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Bulletin du Cancer

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Reconnaissance des cancers professionnels : revue des méthodes existantes et perspectives Volume 92, numéro 9, Septembre 2005

Auteurs
Laboratoire Santé Travail Environnement (EA3672, IFR99 Santé Publique), Université Victor Segalen Bordeaux 2, 146, rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex, Institut de veille sanitaire, Service d’information médicale, Centre hospitalier universitaire, Bordeaux, Service de pathologie professionnelle, centre hospitalier universitaire, Bordeaux
  • Mots-clés : cancer professionnel, reconnaissance, présomption de causalité, imputabilité, algorithmes, méthodes probabilistes
  • Page(s) : 799-807
  • Année de parution : 2005

Les facteurs de risques professionnels représentent une part non négligeable des cancers. Parallèlement à l’approche épidémiologique (collective), la notion de cancer professionnel est souvent liée (à l’échelon individuel) à la réparation des maladies professionnelles. Pour donner lieu à une indemnisation, l’origine professionnelle d’une exposition doit être établie pour un cancer donné. Quelle que soit la méthode employée pour reconnaître cette origine professionnelle, la démarche intellectuelle est celle d’une imputabilité. L’objectif de ce travail est de synthétiser et de décrire les grands principes de reconnaissance des cancers d’origine professionnelle, de discuter les limites des méthodes actuelles et d’envisager les recherches qu’il faudrait développer pour améliorer ces méthodes. En France, dans le régime général de la sécurité sociale, la reconnaissance de l’origine professionnelle d’un cancer repose sur les tableaux des maladies professionnelles, fondés sur la présomption de causalité et, pour tous les cas où la présomption de causalité ne peut s’appliquer, sur l’analyse du dossier par un expert dans le cadre de comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. Les tableaux contiennent les conditions médicales, techniques et administratives, nécessaires et suffisantes pour qu’une maladie soit reconnue comme professionnelle et indemnisée ; il s’agit d’un système de reconnaissance automatique. Pour les cas ne reposant pas sur cette présomption d’origine, un comité régional d’experts analyse le lien de causalité entre l’exposition professionnelle et le cancer, démarche qui manque de reproductibilité et de formalisation. Ces méthodes ne permettent pas de quantification en termes de probabilité et ne prennent pas toujours en compte le poids des facteurs associés. La fiabilité et la validité de l’expertise pourraient toutefois être renforcées par l’organisation de groupes d’experts avec utilisation de techniques formelles de consensus. Ce processus devrait aboutir idéalement à la création d’un algorithme décisionnel qui guiderait l’utilisateur vers la décision d’imputer ou non le cancer à l’exposition professionnelle. Cette formalisation serait adaptée à l’élaboration de nouveaux tableaux. Le raisonnement d’imputabilité serait toutefois mieux représenté par les méthodes probabilistes fondées sur l’utilisation du théorème de Bayes. L’application de ces méthodes aux cancers professionnels est prometteuse mais reste limitée par le manque de données épidémiologiques. L’obtention de ces données et la diffusion de ces méthodes devraient être des priorités de recherche et de développement dans le domaine du cancer.