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Bulletin du Cancer

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Chimiothérapie d'induction et préservation laryngée : qu'en est-il en pratique ? Volume 89, numéro 4, Avril 2002

Auteurs
Département de cancérologie cervico-faciale, Centre Oscar-Lambret, 3, rue Frédéric-Combemale, 59020 Lille Cedex.
  • Mots-clés : cancer, préservation laryngée, chimiothérapie d'induction.
  • Page(s) : 411-7
  • Année de parution : 2002

La chirurgie radicale laryngée suivie de radiothérapie a été longtemps l'attitude standard de référence dans le traitement des carcinomes épidermoïdes évolués du pharyngo-larynx. La chimiothérapie d'induction suivie de radiothérapie est récemment apparue efficace dans les stratégies de préservation laryngée. Les résultats obtenus dans les études randomisées de préservation laryngée sont-ils reproduits en dehors de ces essais ? Patients et méthodes : Nous avons réalisé une étude rétrospective concernant les patients porteurs d'un carcinome épidermoïde du pharynx ou du larynx, pris en charge au centre Oscar-Lambret de 1986 à 1995, ayant bénéficié d'un protocole de préservation laryngée. Tous les patients ont bénéficié d'une chimiothérapie d'induction suivie de radiothérapie ou de chirurgie radicale et radiothérapie. Aucun n'avait d'antécédent carcinologique et tous étaient porteurs de tumeur opérable nécessitant une laryngectomie totale. Le protocole de chimiothérapie utilisé associait le cisplatine (100 mg/m2) à J1 et le 5-fluoro-uracil (5FU) (1 000 mg/m2) de J1 à J4 ou J5. La radiothérapie a ensuite été réalisée chez les répondeurs (réponse complète ou partielle > 50 %). En cas de non-réponse, une laryngectomie totale suivie de radiothérapie était réalisée. Nous avons comparé les résultats obtenus chez les patients inclus dans des études cliniques avec les résultats obtenus chez des patients ayant bénéficié des stratégies de préservation laryngée hors étude. Résultats : Cent huit patients étaient évaluables pour cette étude. Cinquante-deux avaient été inclus dans des essais cliniques de préservation laryngée (groupe 1) tandis que 56 (groupe 2) avaient bénéficié du protocole de préservation laryngée sans pouvoir être inclus dans un essai clinique pour diverses raisons. Nous n'avons pas trouvé de différence statistique significative entre ces deux groupes concernant la répartition par sexe, le statut ganglionnaire ou le statut métastatique. Les patients du groupe 2 étaient plus fréquemment porteurs d'une tumeur à point de départ laryngé (31 versus 17 ; p = 0,03). Dans le groupe 1, les patients avaient plus souvent des tumeurs classées stade III et plus rarement des tumeurs classées stade IV. Nous n'avons pas observé de différence de toxicité liée à la chimiothérapie dans les groupes, à l'exception de la toxicité hématologique de grade III et IV après le deuxième cycle (0 patient dans le groupe 1 et 8 patients dans le groupe 2 ; p = 0,02). À l'issue du traitement initial, le taux de réponse complète n'était statistiquement pas différent entre les groupes 1 et 2 (88,2 % versus 78 % ; p = 0,27). Un traitement chirurgical a été réalisé pour 46 patients sans différence statistique entre les deux groupes. Une préservation laryngée a pu être réalisée dans 55,8 % (29/52) des cas dans le groupe 1 et dans 53,6 % (30/56) des cas dans le groupe 2. Les causes de décès ont été identiques dans les deux groupes. La survie globale des 108 patients était de 81,5 % à 1 an, 49,6 % à 3 ans et 35,3 % à 5 ans avec une survie médiane de 3 ans. Il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les groupes. Quel que soit le groupe, certains des paramètres étudiés ont semblé avoir une influence sur la survie globale tels que la classification T (p = 0,04), la réponse à la chimiothérapie (p = 0,006), la rupture capsulaire (p = 0,03) et la réponse à la fin du traitement (p = 0,001). Conclusion : La chimiothérapie d'induction apparaît efficace dans les stratégies de préservation laryngée mais son utilisation quotidienne « en routine » semble prématurée. Toutefois, les résultats obtenus dans le groupe hors essais permettent, dans les stratégies de préservation laryngée, d'espérer une bonne reproductibilité des résultats en pratique courante, à condition que la prise en charge soit effectuée par des équipes expérimentées dans ce domaine. Les effets à long terme de tels protocoles doivent être évalués. L'augmentation des infections du site opératoire après chimiothérapie, récemment mise en évidence, devra, si ces données sont confirmées, être intégrée dans les études coût-efficacité de telles stratégies. La préservation laryngée reste une option thérapeutique très intéressante mais ne peut pas encore être considérée comme une référence thérapeutique.