ARTICLE
pnv.2011.0304
Auteur(s) : Frédérique Retornaz1,,2 fretornaz.cgd13@e-santepaca.fr,
Valérie Seux3, Vanessa Pauly4, Sonia Nouvellet5, Xavier Flecher6, Jacques Soubeyrand3, Odile Reynaud-Levy3
1 Centre gérontologique départemental, Marseille
2 EA3279, Évaluation des systèmes de soins - santé
perçue, Université de la Méditerranée, Marseille
3 Service de médecine interne et gériatrie,
4 Département de santé publique,
5 Département des urgences,
6 Service de chirurgie orthopédique, Centre
hospitalo-universitaire Sainte Marguerite, Marseille
Tirés à part : F. Retornaz
La prévalence de l’ostéoporose augmente avec l’âge. En raison du
vieillissement de la population mondiale, le nombre des fractures
de l’extrémité supérieure du fémur (FESF) devrait tripler dans 50
ans en France et dans le monde [1, 2]. Dans les pays
occidentalisés, on estime qu’après l’âge de 50 ans, 40 à 50 %
des femmes et 13 à 22 % des hommes seront victimes d’au moins
une fracture ostéoporotique au cours du restant de leur vie [3]. Le
fait d’avoir subi une fracture ostéoporotique est un des facteurs
de risque les plus importants, de faire une nouvelle fracture [4].
Par exemple, les femmes qui ont eu une première fracture (quel que
soit le site) ont 2 fois plus de risques de faire une nouvelle
fracture et les femmes qui ont fait une fracture vertébrale, même
asymptomatique, ont 4 fois plus de risques de faire une nouvelle
fracture vertébrale. C’est la notion de “cascade fracturaire”. De
plus, les nouvelles fractures surviennent en général très
rapidement après la première [5]. Les fractures ostéoporotiques ont
une morbi-mortalité importante. Par exemple, la mortalité dans
l’année qui suit une FESF est plus élevée de 10 à 20 % que
celle de sujets de même âge et de même sexe dans la population
générale [2]. Environ un tiers des patients décèdent durant la
1re année qui suit la FESF. Dans l’année qui suit la
FESF, la moitié des patients préalablement autonomes avant la
fracture, sont institutionnalisés ou nécessitent une aide pour les
activités de la vie quotidienne [2]. Les fractures vertébrales
augmentent aussi la mortalité. Elles sont aussi à l’origine de
douleurs, de déformations rachidiennes, de diminution de taille, de
perte d’autonomie et d’altération de la qualité de vie à court et à
long terme. Ainsi les patients qui ont eu une fracture sur
traumatisme de basse énergie (FTBE) [6] doivent être évalués pour
le risque d’ostéoporose et de nouvelle fracture.
Malgré les conséquences potentiellement dramatiques de
l’ostéoporose, la reconnaissance de cette maladie reste très
faible, comme en témoigne la faible proportion de patients qui ont
un diagnostic et un traitement, et tout particulièrement ceux qui
ont eu une FTBE [6]. Peu d’études se sont intéressées aux
stratégies de prise en charge après une première fracture
ostéoporotique [6-8]. Cependant, toutes ces études ont montré qu’un
programme spécifique dédié à la prise en charge de l’ostéoporose
augmentait le pourcentage de patients pour lesquels le diagnostic
était posé et/ou un traitement spécifique était instauré. Malgré
ces programmes encourageants, le taux de dépistage et de traitement
de l’ostéoporose reste très faible, aux alentours de 20 %
[9-11].
L’hôpital dans lequel nous avons créé ce projet dispose d’un
service d’accueil des urgences, d’un service de médecine
interne/gériatrie, d’un service de chirurgie orthopédique, tous ces
services prenant en charge des patients avec fractures
ostéoporotiques. Mais aucun programme de prise en charge de ces
patients n’était disponible sur l’hôpital. Nous avons dans un
premier temps réalisé une étude pilote dans le service de chirurgie
orthopédique [12]. Cette étude a montré que moins de 10 % des
patients avec une fracture ostéoporotique étaient pris en charge et
traités de façon adéquate. Nous avons donc décidé de créer un
programme pour améliorer la prise en charge des patients référés
dans notre hôpital pour une FTBE ou un risque d’ostéoporose.
L’objectif de ce programme était d’augmenter le diagnostic et la
prise en charge de l’ostéoporose chez des patients ayant eu une
FTBE ou ayant une suspicion d’ostéoporose. Nous rapportons les
résultats de ce programme après 2 ans de fonctionnement.
Méthode
Le programme d’intervention a été créé pour des patients ayant
eu une FTBE ou avec un risque d’ostéoporose. Les patients recrutés
ont été évalués en deux séances à l’issue desquelles un traitement
anti-ostéoporotique a été proposé. Le déroulement du programme
d’intervention est résumé dans la figure 1. Le détail
de ce programme est rédigé ci-dessous.
Recrutement des patients
Deux médecins gériatres ont été spécialement dédiés à ce
programme à raison de 2 demi-journées de consultations
hebdomadaires. Les critères d’inclusion étaient la présence d’une
FTBE (définie comme une fracture secondaire à une chute de sa
hauteur ou survenue de façon inadéquate par rapport au traumatisme
initial [6]) ou la suspicion d’ostéoporose (existence de facteurs
de risques d’ostéoporose). Les patients pouvaient être recrutés sur
3 lieux différents (en fonction de leur localisation) :
- –. les patients admis aux urgences avec une FTBE
recevaient une lettre destinée à leur médecin traitant indiquant
qu’ils étaient à « risque d’ostéoporose ». Pour les
patients qui retournaient directement à domicile, cette lettre
proposait de prendre un rendez-vous en consultation intitulée
“gestion du risque fracturaire” dans le service de médecine
interne/gériatrique ;
- –. les patients hospitalisés dans le service de
chirurgie orthopédique ou de médecine interne et gériatrie étaient
évalués directement pas le médecin gériatre au cours d’une de leur
2 ½ journées de consultation hebdomadaire ;
- –. les patients vus en externe dans le service de
chirurgie orthopédique ou de médecine interne et gériatrie étaient
invités à rentrer dans ce programme par le médecin spécialiste
respectif.
Recueil des données
Lors de la première visite, les paramètres suivants ont été
recueillis : âge, sexe, mode de vie, poids (kg), taille (m),
facteurs de risque familiaux ou personnels, nombre de chutes et
facteurs de risque, apport calcique journalier [13]. Après un
examen clinique complet, le médecin prescrivait (si approprié) la
réalisation de tests biologiques et une ostéodensitométrie.
Une évaluation gériatrique standardisée (EGS) a été proposée
pour les patients âgés de plus de 65 ans. Six domaines de l’EGS
étaient évalués avec leurs outils respectifs : statut
fonctionnel (Katz index [14] pour les activités domestiques de la
vie quotidienne (ADL) et IADL à 4 items pour l’évaluation des
activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL) [15]), statut
nutritionnel (mini-nutritional assessment short form
(MNA-SF) [16]), cognition (mini-mental state examination
(MMSE) [17]), mobilité (test de station unipodale si évaluable [18]
et présence de syndrome post-chute), et douleur (échelle visuelle
analogique ou échelle numérique).
Au cours de la 2e visite, le médecin prescrivait en
fonction de l’indication, un traitement anti-ostéoporotique,
faisait des recommandations spécifiques d’aménagement du domicile
pour la prévention de nouvelles chutes et envoyait une lettre de
synthèse au médecin traitant ou au rhumatologue.
Analyse statistique
Une analyse descriptive a été réalisée pour toutes les variables
et les mesures. Le taux de données manquantes a été relevé. Le test
de Mac Nemar a été utilisé pour la comparaison de pourcentage pour
les données appariées. Toutes les analyses statistiques ont été
réalisées avec le logiciel SPSS Statistics 16.0, SPSS Inc, USA.
Résultats
Durant 2 ans (2005-2006), 156 patients ont été inclus dans le
programme.
Les caractéristiques de patients sont résumées dans le tableau 1. La moyenne d’âge était de 72,4 ans (±
déviation standard [SD] 13,1). Plus de 80 % des patients
étaient des femmes. Les fractures les plus fréquentes étaient par
ordre décroissant la hanche, les vertèbres et l’humérus
(respectivement 28,6 %, 11,5 %, et 7,6 %). Près du
tiers des patients référés dans notre programme n’avaient pas de
fractures. Les principaux facteurs de risques d’ostéoporose étaient
le déficit en vitamine D (77,8 %), suivi par l’utilisation de
corticoïdes (26,8 %) et les antécédents d’ostéoporose
familiale (25,5 %). Parmi les patients qui avaient une
insuffisance en vitamine D (77,8 %), 23,1 % avaient une
carence en vitamine D et 17 % avaient une hyperparathyroïdie.
Les autres tests de laboratoire étaient pour la plupart normaux.
Selon la définition de la World Health Organization (WHO) [1],
53,8 % des patients avaient une ostéoporose et 37,5 %
avaient une ostéopénie.
Tableau 1 Caractéristiques des patients (N
= 156).
Patients characteristics (N = 156).
| Caractéristiques |
n (%)/ moyenne (SD) |
| Age |
72.4 (± 13,17) |
| Age > 65 ans |
| 108 (68,8%) |
| Femme |
134 (85, 4 %) |
| Provenance |
|
| Urgences |
| 13 (8,3 %) |
| Orthopédie |
| 62 (39,4 %) |
| Consultations externes |
| 81 (51,6 %) |
| Taille à 20 ans (N = 96) |
161,3 ± 6,2 |
| Taille actuelle (m) (N
= 107) |
158,3 ± 7,3 |
| Poids (kg) |
59,0 ± 14,0 |
| BMI (kg/m2) |
24,5 ± 5,1 |
| Apports calciques (mg/jour) |
766,0 ± 335,4 |
| Type de fracture (n
= 149) |
|
| Fémur |
| 45 (28,6 %) |
| Vertébrale |
| 18 (11,5 %) |
| Humérus |
| 12 (7,6 %) |
| Poignet |
| 10 (6,4 %) |
| Autre |
| 13 (8,1 %) |
| Plus d’une fracture |
| 3 (1,9 %) |
| Pas de fracture |
| 54 (34,4 %) |
| ATCD personnels de fractures sur
TBE (n = 146) |
|
| Poignet |
| 15 (9,6 %) |
| Fémur |
| 12 (7,6 %) |
| Vertébrale |
| 5 (3,2 %) |
| Autres fractures |
| 44 (28 %) |
| Pas d’ATCD de fractures |
| 70 (47,9 %) |
| Facteurs de risques
d’ostéoporose |
|
| Insuffisance en vitamine D |
| 63 (77,8 %) |
| Corticothérapie(en cours ou ancienne) |
| 42 (26,8 %) |
| Histoire familiale de fractures
ostéoporotiques |
| 40 (25,5 %) |
| Tabac |
| 37 (23,6 %) |
| Ménopause avant 40 ans |
| 10 (6,2 %) |
| Paramètres biologiques |
|
| Calcémie (mmol/L) (n = 92) |
| 2,34 ± 0,22 |
| 25-OH-D (ng/dL) (n = 81) |
| 22,84 ± 19,05 |
| Albumine (g/L) (n = 82) |
| 40,56 ± 6,02 |
| Créatinine (μmol/L) (n = 86) |
| 73,41 ± 31,03 |
| PTH (pg/ml) (n = 77) |
| 47,01 ±26,96 |
| Densité minérale osseuse : DMO
(n = 78) |
|
| T-score lombaire (total) |
| - 2,24 ± 1,02 |
| T-score fémoral |
| - 1,82 ± 1,48 |
| Ostéoporose sur au moins un site |
| 43 (53,8 %) |
| Ostéopénie sur au moins un site |
| 30 (37,5 %) |
| DMO normale sur tous les sites |
| 7 (8,8 %) |
| Chutes |
|
| Chutes |
| 102 (65 %) |
| Chutes dans les 3 mois précédents |
| 57 (36,3 %) |
| Facteurs de risques de chutes (n
= 103) |
n (%) |
| Maladie cardiaque |
| |
| Hypertension artérielle |
| 41 (26,1 %) |
| Insuffisance cardiaque |
| 12 (7,6 %) |
| Fibrillation atriale |
| 10 (6,4 %) |
| Hypotension orthostatique |
| 4 (2,5 %) |
| Déficit visuel |
|
| Cataracte |
| 33 (21,0 %) |
| Arthrose |
|
| Arthrose du genou |
| 21 (13,4 %) |
| Arthrose de la hanche |
| 13 (8,2 %) |
| Atteintes neurologiques |
|
| Épilepsie |
| 12 (7,6 %) |
| Accident vasculaire cérébral |
| 5 (3,2 %) |
| Autres |
|
| Troubles de la marche/aides à la marche |
| 39 (37 %) |
| Cypho-scoliose |
| 25 (15,9 %) |
| Vertiges, Lipothymies |
| 21 (13,4 %) |
| Diabète |
| 9 (5,7 %) |
| Traitement
anti-ostéoporotique |
|
| Traitement antiostéoporotique avant
évaluation |
27 (17,2 %) |
| Calcium/Vitamine D |
| 25 (15,9 %) |
| Bisphosphonate oral |
| 17 (10,8 %) |
| Raloxifène |
| 3 (1,9 %) |
| Tériparatide |
| 1 (0,6 %) |
| Traitement antiostéoporotique après
évaluation |
78 (50,0 %) |
| Calcium |
| 49 (31,2 %) |
| Vitamine D |
| 55 (35 %) |
| Bisphosphonate oral |
| 37 (23,6 %) |
| Bisphosphonate IV |
| 8 (5,1 %) |
| Raloxifène |
| 5 (3,2 %) |
| Ranelate de Strontium |
| 4 (2,5 %) |
BMI : body mass index, TBE : traumatisme de
basse énergie, IV = intraveineux, PTH : parathormone,
DMO : densité minérale osseuse.
Soixante-cinq pour cent des patients avaient eu au moins une
chute dans l’année précédente et un tiers d’entre eux avaient chuté
dans les 3 mois précédents. Les principaux facteurs de risques de
chutes étaient des troubles de la marche ou la nécessité d’une aide
technique à la marche (37 %), une hypertension (26,1 %)
et une cataracte (21 %). Les patients avaient en moyenne 2,3
(+/-2,6) facteurs de risques.
Plus de la moitié des patients avaient déjà eu une FTBE, le plus
souvent une fracture du poignet. Malgré ce taux élevé, moins de un
patient sur 6 était traité pour l’ostéoporose (17 %). Après
évaluation, un traitement anti-ostéoporotique a été instauré pour
49 % des patients (p < 0,001). Ce traitement était
principalement de la vitamine D (35 %), une supplémentation
calcique (31,2 %), et des bisphosphonates oraux (23,6 %).
Huit patients (5,1 %) qui avaient une contre-indication aux
bisphosphonates oraux ont reçu un traitement par voie
intraveineuse. Seulement 2,5 % des patients ont été traités
par ranelate de strontium (ce médicament n’était pas disponible en
France avant septembre 2006). Tous les patients chuteurs ont
reçu des recommandations de prévention de la chute basées sur des
documents écrits et une information orale (selon les
recommandations de l’HAS, accessible sur
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Prevention_chutes_fiche.pdf)
(Annexe 1).
Cent huit patients étaient âgés de plus de 65 ans (tableau 2). La moitié avaient une incapacité
pour les ADL ou les IADL et étaient dénutris. Un tiers avaient un
syndrome post-chute et la moitié avait un test de station unipodale
anormal ce qui les rendaient à haut risque de nouvelle chute.
Cinquante pour cent des patients avaient une douleur non
contrôlée.
Tableau 2 Paramètres de l’évaluation gériatrique
standardisée pour les patients âgés de plus de 65 ans (n
= 108).
Comprehensive geriatric assessment for patients older than 65 (n
= 108).
| Paramètres |
N (%) |
| Provenance(n = 95) |
|
|
| Domicile |
44 (40,7 %) |
|
| Hôpital |
44 (40,7 %) |
|
| Institution |
7 (6,4 %) |
| Statut fonctionnel(n
= 81) |
|
|
| Pas d’incapacités pour les IADL |
51 (47,2 %) |
|
| Pas d’incapacités pour les ADL |
55 (50,9 %) |
| Statut nutritionnel(n
= 84) |
|
|
| Normal : MNA > 24 |
29 (34,5 %) |
|
| À risque de malnutrition : 17 < MNA
< 23,5 |
10 (11,9 %) |
|
| Dénutri : MNA < 17 |
45 (53,6 %) |
| Cognition(n = 81) |
|
|
| MMSE < 26 |
10 (9,2 %) |
| Mobilité(n = 68) |
|
|
| Appui unipodal |
41 (38 %) |
| Syndrome post-chute(n
= 87) |
39 (36,1 %) |
| Douleur(n = 98) |
53 (49,0 %) |
IADL : instrumental activities of daily living,
ADL : activities of daily living, MMSE: mini-mental
state examination, MNA = mini-nutritional
assessment.
Discussion
Notre travail démontre qu’un programme de prévention du risque
fracturaire augmente le pourcentage de patients qui ont un
diagnostic d’ostéoporose (diagnostic clinique et réalisation
d’ostéodensitométrie). L’inclusion dans ce programme augmente
également de façon significative le nombre de patients traités pour
l’ostéoporose (de 17 % à 49 %, p < 0,001). Ce
programme souligne également la mauvaise prise en charge actuelle
des FTBE avec seulement 17 % de patients déjà fracturés ayant
un traitement spécifique.
Malgré la disponibilité de médicaments qui ont prouvé une
réduction du risque de fracture, 78,6 % des patients
présentant une FTBE n’ont donc pas de traitement
anti-ostéoporotique. Ces résultats sont semblables aux précédentes
études qui avaient clairement montré qu’une minorité de patients
avec FTBE recevaient un traitement adéquat malgré le risque majeur
de souffrir d’une nouvelle fracture [8, 11, 19-24].
Toutes ces études concluaient qu’il était nécessaire de trouver des
programmes permettant d’augmenter le diagnostic et le traitement
chez les patients à risques de nouvelles fractures. Seulement
quelques programmes ont été dédiés à cette fin. Certains programmes
se sont focalisés sur le recrutement des patients dans les services
d’urgences [7] ou de rhumatologie [6], ou bien dans des cliniques
de prise en charge des fractures [8]. Dans ce programme [8], après
identification d’un patient ayant une FTBE, une lettre de
recommandation type était envoyée aux médecins traitants associée à
une intervention téléphonique 3 mois après. Les patients qui
recevaient l’intervention avaient plus de chance de se voir
prescrire une ostéodensitométrie que le groupe contrôle, mais ils
n’avaient pas plus de recommandations pour avoir un traitement
anti-ostéoporotique. Une simple intervention augmente donc le
diagnostic mais pas le traitement. Dans les services d’urgences,
Majumbar et al. [7] ont proposé une intervention destinée
aux patients qui avaient eu une fracture du poignet et à leur
médecin traitant. Ce programme augmentait le taux de patients qui
faisaient une ostéodensitométrie de 62 % au lieu de 17 %
dans le bras contrôle et le taux de traitement anti-ostéoporotique
de 40 % contre 10 % dans les 6 mois qui suivaient la
fracture. La création d’une « clinique de l’ostéoporose »
dédiée à la prise en charge des patients avec une FTBE semble être
la plus efficace. Chevalley et al. [6] ont montré qu’un
traitement anti-ostéoporotique était proposé à 33 % des
patients admis dans leur filière, en plus de la supplémentation
vitaminocalcique qui elle était atteinte à 93 %. De plus, la
compliance à 6 mois était excellente avec une large majorité de
traitements continués après 6 mois. Dans notre programme, nous
avons choisi de travailler comme une « clinique de
l’ostéoporose », car il semble que ce soit le programme qui
augmente le plus le diagnostic et le traitement de
l’ostéoporose.
Cependant, la prise en charge de l’ostéoporose ne doit pas se
résumer à la prescription d’une ostéodensitométrie et d’un
traitement médicamenteux. La prise en charge des chutes est trop
souvent négligée voire inexistante. Pourtant, les chutes
représentent une cause majeure de mortalité chez les personnes
âgées et elles sont un déterminant indépendant de perte d’autonomie
en plus d’être les principales causes de FTBE. Chaque année, un
tiers des chutes survient chez des personnes de plus de 65 ans et
chez près de la moitié des patients de plus de 80 ans [25]. Dans
notre étude, une majorité des patients âgés ont présenté des chutes
à répétition et ils avaient une prévalence élevée de facteurs de
risques de chutes et d’incapacités. La réalisation d’une EGS a
montré qu’elle réduisait la mortalité, le déclin fonctionnel et
l’institutionnalisation [26]. Quelques programmes ont testé
l’intérêt de l’EGS chez les patients avec une fracture
ostéoporotique, essentiellement les fractures de hanche. Toutes ces
études ont conclu que l’EGS réduisait la mortalité à l’hôpital et
les complications médicales chez les patients avec une fracture de
hanche [27, 28]. Aucune étude n’est disponible chez les
patients non hospitalisés ou ayant d’autres types de fracture. Basé
sur notre étude, les expériences réalisées en orthogériatrie
[27, 28], et sur les programmes de prises en charge
multidisciplinaires de réduction de chutes [29], on peut supposer
que la prise en charge des fractures ostéoporotiques devrait
inclure une forme d’évaluation gériatrique chez les patients
âgés.
Cette étude a plusieurs limites. Premièrement, il s’agit d’une
étude monocentrique, ce qui peut induire un biais dans le
recrutement des patients. Deuxièmement, il n’y a pas eu de groupe
contrôle pour voir qu’elle aurait été la prise en charge spontanée
de ces patients sans le programme. Nous n’avons pu nous comparer
que sur les études disponibles dans la littérature. Enfin, il n’y a
pas eu de suivi de ces patients pour évaluer la compliance au
traitement et l’application des recommandations de prévention des
chutes.
Conclusion
Un programme de prévention du risque fracturaire optimise la
prise en charge de l’ostéoporose en augmentant le nombre de
patients diagnostiqués et traités. Comme une majorité des patients
avaient présenté des chutes dans les mois précédant la fracture,
notre programme va évoluer vers une évaluation plus complète du
risque de chute associé à la prise en charge de l’ostéoporose pour
continuer à diminuer le risque de fracture.
Points clés
- •. Malgré les conséquences potentiellement dramatiques
de l’ostéoporose, la reconnaissance de cette maladie reste très
faible, comme en témoigne la faible proportion de patients qui ont
un diagnostic et un traitement (aux alentours de 20 %).
- •. Peu d’études ont montré qu’un programme spécifique
dédié à la prise en charge de l’ostéoporose augmentait le
pourcentage de patients pour lesquels le diagnostic était posé
et/ou un traitement spécifique était instauré.
- •. Notre étude rapporte les résultats d’un programme de
prévention du risque fracturaire chez des patients à haut risque
d’ostéoporose.
- •. Ce programme a permis d’améliorer la prise en charge
de l’ostéoporose chez les patients à risque d’ostéoporose ou déjà
victimes d’une fracture ostéoporotique en augmentant
significativement le nombre de patients traités.
- •. De plus, les patients de plus de 65 ans inclus dans
ce programme ont bénéficié d’une évaluation gériatrique
standardisée ainsi que des recommandations concernant la prévention
des chutes.
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier le profeseur P. Bonjour pour
son assistance éditoriale, et les docteurs O. Tur, O. Dalco et S.
Tassy pour leur assistance technique.
Conflits d’intérêts : aucun.
Ce programme a été soutenu par la bourse Imothep (Improving
Medical Healthcare management of Osteoporotic fracTurE
Prevalent) de l’institut Lilly (France).
Annexe 1 . Recommandations pour l’aménagement du
domicile
Madame, Monsieur,
Vous avez été victime d’une chute avec ou sans fracture.
Voici une liste de recommandations pour modifier votre
environnement afin de limiter le risque de nouvelle
chute :
Mobilier
- Dégager les espaces de circulation (fil du téléphone, enlever
les tapis (ou les fixer au sol), enlever les objets encombrants
(guéridons, plantes d’intérieur…).
- Stabiliser les fauteuils, préférer les fauteuils avec
accoudoirs.
La nuit
- Assurer un éclairage suffisant pour les déplacements la nuit,
préférer les interrupteurs accessibles et lumineux.
- Éviter les déplacements la nuit, si besoin mettez une chaise
percée dans la chambre pour éviter les déplacements nocturnes.
- Ajouter un téléphone sur la table de chevet avec les numéros
d’urgence.
Les sanitaires
- Mettez une barre d’appui dans les toilettes pour vous relever
facilement.
- Mettez un tapis antidérapant dans la douche ou la baignoire
plus une barre d’appui.
- Asseyez-vous sur une chaise stable devant le lavabo.
Habillement
- Acheter des pinces de préhension pour éviter de se
baisser.
- Mettez des chaussures bien adaptées et montantes avec des
semelles antidérapantes (éviter les chaussures à talons, les
mules…).
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Rapport of International Osteoporosis Foundation February 2005
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