John Libbey Eurotext

Bulletin du Cancer

MENU

Insuffisance ovarienne après chimiothérapie pour cancer mammaire Volume 95, numéro 4, Avril 2008

Auteurs
Service de gynécologie-obstétrique, CHRU, 1, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg, Service d’anesthésie-réanimation chirurgicale, Hôpital de Hautepierre, avenue Molière, 67000 Strasbourg

Environ un quart des cancers du sein surviennent avant la ménopause. Chez ces femmes jeunes, les cancers observés nécessitent le plus souvent le recours à une chimiothérapie, dont les conséquences ovariennes peuvent aller d’un simple trouble de la maturation folliculaire à une destruction folliculaire complète avec infertilité définitive. L’insuffisance ovarienne chimio-induite (IOC) dépend du type d’agent cytotoxique, des doses utilisées et de l’âge des patientes. Elle est généralement sévère pour les protocoles comportant de fortes doses de cyclophosphamide, en particulier quand elles sont administrées à des patientes de plus de 40 ans. Même en l’absence d’IOC, ces protocoles sont suivis d’un déclin accéléré de la fonction ovarienne. A l’opposé, les protocoles à base d’anthracyclines sont moins ovariotoxiques et, lorsqu’ils entraînent une IOC, celle-ci régresse dans la moitié des cas. Les données sur les conséquences ovariennes des nouvelles modalités d’administration des cytotoxiques (dose-dense), des nouvelles molécules (taxanes) et de l’adjonction d’anticorps monoclonaux (trastuzumab) sont contradictoires ou non connues. L’utilisation des analogues de la GnRH est en cours d’évaluation dans la prévention des séquelles ovariennes chimio-induites. Dans l’attente des résultats des essais prospectifs, l’utilisation « non contrôlée » des analogues de la GnRH pour la préservation de la fertilité ne devrait pas être encouragée, notamment chez les patientes ayant une tumeur hormonodépendante, du fait de l’absence de preuves à la fois de leur efficacité et de leur innocuité carcinologique. Par ailleurs, il semble exister une sensibilité génétique à l’IOC en rapport avec certains variants de CYP2C19. Avant tout traitement d’un cancer du sein chez une femme jeune, le désir de préservation de la fertilité doit être systématiquement évalué et les répercussions ovariennes des traitements proposés doivent être expliquées. Elles peuvent parfois orienter vers des alternatives thérapeutiques moins délétères pour l’ovaire.