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Bulletin du Cancer

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De la cytogénétique à la cytogénomique du dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand (dermatofibrosarcoma protuberans) et des tumeurs apparentées Volume 94, numéro 2, Février 2007

Auteurs
Laboratoire de génétique des tumeurs solides, Centre hospitalier universitaire de Nice et CNRS UMR 6543, Faculté de Médecine, 28 avenue de Valombrose, 06107 Nice
  • Mots-clés : dermatofibrosarcome protuberans, tumeur de Darier et Ferrand, chromosome, cytogénétique, COL1A1, PDGFB, FISH
  • DOI : 10.1684/bdc.2006.0157
  • Page(s) : 179-89
  • Année de parution : 2007

Le dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand, ou dermatofibrosarcoma protuberans (DP), est une tumeur dermique rare, de bas grade de malignité et d’évolution généralement lente. Il se caractérise par une prolifération dermohypodermique de cellules fusiformes organisées en structure tourbillonnante et exprimant le CD34. Son traitement préférentiel est chirurgical avec des marges d’exérèse saines d’au moins 3 cm. L’analyse cytogénétique montre la présence de chromosomes surnuméraires en anneau composés de séquences issues des chromosomes 17 et 22 ou plus rarement de translocations t(17;22). Les anneaux ont été observés principalement chez l’adulte alors que des translocations ont été rapportées dans tous les cas pédiatriques. Ces remaniements chromosomiques ont pour conséquence la formation d’un gène de fusion spécifique, COL1A1-PDGFB, détecté aussi bien dans les anneaux que dans les translocations. Le DP représente par conséquent un modèle de tumeur unique pour lequel une même anomalie génique est portée par des anomalies chromosomiques dont la forme est variable selon l’âge du patient. Jusqu’à présent, le gène de fusion COL1A1-PDGFB demeure le seul gène de fusion identifié dans cette tumeur. Il est également présent dans des tumeurs voisines du DP telles que les fibroblastomes à cellules géantes (FCG), les tumeurs de Bednar (TB), les fibrosarcomes superficiels de l’adulte et le variant de DP à cellules granuleuses, ce qui démontre que ces tumeurs ne sont pas des entités distinctes mais des variants morphologiques du DP. La localisation du point de cassure dans PDGFB est remarquablement constante plaçant l’exon 2 de PDGFB sous le contrôle du promoteur de COL1A1. En revanche, la localisation du point de cassure dans COL1A1 se situe de façon très variable entre les exons 7 et 47 dans la région codant pour l’hélice α du collagène. Aucune corrélation n’a pu être établie entre la localisation du point de cassure dans COL1A1 et l’âge du patient ou des paramètres tant cliniques qu’histologiques. De plus, aucun point de cassure préférentiel n’apparaît plus particulièrement lié à l’une ou à l’autre des formes variantes de DP. Sur le plan diagnostique, le gène de fusion COL1A1-PDGFB est détectable soit par RT-PCR multiplexe avec une combinaison d’amorces sens ciblant divers exons de COL1A1 et une amorce antisens pour l’exon 2 du PDGFB, soit par hybridation in situ en fluorescence (FISH) sur noyaux interphasiques de coupes tissulaires. Le gène de fusion COL1A1-PDGFB n’est pas détecté dans environ 8 % des cas, ce qui suggère l’existence d’une petite proportion de DP présentant des anomalies géniques variantes qui restent à identifier. Le remaniement COL1A1-PDGFB semble avoir pour effet l’activation de la voie de signalisation du récepteur au PDGFB d’une manière autocrine et paracrine. L’imatinib mésylate, inhibiteur des récepteurs à activité tyrosine-kinase, a été récemment utilisé dans des essais cliniques et son efficacité démontrée dans plusieurs cas, ce qui fait de ce traitement pharmacologique une alternative de traitement du DP.