ARTICLE
Les carcinomes bronchiques non à petites cellules (CBNPC) représentent
80 % des tumeurs bronchiques, dont 50 à 70 % des formes cliniques
localisées sont inopérables au diagnostic en raison de l'extension
tumorale et/ou d'une fonction respiratoire insuffisante. Ils constituent
la première cause de mortalité par cancer chez l'homme.
Depuis la fin des années 1960, leur traitement repose sur la radiothérapie
(RT) du site tumoral et des aires ganglionnaires locorégionales,
l'irradiation apportant un bénéfice clinique par rapport
à une simple surveillance ou aux soins palliatifs [1, 2]. Malgré
les progrès techniques enregistrés, les résultats
de la RT classique exclusive restent décevants en termes de contrôle
tumoral (taux de rechute jusqu'à 80 % des cas) et de survie (40
% et 13 % à 1 et 2 ans respectivement) [3]. Ces résultats
médiocres ont fait considérer la RT comme une approche palliative
et non curative.
Le contrôle tumoral modeste est lié d'une part à
la tolérance des tissus sains qui n'autorisent pas à dépasser
la dose totale de 60 à 70 Gy en fractionnement conventionnel standard
et d'autre part à l'implication de facteurs de radiorésistance
comme la réparation cellulaire des lésions radio-induites
ou la présence de cellules tumorales hypoxiques [4-7].
Cependant, le mauvais pronostic reste aussi lié à un taux
élevé de métastases à distance (60 % à
2 ans) [8]. Ces dernières années ont vu l'émergence
de nouvelles stratégies, marquées notamment par l'intégration
précoce de la chimiothérapie (CT) pour agir immédiatement
sur la dissémination métastatique occulte.
L'introduction de la CT dans la séquence thérapeutique
a permis ainsi de réduire de 13 % le risque de décès
et d'améliorer la survie avec un bénéfice absolu
chiffré à 4 % et 2 % à 2 ans et 5 ans respectivement
aboutissant à l'émergence d'un nouveau standard thérapeutique
[8]. Néanmoins, aucun consensus concernant le schéma optimal
de la RT et de la CT associée n'est actuellement établi,
malgré la diversification des approches thérapeutiques testées.
À travers cet article, nous présentons une revue de la
littérature des différentes modalités d'associations
de la RT à la CT testées dans les CBNPC localement avancés
inopérables.
Radio-chimiothérapies séquentielles
De multiples essais utilisant une CT d'induction à base de cisplatine
(CDDP) suivie d'une RT ont montré une amélioration de la
survie dans les tumeurs inopérables [9-12]. Théoriquement,
la CT d'induction pourrait améliorer la survie en diminuant le
volume tumoral avant la RT, et permettant d'agir immédiatement
sur l'éventuelle dissémination métastatique occulte.
En 1990, Dillman et al. [13] ont publié les résultats
d'un large essai randomisé du groupe CALGB incluant 155 patients
porteurs de tumeurs de stade IIIA-B avec un indice de performance (PS)
inférieur à 2. Cet essai a montré l'apport favorable
d'une CT d'induction par CDDP-vinblastine et une amélioration significative
de la survie globale impliquant un arrêt précoce de la randomisation.
Les résultats, actualisés 7 ans plus tard, mettent toujours
en évidence une différence significative en faveur de la
CT [12]. Aucun décès toxique n'a été rapporté.
La fréquence des toxicités radiques sophagienne et
pulmonaire était similaire dans les deux bras (1 %). Ces résultats
ont été confirmés par un deuxième essai conduit
par l'intergroupe (RTOG/ECOG) et rapportés par Sausse et al.
[3] retrouvant un gain de survie en faveur de la CT. Un troisième
bras comportant une radiothérapie hyperfractionnée accélérée
(RTHA) a été rajouté à cet essai dont les
résultats ont été réactualisés [10].
La CT d'induction a amélioré la survie médiane avec
une diminution significative du taux de métastases à distance
autres que cérébrales en comparaison avec la RT à
fractionnement standard ou la RTHA. Le taux de rechutes locales est resté
identique dans les trois bras : 52 %, et la différence sur la survie
à 5 ans n'était pas significative [10]. Cette réduction
de la présence des métastases, particulièrement marquée
pour les carcinomes épidermoïdes (p = 0,0015), ne semble
pas améliorer la survie à long terme. En 1991, Le Chevalier
et al. [9] ont rapporté les résultats d'un essai
randomisé portant sur 353 patients et comparant une CT d'induction
par CDDP-vinblastine-CCNU-cyclophosphamide suivie d'une RT séquentielle
puis d'une CT adjuvante contre une RT exclusive. Les résultats
étaient en faveur de la CT en termes de survie et du taux de métastases
(49 % versus 70 %, p < 0,001). Le taux de rechutes locales
était là aussi inchangé dans les deux bras (92 %
à 5 ans) (tableau I).
Par ailleurs, 5 autres essais randomisés n'ont pas retrouvé
d'avantage significatif en survie de la CT d'induction. Ces essais portaient
sur de plus petits effectifs ou utilisaient une CT sub-optimale avec une
faible dose de CDDP, voire sans sels de platine [14-18].
Globalement, trois méta-analyses ont étudié le
rôle de la CT d'induction [19-21]. Le groupe NSCLCCG a revu 22 essais
randomisés comparant l'association RT-CT à la RT seule.
Il a actualisé les données individuelles de 3 033 patients.
Parmi ces essais, 11 (1 780 patients) ont utilisé une CT séquentielle
à base de CDDP en traitement d'induction, alors que les anciens
essais utilisaient des agents alkylants ou des anthracyclines. Les résultats
ont montré un bénéfice statistiquement significatif
de la CT. Les essais utilisant une CT à base de CDDP ont obtenu
le plus grand bénéfice chiffré à une réduction
de 13 % du risque de mortalité et un bénéfice absolu
en survie de 4 % à 2 ans et 2 % à 5 ans.
Marino et al. et Pritchard et al. ont retrouvé
un bénéfice similaire [20, 21]. L'analyse de Pritchard et
al., faite sur des données de la littérature et non
sur des données individuelles, conclut que l'association d'une
CT à la RT améliorait la survie médiane de 10,3 à
12 mois [21]. Cependant, l'impact d'une CT prolongée dite de consolidation
n'a pas été mis en évidence. L'ordre d'administration
de la CT dans le traitement n'est pas précisé.
Si le bénéfice de ces associations séquentielles
apparaît faible mais réel, deux remarques sont cependant
à formuler : la plupart de ces essais testait des protocoles de
CT dont l'efficacité est probablement moindre que les protocoles
actuels ; le bénéfice de ces associations n'a clairement
été mis en évidence que pour une population sélectionnée
(patients avec perte de poids < 5 % et PS < 2).
Radio-chimiothérapies concomitantes
Bases générales des associations
RT-CT
L'efficacité de la CT précoce sur la dissémination
métastatique a incité à poursuivre l'étude
des associations RT-CT selon d'autres modalités dont le schéma
concomitant a paru le plus attractif.
L'association concomitante de RT-CT consiste à délivrer
simultanément les deux traitements. Elle est actuellement la plus
étudiée et conceptuellement la plus intéressante.
Son objectif principal est d'améliorer le contrôle locorégional,
par synergie entre RT et cytostatiques, et de réduire l'incidence
des métastases. Cette approche permet d'autre part de réduire
la durée totale du traitement. Néanmoins, elle impose d'utiliser
des produits n'augmentant pas la toxicité des irradiations au niveau
pulmonaire ou cardiaque. Le facteur limitant devient, outre la toxicité
hématologique, celui de la tolérance sophagienne.
De nombreux mécanismes d'interaction entre la RT et la CT observés
in vitro rendent compte de la potentialisation des effets cytotoxiques
qui sont observés dans une association RT-CT concomitante [22].
L'exposition à un produit cytotoxique peut modifier la relation
dose-réponse à l'irradiation in vitro comme en témoigne
les modifications de la courbe de survie cellulaire clonogéniques
observées avec de multiples agents cytotoxiques. La synchronisation
des cellules par certains cytostatiques permettrait d'exposer à
l'irradiation des cellules tumorales dans des phases du cycle cellulaire
plus radiosensibles (G2-M) [23].
La CT pourrait par ailleurs limiter la repopulation cellulaire tumorale
ou altérer les capacités de réparation des lésions
induites par l'irradiation telles les lésions sub-létales
ou potentiellement létales dues à des cassures double brin
ou le plus souvent à l'accumulation des cassures mono-brin observées
sur l'ADN cellulaire [24]. La réduction rapide du volume tumoral
après 1 ou 2 cycles de CT néoadjuvante lors de l'association
RT-CT concomitante est responsable d'une meilleure oxygénation
du lit tumoral et peut induire une radiosensibilisation du tissu tumoral
lors de l'irradiation ultérieure. Ainsi, l'interaction peut s'observer
selon un mode infra-additif, additif ou supra-additif.
Il est possible que la CT d'induction sélectionne des clones
chimiorésistants susceptibles de devenir secondairement radiorésistantes,
ou qu'elle modifie la biologie tumorale en stimulant la repopulation cellulaire,
expliquant ainsi l'absence de bénéfice de cette stratégie
en termes de contrôle local. L'association RT-CT précoce
permettrait d'éviter théoriquement l'apparition d'un tel
phénomène.
Contrairement à la CT d'induction, la RT-CT concomitante serait
susceptible d'améliorer le contrôle local par une action
cytotoxique directe due à une potentialisation de l'action de la
RT sur les cellules tumorales.
Quels radiosensibilisants
Les principales drogues utilisées dans un but de radiosensibilisation
dans les cancers bronchiques sont les sels de platine, l'étoposide,
la vinorelbine, les taxanes, l'irinotecan, la gemcitabine et la tirapazamine.
Leurs mécanismes d'interaction avec la RT ne sont pas complètement
élucidés à ce jour.
* Sels de platine
Leurs propriétés radiosensibilisantes ont été
décrites chez l'animal [25]. Ils forment des liaisons covalentes
avec l'ADN, génèrent des adduits sur les bases puriques
ainsi que des ponts intra- et inter-caténaires. Ils induisent une
modification des lésions radio-induites et inhiberaient les mécanismes
cellulaires de réparation de l'ADN. Dans les cancers bronchiques,
en clinique, l'effet radiosensibilisant du CDDP a été démontré
dans l'étude de Schaake-Koning et al. en 1991 [26]. Dans
cette étude, une action maximale a été observée
lorsque le CDDP est administré 1 à 3 h avant la RT à
fractionnement standard pour une dose optimale de 6 mg/m2/j.
La dose maximale tolérée en association avec une RTHA est
de l'ordre de 7,5 mg/m2 dans un essai de phase I de Schild
et al. [27].
Le carboplatine (CBDCA), administré 3 h avant la RT, provoque
un retard significatif de la croissance cellulaire in vitro dans
l'étude de Schwachöfer et al. [28]. Dans l'étude
de Shov et al. [29], la durée d'incubation doit être
plus prolongée et la radiosensibilisation ne semble être
obtenue que s'il est administré 4 à 16 h avant l'irradiation
in vitro. La dose optimale est soit de 15 à 25 mg/m2
durant toute la durée de la RT, soit de 100 mg/m2 de
J1 à J3 (J1 = J29) dans deux études de phase I [30, 31].
* Étoposide (VP16)
Il s'agit d'un inhibiteur de topo-isomérase II, créant
des cassures double brin. Il a une action maximale en phase S du cycle
cellulaire et entraîne un blocage prolongé en phase G2-M,
phase la plus radiosensible du cycle. Il induit aussi une inhibition de
la réparation des lésions sub-létales. In vitro,
l'association VP16-RT entraîne un effet supra-additif, lorsque l'irradiation
est effectuée en même temps que l'exposition au VP16 [32].
* Vinorelbine
Elle est capable de potentialiser les effets des radiations ionisantes
par blocage des cellules en phase G2-M [33]. Ses taux de réponses
en association avec le CDDP dans les formes métastatiques l'ont
fait proposer dans l'étude de phase I de Masters et al.
[34]. La dose recommandée en association quotidienne avec la RT
est de 4 mg/m2 dans l'essai de phase I de Gridelli et al.
[35].
* Taxanes
Le docétaxel et le paclitaxel, qui agissent par stabilisation
des microtubules, ont des propriétés radiosensibilisantes
démontrées in vitro, puis dans des essais de phases
I et II. Ils potentialiseraient l'effet de l'irradiation en bloquant les
cellules en phase S (docétaxel), surtout en phase G2/M (paclitaxel),
et par une réoxygénation des cellules hypoxiques tumorales
[36]. Néanmoins, ce mécanisme d'action n'est pas complètement
élucidé. Dans l'expérience de Hennequin et al.
[37], les taxanes induisent in vitro un effet radiosensibilisant
variable et peut-être agoniste ou antagoniste en fonction de la
concentration des drogues. Les études in vitro ont conduit
à proposer les schémas d'administration hebdomadaire pour
obtenir une concentration cellulaire nécessaire à cette
radiosensibilisation. Les doses recommandées du paclitaxel en perfusion
de 3 h seraient de l'ordre de 10 mg/m2/j ou de 45 à
70 mg/m2 hebdomadaire ou de 100 à 120 mg/m2
tous les 21 jours, 8 h au moins avant la RT [38, 39]. Le paclitaxel en
perfusion continue a été testé durant les 7 semaines
de radiothérapie dans les tumeurs de la tête et du cou :
la dose recommandée est de 10 mg/m2/j [40]. La dose
recommandée du docétaxel serait de 20 à 30 mg/m2
6 à 8 h avant la RT [41].
* Irinotecan
Il s'agit d'un dérivé synthétique analogue de la
camptothécine, inhibiteur de la topo-isomérase I, bloquant
les cellules en phase S du cycle. Il inhibe la réparation des lésions
de l'ADN et a une activité radiosensibilisant, probablement en
inhibant la réparation potentielle des lésions radio-induites
[42]. L'administration 4 h avant la séance de RT, à la dose
de 40 mg/m2 en 1 h, hebdomadaire a été le schéma
le plus utilisé [43].
* Gemcitabine
C'est un analogue de la déoxycitidine ayant des propriétés
radiosensibilisantes très puissantes, par inhibition des réparations
de l'ADN. L'effet maximal est obtenu quand il est administré 2
heures avant la RT. Les premiers essais cliniques ont mis en évidence
un risque élevé de pneumopathie post-radique responsable
de décès précoces lors de l'administration hebdomadaire
à la dose de 1 000 mg/m2 (J1, J8 et J15) [44, 45]. De
ce fait, les essais ultérieurs ont été conduits avec
une réduction sensible de la posologie [46]. Actuellement, la dose
recommandée n'est pas totalement déterminée et plusieurs
schémas sont à l'étude. Selon un essai de phase I
conduit récemment par Fossella et al. [47], la dose maximale
tolérée en concomitance avec la RT est de 190 mg/m2/sem
sur 7 semaines. L'utilisation parallèle à la RT de la gemcitabine
ne peut se concevoir que dans le cadre d'essais thérapeutiques.
En pratique quotidienne, cette association est interdite.
* Tirapazamine
C'est un agent cytotoxique imidazolé, radiosensibilisant les
cellules hypoxiques, principal facteur de radiorésistance [48].
Il a montré une efficacité dans les CBNPC dans un essai
randomisé comparant CDDP contre CDDP + tirapazamine (essai Catapult
I) en améliorant le taux de réponse et la survie médiane
[49]. La dose recommandée serait de 260 mg/m2 administrée
en 30 à 60 minutes avant la RT 3 fois par semaine pendant 4 semaines
[50]. Les études de phase II sont en cours pour tester l'efficacité
de l'association concomitante à la RT.
Essais cliniques de phase
II
* Sels de platine en monothérapie
Les premiers essais utilisaient le CDDP associé en monothérapie
à faibles doses quotidiennes à titre de radiosensibilisation
ou à pleine dose (100 mg/m2) fractionnée sur
3 à 5 jours par mois avec une RT concomitante. La tolérance
était globalement bonne et l'on ne notait pas de majoration de
la toxicité sophagienne par rapport à une RT seule,
mais un taux accru de nausées et vomissements. Le taux de contrôle
local variait de 60 à 85 % avec des schémas de RT à
fractionnement classique ou une RTHA [51-57].
Deux essais ont rapporté les résultats de l'association
du CBDCA en monothérapie à la RT : Bardet et al.
[30] ont testé un schéma à faibles doses quotidiennes
(15 mg/m2/j) concomitant à une RT (60 Gy) après
2 cycles de CT d'induction par CBDCA + VP16 sur une série de 40
patients. Le taux de réponses était faible, 11 %, et la
médiane de survie de 10 mois. La tolérance était
correcte, notamment sur le plan sophagien [30]. Belani et al.
[31] ont testé un schéma hebdomadaire à dose modérée
(100 mg/m2/sem) permettant d'obtenir un contrôle local
dans 34 % des cas avec une survie médiane de 13 mois [31] (tableaux
II et III).
* Sels de platine en bi- ou trithérapie
Dans les CBNPC, l'attitude communément répandue en CT
est l'utilisation de deux drogues, dont un sel de platine. Dans cet esprit,
les études cherchaient à tester une polychimiothérapie
associée à la RT en fractionnement standard ou hyperfractionnée
accélérée incorporant en particulier, à côté
des sels de platine, les poisons du fuseau (vindésine, vinblastine),
habituellement utilisés dans les CBNPC, mais également le
5FU ou la mitomycine C. Les doses de platine utilisées variaient
des doses faibles dites radiosensibilisantes aux doses élevées
dites cytotoxiques [58-60].
Reddy et al. [58] ont traité 129 patients par 5FU en perfusion
continue et CDDP associés à une RT en split course
(10 Gy en 5 fractions, toutes les 3 semaines). Certains patients ont été
opérés (64 %) avec des stérilisations histologiques
(27 %). La tolérance de ce schéma a été bonne
et a permis une amélioration de la survie à 3 ans chez les
patients rendus opérables (40 %) par rapport à ceux considérés
comme non opérables (19 %) (p = 0,003). Furuse et al.
[61] ont testé l'association concomitante de CDDP, vindésine
et mitomycine toutes les 4 semaines avec une RT standard. La survie à
2 ans a été de 37 %.
Enfin, on retient l'essai RTOG 90-15 rapporté par Byhardt et
al. [62] qui a testé une RTHA associée à une
CT concomitante par CDDP-vinblastine sur 42 patients. Cette association
a été très toxique et 53 % des patients seulement
ont pu mener leur traitement à terme, mais les critères
de sélection des patients n'étaient pas limitatifs (76 %
des patients avaient une perte de poids de plus de 5 %).
* Sels de platine-VP16
La synergie de l'association CDDP-VP16 a bien été démontrée
in vitro avec un effet radiosensibilisant supra-additif, ce qui
a poussé à son utilisation large en clinique [32].
Parmi les études publiées, la plus ancienne est celle
de Friess et al. [63] qui avait montré un taux de réponse
de 80 % à l'issue d'une association RT (60 Gy) et CT concomitante
avec 4 cycles de CDDP-VP16 avec une survie à 2 ans de 30 % (médiane
16 mois). Depuis le début des années 1990, les résultats
d'une dizaine d'études pilotes rapportés sont globalement
convergents (taux de réponses objectives de 50 à 80 %),
témoignant d'un rapport tolérance/efficacité intéressant
de cette association et faisant espérer une survie à 2 ans
aux alentours de 40 % (27 à 64 %). Ce schéma est devenu
un des plus utilisés en association de CT et de RT standard ou
en RTHA [52, 63-69] (tableaux
II et III).
L'étude de Shaw et al. [64] de la Mayo Clinic a associé
une RTHA (60 Gy) avec 2 cycles de CDDP-VP16. Sur 23 patients traités,
le contrôle local était élevé (96 %) et le
taux de survie à 2 ans était de 51 % (médiane 26
mois). Deux toxicités sévères ont été
rapportées, une pneumopathie radique de grade 4 et une sténose
sophagienne de grade 3.
Parmi les études les plus récentes, Albain et al.
[65, 66] ont rapporté les résultats de deux essais du groupe
SWOG. Dans le premier essai (SWOG 8805), les patients recevaient 2 cycles
de CDDP (50 mg/m2 à J1 et J8), VP16 (50 mg/m2
de J1 à J5) tous les 28 jours concomitants à une RT thoracique
à 45 Gy ayant permis le recours à un geste opératoire
qui a pu être proposé dans 70 % des cas afin d'améliorer
le contrôle local [65]. Même si la survie à 3 ans était
encourageante (26 %), la morbi-mortalité était élevée
(10 % de décès toxiques). Le bénéfice a été
surtout observé chez les patients porteurs de tumeurs classées
IIIB dont la survie a été équivalente à celle
des patients porteurs de tumeurs de stade IIIA. Dans le second essai (SWOG
9019), la chirurgie a été remplacée par deux cycles
supplémentaires de CT compte tenu de la mortalité observée
dans le premier essai. La dose de RT utilisée était de 60
Gy. La survie médiane était sensiblement comparable, même
si le contrôle local était moins bon [66].
Chez les patients dont l'état général est altéré
(PS > 1), les résultats sont médiocres avec la combinaison
CBDCA-VP16 concomitante à la RT en termes de contrôle local
(29 %), mais la survie à 2 ans (21 %) semble être équivalente
à celle observée chez les patients en bon état général
(PS < 2) [70].
La toxicité limitante de l'association RT-CDDP-VP16 est l'sophagite
de grade 3-4 touchant jusqu'à 30 % des patients. Elle est cependant
de courte durée et le plus souvent réversible sans séquelles.
Cependant, cette toxicité peut être notable en cas de RTHA
avec jusqu'à 50 % d'sophagite de grade 3-4 (RTOG 91-06) [71].
* Nouvelles drogues
Les résultats modestes des associations de CT classiques à
la RT sont à l'origine du développement des nouvelles drogues.
L'association CDDP-VP16 avec la RT a permis d'améliorer le contrôle
local, mais sans amélioration substantielle de la survie (40 %
à 2 ans). La toxicité pulmonaire et sophagienne sont
les deux facteurs limitants, surtout en cas de RTHA (tableaux
IV et V).
Devant la supériorité de l'association CDDP-paclitaxel
par rapport au CDDP seul [72] et celle de l'association paclitaxel-cisplatine
par rapport au CDDP-téniposide (VM26) dans les formes métastatiques
[73], plusieurs essais combinant une RT et une CT ont utilisé le
paclitaxel seul ou en association avec les sels de platine dans les formes
localement avancées avec des schémas de RT standard ou de
RTHA [38, 39, 74-76].
L'association concomitante de la RT au paclitaxel-sels de platine a
été étudiée à travers plusieurs essais
rapportés récemment [39, 74, 77]. Elle donne un taux de
réponse encourageant allant de 56 à 78 % et une survie médiane
de 16 à 20 mois. Selon Choy, la toxicité sophagienne,
qui est la principale toxicité observée, varie entre 17
% et 44 % [78]. Elle est corrélée au taux de réponse
et dépend par ailleurs de la longueur d'sophage irradié
[78]. L'analyse de la toxicité pulmonaire relève un taux
de pneumopathie de grade 2 de 70 % et 3 décès toxiques sur
une série de 38 patients rapportée par Robert et al.
à travers les essais du RTOG [79]. Il existait une corrélation
significative entre cette toxicité et le volume pulmonaire irradié.
Il est difficile, en l'absence d'essai comparatif, de savoir si l'efficacité
de cette association est supérieure à celle de l'association
classique platine-VP16 [63, 74]. Ainsi, deux essais de phase II randomisés
(groupe de cancérologie Paris-Nord, SWOG) tentent de répondre
à cette question en comparant CDDP-VP16 au paclitaxel-carboplatine
pour tester la place réelle du paclitaxel comme nouvelle drogue
radiosensibilisante.
Les essais associant docétaxel et RT sont en cours et quelques
résultats préliminaires suggèrent une activité
intéressante [80-83]. Un essai de phase II du groupe français
GFPC en cours teste le docétaxel hebdomadaire concomitant à
la RT (66 Gy) à la dose de 25 mg/m2 après 2 cycles
de CT d'induction par CDDP-vinorelbine. L'irinotecan semble donner aussi
des résultats intéressants en association concomitante avec
la RT [84].
Enfin, peu d'essais randomisés ont clairement évalué
la place des nouvelles drogues dans le traitement.
Un essai randomisé de phase II, rapporté par Antonadou
et al. [85], a comparé l'association concomitante à
une RT standard (60 Gy) d'une CT hebdomadaire par paclitaxel (60 mg/m2)
ou par CBDCA (AUC = 2) sur une série de 85 patients. Le paclitaxel
a permis d'obtenir un taux de réponses complètes plus élevé
(58 % contre 29 %) sans différence en termes de survie ou de toxicité.
L'essai rapporté par Vokes et al. du CALGB comparant une
CT d'induction suivie d'une RT-CT concomitante associant CDDP + vinorelbine
ou paclitaxel ou gemcitabine n'a retrouvé aucune différence
entre les bras testés en faveur de l'une des trois nouvelles drogues
en association avec le CDDP en termes de contrôle local (50 à
61 %) ou de survie (médiane 18 mois). Les toxicités hématologique
et sophagienne pendant le traitement concomitant étaient
significativement moins marquées dans le bras comportant la vinorelbine
[86]. L'association concomitante de la vinorelbine à la RT, qui
était peu évaluée jusque-là, paraît
donc également intéressante.
Essais cliniques de phase III : RT contre RTHA
contre RT-CT
* RT contre RT-CT
Trois grands essais sont en faveur d'un bénéfice significatif
de la RT-CT concomitante sur la RT seule [26, 87, 88] (tableau
VI). L'essai de l'EORTC, rapporté par Schaake-Koning et
al. [26], est le premier à avoir démontré un
avantage significatif en survie dans l'association du CDDP à la
RT. Ses 333 patients ont été randomisés entre trois
bras : sans CT, avec une CT hebdomadaire (30 mg/m2), ou quotidienne
(6 mg/m2), avec une dose totale de CDDP identique dans les
deux derniers bras (180 mg/m2). Tous les patients ont reçu
une RT concentrée (30 Gy/10 f/14j suivis de 25 Gy/10 f/14 j après
un repos de 3 semaines). Le gain en survie a été observé
dans le bras comportant une CT quotidienne (p = 0,009). La tolérance
digestive a été significativement moins bonne lors de l'administration
de CDDP. Les taux d'sophagites et de pneumopathies radio-induites
étaient similaires dans les trois bras. Si les doses de CDDP utilisées
semblent adéquates pour l'obtention d'une radiosensibilisation,
elles sont moins importantes que celles utilisées à visée
systémique, expliquant peut-être l'absence de différences
observées dans le taux de métastases à distance dans
les trois bras. Le bénéfice obtenu avec la CT quotidienne
est imputé à une amélioration du contrôle local.
Trois autres essais randomisés ont été conduits
par Soresi et al., Trovo et al. et Blanke et al.
comparant une RT standard associée ou non à une CT par CDDP
[88-90]. Leurs résultats étaient négatifs sur la
survie, mais les doses de CDDP utilisées en concomitance avec la
RT étaient faibles (90 mg/m2 sur la durée totale
du traitement).
* RTHA contre RT-CT
En 1997, la méta-analyse de Stuschke et Thames [91] et l'essai
multicentrique européen Chart de Sanders et al. [92] ont
conclu à un bénéfice significatif en survie de l'hyperfractionnement
(avec augmentation de la dose pour le premier) et de l'accélération
de la RT (avec plutôt une diminution de la dose totale pour le deuxième)
par rapport à une RT à fractionnement standard malgré
une toxicité accrue. De ce fait, les essais ultérieurs ont
évalué une RTHA associée à une CT concomitante.
Trois essais ont évalué l'impact d'une association concomitante
d'une RTHA et une CT combinant VP16 et sels de platine.
Jeremic et al. [87] ont rapporté les résultats
d'un essai portant sur 131 patients et comparant une RTHA avec ou sans
carboplatine-VP16 concomitant, à faibles doses quotidiennes. Le
taux de survie à 3 ans était en faveur de l'association
(23 % versus 11 % ; p = 0,022) et lié à l'amélioration
du contrôle local. Dans une étude rapportée par les
mêmes auteurs, 169 patients ont été randomisés
en trois bras entre une RTHA seule, une RTHA concomitante à une
CT hebdomadaire par CBDCA-VP16 et une RTHA avec carboplatine-VP16 bimensuel.
Le taux de contrôle local et la survie ont été améliorés
par l'association d'une CT, mais sans différence entre les deux
schémas de CT [93].
Dans le troisième essai, rapporté par Bonner et al.
du groupe NCCTG [94], l'association de la CT concomitante à une
RTHA comparée à une RTHA seule ou à une RT standard
seule n'apporte pas un gain substantiel en survie malgré un meilleur
contrôle local obtenu avec la RTHA. La faiblesse des effectifs testés
(33 patients dans chaque bras) a diminué vraisemblablement la puissance
statistique de cette étude.
Un essai australien récent rapporté par Ball et al.
[95] a randomisé 208 patients entre quatre bras : RT standard (60
Gy) avec ou sans CT par CBDCA, RTHA avec ou sans CT. Aucune différence
en termes de survie n'a été retrouvée entre les quatre
bras, probablement en raison d'une morbi-mortalité élevée
et d'un nombre de patients inclus insuffisant (204 patients).
Enfin, un dernier essai rapporté récemment par Stella
et al. [96] comparait une RT-CT concomitante associant CDDP-VP16
à une RT standard (60 Gy) contre une RTHA en split course
avec 2 semaines de repos. Aucune différence n'a été
retrouvée en termes de survie ou de contrôle local.
Par ailleurs, le CBDCA utilisé en monochimiothérapie ne
semble pas posséder les vertus radiopotentialisatrices observées
avec le CDDP. Ainsi, l'effet favorable noté avec le CDDP en perfusion
quotidienne avec la RT dans l'étude de Schaake-Koning et al.
[26] n'a pas été reproduit avec le CBDCA dans l'essai randomisé
de Groen et al. [97] portant sur 143 patients malgré une
dose totale de 840 mg/m2 (tableau
VI). Dans un autre essai rapporté par Clamon et al.
du CALGB [98], le CBDCA hebdomadaire (100 mg/m2/sem, dose totale
= 600 mg/m2) concomitant à la RT standard a été
testé contre une RT seule après une CT d'induction par CDDP-VBS
dans les deux bras sur 283 patients. Là non plus, aucun avantage
en survie n'a été observé, malgré une amélioration
du contrôle local de 10 % (tableau
VI).
Comparaison : radio-chimiothérapie concomitante
contre séquentielle
L'amélioration du contrôle local et de la survie par association
RT-CT a conduit à la réalisation d'essais cherchant l'ordre
d'administration optimal de la CT par rapport à la RT. Peu d'études
randomisées ont été publiées comparant CT
d'induction suivie de RT contre une association RT-CT concomitante d'emblée.
Un essai randomisé japonais du WJLCG, rapporté par Furuse
et al. [99], a comparé une RT-CT concomitante de type MVP
(mitomycine C, vindésine, cisplatine) contre la même CT en
induction suivie d'une RT en split course à 58 Gy. Le taux
de réponses était élevé : 84 % versus
66 % avec une survie médiane de 16,5 versus 13,3 mois respectivement
restant toujours en faveur du bras concomitant (p = 0,0398). Si
la toxicité hématologique a été supérieure
dans le bras concomitant, la toxicité sophagienne a été
identique, cela peut-être du fait du repos introduit dans le schéma
d'irradiation.
Un deuxième essai multicentrique français a été
rapporté récemment par Mornex et al. [100] randomisant
une CT d'induction par CDDP-vinorelbine (2 cycles) suivie d'une RT standard
(66 Gy) contre une RT concomitante d'emblée à 2 cycles de
CT par CDDP-VP16 sur une série de 207 patients. Aucune différence
en termes de survie n'a été observée, mais une tendance
en faveur du schéma concomitant se dégageait (13,8 contre
15 mois). Les toxicités dans les deux schémas étaient
comparables, à l'exception de la toxicité sophagienne
de grade 3-4 qui était absente dans le bras séquentiel et
retrouvée dans 19 % des cas dans le bras concomitant (tableau
VII).
Les autres études ont évalué l'intérêt
d'une CT néoadjuvante précédant une RT-CT concomitante.
L'essai du RTOG 92-04 a porté sur 162 patients randomisés
entre deux traitements : dans le premier bras, 2 cycles de CT (CDDP-vinblastine)
suivis d'une RT standard (64 Gy) avec CDDP concomitant mensuel ; dans
le second bras, les patients recevaient d'emblée une RTHA (69 Gy/6
sem) concomitante à une CT par CDDP + VP16. La survie médiane
était identique dans les deux bras (15,5 et 14,4 mois respectivement),
mais la survie sans progression était meilleure à 1 an dans
le bras comportant une RTHA sans CT néoadjuvante (68,3 % contre
80,2 % ; p = 0,042) au prix d'un taux significativement plus élevé
d'sophagites de grade 3-4 (6 % contre 38 % ; p < 0,0001)
[101].
Byhardt et al. [102] ont analysé les résultats
de 5 essais du groupe RTOG comparant une CT d'induction suivie d'une RT-CT
concomitante et une RTHA-CT concomitante d'emblée à une
RT standard (60 Gy/6 sem), précédée d'une CT d'induction.
Il existait une différence non significative en termes de survie
sans progression (15-15 % contre 7 %) et en survie globale (17-25 % contre
15 %) respectivement en faveur des deux bras comportant la RT-CT concomitante.
Les sophagites radiques de grade 3 étaient significativement
plus fréquentes dans le groupe RTHA (p = 0,0001) et les
pneumopathies radiques de grade 3 significativement plus fréquentes
dans les schémas concomitants.
Associée à la CT concomitante, l'introduction précoce
de la RT thoracique semble diminuer significativement le risque de rechutes
métastatiques cérébrales de 39 à 20 % (p
< 0,04) par rapport à une RT retardée après une
CT d'induction à travers une étude rétrospective
rapportée par Robnett et al. [103].
Une conclusion définitive sur l'avantage de l'approche concomitante
par rapport à la séquentielle reste à établir,
et d'autres études sont en cours pour tenter de le démontrer.
On signale néanmoins une tendance à l'amélioration
de la survie médiane mais avec une toxicité majorée
avec la RT-CT concomitante.
Perspectives d'avenir
À ce jour, les stratégies thérapeutiques de RT-CT
se distinguent dans les CBNPC inopérables de la façon suivante
:
- L'association RT-CT séquentielle : cette option améliore
significativement la survie globale en diminuant le taux de rechute à
distance en comparaison avec une RT exclusive et peut être considérée
comme un standard thérapeutique.
- L'association concomitante de RT-CT : cette option paraît attractive
en raison d'une potentielle radiosensibilisation et d'une action conjointe
sur la maladie locale et systémique lorsque la CT est administrée
à des doses dites cytotoxiques. Mais si le principe de synergie
est bien décrit in vitro, il est plus difficile à
prouver en pratique clinique. Les essais du WJLCG et du RTOG suggèrent
sans certitude une amélioration de la survie par cette approche
par rapport au schéma séquentiel avec cependant une majoration
de la toxicité surtout au niveau sophagien [99, 102].
- La RTHA : cette option, qui a pour but de combattre la repopulation
tumorale en cours de traitement, en augmentant le nombre de fractions
et en raccourcissant l'étalement de la RT, semble augmenter l'effet
tumoricide en améliorant le contrôle local et, par ce biais,
la survie, mais au prix d'une toxicité pulmonaire et sophagienne
importante. Cette toxicité est encore accrue lors de l'association
à une CT. Elle reste de ce fait du domaine de l'investigation clinique
[92].
- La RT délivrée sur un mode conformationnel reposant
sur un calcul informatique précis d'administration de la dose sur
la cible tumorale évaluée en trois dimensions permet de
délivrer une dose homogène sur le volume cible tout en protégeant
au maximum les tissus sains environnants. Cette nouvelle technique devrait
à terme s'intégrer dans les schémas d'association
CT-RT et autoriser des doses d'irradiation plus élevées
sur la tumeur et donc augmenter le contrôle local.
- Enfin, le rôle d'un geste chirurgical après une association
RT-CT par CDDP-VP16 rendant les tumeurs opérables devrait être
défini par des essais randomisés dont un qui est actuellement
en cours par le groupe SWOG.
Pour tenter de définir la meilleure stratégie à
entreprendre, plusieurs essais thérapeutiques sont activés
:
- Le groupe français de pneumo-cancérologie (GFPC) compare,
après une CT d'induction, une RT standard exclusive ou associée
à la combinaison CDDP-VP16.
- Le groupe RTOG compare une CT d'induction par CDDP-vinorelbine suivie
d'une RT standard à une CT avec les mêmes drogues, concomitante
d'emblée à une RT standard contre une CT par CDDP-VP16 concomitante
d'emblée à une RTHA.
- Un essai en cours du groupe NCCTG compare une CT par CDDP-VP16 concomitante
à une RT standard d'emblée contre la même CT associée
à une RTHA.
- L'EORTC compare une CT d'induction par deux cycles de CDDP-gemcitabine
suivie d'une RT standard contre une RTHA accélérée
d'emblée associée au CDDP quotidien selon le schéma
de Schaake-Koning.
- La Fédération nationale des centres de lutte contre
le cancer (FNCLCC) teste, dans un essai comparatif, l'apport du CBDCA
à faible dose en concomitance avec une RT standard après
une CT d'induction.
Cependant, les patients traités dans les études présentées
sont hautement sélectionnés (bon état général
: PS < 2, perte de poids < 5 %). Quelle serait donc la reproductibilité
des résultats des combinaisons RT-CT chez les patients en état
général médiocre qui représentent près
de 35 % des cas ?
CONCLUSION
La question de la meilleure prise en charge des tumeurs de stade III
reste non résolue. Elle associe deux problématiques, celle
du contrôle local de la maladie et celle du contrôle de la
maladie métastatique occulte sous-jacente.
Les approches de RT-CT concomitante, ainsi que les protocoles de RT
hyperfractionnée semblent les plus prometteurs en termes de survie
: néanmoins, leur toxicité n'est pas à négliger
chez des patients volontiers fragiles.
La recherche du meilleur standard d'association de la RT à la
CT dans les stades inopérables des CBNPC est à l'ordre du
jour. L'amélioration des résultats pourrait provenir des
nouvelles drogues de CT et l'amélioration des techniques d'irradiation,
telle l'utilisation d'une RT conformationnelle ou d'une RT avec modulation
d'intensité concourant à optimiser la distribution de dose
et à minimiser la dose délivrée au niveau des tissus
sains, ce qui permet une escalade dans la dose d'irradiation. Les essais
dans ce sens sont en cours.
Les radioprotecteurs et chimioprotecteurs, tel l'amifostine, pourraient
représenter un atout thérapeutique supplémentaire
pour améliorer la tolérance au traitement.
Article reçu le 15 octobre 2001, accepté le 28 mars 2002.
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