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Annales de Biologie Clinique

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La nutrition des personnes âgées : place et pièges du bilan biologique Volume 59, numéro 4, Juillet - Août 2001

Auteurs
Département de gérontologie, CHU de Clermont-Ferrand, BP 56, 63118 Cébazat
  • Page(s) : 445-52
  • Année de parution : 2001

La malnutrition protéino-énergétique est fréquente chez les personnes âgées. L'enquête Euronut/Seneca, enquête de référence en Europe pour la nutrition des personnes âgées, montre que 2 à 5 % des personnes de 75 à 80 ans qui vivent à leur domicile présentent une malnutrition protéino-énergétique [1]. D'autres études portant sur des personnes âgées autonomes donnent des résultats semblables [2, 3]. À l'inverse, la fréquence de la malnutrition protéino-énergétique est beaucoup plus importante chez les patients âgés en institutions, atteignant 10 à 30 % pour ceux qui vivent en maison de retraite [4, 5], et encore plus, de 30 à 70 % pour les patients hospitalisés, quel que soit le mode d'hospitalisation, court, moyen ou long séjour [6, 7]. Cette pathologie est la plus fréquente des pathologies gériatriques. Elle concerne, selon les estimations les plus crédibles, de 200 000 à 500 000 personnes âgées vivant à leur domicile et entre 200 000 et 350 000 personnes âgées vivant en institution. C'est dire qu'il y a plus de personnes âgées atteintes de malnutrition protéino-énergétique que de personnes âgées diabétiques (environ 3 % soit 300 000) ou que de personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer (environ 300 000). La malnutrition protéino-énergétique est un facteur pronostique gravissime pour les personnes âgées qui en sont atteintes. Elle augmente le risque de complications par un facteur de 4 à 8 [8, 9]. Il existe une relation très étroite entre la fréquence des complications, notamment infectieuses, mais aussi de toutes les complications et les valeurs d'albumine sérique comprises entre 20 et 40 g/L pour les patients vivant en maison de retraite [10]. Enfin, la malnutrition protéino-énergétique augmente le risque de mortalité par un facteur de 2 à 6 [11, 12]. Par exemple, les personnes âgées hospitalisées pour décompensation cardiaque ont quatre fois plus de risque de mourir dans les neuf mois suivant cette hospitalisation, si elles sont dénutries au moment de celle-ci [13]. Ce risque de mortalité associé à la malnutrition protéino-énergétique est tout aussi important pour les personnes âgées autonomes vivant à leur domicile et en bonne santé apparente : plus de deux tiers de celles qui présentent une albumine sérique inférieure à 35 g/L décèdent dans les 5 ans. Ce risque est aussi réel pour celles qui présentent une albumine sérique entre 35 et 38 g/L (un tiers de décès à 5 ans) et même pour celles qui présentent une albumine sérique entre 38 et 40 g/L (15 % de décès à 5 ans) [14]. La sensibilité du système immunitaire des personnes âgées aux facteurs nutritionnels et la grande fréquence des déficiences nutritionnelles observées au grand âge expliquent, pour beaucoup, la gravité de la malnutrition protéino-énergétique chez les personnes âgées [15]. En effet, il existe une relation très étroite entre le niveau de malnutrition protéino-énergétique et l'intensité du déficit immunitaire chez les sujets âgés [16]. La restauration des réponses immunitaires chez les sujets âgés, présentant des carences nutritionnelles, par des supplémentations nutritionnelles corrigeant ces carences (revue dans [17]) montre bien toute l'importance de l'état nutritionnel sur les mécanismes de défense et donc la susceptibilité aux complications, notamment infectieuses.