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Bulletin du Cancer

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Anomalies chromosomiques de nombre, instabilité génétique et expositions professionnelles Volume 94, numéro 4, Avril 2007

Auteurs
Laboratoire de biogénotoxicologie et mutagenèse Environnementale (EA 1784, IFR PMSE112), Faculté de Médecine, Université de la Méditerranée, 27, bd Jean-Moulin, 13005 Marseille

Les agents aneugènes sont responsables d’une anomalie de répartition des chromosomes lors de la division cellulaire, donc d’une aneuploïdie chez les cellules filles survivantes. L’aneuploïdie est connue depuis longtemps comme un événement crucial dans la transformation d’une cellule normale en cellule cancéreuse ; elle pourrait être un des premiers événements du processus cancérogène. Des anomalies de fonctionnement du centrosome, organite cellulaire protéique ayant un rôle primordial dans la constitution d’un fuseau mitotique normal lors de la division cellulaire, sont fréquemment retrouvées à l’origine de cette répartition anormale des chromosomes lors de l’anaphase. Les micronoyaux peuvent être, soit le témoin d’une instabilité génétique, soit un biomarqueur d’effet mettant en évidence des dommages chromosomiques induits par des agents mutagènes/cancérogènes (lors d’expositions professionnelles par exemple). L’association de l’hybridation in situ fluorescente au test des micronoyaux permet de différencier les micronoyaux contenant des fragments chromosomiques acentromériques (cassures chromosomiques) et ceux contenant des chromosomes entiers centromériques (pertes chromosomiques) consécutifs respectivement à des événements clastogènes ou aneugènes. Les micronoyaux centromériques résultent de diverses altérations des éléments protéiques structurant l’appareil mitotique. Deux mécanismes différents de formation semblent impliqués : des défauts de migration chromosomique devraient induire des micronoyaux très majoritairement monocentromériques et des anomalies de duplication des centres organisateurs (centrosomes) des micronoyaux multicentromériques. Le micronoyau est un biomarqueur intégrant de nombreux facteurs de variation (facteurs individuels, mode de vie, polymorphisme génétique). Il est par conséquent intéressant d’en rechercher un sous-type centromérique (micronoyaux multicentromériques et anomalies de duplication du centrosome ?) qui serait davantage le témoin de l’instabilité génétique du sujet lorsque des anomalies de répartition des chromosomes sont suspectées, et dont le caractère significatif et la prédictivité du risque cancérogène seraient plus importants.