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Bulletin du Cancer

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Les leucémies induites par les chimiothérapies anticancéreuses Volume 86, numéro 11, Novembre 1999

Auteur
Service d’hématologie clinique, Hôtel-Dieu CHU, place Alexis-Ricordeau, 44093 Nantes Cedex 01.

La fréquence des leucémies et des myélodysplasies survenant après utilisation de chimiothérapies anticancéreuses est en augmentation. Ces leucémies chimio-induites posent des problèmes à la fois théoriques et pratiques. Au plan théorique, les anomalies cytogénétiques et moléculaires décrites constituent de bons modèles pour étudier la leucémogenèse. Au plan pratique, le pronostic globalement défavorable des leucémies chimio-induites implique de prendre en compte ce risque dans l’établissement des protocoles de chimiothérapie pour les tumeurs solides ou hémopathies malignes. Il existe deux grands types de leucémies chimio-induites : celles secondaires à l’utilisation d’agents alkylants, celles secondaires à l’utilisation d’inhibiteurs de la topo-isomérase II. Ces deux types diffèrent par leurs caractéristiques cliniques et hématologiques, par leur pronostic et par les anomalies moléculaires qui leur sont associées. Les leucémies induites par les agents alkylants surviennent en général 5 à 6 ans après le début de la chimiothérapie, font souvent suite à une phase plus ou moins longue de pancytopénie ou de myélodysplasie et sont d’aspect cytologique difficile à classer dans le système FAB. Leur pronostic est très péjoratif. Les anomalies cytogénétiques les plus fréquemment associées à ce type de leucémies chimio-induites sont situées au niveau des chromosomes 5 et 7 (monosomie ou délétion). Les leucémies induites par les inhibiteurs de la topo-isomérase II surviennent peu de temps après le traitement (12 à 30 mois), leur début est généralement brutal sans phase préleucémique et les aspects cytologiques les plus fréquents sont de sous-type M4 et M5. Le pronostic est moins sévère que dans les formes liées aux alkylants, le taux de rémissions complètes étant plus élevé et dépendant des anomalies cytogénétiques retrouvées. Les anomalies moléculaires les plus fréquentes ne sont pas des pertes de matériel chromosomique mais des translocations balancées. Elles concernent surtout le gène MLL 1 situé au niveau 11q23. D’autres translocations ont été décrites dans ce type de leucémie, comparables à celles rencontrées dans des leucémies de novo (t8;21, t15;17) notamment. L’évaluation du risque de leucémies chimio-induites pour une drogue donnée est difficile dans la mesure où les traitements actuels associent plusieurs agents potentiellement leucémogènes (chimiothérapie et radiothérapie, polychimiothérapie). Il est nécessaire de mettre en place des banques de données actualisées pour recenser tous les cas de leucémies et de myélodysplasies chimio-induites dans le cadre du traitement d’un type donné de cancer.