ivoirien âgé de 12 à 48 mois. Afrique Biomed 1997 ; 2 : 8-12.

11. Monnou L. Dosage du rétinol sérique chez les enfants ivoiriens âgés de 12 à 48 mois. Valeurs de référence. Relations avec l'état nutritionnel. Thèse de Pharmacie, Abidjan, 1991, n° 79.

12. Monnet D, Ahouty CP, Malan KA, Houenou AY, Tebi A, Yapo AE. Profil protéique dans les états de malnutrition de l'enfant ivoirien. Bull Soc Path Ex 1995 ; 88 : 50-3.

13. Chopin N, Geller A, Alexandre J, Dumont G. Influence de l'âge sur la concentration sérique des protéines RBP, TBPA et transferrine. Press Med 1983 ; 12 : 959-60.


 

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