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Bulletin du Cancer

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Anémie et cancers des voies aérodigestives supérieures Volume 92, numéro 5, Mai 2005

Auteurs
Département d’oncologie-radiothérapie, Laboratoire d’immunociblage des tumeurs et ingénierie des anticorps, EMI0227, CRLC Val d’Aurelle-Paul Lamarque, Rue croix verte, 34298 Montpellier Cedex 05, Service de radio-oncologie, Centre hospitalier universitaire Vaudois, Lausanne, 1011, Suisse, Département d’oncologie médicale, Centre Antoine-Lacassagne, 06000 Nice, Département d’oncologie radiothérapie, Centre Oscar-Lambret, 59020 Lille

L’anémie est fréquente dans les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) et semble corrélée à l’hypoxie intratumorale. Elle représente un des facteurs pronostiques principaux de récidive locorégionale et, dans certaines études, de survie diminuée. Les moyens de correction sont essentiellement représentés par les transfusions de concentrés érythrocytaires et, plus récemment, par les érythropoïétines recombinantes humaines (rHuEPO). Les données disponibles concernant les transfusions sont extrêmement rares et ne montrent aucun impact sur le contrôle local en association avec la radiothérapie. Par contre, les études utilisant les rHuEPO sont plus nombreuses et sont discordantes. Jusqu’à récemment, les essais rétrospectifs montraient un avantage sur le contrôle local et parfois sur la survie lorsque les patients étaient traités par de la rHuEPO en association avec la radiothérapie avec ou sans chimiothérapie concomitante. Fin 2003, un essai randomisé prospectif a présenté des résultats négatifs en termes de survie sans progression concernant des patients porteurs d’un cancer épidermoïde des VADS et traités par radiothérapie externe exclusive ou postopératoire associée ou non à de la rHuEPO. Malgré de nombreux facteurs de confusion, cette étude a le mérite de poser de nombreuses questions dont la possible stimulation de récepteurs de l’EPO présents à la surface des tumeurs. Au congrès de l’Astro 2004, les résultats préliminaires de l’étude RTOG 99-03 ont été présentés. Cette étude prospective randomisée a comparé le contrôle locorégional de patients porteurs d’une tumeur des VADS non opérable et traitée par radiothérapie avec ou sans rHuEPO (40 000 U hebdomadaires). Une amélioration significative du taux d’hémoglobine a été démontrée dans le bras rHuEPO mais sans amélioration du contrôle locorégional. De plus, l’essai a été stoppé à mi-course car l’analyse intermédiaire montrait que la survie globale était inférieure (mais non significativement) dans le bras rHuEPO et qu’il y avait seulement 5 % de chances qu’il soit positif si on le terminait. De futurs essais cliniques doivent donc être élaborés en considérant les marqueurs biologiques connus ou suspectés afin de cibler les patients potentiellement bénéficiaires de ce type de traitement.