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Paul Tournier


Virologie. Volume 8, Number 6, 464-6, nov.-décembre 2004, In memoriam



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ARTICLE

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Le professeur Paul Tournier vient de disparaître. Son nom est indissociablement lié à celui d’André Lwoff, avec qui il a cosigné des articles majeurs sur la définition et la classification des virus (Lwoff A, Horne R, Tournier P. A system of viruses. Cold Spring Harbor Symp Quant Biol 1962 ; 27 : 51-55 ; Lwoff A, Tournier P. The classification of viruses. Ann Rev Microbiol 1966 ; 20:45-73 pour en citer deux des plus importants). Après avoir été l’assistant du professeur Reilly à l’hôpital Claude-Bernard de Paris, il a fondé le laboratoire de virologie médicale de l’hôpital Trousseau puis créé et dirigé celui de l’hôpital Bicêtre jusqu’en 1985. Dans le même temps, il a dirigé le laboratoire du CNRS sur les virus oncogènes de l’Institut de recherche sur le cancer à Villejuif. Enseignant de légende, il a enthousiasmé des générations d’étudiants et suscité bien des vocations pour la virologie. Trois collègues lui rendent un hommage particulier, en témoignage des qualités humaines du grand professeur qu’il a été.

À Paul, un ami de toujours

Tout au début de nos connaissances concernant la nature, la structure et la pathologie des virus, je me suis retrouvé seul avec Vialatte à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul pour soigner les malheureux enfants abandonnés, groupés dans des salles communes. Les épidémies qui se succédaient m’ont incité à m’intéresser aux virus et à suivre un cours de perfectionnement de microbiologie à l’Institut Pasteur. Dans les hôpitaux de Paris, j’étais désespérément seul à m’intéresser à ce problème et j’ai cherché une « âme sœur » pour partager mon enthousiasme dans ce nouveau domaine. Quelqu’un m’a signalé que le microbiologiste Reilly, très apprécié dans sa profession, avait comme assistant un jeune agrégé qui, fatigué de la bactériologie, désirait s’ouvrir au domaine des virus.

Je me suis donc rendu à l’hôpital Claude-Bernard où j’ai été reçu par Reilly qui m’a introduit (avec un enthousiasme mitigé car il n’aimait pas la virologie) à son assistant Paul Tournier. Paul et moi avons immédiatement sympathisé et décidé de travailler ensemble. Notre premier travail concernant le virus des inclusions cytomégaliques, alors inconnu en France, fut donc très apprécié par nos collègues.

Mais la vraie destination de Paul était non seulement le diagnostic clinique mais aussi les sciences fondamentales. Paul avait une intelligence exceptionnelle et une mémoire prodigieuse. Il retenait tout et, quand il exposait ses cours ou nos travaux, tout y était structuré, rationnel et aéré. Il a été sans doute un des meilleurs enseignants parmi nous. Nous avons pris contact avec André Lwoff qui est devenu notre maître et nous a appris à concevoir, exécuter et critiquer nos résultats expérimentaux. Le chef-d’œuvre de Lwoff, Tournier et Horne est sans doute la première classification logique des virus, qui a permis de séparer les virus des bactéries, classification fondée sur l’acide nucléique, ARN ou ADN, présent dans chaque virus.

Nous avons passé ensemble une trentaine d’années jusqu’au jour où il nous a quittés, lassé sans doute de la vie citadine ou des tracas de l’existence ; je ne l’ai jamais revu. Mais maintenant qu’il nous a définitivement quittés, notre affection l’accompagnera même dans l’au-delà.

Charles Chany

Paul Tournier, un maître

Il n’aurait pas vraiment apprécié le mot, mais c’est le seul qui s’impose : Paul Tournier était un maître sans qu’il l’ait voulu, le seul que j’ai jamais eu. Il l’était par son exemple, son charisme, sa passion, sa facilité à expliquer simplement les choses compliquées, sa rapidité, ses idées qui fusaient – on n’avait qu’à puiser et à se mettre au travail.

Paul Tournier était un microbiologiste, un microbiologiste clinique. À Claude-Bernard, il a été pendant 11 ans l’assistant de James Reilly, l’homme du schéma physiopathologique de la fièvre typhoïde et du diagnostic de la lymphoréticulose bénigne. Il a été ainsi le coauteur de nombreux articles signés dans un ordre invariable par un clinicien, un biologiste, un clinicien, un biologiste. C’était une époque.

Paul Tournier était un homme de terrain. Il fut un de ceux qui rassemblèrent les petits laboratoires des services cliniques en laboratoires centraux hospitalo-universitaires, donnant un essor qualitatif à la microbiologie clinique avec, il faut le dire, des succès faciles au départ : enfin on découvrait des Listeria dans les méningites des nourrissons, on isolait moins de Typhi et davantage de salmonelles ; le bacille X, une banale Yersinia, fut moins exceptionnelle et ne fut plus jamais sensible aux pénicillines alors utilisées avec insistance. Le bacille du choléra fut même isolé d’une patiente, habitante d’un village où était enterré un mameluk de Napoléon. Paul Tournier connaissait la bactériologie.

Paul Tournier était un homme de projets, de projets qui aboutissaient. La rénovation de la microbiologie universitaire se fit grâce à un petit groupe d’hommes ô combien différents : cliniciens ayant viré leur cuti et pasteuriens de Tunis, Strasbourg, Montpellier, Alger ou Lille, avec un éventail de philosophies allant de celle de la vente du pétrole à celle du comité central du PC. Paul, Jacques, Léon, Pierre et les autres avaient en commun la convivialité, la passion, l’innovation, le non-conformisme, des idées neuves et claires.

Les qualités scientifiques et humaines de Paul Tournier se sont cristallisées dans la virologie : la virologie hospitalière dont il a été, avec Charles Chany, le pionnier en France ; la virologie de recherche au CNRS, heureux dès la mi-journée au milieu des scientifiques comme il l’était toute la matinée au milieu des médecins… mais cela est une autre histoire.

Sans ma rencontre avec Paul Tournier, j’eus fait un tout autre métier que ce métier difficile quand on veut le faire vraiment mais que l’on fait avec bonheur, comme il nous l’a montré.

Maurice Scavizzi

Paul Tournier et la virologie tunisienne

Paul Tournier avait des attaches profondes avec la Tunisie. Ses parents possédaient la librairie Tournier située sous les arcades, près de la rue Charles-de-Gaulle, une des artères les plus commerçantes du centre-ville de Tunis. Cette librairie était le haut lieu de rencontre des écrivains français qui venaient en Tunisie (André Gide et Georges Duhamel entre autres…).

Le professeur Ali Boujnah raconte ainsi les premières contributions scientifiques de Paul Tournier en Tunisie : « Lors de l’ouverture de la faculté de médecine de Tunis en 1964, je dus organiser les premiers enseignements de microbiologie en tant que chef de département de biologie. Je fis appel alors au professeur Fasquelle pour qu’il m’envoie quelques collègues français microbiologistes afin d’assurer avec moi cet enseignement. Furent désignés les professeurs Le Minor et Névot pour la bactériologie, Tournier pour la virologie. J’avais connu Paul en 1962 lors de mon agrégation de microbiologie à Paris ; il m’avait surveillé lors de mon épreuve de travaux pratiques et, outre ses affinités avec la Tunisie, il m’avait beaucoup impressionné par ses qualités humaines. Ses mêmes qualités furent appréciées par le président Habib Bourguiba qui, à la fin de la première année universitaire 1964-65, invita au palais de Carthage tous les enseignants ayant contribué à la naissance de la première faculté de médecine du pays. Le président Bourguiba avait ce don de juger les personnes d’un seul coup d’œil et il fut favorablement impressionné par Paul Tournier au point de lui déclarer lorsqu’il lui fut présenté : ‘Vous êtes l’honneur de la France ! La Tunisie vous aime à l’instar de ses fils les plus méritants !’. De ma vie je n’avais jamais vu Paul aussi ému, lui qui était toujours maître de ses émotions… Il revint donc faire les cours de virologie tous les ans de 1965 à 1980 ainsi que, durant quelques années, à la faculté de médecine de Monastir au début de sa création. Il fut aussi l’un des auteurs fondateurs du livre de virologie pour les étudiants signé A. Mamette, dont « l’accouchement » eut lieu en Tunisie en septembre 1968, à Hammamet (d’où le titre) dans le cadre idyllique du centre culturel de la ville ».

Pour ma part, je l’ai eu comme professeur de virologie à la faculté de médecine de Tunis en 2e année de Médecine (mai 1973). Il avait une façon toute à lui de captiver son auditoire ; alors que la plupart des enseignants étaient obligés d’utiliser le micro pour se faire entendre dans un amphithéâtre de 350 places, lui s’y refusait toujours et n’avait à affronter aucun chahut. Il était d’une ponctualité exemplaire mais aimait bien discuter 5 ou 10 minutes à la fin du cours avec les étudiants car il était passionné par son sujet et il nous transmettait sa passion pour sa spécialité. J’ai eu cette année-là le privilège de lui annoncer pratiquement « en temps réel » la découverte par Feinstone du virus de l’hépatite A. Je venais d’entendre cette nouvelle aux informations télévisées une heure auparavant et il me raconta par la suite que, rentré à Paris, il avait épaté ses assistants en leur disant qu’il avait appris de ses étudiants à Tunis ce qu’eux-mêmes ne savaient pas encore à Paris !

Nos chemins se sont croisés ensuite en 1977 lors du CES de microbiologie dont il assurait la moitié de l’enseignement de virologie (avec Roger Sohier pour l’autre moitié). Il assurait aussi les cours de virologie du CES à Alger à la demande du professeur Bouguermouh. Son cours sur la génétique virale était un modèle du genre. Il me confia par la suite que c’était le cours de son maître André Lwoff qu’il préférait. Quel bel hommage indirect il rendait de cette façon à son patron… Cette année-là, il nous montra pour la première fois la coupure d’un ADN par EcoRI, la première enzyme de restriction à être commercialisée ; il était tout excité à l’idée de couper et de faire migrer sur gel d’électrophorèse les premières bandes d’acide nucléique viral. Il revint pour les enseignements du CES de microbiologie, régulièrement tous les 2 ans jusqu’en 1983 et c’était chaque fois deux semaines de pur bonheur que nous passions avec lui. Son cours avait lieu tous les jours de 18 à 19 heures mais, souvent, nous restions jusque après 20 heures et devions garder les clés de la Faculté avec nous pour pouvoir sortir !

Après le départ de Roger Sohier du service de virologie de l’hôpital Charles-Nicolle en 1978, il accepta, à la demande du professeur Ali Boujnah, de venir passer une année sabbatique à Tunis pour continuer l’œuvre de son prédécesseur et mettre la virologie tunisienne sur de bons rails. Je venais juste de réussir le concours de résidanat (équivalent du concours d’internat français) et je me retrouvais avec lui encore une fois pour me lancer dans la spécialité. De cette époque (la période 1979-1982, au cours de laquelle j’ai passé aussi une année dans son service au Kremlin-Bicêtre), date l’introduction de plusieurs techniques dans notre laboratoire : RIA pour l’étude des marqueurs virologiques des hépatites, premiers Elisa pour la recherche d’antigène et d’anticorps, hémolyse en gel pour les anticorps anti-rubéole. Il avait même fait un programme informatique en basic pour calculer automatiquement les taux d’anticorps à partir du diamètre d’hémolyse mesuré en centimètres. Il venait très tôt dans le service, vers 7 h 45 du matin, et son premier geste était d’ouvrir l’étuve des cultures cellulaires et d’examiner tous les flacons… Puis il restait dans son bureau à se documenter et nous nous retrouvions avec toute l’équipe du service vers 11 heures pour une pause thé où nous parlions de tout. Je revins pendant trois années consécutives dans son service parisien pour de courtes périodes jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite en 1985 et j’eus ainsi le plaisir d’être invité à dîner chez lui deux ou trois fois à son domicile parisien. Il aimait beaucoup la musique classique (il fut l’un des premiers à acheter un lecteur de cédéroms de salon pour bien l’apprécier) et était un excellent cuisinier (son île flottante était un dessert vraiment délicieux).

Après sa retraite, il coupa complètement les ponts avec la virologie et refusa même une fois de corriger une nouvelle proposition de taxonomie virale. Il se consacra à la restauration de l’église d’Avéjan (village où il passa d’abord ses vacances puis la majeure partie de sa retraite en conservant un pied-à-terre à Paris) ainsi qu’à la rédaction d’un roman historique sur Anne de Bretagne. Je n’ai plus eu l’occasion de le rencontrer après 1992, mais j’avais régulièrement de ses nouvelles par le professeur Boujnah qui lui rendait visite tous les ans. Ses dernières années ont été assombries par de nombreux problèmes de santé mais il gardait toujours le moral dès que cela allait mieux. Sa disparition laissera un grand vide parmi nous qui l’avons côtoyé durant toutes ces années. Un de ses conseils les plus précieux, que j’ai toujours gardé en mémoire, était : « le trésor de votre laboratoire, ce n’est pas votre équipement ou votre personnel, c’est votre sérothèque ».

Amine Slim

(avec les souvenirs précieux du professeur Ali Boujnah)


 

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